UP' Magazine L'innovation pour défi

Jean Tinguely exposition

Jean Tinguely « ‘60s » à la Galerie Vallois

A l’occasion du 25e anniversaire du décès de Jean Tinguely, la galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois rend hommage à cet artiste majeur du XXe siècle avec un exceptionnel ensemble de 15 sculptures et reliefs animés réalisés dans les années 60.
Alors que le  Kunstpalast de Düsseldorf lui a consacré une grande rétrospective (jusqu’au 14 août 2016) qui est maintenant attendue au Stedelijk Museum d’Amsterdam, « ‘60s » est à ce jour l’unique exposition française entièrement dédiée à Jean Tinguely en cette année anniversaire.
 
Georges-Philippe et Nathalie Vallois avaient déjà dévoilé en 2012 une sélection rare de reliefs Méta-mécaniques et de Méta-Matics réalisés dans les années 1950, perpétuant ainsi leur mission de valorisation de l’extraordinaire patrimoine artistique des Nouveaux Réalistes.
Depuis les exceptionnels « Baloubas » jusqu’aux rarissimes « Radio WNYR », l’exposition « ‘60s » résume une autre décennie mythique dans le travail de Tinguely, au cours de laquelle son œuvre est diffusée dans le monde entier, et acclamée par la critique des USA aux Pays-Bas en passant par le Japon et la Suède.
Evocations de chaos et d’anarchisme pour les unes, d’une certaine sérénité et élégance pour les autres, ces œuvres ont toutes en commun d’explorer le mouvement et le son sous toutes ses formes.
 
 
1. Troïka ou Clochette, (Catalogue Raisonné n°174) - 1960 - Construction en métal soudé avec moteur électrique, chanvre, clochettes, 46 x 63 x 28,5 cm
2. Vive la liberté I (Catalogue Raisonné n°190) - 1960 - Ferraille, fil électrique, rubans de caoutchouc, bois, moteur électrique de 110 V , 96 x 86 x 47 cm
3. Radio WNYR 10 (détail) (Catalogue Raisonné n°1138) - 1962 - Feuille de plexiglas, fixations en métal, radio, moteur électrique, 107 x 107 x 18 cm
4. Radio WNYR 12 (Catalogue Raisonné n°1139) - 1962- Feuille de plexiglas, fixations en métal, radio, moteur électrique, 61,5 x 60,5 x 15,5 cm
 
L’exposition se déroule dans les deux espaces de la galerie (aux 33 et 36 rue de Seine) et est accompagnée d’un catalogue publié aux éditions Hazan, richement illustré et préfacé par Camille Morineau, historienne de l’art, ancienne conservatrice au centre Georges Pompidou, et commissaire de nombreuses expositions dont la Rétrospective Niki de Saint Phalle au Grand Palais et au Guggenheim Bilbao en 2014-2015.
 

Jean Tinguely

Jean Tinguely naît le 22 mai 1925 à Fribourg (Suisse). Après avoir terminé sa scolarité, il commence un apprentissage d’étalagiste dans un grand magasin à Bâle dès 1940, tout en poursuivant des études à l’Ecole des arts appliqués de Bâle de 1941 à 1945.
C’est pendant ces années que l’artiste découvre l’art de Schwitters et de Klee et qu’il se passionne pour le mouvement du Bauhaus.
Jean Tinguely s’installe à Paris en 1953. Dès 1954, sa première exposition personnelle est organisée à la Galerie Arnaud.
Tinguely participe à la Biennale de Paris en 1959, durant laquelle il noue des contacts avec le groupe « ZERO ». Les machines fantaisistes de Jean Tinguely qui comprennent des éléments programmés dus au fruit du hasard et appelés « Méta-Matics » suscitent toute l’attention du public. Ces constructions soudées avec des éléments en fer constituent une attaque ironique par rapport à l’ère technique.
L’artiste jouit d’une reconnaissance internationale dès le milieu des années 60, avec notamment la réalisation à l’invitation du MoMA de Hommage à NY, une sculpture monumentale qui s’auto-détruit dans une explosion créative et qui est chroniquée dans les plus grands médias américains. Dès lors, les expositions s’enchainent dans les musées prescripteurs de l’époque, et des représentations internationales se nouent simultanément avec des galeries telles que Iolas (France, USA), Bischofberger (Suisse), Minami (Tokyo), Staempfl i (New York) et Dwan (Los Angeles).
 
