UP' Magazine L'innovation pour défi

empreinte environnementale

Quelle est l'empreinte environnementale numérique d’un salarié ?

Aujourd’hui une majorité de salariés français travaille de longues heures quotidiennement devant un ordinateur. Quel est l’impact de ces méthodes de travail numérique sur l’environnement ? Retour en infographie sur l’étude réalisée par GreenIT.fr pour le Club Green IT et le Cigref.

514 kg de gaz à effet de serre et 23 555 litres d’eau par an

Le CIGREF et le Club Green IT présentent le « Benchmark Green IT 2016 », audit de l’empreinte environnementale liée à l’activité numérique quotidienne d’un salarié. Le groupe de travail a identifié les leviers permettant de réduire cette empreinte.
 
Conséquence de la transformation numérique des entreprises, l’activité numérique occupe une place croissante dans le quotidien de plus en plus de salarié dans le monde. Soucieux de l’empreinte environnementale de ces activités numériques, le CIGREF (depuis longtemps impliqué dans le développement durable) et le Club Green IT ont sollicité GreenIT.fr (en collaboration avec la Fing dans le cadre de son programme Transitions) pour réaliser ce benchmark. Il a porté sur 9 grandes entreprises privées et publiques, 515 000 utilisateurs, près de 3 millions d’équipements informatiques et télécoms et 56 400 m2 de salle informatique.

Les axes de progrès

Quatre axes de progrès efficaces à court terme ont notamment été identifiés. Ils portent sur des pratiques simples, rapides et peu couteuses à mettre en œuvre :
 
– Allonger la durée de vie des matériels en favorisant le réemploi plutôt que le recyclage ;
– Acheter responsable en simplifiant cette démarche via l’utilisation des bons écolabels ;
– Réduire le volume d’impressions et choisir un papier labellisés FSC ou Blue Angel ;
– Utiliser une électricité fabriquée à partir d’une énergie primaire renouvelable.
 
Sur la dimension sociale, trois axes de progrès se dessinent également :
 
– Favoriser l’intégration de populations plus fragiles lors de l’achat de prestations ;
– Lier réemploi et social, en privilégiant les acteurs de l’économie solidaire (handicap et insertion) pour le reconditionnement des équipements ;
– Intégrer / inclure plus d’utilisateurs internes et externes via l’accessibilité numérique.

Des progrès à soutenir dans la durée…

Pour Sophie Bouteiller, directrice de mission au CIGREF, « le bilan global du Benchmark Green IT 2016 est positif. Il montre que les grandes organisations qui se donnent les moyens de réduire les impacts environnementaux de leur système d’information ont une empreinte globale jusqu’à 3 fois inférieure aux organisations qui ne font rien ».
 
Cependant, Frédéric Bordage, consultant de GreenIT.fr, remarque que « d’ici à 2020, les gisements habituels vont commencer à se tarir car les organisations auront mis en place la majorité des bonnes pratiques regroupées dans le Référentiel de bonnes pratiques Green IT publié en 2015 par le Club Green IT ».
 
Dès lors, il appartient aux Directions des Systèmes d’information de s’investir pour pérenniser et renforcer les démarches soulignées dans ce « Benchmark Green IT 2016 » et pour identifier de nouveaux leviers. Un de ces nouveaux leviers propose un fort potentiel de réduction de l’empreinte environnementale du numérique, c’est, l’écoconception logicielle.
 
« Les retours d’expérience des pionniers montrent un potentiel très important, de l’ordre de 2 à 100 fois moins de ressources informatiques nécessaires, à tous les niveaux du système d’information. A condition de s’intéresser à la conception et pas aux lignes de code » indique Frédéric Bordage.
 
Cette démarche est d’autant plus importante que s’imposent les objets connectés, le big data, la 5G… des évolutions qui ne vont pas vers un usage plus raisonné et sobre des ressources informatiques de l’entreprise.
 
 
Source : Cigref.fr
 

 

prévisionnistes

Dans la tête des meilleurs prévisionnistes

Comment mieux appréhender toute la confusion du monde qui nous entoure ? Pour répondre à cette question, les services de renseignement américains ont organisé entre 2011 et 2014 un « tournoi de la prévision » (The Good Judgment Project) qui a réuni plus de 20 000 participants issus d’horizons divers. Les résultats de cette immense compétition révèlent les bonnes pratiques et les aptitudes que chacun peut mobiliser pour naviguer plus intelligemment dans l’incertitude.
 
