UP' Magazine L'innovation pour défi

thomas pesquet astronaute

Première performance artistique réalisée dans l’espace

Lors de son séjour de six mois à bord de la Station Spatiale Internationale (ISS) qui débutera fin 2016, le spationaute français Thomas Pesquet réalisera, à l'initiative de l'Observatoire de l'Espace du CNES, Télescope intérieur, une expérience artistique imaginée par l’artiste international Eduardo Kac.
À l’occasion de la prochaine mission Proxima à bord de l'ISS, l’Observatoire de l’Espace, le laboratoire arts-sciences du CNES, propose un projet inédit : il souhaite se tenir au plus proche de l’actualité spatiale autant que de l’art, dans ses formes les plus contemporaines, dans un projet où la station spatiale et le spationaute français à son bord, seront vecteurs d’un projet artistique inédit qui n’existe qu’en apesanteur.

La Poésie Spatiale d’Eduardo Kac

Télescope intérieur est une poésie spatiale imaginée par l’artiste Eduardo Kac, une œuvre de papier où le langage libéré des contraintes de la pesanteur est vecteur d’une expérience inédite. « La Poésie Spatiale est une poésie performative, puisque le corps du lecteur, alors en apesanteur, est engagé dans une expérience de lecture kinesthésique. Les poèmes spatiaux sont semblables aux œuvres d’arts visuels dans la mesure où ils ne sont pas destinés à être imprimés dans un recueil mais à flotter en apesanteur. Ils contiennent peu de mots (leur charge sémantique est décuplée par l’exploration des réactions de la matière en apesanteur) mais engagent la participation directe du lecteur » explique l’artiste.
 
Internationalement reconnu, notamment pour ses œuvres interactives sur le Net et sa pratique en bio art, cet artiste américain, né en 1962, explore depuis plus de trente ans les possibilités syntaxiques et formelles d’une poésie nouvelle qui entretient des relations étroites avec la matérialité de la science et la technologie. En 1983, il crée le terme d’ « holopoésie » pour décrire ses textes flottants tridimensionnels marquant ainsi le début d’une relation intense entre pratique artistique et technologie. Il est d’ailleurs l’auteur d’un manifeste de la Poésie Spatiale, où il défend l’idée que la poésie pourra se déployer sous de nouvelles formes lorsque le langage sera libéré des contraintes de la pesanteur.
 
 
Dès 2007, Edouardo Kac a esquissé un programme où l’« authentique poésie de l’espace » était définie par sa capacité à tester une syntaxe et des comportements matériels irréalisables dans les conditions terrestres. Télescope intérieur se matérialise par deux formes découpées dans du papier qui, une fois lancées en apesanteur et d’une manière que seule permet l’absence de gravité, composent les trois lettres du mot « moi », dont la concision est compensée par les aspects changeants que son mouvement donnera à l’assemblage. Le texte se fera également sculpture mobile, telle que, selon l’angle et le moment, chacun pourra y lire ou non différents caractères, y voir un volume abstrait ou la représentation d’un instrument d’observation, d’un satellite, d’une figure humaine.
 
Représentant d’une parcelle de l’humanité exportée dans l’espace, Thomas Pesquet incarne un point vivant, à qui revient la réalisation de cette œuvre de Poésie Spatiale. C’est en partant de l’individu comme un expérimentateur qu’Eduardo Kac propose d’engager une méditation sur notre avenir sur la Terre et sur notre présence dans l’univers. Détaché de notre planète natale, Télescope Intérieur devient, par l’intermédiaire de Thomas Pesquet dans l’ISS, un instrument d’observation et de réflexion poétique pour réinventer notre rapport au monde.
 