 
Jean Tinguely s’installe avec Niki de Saint-Phalle en 1961. Outre leur relation amoureuse, une étroite collaboration les unit dès lors (depuis le projet Hon à Stockholm en 1966, le Paradis Fantastique en 1967 ou encore le Cyclop, le Jardin des Tarots ou la Fontaine Stravinsky dans les années 70-80). A New York, l’artiste participe en 1966 à l’exposition « The Machine » au Museum of Modern Art. Un an plus tard, Jean Tinguely est représenté à l’exposition universelle de Montréal avec Niki. Ses « machines » sont montrées une nouvelle fois en 1968 au Museum of Modern Art à New York dans le cadre de l’exposition Dada, Surrealism and their Heritage.
Le Museum of Contemporary Art de Chicago organise la même année la première rétrospective portant sur ses œuvres. En 1972-73 débute une série de rétrospectives dont le premier volet a lieu à Bâle. Dans les années 80, Tinguely multiplie les projets de grande ampleur et crée des machines de plus en plus monumentales.
L’énergie de Tinguely demeure intacte même dans les dernières années de sa vie durant lesquelles il enchaîne les manifestations publiques.
Jean Tinguely meurt le 30 août 1991 à Berne.
 
Jean Tinguely « ‘60s » du 9 septembre au 29 octobre 2016
Vernissage le 8 septembre 2016 à partir de 18h
Deux espaces : 33 & 36 rue de Seine, Paris 6e
 
Galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois
33-36, rue de Seine 75006 Paris
www.galerie-vallois.com
 
La galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois
 
Ouverte en 1990, au cœur de Saint-Germain-des-Prés, la galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois a su rallier artistes patrimoniaux et artistes contemporains grâce à des expositions de grande envergure. La dualité Art Contemporain/Nouveau Réalisme a toujours constitué l’une de ses singularités. Pour Nathalie et Georges-Philippe Vallois, « l’idée selon laquelle un galeriste peut effectuer un travail comparable avec un jeune artiste et un artiste accompli a toujours été à la base de notre démarche ». 
Depuis l’ouverture de la galerie se sont succédées un grand nombre d’expositions personnelles dont la plupart furent les premières dans une galerie française comme celle d’Alain Bublex (1992), Paul McCarthy (1994), Gilles Barbier (1995), Richard Jackson (2001), Henrique Oliveira (2011), Pierre Seinturier (2014), du duo iranien Peybak (2015) et de l’artiste cubain Lázaro Saavedra (2016).
La galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois est dirigée depuis 2000 par Marianne Métayer.
 
 

 

arts et culture

Les déchirures obliques d'André-Pierre Arnal

La prochaine exposition d'André-Pierre Arnal, présentée par le galeriste Jean-Jacques Dutko dans sa galerie de l'Ile Saint Louis, aura lieu du 22 septembre au 5 novembre 2016. Ce solo show réunira pour l'occasion des œuvres récentes produites à partir des années 2002 et développées depuis la technique de la Déchirure Oblique.
Membre actif du mouvement Supports/Surfaces, André-Pierre Arnal fait partie de ceux qui ont poursuivi le travail après la dissolution du groupe, en continuant de remettre en question la peinture, la toile et le châssis et en poursuivant discrètement un chemin personnel dont l’authenticité perdure aujourd’hui. Bien qu'éphémère, le mouvement Supports/Surfaces marqua le paysage artistique de la seconde moitié du XXème et ouvra la voie à de nouvelles recherches et expérimentations que les nouvelles générations continuent d'explorer.
 