La prise de décisions implique inévitablement une phase de prévisions. Que vous travailliez au service RH, au développement commercial ou pour la fonction IT, l’aptitude à formuler des prévisions exactes est l’une des clés de décisions avisées. Et pourtant, l’exercice est incroyablement difficile, et même de plus en plus délicat dans un contexte de complexité et d’incertitude toujours plus marquées. Comment améliorer vos capacités de prévision ? Les auteurs de Superforcasting, Philip Tetlock et Dan Gardner, exposent les conclusions de l’étude qu’ils ont menée sur les vainqueurs d’une vaste compétition organisée entre 2011 et 2014 : un groupe qu’ils ont baptisé les « superforecasters » (super-prévisionnistes) en raison de l’incroyable exactitude de leurs projections. Pourquoi ces super-prévisionnistes se démarquent-ils des autres ? « La réponse n’est pas à chercher du côté de leur niveau d’études ou de leur accès à des informations sensibles. Ni du côté de leurs opinions – qu’ils soient plutôt de sensibilité libérale ou conservatrice, optimistes ou pessimistes, expliquent les auteurs. Le facteur déterminant réside dans leur manière de penser ».
 
ADOPTER UNE RÉFLEXION GUIDÉE PAR LES DONNÉES
 
L’étude révèle que le jugement des super-prévisionnistes est moins sensible aux biais cognitifs communs, en raison de leur aptitude à synthétiser un large éventail d’informations et de perspectives.
 
Inutile d’avoir la bosse des maths…
Le QI et le niveau d’éducation sont-ils déterminants pour faire de vous un bon prévisionniste ? « Si les super-prévisionnistes se situent bien au-dessus de la moyenne, ils n’affichent pas des capacités inouïes pour autant, et la plupart sont même bien loin d’entrer dans la catégorie de ceux que l’on appelle des génies, concept pour le moins délicat et souvent défini arbitrairement comme correspondant aux top 1 %, ou à un QI de 135 et plus, observent Philip Tetlock et Dan Gardner. Si l’intelligence et le bagage de connaissances aident, ils ne font que peu de différence au-delà d’un certain seuil ». L’aptitude à comprendre et à travailler avec les chiffres est davantage utile. « Les super-prévisionnistes sont des gens qui savent compter », concèdent les auteurs. Néanmoins, être mauvais en maths ne vous exclut pas forcément du clan : il est rare que les prévisions vous obligent à ingurgiter des chiffres. Par exemple, Philip Tetlock et Dan Gardner décrivent les super-prévisionnistes comme des raisonneurs bayésiens (du nom du théorème de Bayes qui permet d’actualiser les estimations d’une probabilité), mais notent toutefois que cela n’implique pas nécessairement d’être capable de résoudre une équation mathématique. Ce qui compte avant tout pour les super-prévisionnistes, ce n’est pas tant le théorème de Bayes que sa démarche de base : se rapprocher progressivement de la vérité en actualisant en permanence son raisonnement au regard des éléments probants.
 
… pour puiser dans une réflexion axée sur les données
Face à un problème, les super-prévisionnistes commencent par analyser la question pour en extraire les différentes composantes. Ensuite, ils cherchent à replacer la problématique dans un schéma plus large de phénomènes…
 
 
 
 

 

bureaucratie de l'innovation

Les Bureaucrates de l’innovation: L’organisation du Gouvernement compte-t-elle lors de la promotion de l’innovation ?

Le Center for Innovation, Research and Competence in the Learning Economy, a publié un rapport de l’Université de Lund (Suède), sur le thème des bureaucrates de l’innovation.
 
Selon le rapport, les recherches actuelles sur le rôle du gouvernement dans l’innovation portent à la fois :
- sur la façon dont les gouvernements soutiennent l’innovation dans les marchés ;
- sur la façon dont les gouvernements réalisent des innovations au sein des organisations publiques pour améliorer leurs activités de soutien du marché.
 
Les conclusions tirées de ces deux types de recherche tendent vers une seule explication : les innovations sont entraînées :
- par des organisations d’experts de haut calibre ;
- par des organisations périphériques fluides.
 