Thomas Pesquet, né en 1978, est ingénieur de formation, diplômé de l’Ecole nationale supérieure de l’Aéronautique et de l’Espace. Il a travaillé pendant deux ans au CNES en tant que responsable de projets de recherche sur les segments sol des missions spatiales du futur, d'harmonisation de technologies européennes, d'autonomie des satellites et de standardisation des échanges de données entre agences internationales. Il est également passionné de vol et a exercé comme pilote pour Air France et instructeur de vol sur l’Airbus A-320.
Cette double compétence lui a permis d’être recruté en 2009 par l’ESA pour faire partie de sa nouvelle génération d’astronautes, groupe dont il est le plus jeune représentant. En 2014, il a été affecté à l'expédition n°50 de l'ISS. Il sera ingénieur de vol pour la station qu'il rejoindra fin 2016 pour une durée de 6 mois. Il s'entraine aux Etats-Unis, en Russie et à Cologne où il a rencontré Eduardo Kac pour une répétition de Télescope intérieur.

Pourquoi un poème dans l’espace ?

En inscrivant dans son programme de recherche à bord de l’ISS un dispositif poétique, l’Agence spatiale européenne nous rappelle qu’explorer et expérimenter ne sont pas l’apanage des sciences et techniques, et que la culture et la création artistiques forment une composante majeure de la vie humaine, notamment dans un environnement qui la force à se réinventer.
Le dispositif imaginé par Eduardo Kac lance une question aux spécialistes de l’espace comme au reste du public : quel type d’écriture et quelle expérience de l’écrit peut-on concevoir, non pas à propos de l’Espace, mais en son sein, avec ses outils et ses contraintes ?

Construction et restitution du projet

L’Observatoire de l’Espace suit depuis plusieurs années le travail d’Eduardo Kac sur la poésie spatiale. Celui-ci a notamment participé à Espace(s), la revue de création et de littérature contemporaine éditée par l’Observatoire de l’Espace, et à Sidération, le festival des imaginaires spatiaux. Conscient de l’opportunité unique que constitue le séjour de l’astronaute français de l’ESA Thomas Pesquet à bord de la Station spatiale internationale, l’Observatoire de l’Espace a mis en relation l’artiste et le scientifique et les a accompagné dans l’élaboration du dispositif qui sera expérimenté et constituera une grande première dans le champ de la création artistique dans l’Espace. Eduardo Kac et Thomas Pesquet se sont rencontrés à plusieurs reprises et l’astronaute s’est entraîné, au Centre européen des astronautes de Cologne, à réaliser l’objet, guidé par l’artiste.
Afin de partager avec le grand public cette expérience hors du commun et les questions qu’elle soulève, un film documentaire sera réalisé et présenté pour la première fois lors du festival Sidération au siège du CNES en mars 2017.
 
L'Observatoire de l'Espace est le laboratoire arts-sciences du CNES. Il propose à des artistes une immersion spatiale pour susciter des créations originales inspirées de l'Espace et partager avec le public la richesse de cet univers. L'Observatoire de l'Espace accompagne des projets dans tous les champs de la création : littérature, spectacle vivant, art contemporain, et imagine sans cesse de nouvelles expérimentations avec les artistes pour susciter l'inspiration.
Le fruit de ces collaborations est présenté au public sous des formes variées : livres, expositions, festivals, rencontres, spectacles, proposés au siège du CNES à Paris ou hors-les-murs.
 
L’Agence spatiale européenne veut rappeler qu’explorer et expérimenter ne sont pas l’apanage des sciences et techniques, et que la culture et la création artistiques forment une composante majeure de la vie humaine, notamment dans un environnement qui la force à se réinventer. Afin de partager avec le grand public cette expérience et les questions qu’elle soulève, un film documentaire sera réalisé et présenté pour la première fois lors du festival Sidération au siège du CNES en mars 2017.
 