Né à Nîmes en 1939, et après un rapide passage aux Beaux-arts de Montpellier, André-Pierre Arnal poursuit dans les années 1960 une recherche solitaire, marquée par la découverte de Matisse, des abstraits américains et surtout de Paul Klee. Imprégné de culture méditerranéenne, baigné dans les paysages bas-Ianguedociens et cévenols, il tire de sa double formation, littéraire et plastique, une activité duelle unissant peinture et une écriture vécue et transmise par le biais de l'enseignement du français durant plus de trente ans. Servi par cette double pratique, par le goût de l’expérimentation aventureuse des divers aspects de la production picturale, il a su concentrer son attention et sa recherche sur son propre cheminement intérieur. Il travaille aujourd’hui dans son atelier parisien.
Dans les années 1970, à partir d’une exploration de la technique du « monotype », il fera de la « cocotte en papier » le point de départ d’une série de pliages sur toile qui l’inscrira naturellement dans la problématique du groupe Supports/Surfaces, dont il va partager l’aventure.
Il prend position contre une conception individualiste de l'artiste. L'accent est mis sur la déstructuration du support traditionnel de l'œuvre dont les différentes composantes - le cadre, le châssis, la toile et la couleur - sont considérées dans leur individualité.
Au fil des années, André-Pierre Arnal continue d’explorer une infinie variété de supports - de la toile de coton à l’ardoise d’écolier - et de techniques : empreintes, fripages, froissages, pochoirs, déchirures ...
 
 
Animé par la dynamique de l’expérimentation et l’ancrage réel dans les matériaux sensuels, avec une prédilection de plus en plus marquée pour la couleur, il réinvente la notion de série par la démultiplication à l’infini de son travail de peintre.
Depuis quelques années, la production de l’artiste s'est orientée vers un cloisonnement de la toile peinte, en même temps qu'il utilise, récupérées et accumulées depuis longtemps, des cartes routières entoilées, pliables ou déployées, faisant appel à plusieurs techniques intégrées. Ce "dessus des cartes" donne lieu à des résultats plus complexes que ceux des premières séries d'un travail qui couvre aujourd'hui plus de quatre décennies.
 
L'activité d'écrivain d'André-Pierre Arnal a également trouvé, avec sa peinture, un terrain de rencontre dans la production de près de deux cents "livres uniques" et "Ieporellos", qui associent textes poétiques calligraphiés et compositions abstraites faites d'arrachements, de déchirures et de collages au chromatisme intense, réunissant ainsi les deux pôles de ce qu'il nomme "sa nourriture essentielle", peinture et écriture réconciliées. Cette double pratique le fait solliciter par d'autres artistes, ou d'autres écrivains, pour l'illustration de leurs ouvrages ou le commentaire poétique de leur production plastique.
 
Son travail figure dans les principales collections suivantes : Centre Georges- Pompidou, Fnac, Cnac, Paris, musée d’Art moderne de la ville de Paris, musées de Montpellier, Martigues, Nice, musée d’Art contemporain de Montréal, des Beaux-Arts de Québec, Fondation Albright Knox, Buffalo, Frac Centre, Frac Languedoc-Roussillon, Angoulême (rideau de scène, 1994), Théâtre d’O (rideau de scène, 2004), artothèques Antonin-Artaud, Marseille, Miramas, Montpellier, bibliothèque la Méjane d’Aix-en-Provence, médiathèque centrale Emile Zola de Montpellier, ville de Narbonne, etc.
 
« Un jour de l’été 2002, dans mon atelier du Barrel, prêt à coller un papier préparé (monotype arraché de la matrice) je me suis mis à déchirer le rectangle en deux parties suivant une ligne oblique. Je ne me doutais pas que ce geste spontané et relativement dérisoire allait ouvrir une nouvelle voie dans mon travail. L‘angle d’oblicité de la déchirure, à y regarder à deux fois, est celui de l’écriture manuscrite, légèrement penchée, comme dans la marche rapide ou la fuite en avant, alerte et dynamique, de la succession des mots.
 
Depuis longtemps mon travail s’articule autour de techniques, telles que le monotype, l’arrachement, la fragmentation. La déchirure intervient au moment où les feuilles de papier fin de format double raisin - 100x65 - arrachent, après séchage, la couleur encore détrempée déposée sur la matrice. Ces monotypes, découpés et déchirés, ensuite collés sur un support - papier ou toile - ont rythmé ma production depuis cette époque. Plusieurs périodes se succèdent : d’abord le fond (papier
ou toile) est blanc, ensuite le support est au préalable peint : graphisme, frottage, révolution du pinceau (dépôt de la couleur par simple rotation d’un pinceau sur lui-même), arrachement dans les années 90. Dans tous les cas, ce fond dynamise l’œuvre car il apparaît dans les intervalles des déchirures.
 