Pour les auteurs, il est particulièrement important de faire la distinction entre les organismes qui innovent dans les politiques et les organisations qui soutiennent les innovations dans le secteur privé.
 
L’une des questions clés posée par les auteurs de ce rapport est de savoir comment coordonner les activités et les capacités des divers organismes publics. Cela fait généralement appel à un leadership politique pour aborder, de façon proactive, les enjeux liés à la coordination.
 
Pour mieux soutenir l’innovation, les auteurs recommandent aux gouvernements non seulement de bien doser leur politique, mais également de prêter attention au dosage des organismes.
 
Accéder au document (en anglais)
 
 

 

études innovation

Respect de la vie privée : les Français ne font pas confiance aux services de stockage en ligne

43% des Français ont déjà utilisé au moins une fois un service de stockage en ligne, mais la méfiance reste de mise : 71% n’ont pas confiance dans la capacité de ces services à protéger leur vie privée.
91% des Français préfèreraient stocker leurs données numériques personnelles à domicile, contre 8% chez un hébergeur tiers.
A l’heure où presque 100% des foyers français ont adopté des appareils numériques (ordinateurs, smartphones, appareils photos, tablettes, etc.) le besoin de sécuriser les données qu’ils contiennent, et dont la croissance est exponentielle, devient une nécessité impérieuse. Comment les Français stockent-ils leurs photos, leurs vidéos, leur musique, etc. ? Les solutions de stockage en ligne répondent-elles à leurs exigences ? Ont-ils confiance dans les opérateurs du Cloud comme Dropbox, Google, Apple, etc. ? Lima a mandaté OpinionWay afin de répondre à ces questions et de dresser une image précise des comportements des Français en matière de stockage de données. 

Les résultats du sondage OpinionWay pour Lima révèlent que seulement 13% des Français recourent régulièrement à des services de stockage en ligne. Les moyens massifs investis par les opérateurs de services de ce type, tant dans le domaine technique que marketing, n’ont pas complétement convaincu les Français. Ces derniers n’ont pas confiance dans ces services qui selon eux n’offrent pas suffisamment de protections contre les pertes de données, le vol, le piratage, les atteintes à la vie privée et l’utilisation commerciale des données personnelles. Parallèlement, les Français, que l’on dit peu sensibilisés à la gestion de leur vie numérique, semblent au contraire très au fait des enjeux qui y sont liés. En connaissance de cause, ils refusent massivement, à tort ou à raison, de confier leurs données à des tiers.

43% des Français ont testé les services de stockage en ligne… mais la confiance n’est pas au rendez-vous

Si 43% des Français ont déjà utilisé au moins une fois un service de stockage en ligne, les résultats de ce sondage laissent penser que ce type de services ne leur inspire pas confiance. De manière générale, les Français n’ont pas confiance dans la capacité des services de stockage en ligne à protéger leur vie privée (71%), ni à offrir des garanties suffisantes contre l’utilisation commerciale de leurs données (69%). Par ailleurs, 67% des Français estiment que les services de stockage en ligne ne les protègent pas assez contre le vol et le piratage, et 51% contre la perte de leurs données. Enfin, ils considèrent à hauteur de 76% que les opérateurs ne suppriment pas définitivement leurs données une fois que leur compte est clôturé. L’effet Snowden est passé par là…
Parmi les services de stockage en ligne, Dropbox reste le plus populaire (21% des Français déclarant avoir déjà utilisé ses services). Suivent ensuite Google Drive (17%), iCloud d’Apple (15%) exæquo avec les services des opérateurs téléphoniques. One Drive de Microsoft (10%), Box (7%) et Amazon Cloud Drive (4%) ferment la marche.

Les principaux freins à l’adoption des services de stockage en ligne : vie privée, utilisation commerciale et localisation des données

Ce qui retient 60% des Français d’utiliser les services de stockage en ligne, c'est d'abord le manque de protection de leurs données numériques et de leur vie privée. Près de la moitié des Français (47%) cite en second inconvénient le fait qu'ils craignent que leurs données soient utilisées à des fins commerciales. Le prix (26%) de ces services constitue également un frein, comme la multiplication des endroits où sont stockées les données (22%).
Ajoutons que 93% des Français utilisant un service de stockage en ligne ignorent où se situent « physiquement » leurs données personnelles. Un sur deux (49%) déclare être préoccupé par ce constat. Ce chiffre grimpe respectivement à 60% et 54% chez les 18-24 ans et les 25-34 ans, traduisant une attente plus forte de la nouvelle génération en ce qui concerne la localisation de leurs données.