 

 

arts et culture

La richesse énigmatique du vivant

C’est un des plus grands défis de notre époque : la manipulation du vivant. L’interpénétration de la biologie et des sciences de l’information, de la chair et de la technologie. Les implications, les conséquences éventuelles de ce croisement, de cette hybridation, fascinent et effraient. D’une certaine manière, elles dépassent notre imagination, parce qu’elles ouvrent l’avenir sur un inconnu qui semble abyssal. C’est le paradoxe de notre temps des connaissances plus que décuplées, surmultipliées, esquissent des possibles presque impensables, vertigineux. Nous ne pouvons plus croire que nous savons ce que nous engageons, en même temps que nous découvrons des outils, des objets qui semblent permettre de résoudre des problèmes qui nous paraissaient hier insolubles. Nous nous retrouvons donc devant des questionnements éthiques monumentaux, quasi indécidables, tant les tenants et les aboutissants sont complexes.
Illustration : Peinture d'Eugen Gabritschevsky - Sans titre - Gouache sur papier 21 X 29,5 © Galerie Chave, Vence 
 
Les 15, 16 et 17 septembre prochains, sur le campus de l’université Paris-Diderot, Synenergène et l’université Paris I Panthéon-Sorbonne organisent trois jours de réflexion autour de la question de l’invention d’un futur viable. Parallèlement, la maison rouge expose, jusqu’au 18 septembre, deux artistes dont le travail est intimement lié à la science et à la vie. On pourrait même parler d’un nouveau ménage à trois réunissant l’art, la science et le vivant. La double proposition faite par Antoine de Galbert, le fondateur du lieu et Paula Aisemberg, sa directrice, des œuvres d’Eugen Gabritschevsky et de Nicolas Darrot, présente d’étonnantes résonances avec ces questionnements, et suggère un écart, un détour, par rapport aux manières usuelles de les réfléchir.
 
Eugen Gabritschevsky, né à Moscou en décembre 1893 et mort à l’hôpital psychiatrique de Haar-Eflingen, près de Munich, en 1979, était à la fois un grand chercheur, qui travaillait sur la génétique des insectes, et un artiste talentueux. Des troubles psychiatriques graves ont mis prématurément un terme à sa carrière scientifique, mais pas à son activité picturale. Il ne faudrait pourtant pas ranger son œuvre dans la « catégorie » de l’art brut et considérer sa production picturale comme la résultante du trouble mental qui le frappait.
 
Dans un texte remarquable que l’on peut lire dans le catalogue de l’exposition, Annie Lebrun montre que Gabritschevsky s’est engagé dans la folie comme sur le chemin qui, seul, pouvait lui permettre d’aller plus loin dans la connaissance de son objet d’études. Il est sorti de l’expression scientifique pour aller au contact de ce qu’il percevait comme la nature profonde et pullulante du vivant, qu’il avait tenté d’expliquer dans des travaux de haute volée.
 
Plus qu’Icare qui se serait approché trop près du soleil, Gabritschevsky semble avoir suivi, dans l’espace de la connaissance, le chemin dans lequel se sont engagés, dans la tradition mystique russe – et il n’est sans doute pas indifférent qu’il soit né en Russie –, les fols en Christ. Celui d’une approche de l’indicible par le dépassement de la raison. Comme l’explique Annie Lebrun, l’artiste, dans sa pratique picturale, retrouve des approches – notamment mimétiques et l’on pourrait presque dire chamaniques – qu’il employait dans son exploration scientifique, lesquelles lui donnait une perspicacité reconnue par ses pairs. De fait, en situation asilaire, il ne va jamais cesser d’explorer métaphoriquement les mystères de la nature, produisant une œuvre plastique considérable, de toute beauté et d’une puissance évocatrice étonnante. Ce qui pourrait sembler la simple transposition picturale des fantasmes d’un esprit troublé ou la projection d’une psychologie en déroute est en réalité une tentative de se mettre en présence de la richesse énigmatique du vivant.
 
Celui-ci, tel que le figure Gabritschevsky au fil de sa plongée dans la folie, avec une profusion de techniques et de formes, est à la fois magnifique et inquiétant, insaisissable et surprenant. Du macroscope au microscope, souvent imbriqués, le vivant apparaît dans un mélange paradoxal de complexité et de simplicité – où l’humain n’est jamais très loin –, toujours chargé d’émotions presque métaphysiques. C’est ainsi, en effet, que l’homme de science et d’art essaie de capter l’élan vital, comme s’il lui importait par-dessus tout d’en rendre compte, alors qu’il se voit lui-même enfermé dans la nuit, en prison, et qu’il affirme qu’en lui la vie s’éteint. La lettre bouleversante qu’il écrit en 1946 – lettre qui ouvre l’exposition de la maison rouge (1) – en témoigne très précisément.
 