Dessin du hasard, le profil de la déchirure raconte l’histoire de la violence et de la douleur. Cette sinuosité correspond à ce que l’on a imaginé sous les auspices du «symbole» deux profils emboîtés, nés de la partition brutale d’une plaque de terre cuite.
Fracture, fêlure, cheveu, déchirure, rupture, séparation, béance, ligne brisée, droite perverse, arrachement, douleur, abandon, lèvres déchiquetées, plaie, divorce, brisure, cassure, bords éclatés, paupières, choc, heurt, malheur, mort.Champs sémantique : Viol du papier et de la couleur. Découper le papier, le déchirer, obtenir ainsi des fragments. Sans doute peut-on parler d’une esthétique du fragment comme cela s’envisage dans le domaine littéraire. Et ces fragments assemblés composent un morceau, une pièce, un ensemble, une page.
 
Ma peinture est un proto-langage. A double articulation, vocabulaire et syntaxe sont représentés par les papiers préparés, pré-peints, monotypés et par la mise en page ou montage, découpage, déchirure, collage, qui suit la première opération.
 
La peinture est un pré-langage visuel, métalangage. Sensible et mental à la fois, la peinture raconte sa propre histoire : dans le chaos du monde, des vies et des morts, l’art met peut-être un peu d’ordre, de paix et de lumière. »
André-Pierre Arnal
 
Exposition du 22 septembre au 5 novembre
 
Galerie DUTKO Ile Saint Louis 4, rue de Bretonvilliers, 75004 Paris
 
 

 

Gilbert Peyre

Gilbert Peyre, "L’électromécanomaniaque"

Comment fait-on danser une machine ? Le monde de Gilbert Peyre est un monde de machines extravagantes, inventives, poétiques.
Opérant simultanément sur les terrains de l’installation, du spectacle vivant et de l’art contemporain, cet artiste "électromécanomaniaque" livre ses sculptures animées dans une ambiance de fête foraine autant visuelle que sonore, au sein de l’exposition « Gilbert Peyre, l’électromécanomaniaque » à la Halle Saint-Pierre du 16 septembre 2016 au 26 février 2017.
Photo : Le Roi cochon, 1992-2000, électromécanique © Gilbert Peyre, photo David Damoison
 
Les machines-opéras de Gilbert Peyre ont été montrées dans le monde entier. À partir de 1987, la Halle Saint Pierre découvre Gilbert Peyre et présente ses œuvres en première mondiale dans plusieurs expositions, dont une première monographie en 2000.
Gilbert Peyre est également montré au sein d’expositions collectives à la Fondation Cartier, au Musée Bourdelle, à la FIAC puis récemment dans l’exposition Persona au musée du quai Branly.
Ses œuvres sont également visibles sur scène dès 1995 lors de ses « sculpturOpéras », véritables chorégraphies d’objets, ou avec la Compagnie Foraine en 1997-2000.
Elles dansent dans le film Micmacs à tire-larigot de Jean-Pierre Jeunet en 2009, et tournent à la BIAM, au Centquatre et au Cirque Electrique. Elles gardent toujours une part de mystère. Elles sont allusives et figuratives, matérielles et immatérielles, métalliques et organiques. Ce sont des œuvres d’art plastique qui mêlent théâtre, opéra, ballet, mais aussi cirque et fête foraine. Nombreuses sont celles qui ont été produites spécialement pour l’exposition à la Halle Saint-Pierre.
 « La mécanique est la plus belle partie de l’objet » dit Gilbert Peyre. Une fois en mouvement, ses œuvres-machine, dont les rouages sont offerts au public, acquièrent une extraordinaire force expressive, une poésie insoupçonnée.
 
Quinze ans après sa première monographie, Gilbert Peyre répond de nouveau à l’invitation de la Halle Saint Pierre.
En résulte une proposition artistique originale sous forme de spectacle-performance, entre esthétique foraine et technologie de pointe. Cet artiste qui se définit volontiers comme un « électromécanomaniaque », nous présente ses sculptures-machines, automates farfelus et poétiques conçus à partir d’objets récupérés qui, d’un coup d’électricité, de mécanique, de pneumatique et d’électronique vont être amenés à la vie et devenir les protagonistes d’un conte cruel et enchanteur.
Dans ce jeu aux combinaisons ambivalentes, dramatiques et burlesques, Gilbert Peyre réconcilie le bricolage et le progrès technologique. Il récupère, détourne, recycle ce que la technologie a d’abord condamné comme obsolète pour, contre toute attente, concourir ensuite à sa réhabilitation.
 