La clé USB et stockage à domicile plébiscités par les Français

Conséquence de leur première expérience de ces services en ligne et de leur manque de confiance, les Français choisissent de stocker leurs photos, vidéos, documents texte, etc. dans des clés USB ou des disques durs externes (69% des réponses contre 47% pour les téléphones, ordinateurs et tablettes), bien qu’ils soient difficilement accessibles à distance. Le phénomène est encore plus important chez les 25-34 ans : trois quarts d’entre eux privilégient ces supports.
Parallèlement, 91% des Français préfèreraient stocker leurs données numériques personnelles à leur domicile et qu’elles restent accessibles partout où se trouve leur propriétaire, plutôt que chez un hébergeur tiers (8%). Clairement, les Français, quel que soient leur âge, expriment une ferme volonté de garder le contrôle de leurs données personnelles. Les services Cloud, utilisés régulièrement par seulement 13% des personnes interrogées, ne paraissent pas remplir les conditions de sécurité et de confiance qu’appellent de leurs vœux les Français.

« Lors de nos rencontres avec nos backers, ou encore lors de salons comme le CES, nous avons reçu beaucoup de questions concernant la protection des données personnelles. On a ressenti beaucoup d’intérêt sur ce sujet, c’est pourquoi nous avons souhaité en savoir plus » explique le cofondateur et CEO Séverin Marcombes.

Les résultats de ce sondage rejoignent les conclusions d’une enquête réalisée aux Etats-Unis par Pew Research1 au début de l’année. Celles-ci dévoilent que les Américains n’ont pas confiance dans la capacité de leur gouvernement et des sociétés privées à protéger la confidentialité de leurs données. 90% considèrent comme essentiel le contrôle des personnes accédant à leurs données privées, mais seulement 50% pensent pouvoir réellement l’exercer. Le phénomène touche l’ensemble de la planète. Après les révélations d’Edward Snowden sur les pratiques de la NSA, les citoyens ont pris conscience des limites des réglementations sur la protection de la vie privée et comptent avant tout sur eux-mêmes pour protéger leurs données personnelles.

«  Lors de nos rencontres avec nos backers, ou encore lors de salons comme le CES, nous avons reçu beaucoup de questions concernant la protection des données personnelles. On a ressenti beaucoup d’intérêt sur ce sujet, c’est pourquoi nous avons souhaité en savoir plus » explique le cofondateur et CEO Séverin Marcombes.

Les résultats de ce sondage rejoignent les conclusions d’une enquête réalisée aux Etats-Unis par Pew Research (1) au début de l’année. Celles-ci dévoilent que les Américains n’ont pas confiance dans la capacité de leur gouvernement et des sociétés privées à protéger la confidentialité de leurs données. 90% considèrent comme essentiel le contrôle des personnes accédant à leurs données privées, mais seulement 50% pensent pouvoir réellement l’exercer. Le phénomène touche l’ensemble de la planète. Après les révélations d’Edward Snowden sur les pratiques de la NSA, les citoyens ont pris conscience des limites des réglementations sur la protection de la vie privée et comptent avant tout sur eux-mêmes pour protéger leurs données personnelles. 

Méthodologie de l’enquête :

L’enquête menée par OpinionWay pour le compte de Lima a été réalisée les 20 et 21 mai 2015 auprès d’un échantillon de 1012 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. Interrogé en ligne sur système CAWI (Computer Assisted Web Interview), cet échantillon a été constitué selon la méthode des quotas, au regard des critères de sexe, d’âge, de catégorie socioprofessionnelle, de catégorie d’agglomération et de région de résidence. OpinionWay rappelle que les résultats de ce sondage doivent être lus en tenant compte des marges d'incertitude : 2 à 3 points au plus pour un échantillon de 1000 répondants.