Ainsi, cette œuvre suggère au spectateur que le vertige qui nous saisit aujourd’hui existe déjà dans la nature. Elle invite à une forme d’ajustement intérieur incertain, à une mise en correspondance avec ce qui vibre dans le vivant, avec ses manières d’être et d’apparaître, avec ses façons de se donner comme de se voiler. Pour envisager l’avenir du vivant, la quête de Gabritschevsky indique une nouvelle direction qui pourrait compléter et enrichir les questionnements éthiques : une invitation à se hisser à la hauteur de son mystère. Cela suppose, comme le disent les poètes, d’opérer une descente en soi, que Gabritschevsky a poussée à l’extrême dans un mouvement rimbaldien de mise en jeu de toute sa personne, avec une fécondité prodigieuse.
 
Nicolas Darrot. Dronecast, 2008, matériaux divers, 30x40x18, collection privée, France
 
Deuxième exposition de la maison rouge : Règne analogue de Nicolas Darrot. Cet artiste français né en 1972 au Havre s’intéresse plus au vivant qu’à la nature elle-même, en ce sens que le premier ne se réduit pas à la seconde. Fréquentant volontiers le monde scientifique, il cherche à mimer ou à répliquer le vivant, à travers d’ingénieux dispositifs poétiques où la part du hasard et de l’échec dans le processus créatif est loin d’être négligeable. Chez lui, le paradoxe vient de ce qu’il efface, tout en la soulignant souvent humoristiquement, la frontière entre l’artifice et la nature. Il joue sur le flou de leur séparation, voire sur la conjonction de l’un et de l’autre.
 
Si son œuvre est ludique, elle est aussi grinçante, elle flirte volontiers avec l’effroi, comme on peut le voir avec ses Injonctions, qui donnent de la voix et du mouvement à des petites silhouettes d’autant plus inquiétantes qu’il met en scène une forme d’impuissance ou d’étrangeté, ou avec ses Dronecast, sortes d’insectes hybridés de mécaniques et de technologies guerrière. Pourtant, Nicolas Darrot n’insiste pas tant sur les apprentis sorciers de la science, que sur la puissance poétique qu’il trouve chez certains scientifiques et quelques-uns des dispositifs qu’ils conçoivent. Plus qu’à la critique, c’est à la subversion de l’empire de la technologie par la poésie que se livre l’artiste. Il le fait, en associant à la technique la réflexion mythologique, philosophique, historique et littéraire. C’est à une hybridation plus complète qu’il se livre pour produire une expression du vivant à travers ses machines artistiques, ses œuvres animées qui rejoignent en autres celle de Tinguely. Ainsi de son Misty lamb qui s’enveloppe de brume sous un voile d’or, ou de sa Petite ourse de bronze qu’un dispositif réfrigérant dote d’un émouvant pelage de givre.
 
Nicolas Darrot, Petite ourse, 2014, bronze et système frigorifique, 170x35x25cm, collection Ramus del Rondeaux, France
 
Quand on observe les œuvres de Nicolas Darrot, il importe moins de trancher définitivement les débats à partir de principes supposés indiscutables que d’être attentif à ce qui se produit à la frontière, à la marge, pour en recueillir la puissance créatrice ou poétique. L’émotion et l’ironie semblent de puissants moyens de ramener à plus de modestie la marche forcée d’un progrès technique, qui promet à bien des égards d’être de plus en plus inhumain, si l’on ne l’interroge pas. C’est une manière de désarmer la volonté de puissance tout en accompagnant l’avancée irrépressible de la science et de la technique. C’est en effet à partir de la représentation artistique que l’on peut réintégrer la figure du tragique et la métaboliser humainement autrement qu’en brandissant un catastrophisme dont la répétition produit une accoutumance, une anesthésie qui conduit à l’indifférence et à l’impuissance.
 