Nul désir donc de soumettre le monde mais plutôt la nécessité de le ré-enchanter afin que création et existence se confondent dans une conception de la vie comme poésie.
Loin des machines «célibataires» ne célébrant que leur ivresse mécanique solitaire, les êtres fictionnels et hybrides de Gilbert Peyre nous ouvrent sur un habiter poétique du monde au sein duquel l’artiste interprète et transfigure le quotidien. Cette métaphore du voyage-aventure au tréfonds de la sensibilité, parce qu’elle donne à saisir la mesure de l’être humain, ne peut qu’entrer en résonance avec l’esprit de la Halle Saint Pierre. 
Depuis 1986, la Halle Saint Pierre est le centre culturel parisien de l’art brut et de l’art singulier. Grâce à l’exposition Art brut et compagnie en 1995, une première en France, la Halle Saint Pierre installe sa réputation de musée expérimental et précurseur. Elle n’a cessé depuis de présenter au public des collections d’avant-garde, un regard profond et réflexif sur l’art populaire contemporain.
 

Gilbert Peyre

Né en 1947, Gilbert Peyre passe son enfance à Annot, dans les Alpes de Haute-Provence. Très vite, il préfère construire ses propres jouets.
À seize ans, il passe son CAP de serrurier à Digne, métier qu’il n’exerce pas plus de six mois. Il devient ensuite soudeur, sans plus de succès. Après cette première incursion dans le monde industriel, Gilbert Peyre exerce différents métiers. À vingt-deux ans, il travaille comme garçon de café à Paris, place de la République. À cette époque, il réalise ses premières sculptures figuratives, dans une matière de son invention, liant l’argile et le papier avec une solution chimique. Après la fermeture du café, bénéficiant d’une allocation chômage, il se met à créer plus régulièrement. Il expose ses premières sculptures à la galerie Boutet de Monvel. Il est embauché comme gardien au Louvre pendant trois mois, ce qui lui permet de découvrir Cézanne et Degas. À trente ans, il franchit une étape importante : il fabrique des jouets à roulettes à base de boites de conserve récupérées, qu’il vend aux puces de Clignancourt.
À la fin des années 1970, il s’installe dans une petite boutique à Montmartre, où il présente d’étranges sculptures-jouets articulées. Le public commence à trouver à sa création une valeur artistique. Dès 1987, ses sculptures sont montrées à la Halle Saint Pierre, puis à la galerie Mostini et à la galerie Duval-Dunner.
Dans les années 1980 et 1990, il participe à de nombreuses expositions collectives (Fiac, Fondation Cartier, Musée Bourdelle, Galeries Le Chanjour, Lara Vincy...).
Au cours des années 1990, il s’initie à l’électromécanique, notamment grâce aux contacts établis avec l’ingénieur de la société Loupi Electronic.
En autodidacte, il apprend la programmation informatique. Il devient peu à peu un croisement unique d’ingénieur et de plasticien, de mécanicien et de poète.
La technologie lui permet d’envisager des mises en scène ambitieuses. Au début des années 1990, avec la Compagnie Foraine, il montre la première chaise qui marche, puis l’automate BêteMachine, qui se tient sur un vrai cheval. Ce sont alors de véritables chorégraphies d’objets,
de vastes et complexes « sculpturOpéra », telles que Le Réveil d’un piano (1994) ou Ce soir on tue le cochon (1996). En 2000 a lieu Fin de chantier, une rétrospective à la Halle Saint Pierre. Six œuvres de l’artiste ont été mises en scène dans le film Micmacs à tire-larigot de Jean-Pierre Jeunet (2009).
De nouveaux partenaires comédiens, tel Achille Orsoni, musiciens, comme Gérard Pesson et Jean Pacalet, ingénieur électronicien comme Robert Breton, lui permettent de concevoir des performances de grande ampleur. Ainsi naissent Fernand Queudbœuf, l’Homme le plus fort du monde (2012), et cet opéra de machines, de marionnettes et d’acteurs humains qu’est Cupidon Propriétaire de l’Immeuble situé sur l’Enfer et le Paradis, monté en 2009, qui a tourné à Paris (BIAM, Le Centquatre, Cirque Electrique...) et en Europe (Bâle, Cracovie...).
Gilbert Peyre vit et travaille à Paris et continue de créer ses étranges machines dans son atelier à Aubervilliers.
 