(1) Citée par le New York Time : bits.blogs.nytimes.com/2015/05/20/survey-finds-americans-dont-trust-government-and-companies-to-protect-privacy/

A propos de Lima France

Révélé sur Kickstarter à l’été 2013, Lima conçoit un boîtier qui unifie la mémoire de tous vos appareils (ordinateurs, tablettes, smartphones). Lima vous permet ainsi d’ouvrir n’importe lequel de vos appareils et de voir toujours exactement les mêmes fichiers, sans avoir besoin de les copier, de les transférer ou de le récupérer sur une plateforme cloud. Fini les soucis de synchronisation et de limite d’espace de stockage de mes appareils ! De plus contrairement au Cloud, les fichiers sont stockés chez vous, sur votre propre disque dur externe.
Lima est le premier projet français à avoir dépassé le million de dollars récoltés sur la plateforme de crowdfunding américaine Kickstarter, grâce à plus de 12 800 backers. Présenté en juillet 2013, Lima a atteint son objectif de financement en seulement 12 heures, pour finalement devenir le sixième projet le plus soutenu sur la plateforme à l'époque dans la catégorie Technologie. 

meetlima.com

 

 

innovations sociales

L’impact d’Internet sur le fonctionnement du marché du travail

Le numérique a profondément bouleversé nos sociétés. Le marché du travail n’est pas resté à l’écart : on peut dire qu’il existe aujourd’hui un « marché du travail en ligne » et les outils numériques sont de plus en plus utilisés pour le recrutement. Pourtant, cette évolution n’a été que peu analysée et son impact sur la qualité du fonctionnement du marché du travail peu étudié. Le Conseil d’orientation pour l’emploi a donc jugé nécessaire de se saisir de ce sujet et d’en clarifier les enjeux.

Dans ce rapport, le Conseil dresse d’abord un panorama du marché du travail en ligne : les acteurs de l’emploi et du recrutement en ligne se sont multipliés et diversifiés (job boards, agrégateurs, réseaux sociaux, sites de e-cooptation, sites de notation d’entreprises, plateformes de travail à la tâche etc.).
Le rapport du Conseil montre ensuite que les acteurs du marché du travail s’approprient l’ensemble de ces outils, dans une logique de fluidification et de transparence. « Chercheurs d’emploi et recruteurs adaptent progressivement leurs comportements et stratégies. Leurs pratiques changent très vite », explique Marie-Claire Carrère-Gée, présidente du Conseil d’Orientation pour l’Emploi.
Le rapport décrit ainsi la manière dont Pôle Emploi a développé son usage des technologies numériques, dans un contexte où un nombre croissant d’acteurs privés diffusent un grand volume d’offres d’emploi et assurent une fonction d’intermédiation. Outre une démarche partenariale destinée à coordonner l’ensemble de ces initiatives, l’opérateur public a développé une stratégie numérique pour améliorer le service offert aux demandeurs d’emploi et aux entreprises.
Le rapport du Conseil fait également le point sur l’adaptation du cadre juridique à la situation actuelle du marché du travail sur internet, tant en ce qui concerne le droit applicable aux offres d’emploi et au recrutement que la protection des données personnelles.

Plus d’information, plus de transparence, plus de dynamisme grâce à internet, le marché du travail pourrait mieux fonctionner et être mieux connu

Surtout, le rapport entend mieux appréhender les effets de l’utilisation du numérique sur le fonctionnement du marché du travail.
Il montre qu’en facilitant l’accès à l’information, en augmentant de manière considérable la quantité d’informations en circulation et en desserrant les contraintes de temps et d’espace, internet et les technologies du numérique sont susceptibles de favoriser le « matching » et d’avoir un impact positif sur le marché du travail. « L’espoir est que chaque candidat puisse trouver plus facilement l’emploi qui lui convient le mieux et que chaque recruteur puisse, lui aussi plus facilement, trouver le meilleur candidat », souligne Marie-Claire Carrère-Gée.
Des études faites aux Etats-Unis montrent d’ailleurs que les personnes qui cherchent du travail sur internet en complément des moyens de recherche traditionnels trouvent désormais plus vite que celles qui cherchent hors ligne.
A terme, grâce à l’exploitation des nombreuses données sur le marché du travail et des mises en relation facilitées, internet devrait également favoriser la réduction du nombre d’emplois vacants, difficiles à pourvoir.
Enfin, « internet permettra aux pouvoir publics d’avoir une bien meilleure connaissance du marché du travail qu’aujourd’hui et donc de définir des politiques de l’emploi mieux adaptées. »
Il faut toutefois tenir compte du fait qu’en dépit d’indiscutables progrès, internet n’a pas rendu le marché du travail totalement transparent. Tous les recrutements ne font pas l’objet d’une offre et une partie du marché reste cachée. Les offres d’emploi ont gagné en précision, mais la majorité d’entre elles ne comporte aucune indication sur la rémunération. Et l’information sur les emplois offerts et les entreprises comme sur le profil ou l’expérience des candidats n’est pas toujours sincère, même si de nouveaux outils permettent d’en vérifier plus facilement la fiabilité.