Jean-François Bouthors, Essayiste - Ecrivain
UP' Magazine remercie la Revue Esprit qui a édité l'original de ce texte le 19 juillet 2016
 
(1)    La maison rouge présente deux cent cinquante dessins et peintures d’Eugen Gabritschevsky.
 
« Eugen Gabritschevsky 1893-1979 », exposition à la maison rouge, jusqu’au 18 septembre.
 
« Règne analogue », carte blanche à Nicolas Darrot, à la maison rouge, jusqu’au 18 septembre.
 
 

 

Anish Kapoor Black

Black Kapoor : Un artiste peut-il s’approprier une couleur ?

C’est une première dans l’histoire de l’art. Un artiste de renommée internationale, Anish Kapoor, vient d’acheter les droits exclusifs d’utilisation d’une couleur : le noir. Pas n’importe quel noir, le Ventablack, un pigment inventé par la firme de technologie anglaise Surrey NanoSystems, fabriqué à partir de nanotubes de carbone. Un noir absolu, qui absorbe 99,96 % de la lumière et rend les objets comme invisibles. Tollé dans la communauté des artistes qui s’insurgent contre ce rapt inédit d’une couleur de la palette des peintres.
 

Le noir le plus noir

 
C’est le noir le plus noir du monde. Un pigment qui absorbe le moindre photon de lumière, fruit des technologies les plus avancées en matière de nanomatériaux et plus particulièrement de nanotubes de carbone.
Inventé par la société anglaise Surrey NanoSystems, il est destiné à l’origine à revêtir certains satellites d’observation astronomiques en leur ôtant toute trace de reflet et de lumière parasite. Il est aussi convoité par l’armée pour recouvrir les appareils et aéronefs furtifs d’une couche d’invisibilité absolue. Vous ne trouverez pas cette peinture en bidons de cinq litres dans votre magasin de bricolage favori. Ce noir absolu est un produit de haute complexité fait à partir de nanotubes dix mille fois plus fins qu’un cheveu, et qui, assemblés ensemble, piègent toute particule de lumière. 99.675 pour être précis. À titre de comparaison, l’asphalte reflète 4 % de la lumière, le charbon en absorbe 99.5 %. Les centièmes de différence font justement toute la différence dans la quête du noir absolu.  
 
 
Recouvert de cette peinture, un objet perd tout relief, tout contraste, toute identité. Un trou noir troublant, mystérieux, un vide sidéral. Un noir qui aurait enthousiasmé Pierre Soulages qui passât sa vie à peindre cette couleur sans couleur. C’est dans la palette des peintres celle qui fascine le plus car elle semblait jusqu’ici inaccessible. Le noir de bougie, trop fade, ou le noir d’ivoire, trop cher, ont toujours attiré les peintres. De Rembrandt, prince du clair-obscur, à Malevitch et son Carré noir, acte de naissance du suprématisme.
 

Exclusivité

 
Il n’est donc pas étonnant que l’artiste d’origine indienne Anish Kapoor, celui qui défraya la chronique l’été dernier en installant son Vagin de la Reine dans la perspective du Château de Versailles, l’artiste dont toute l’œuvre s’articule sur les effets d’optique, se soit dès l’origine intéressé à ce matériau.
 

LIRE DANS UP’ : Anish Kapoor à Versailles: "Réflections"- Réflexions !

 
« C’est si noir, déclare-t-il à la BBC, que vous ne pouvez presque rien voir. Imaginez un espace si sombre qu’en y pénétrant vous perdez toute idée de qui vous êtes, d’où vous êtes et la conscience du temps. Votre état émotionnel en est affecté et, sous le coup de la désorientation, il faut que vous trouviez à l’intérieur de vous quelque chose d’autre. »
 
Fasciné par le Vantablack, Anish Kapoor s’approche de Surrey Nanonystems et leur achète les droits exclusifs de cette innovation, pour tout usage artistique. C’est ce que révèle de Daily Mail du 27 février.
 