GILBERT PEYRE, L’électromécanomaniaque Du 16 septembre 2016 au 26 février 2017
 
HALLE SAINT PIERRE - 2, rue Ronsard - 75018 Paris - M° Anvers (2) / Abbesses (12)
Ouvert tous les jours : En semaine de 11h à 18h / samedi de 11h à 19h / dimanche de 12h à 18h
Expositions temporaires : 8,50 €, tarif réduit 6,50 €
hallesaintpierre.org
 
 
 
 

 

thomas pesquet astronaute

Première performance artistique réalisée dans l’espace

Lors de son séjour de six mois à bord de la Station Spatiale Internationale (ISS) qui débutera fin 2016, le spationaute français Thomas Pesquet réalisera, à l'initiative de l'Observatoire de l'Espace du CNES, Télescope intérieur, une expérience artistique imaginée par l’artiste international Eduardo Kac.
À l’occasion de la prochaine mission Proxima à bord de l'ISS, l’Observatoire de l’Espace, le laboratoire arts-sciences du CNES, propose un projet inédit : il souhaite se tenir au plus proche de l’actualité spatiale autant que de l’art, dans ses formes les plus contemporaines, dans un projet où la station spatiale et le spationaute français à son bord, seront vecteurs d’un projet artistique inédit qui n’existe qu’en apesanteur.

La Poésie Spatiale d’Eduardo Kac

Télescope intérieur est une poésie spatiale imaginée par l’artiste Eduardo Kac, une œuvre de papier où le langage libéré des contraintes de la pesanteur est vecteur d’une expérience inédite. « La Poésie Spatiale est une poésie performative, puisque le corps du lecteur, alors en apesanteur, est engagé dans une expérience de lecture kinesthésique. Les poèmes spatiaux sont semblables aux œuvres d’arts visuels dans la mesure où ils ne sont pas destinés à être imprimés dans un recueil mais à flotter en apesanteur. Ils contiennent peu de mots (leur charge sémantique est décuplée par l’exploration des réactions de la matière en apesanteur) mais engagent la participation directe du lecteur » explique l’artiste.
 
Internationalement reconnu, notamment pour ses œuvres interactives sur le Net et sa pratique en bio art, cet artiste américain, né en 1962, explore depuis plus de trente ans les possibilités syntaxiques et formelles d’une poésie nouvelle qui entretient des relations étroites avec la matérialité de la science et la technologie. En 1983, il crée le terme d’ « holopoésie » pour décrire ses textes flottants tridimensionnels marquant ainsi le début d’une relation intense entre pratique artistique et technologie. Il est d’ailleurs l’auteur d’un manifeste de la Poésie Spatiale, où il défend l’idée que la poésie pourra se déployer sous de nouvelles formes lorsque le langage sera libéré des contraintes de la pesanteur.
 
 
Dès 2007, Edouardo Kac a esquissé un programme où l’« authentique poésie de l’espace » était définie par sa capacité à tester une syntaxe et des comportements matériels irréalisables dans les conditions terrestres. Télescope intérieur se matérialise par deux formes découpées dans du papier qui, une fois lancées en apesanteur et d’une manière que seule permet l’absence de gravité, composent les trois lettres du mot « moi », dont la concision est compensée par les aspects changeants que son mouvement donnera à l’assemblage. Le texte se fera également sculpture mobile, telle que, selon l’angle et le moment, chacun pourra y lire ou non différents caractères, y voir un volume abstrait ou la représentation d’un instrument d’observation, d’un satellite, d’une figure humaine.
 