Des enjeux liés à l’accentuation de la concurrence sur le marché du travail, des enjeux de segmentation aussi

Par ailleurs, l’un des principaux apports d’internet est d’avoir élargi le marché du travail en permettant aux actifs, qu’ils soient ou non à la recherche d’un emploi, d’exposer leurs parcours et leurs compétences sur les réseaux sociaux, accentuant ainsi la concurrence entre salariés en poste et demandeurs d’emploi. « C’est très positif, car le marché du travail est plus large et plus dynamique mais, dans une période où le rythme de créations d’emploi est ralenti, une concurrence accrue entre salariés en poste et demandeurs d’emploi peut accentuer les difficultés des chômeurs de longue durée » explique Marie-Claire Carrère-Gée.
De plus, la diffusion, le contrôle, l’échange et le traitement de l’information deviennent des enjeux majeurs.
Du côté des candidats, la démultiplication de l’information peut entraîner un manque de lisibilité de l’ensemble des opportunités d’emploi existantes, renforcé par la persistance d’offres qui ne sont plus valides. Si la diffusion du numérique s’est généralisée, il existe des disparités d’équipement et de maîtrise des techniques et des « codes » du marché du travail en ligne entre les demandeurs d’emplois. Pour les personnes les moins qualifiées, l’enjeu de l’adaptation à l’outil numérique est considérable.
Des telles segmentations existent également entre les grandes entreprises et les petites, qu’il s’agisse du degré d’utilisation d’internet pour le processus de recrutement ou du recours, plutôt par les grandes entreprises, à des outils automatisés de gestion et de tri des candidatures. Le recours à ces outils automatisés crée enfin des enjeux de transparence des processus de recrutement, avec une information des candidats qui n’est pas toujours au rendez-vous et des risques de formalisation excessive des premières étapes de la sélection, avec le renforcement d’un certain « conformisme » des recrutements.

Optimiser l’utilisation d’internet

Le COE a identifié plusieurs pistes d’optimisation d’internet pour améliorer le fonctionnement marché du travail et répondre aux attentes et aux besoins de tous ses acteurs. Ces pistes sont organisées autour de plusieurs axes :
- Encourager une meilleure coopération entre les opérateurs privés et les administrations chargées de la statistique publique et des politiques de l’emploi, afin de mieux exploiter la mine d’informations sur le marché du travail présente sur internet ;
- Renforcer la diversité des compétences disponibles au sein des administrations publiques ;
-Améliorer la qualité des offres d’emploi, lutter contre les stéréotypes et d’éventuelles discriminations ;
-Améliorer encore les référentiels de métiers et de compétences ainsi que leur utilisation, afin qu’ils deviennent un outil plutôt qu’une contrainte pour les demandeurs d’emploi et les employeurs ;
- Améliorer encore le volume d’offres et de CV disponibles sur le site de Pôle emploi ;
- Optimiser l’utilisation d’internet pour réduire le nombre d’emplois durablement vacants ;
- Réduire les inégalités et segmentations sur le marché du travail en ligne ;
- Améliorer la protection des données personnelles, la transparence et la neutralité du marché du travail en ligne ;
- Améliorer la connaissance de l’impact d’internet sur le fonctionnement du marché du travail.