Le bleu Klein au Centre Beaubourg
 
 
Qu’une couleur soit convoitée par un artiste, ce n’est pas nouveau. On se souvient du fameux International Klein Blue (IKB), ce pigment bleu outremer que l’artiste Yves Klein mis au point en 1960 et déposa à l’INPI sous enveloppe Soleau. Il ne s’agissait pas pour lui de s’approprier une teinte ou de protéger des intérêts commerciaux, mais disait-il de « marquer l'authenticité d'une idée créative ». La formule de cette couleur bleu Klein est d’ailleurs publiée par Édouard Adam, le marchand de l’artiste.
C’est différent dans le cas de Kapoor. Il a acheté l’exclusivité de cette couleur. Seul lui peut l’utiliser pour ses propres œuvres.
 

Tollé

 
Le tollé dans le milieu artistique ne s’est pas fait attendre. Dans le Daily Mail, le peintre britannique Christian Furr laisse exploser sa colère : « Je n’ai jamais entendu parler d’un artiste monopolisant un matériau... Nous devrions être en mesure de l’utiliser. Il n’appartient pas à un seul homme ».  Dans le Telegraph indien, l’artiste Shanti Panchal s’insurge lui-aussi aussi de cette exclusivité de Kapoor : « Je n’ai jamais rien entendu qui soit si absurde. Dans le monde de la création et des artistes, personne ne devrait avoir le monopole ». Sur Twitter plusieurs billets font état du « narcissisme » sans borne de Kapoor et s’insurgent contre l’ « immoralité » de cette initiative.
 
Au-delà des critiques, que va faire Kapoor de ce matériau ? Des chambres noires où l’on se perd ? Des représentations du vide ? Comment résoudra-t-il le dilemme de montrer le rien sans contrepoint réel ? Autant de questions auxquelles on a hâte de connaître les réponses. Les prochaines expositions de l’artiste devraient nous permettre de sortir du trou noir de perplexité dans lequel il nous a plongé.
 
Cet article a été originellement publié le 3 mars 2016
 
 

 

Maria Filopoulou

Exposition Maria Filopoulou ou "L'eau comme liberté"

« L’eau comme liberté » est une douce invitation aux fantasmes aquatiques de l’artiste impressionniste contemporaine Maria Filopoulou, présentée durant tout l’été à la galerie Dutko de l’île Saint-Louis de Paris. Il s’agit là d’une première collaboration entre le galeriste parisien Jean-Jacques Dutko et les toiles monumentales de l’artiste à laquelle il laisse embellir les murs de sa Galerie où la mer, les baigneurs et les chutes d’eau tiennent le premier rôle dans son travail depuis le milieu des années 90.
Extrait toile "Ancient pool" (Lerapolis)
 
Maria Filopoulou et Paris ne sont pas étrangères l’une à l’autre. C’est ici même qu’elle entame sa formation artistique au début des années 80 à l’école des Beaux-Arts. Pendant cinq ans elle y étudie la peinture sous la direction de Leonardo Cremonini puis d’Abraham Hadad et se forme le temps d’une année à la gravure. Du premier, elle puise une palette chromatique riche et vibrante. Du second, elle reprend les corps apathiques qu’elle anime d’une touche vive et trépidante, les sortant de leur paralysie en leur insufflant un souffle de vie.
L’artiste revient donc en un endroit familier et bienveillant à l’occasion de la présentation de son premier solo show français. Cette exposition s’appuie sur une sélection d’œuvres représentatives de son travail des dernières années : des nageurs évoluant entre des fragments de sculptures anciennes envahis par l’immensité de la profondeur des mers et des chutes d’eau scintillantes sous le soleil grec.
Ancient pool - Lerapolis - 