Représentant d’une parcelle de l’humanité exportée dans l’espace, Thomas Pesquet incarne un point vivant, à qui revient la réalisation de cette œuvre de Poésie Spatiale. C’est en partant de l’individu comme un expérimentateur qu’Eduardo Kac propose d’engager une méditation sur notre avenir sur la Terre et sur notre présence dans l’univers. Détaché de notre planète natale, Télescope Intérieur devient, par l’intermédiaire de Thomas Pesquet dans l’ISS, un instrument d’observation et de réflexion poétique pour réinventer notre rapport au monde.
 
Thomas Pesquet, né en 1978, est ingénieur de formation, diplômé de l’Ecole nationale supérieure de l’Aéronautique et de l’Espace. Il a travaillé pendant deux ans au CNES en tant que responsable de projets de recherche sur les segments sol des missions spatiales du futur, d'harmonisation de technologies européennes, d'autonomie des satellites et de standardisation des échanges de données entre agences internationales. Il est également passionné de vol et a exercé comme pilote pour Air France et instructeur de vol sur l’Airbus A-320.
Cette double compétence lui a permis d’être recruté en 2009 par l’ESA pour faire partie de sa nouvelle génération d’astronautes, groupe dont il est le plus jeune représentant. En 2014, il a été affecté à l'expédition n°50 de l'ISS. Il sera ingénieur de vol pour la station qu'il rejoindra fin 2016 pour une durée de 6 mois. Il s'entraine aux Etats-Unis, en Russie et à Cologne où il a rencontré Eduardo Kac pour une répétition de Télescope intérieur.

Pourquoi un poème dans l’espace ?

En inscrivant dans son programme de recherche à bord de l’ISS un dispositif poétique, l’Agence spatiale européenne nous rappelle qu’explorer et expérimenter ne sont pas l’apanage des sciences et techniques, et que la culture et la création artistiques forment une composante majeure de la vie humaine, notamment dans un environnement qui la force à se réinventer.
Le dispositif imaginé par Eduardo Kac lance une question aux spécialistes de l’espace comme au reste du public : quel type d’écriture et quelle expérience de l’écrit peut-on concevoir, non pas à propos de l’Espace, mais en son sein, avec ses outils et ses contraintes ?

Construction et restitution du projet

L’Observatoire de l’Espace suit depuis plusieurs années le travail d’Eduardo Kac sur la poésie spatiale. Celui-ci a notamment participé à Espace(s), la revue de création et de littérature contemporaine éditée par l’Observatoire de l’Espace, et à Sidération, le festival des imaginaires spatiaux. Conscient de l’opportunité unique que constitue le séjour de l’astronaute français de l’ESA Thomas Pesquet à bord de la Station spatiale internationale, l’Observatoire de l’Espace a mis en relation l’artiste et le scientifique et les a accompagné dans l’élaboration du dispositif qui sera expérimenté et constituera une grande première dans le champ de la création artistique dans l’Espace. Eduardo Kac et Thomas Pesquet se sont rencontrés à plusieurs reprises et l’astronaute s’est entraîné, au Centre européen des astronautes de Cologne, à réaliser l’objet, guidé par l’artiste.
Afin de partager avec le grand public cette expérience hors du commun et les questions qu’elle soulève, un film documentaire sera réalisé et présenté pour la première fois lors du festival Sidération au siège du CNES en mars 2017.
 
L'Observatoire de l'Espace est le laboratoire arts-sciences du CNES. Il propose à des artistes une immersion spatiale pour susciter des créations originales inspirées de l'Espace et partager avec le public la richesse de cet univers. L'Observatoire de l'Espace accompagne des projets dans tous les champs de la création : littérature, spectacle vivant, art contemporain, et imagine sans cesse de nouvelles expérimentations avec les artistes pour susciter l'inspiration.
Le fruit de ces collaborations est présenté au public sous des formes variées : livres, expositions, festivals, rencontres, spectacles, proposés au siège du CNES à Paris ou hors-les-murs.
 
L’Agence spatiale européenne veut rappeler qu’explorer et expérimenter ne sont pas l’apanage des sciences et techniques, et que la culture et la création artistiques forment une composante majeure de la vie humaine, notamment dans un environnement qui la force à se réinventer. Afin de partager avec le grand public cette expérience et les questions qu’elle soulève, un film documentaire sera réalisé et présenté pour la première fois lors du festival Sidération au siège du CNES en mars 2017.
 
 

 

Loading...
Loading...