Télécharger la synthèse du rapport

 

numérique

« Le numérique déroutant » : l’impact du digital sur les PME, question de survie et opportunité sans précédent

Le secteur du numérique et la numérisation de l’économie représentent des opportunités considérables pour les PME et toutes les entreprises françaises. La France a des atouts indéniables, au premier rang desquels la qualité de ses ingénieurs, mais aussi la puissance de ses grandes entreprises et de ses infrastructures de télécoms, ou encore son avance relative dans le secteur de l’advertising technology. Pour autant, le numérique fait aussi la preuve, depuis plusieurs années, de sa capacité à bouleverser totalement un secteur d’activité en « déroutant » sa valeur vers de nouveaux acteurs émergents, principalement les plateformes d’intermédiation. Quelle est la portée de cette menace ? Quels secteurs peut-elle toucher ? Comment y faire face ? Comment en tirer tout le parti possible dans les secteurs favorables pour les entreprises françaises ? C’est l’objet de cette nouvelle étude de Bpifrance Le Lab, menée sous la direction d’Olivier Sichel, président de LeGuide.com
(Illustration ©Getty Images)

Bpifrance Le Lab s’est fixé pour objectifs d’améliorer la connaissance des PME et ETI françaises, et de stimuler la réflexion stratégique des dirigeants, avec pour finalités une plus forte croissance des entreprises et un regain d’investissements pour anticiper la France de demain.

C’est parce qu'il faut changer le regard porté sur l’émergence du numérique dans tous les domaines d’activités et susciter une prise de conscience des dirigeants d’entreprise sur les bouleversements radicaux qu’il implique, que Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance, a confié la réalisation d’une étude à Olivier Sichel, président de LeGuide.com, membre du Comité national d’orientation de Bpifrance, avec le concours d’un comité de pilotage d’experts. Cette étude qui veut « réveiller les filières » (« Wake up call ») donne des clés de compréhension et d’action aux acteurs économiques sur la révolution numérique à l’œuvre dans de nombreux secteurs.

Une question de survie

Si la croissance économique mondiale semble marquer le pas dans les grands pays développés, il existe néanmoins des secteurs dans lesquels elle progresse à deux chiffres depuis déjà plusieurs années :
- Des taux de croissance annuels à 20, 30 voire 50 % sont revendiqués par les services Internet : les réseaux sociaux, les applications mobiles, les marchés du cloud ou encore le e-commerce ;
- Les acteurs de ces services, nés dans les années 1990 ou encore plus récemment dans les années 2000, multiplient leur chiffre d’affaires dans des proportions impressionnantes (entre 2008 et 2013), selon des facteurs de 3, 4, voire jusqu’à 25 pour Facebook, fondé en 2004.

Intégrer et comprendre les enjeux numériques suppose de prendre la pleine mesure de l’innovation disruptive, l’innovation « déroutante » qui est d’abord et avant tout un processus de transformation d’un marché. Dans la recomposition souvent radicale de la chaîne de valeur, le numérique permet à de nouveaux acteurs de capter, littéralement « dérouter », du chiffre d'affaires au sein des chaînes de valeur traditionnelles.

Avec cette étude, Bpifrance Le Lab adopte une approche volontairement décalée pour attirer l’attention sur la révolution numérique en cours, porteuse de changements profonds dans l’ensemble des secteurs de l’économie. La question est simple : dans bien des secteurs, il s’agira de renouveler en profondeur le modèle économique sous peine de disparaître. Ceux qui n’y parviendront pas seront en effet condamnés à une mort lente ou, au minimum, à un déclassement sur la chaîne de valeur. Mais ceux qui y parviendront, au contraire, deviendront les leaders de leur secteur : formidable opportunité dont les entrepreneurs français doivent aussi se saisir !
Les cartes vont être rebattues, au détriment des acteurs traditionnels, souvent des PME, qui ne sont pas suffisamment conscientes des risques à venir et des opportunités sur lesquelles se positionner. Si toutes partageaient jusqu’à maintenant l’idée que leur croissance devait s’appuyer sur le numérique, elles doivent réaliser qu’il s’agit maintenant d’une question de survie, autant que d’une opportunité sans précédent.
Le conflit entre Uber et les taxis n’en est qu’une petite illustration récente. Le modèle de disruption suivi par Uber l’avait déjà été par les plateformes Internet de réservation de voyages, modifiant radicalement les chaînes de valeur du secteur du tourisme.
Ce « numérique déroutant » concernera demain d’autres secteurs…

Le BTP, la plasturgie ou le transport de petits colis… quelques exemples de futurs champs potentiels pour le numérique déroutant

L’étude s’attache ainsi à examiner le BTP, la plasturgie, ou le transport de petits colis, autant de secteurs traditionnels qui pourraient se croire hors champ de ces nouveaux enjeux du numérique.