L’eau comme support

D’origine hellénique, elle revendique l’identité de son pays et la beauté de l’environnement devient son support d’inspiration. Dès le milieu des années 90, l’eau s’impose comme thème favori, à l’instar d’Albert Marquet, et envahit ses compositions comme une réponse à l’histoire de sa patrie, si reliée à la mer depuis ses fondements. Maria Filopoulou revendique l’identité de son pays, la beauté de l’environnement naturel ne manquant pas. C’est la première chose que l’on voit dans un pays si attaché à la mer depuis le début de son histoire. L’eau est toujours l’antidote précieux, le baume, la purification, qui repousse les maladies et donne la force vitale, transformée en matrice protectrice, qui enferme, nourrit, et éloigne les risques.
 
Maria Filopoulou construit et façonne un monde onirique, suspendu dans le temps, qu’elle peuple de corps ondoyants et de ruines chimériques.
Elle s’applique à représenter les paradis personnels vécus, le bonheur, la relaxation, l’union avec la nature. A propos de son œuvre, elle la présente comme une philosophie de vie : « Je pense que toute l’existence est un équilibre délicat où nous devons voir que les moments heureux sont précieux et que nous avons l’obligation de les reconnaître et de les apprécier. Je peins donc, les limites du bonheur isolé du passé et de l’avenir. Ce n’est pas une question de temps mais de lieu.» De ses environnements aquatiques se dégage un sentiment de plénitude qui incite le plus souvent à l’apaisement de notre esprit.
 
A la manière de Jackson Pollock, Maria Filopoulou peint ses toiles à même le sol en projetant la peinture d’un geste contrôlé. Les giclures et coulures obtenues, effet d’un hasard maitrisé, viennent cohabiter avec de grands aplats et des surfaces peintes très réalistes et minutieuses. Oscillant d’une technique à l’autre, Maria Filoupoulou nous livre des pièces riches en matière et effets aux influences multiples.
 
Les grandes dimensions de ses toiles plongent, au sens propre comme au figuré, celui qui les observe dans l’atmosphère méditerranéenne qui a rythmé et porté sa propre expérience. Ses paysages sont une fenêtre sur la mer ; la ligne d’horizon se courbe sous son pinceau comme pour mieux immerger le spectateur. Ce parti pris résonne ici comme une invitation de l’artiste à pénétrer dans ses compositions, à la croisée de sa vérité et de son idéal. Ses tableaux embaument l’été, l’été grec de Lacarrière, intemporel et intact, et viennent nous rappeler que certains moments restent constants dans notre vie et que nous devons nous en réjouir.
 

Underwater summer
 
 
Les tableaux de Filopoulou embaument l’été, l’été grec de Lacarrière, intemporel et intact. Ils viennent pour nous rappeler que certains biens restent constants dans notre vie et que nous devons nous en réjouir. « Si on oublie nos problèmes quotidiens et qu’on laisse son regard parcourir toute la beauté autour de nous, nous reprenons courage et force pour faire face à toutes les difficultés. Pour moi il suffit d’un long regard sur la mer pour me retrouver moi-même », dit Maria Filopolou qui propose cet antidote à la crise grecque.
 
Les baigneurs, les chutes d’eau et les plages se rencontrent donc à nouveau sur la Seine, via la Galerie Dutko de l’Île Saint Louis pendant trois mois, comme une étape lors d’un long voyage. Tel un petit paradoxe géographique, la Grèce acquiert un autre îlot, très loin de la mer Égée.
 
Maria Filopoulou habite et travaille en Grèce   et a participé à des expositions à Londres,  Paris, New York, en Floride, Pékin, Melbourne, Constantinople, Berlin ou encore Nicosie. Elle est reconnue pour sa peinture sensible, plaçant en son centre l’homme et le paysage.
«La mer lave toutes les souillures des hommes» Iphigénie en Tauride, Euripide
Galerie DUTKO Ile Saint Louis
4, rue de Bretonvilliers, 75004 Paris 
www.dutko.com
 
 

 

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