À l’aune de cette réflexion et de ce choix d’analyse de sa diffusion dans les entreprises, le numérique apparaît en tant que facteur de recomposition totale de la chaîne de valeur, autour d’un même schéma-type quel que soit le secteur.

L’introduction du logiciel dans la chaîne de valeur a un effet à double détente :

• Un nouvel acteur émerge et remédie à des manques diagnostiqués comme l’absence de fluidité, de visibilité dans le secteur. Le tourisme en est un exemple type avec les plateformes de réservation ;
• Dans un second temps, la plateforme capte une part croissante de la valeur au détriment des acteurs historiques du secteur, qui la nourrissent avec ses données ;
• La forme oligopolistique que revêtent ces intermédiaires est de nature à leur donner un pouvoir de marché qui leur permet d’imposer des conditions aux TPE et PME du secteur.

Trois « lignes Maginot » à dépasser

Pour comprendre les bouleversements radicaux amenés par le numérique, trois barrières conceptuelles (de fausses « lignes Maginot ») doivent être dépassées. Elles font croire aux PME concernées que le « numérique ne passera pas » alors qu’elles ne permettent pas réellement de se protéger et interdisent a fortiori d’en devenir les nouveaux champions :

• La proximité physique avec son client ne suffit pas : la qualité de service des Amazon, Price Minister, Ventes Privées et autres Cdiscount (dont quatre opérateurs français, notons-le) ont eu largement raison du libraire « si proche de son client », ou de distributeurs spécialisés en équipement de la maison ou en high-tech ;
• Les réglementations et « barrières à l’entrée » subissent la pression des consommateurs : les plateformes telles qu’Airbnb bénéficient d’une telle popularité qu’il est difficile pour les pouvoirs publics de limiter leur activité ;
• La non-délocalisation est une protection illusoire. L’hôtellerie a par nature une activité non-délocalisable. Elle a pourtant subi une profonde mutation de son modèle économique, avec l’apparition en moins de dix ans de nouveaux opérateurs Internet qui lui « déroutent » de 15 à 30 % de ses ventes en ligne, et qui sont devenus incontournables.

Saisissons-nous du « numérique déroutant » : cinq recommandations de Bpifrance

o N° 1 : Informer beaucoup plus largement les entrepreneurs sur les enjeux du numérique. C’est le rôle des fédérations professionnelles et des autres acteurs des filières, des CCI, du Conseil national du Numérique, etc.
o N° 2 : Choisir l’une des deux stratégies possibles (ou les combiner) face à la puissance des acteurs du numérique déjà en place sur certains marchés :
- Susciter et favoriser les réponses collectives aux menaces que représentent aujourd’hui les grandes plateformes numériques d’intermédiation, plateformes d’intermédiation communes portées par une collective notamment ;
- « Disrupter pour ne pas être disrupté », en encourageant la création de nouvelles PME disruptives françaises, à vocation mondiale. Les succès de Blablacar ou, en B2B, de Criteo, ou encore la dynamique de la French Tech, démontrent que cela n’a jamais été aussi faisable en France.
o N° 3 : Encourager la recherche sur les thèmes liés aux PME et à la technologie numérique, notamment en lien avec Bpifrance Le Lab.
o N° 4 : Prendre en compte, au niveau des pouvoirs pu blics et des principaux acteurs, les enjeux majeurs concernant la propriété des données, déjà au cœur des nouveaux modèles économiques. Le développement de l’économie des objets connectés renforce encore cette urgence.
Concrètement, les entreprises doivent être conscientes que leurs données sont une ressource clé dans ce nouvel univers et qu’en conserver la propriété est une priorité stratégique.
o N° 5 : Défendre, lorsque c’est pertinent en termes d’égalité des règles de concurrence ou de protection du consommateur, l’application de notre droit face aux abus caractérisés de certains des nouveaux acteurs du numérique. (Source : Etude Bpifrance Le Lab - 19 Fév 2015)

Télécharger l'étude complète

 

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