UP' Magazine L'innovation pour défi

urgence climatique

Rencontre avec Nathalie Frascaria-Lacoste, écologue à AgroParisTech

Nathalie Frascaria-Lacoste, écologue à AgroParisTech, intervenait le 3 novembre à la Mairie du 2e arrondissement de Paris dans le cadre du cycle Questions de vies - Festival vivant. L'ensemble des écosystèmes de la planète se voit bouleversé face au changement climatique. Quels seront les impacts sur le vivant, ainsi que sur nos sociétés ? Alors que nos gouvernements, à la veille de la COP 21, se sont imposés un objectif de 2 °C à ne pas dépasser avant la fin du siècle, qu'en sera-t-il des organismes vivants ? 
 
 
 
Nathalie Frascaria-Lacoste est professeur en Écologie Évolutive et Ingénierie Écologique à AgroParisTech. Ses recherches couvrent divers domaines des sciences du vivant, s’orientant avant tout vers la compréhension des mécanismes des interactions écologiques fondamentales et leurs conséquences, notamment les adaptations moléculaires et comportementales des individus, ainsi que sur les fluctuations des populations et la structure des communautés et des écosystèmes.
Plus simplement, Nathalie étudie le rôle des acteurs dans les socio-écosystèmes à l’échelle des territoires pour comprendre les interactions au sein des systèmes complexes et les effets sur la biodiversité et les services écosystémiques.
 
A l'occasion du cycle de conférences Questions de vie conçu par Dorothée Browaeys, rédactrice en chef d'UP' Magazine, et organisé par l'Université populaire de la mairie du 2ème arrondissement de Paris, Nathalie Frascaria-Lacoste a démontré comment l'augmentation de température de la planète était un facteur abiotique, influençant fondamentalement le Vivant. Une augmentation de la température pouvant très clairement se révéler lourde de conséquences...
 
Voir la séance Questions de vie de l'Université populaire de la mairie du 2ème Paris
 

 

économie de l'innovation

Rencontre avec Alain Laraby, auteur du "Facteur de production invisible"

Alain Laraby vient de publier chez UP’, un ouvrage intitulé « Le facteur de production invisible ». Ce livre est l’édition papier de l’article qui, dans UP’ Magazine, a suscité un grand retentissement sur le web. 
Nous connaissons Alain Laraby et ses travaux depuis quelques années, et partageons son environnement de pensée non pas contre les main stream, mais ce qui leur est adjacent, sécant, divergent, parallèle, et de surcroît polyphonique, tant il rend compte de cet esprit en liberté : à la fois créateur, politique et poétique, médiateur et exigeant dans une profonde fréquentation des lois, bienveillant, ironique et lucide. UP' est  heureux de présenter ici les idées et l’homme.  
 
 Qu’est-ce qui a suscité ce récent travail de publication ?
 
C’est le sentiment de plus en plus vif dans mes activités de voir à quel point la France a pris du  retard du point de vue des mentalités. Tout donne l’impression que ce pays a perdu la faculté de générer l’innovation.  
 
Des exemples ?
 
Trois expériences personnelles sont pour moi éloquentes.
Lorsque j’étais assistant parlementaire, j’avais proposé à certains élus de réaliser une étude comparative des législations de divers pays pour apprécier la pertinence d’un projet de réforme. On m’a dit qu’on n’en voyait pas l’intérêt. 
Solicitor à Londres, j’avais découvert l’efficacité des procédures de settlements out of court, assorties de sanctions financières en cas de refus de négociation. J’avais écrit un article sur le Code de procédure anglais, avec des exemples concrets à l’appui. Je l’ai adressé à une revue juridique française connue qui n’a même pas pris soin de me répondre, comme si ce pays n’avait rien à apprendre d’autrui alors que les procédures, notamment de médiation, patinent en restant dans le formalisme et les vœux pieux.
 
Lorsque j’ai travaillé plus tard comme diplomate au Quai d’Orsay, j’ai découvert, là encore, combien un Ministère, en principe ouvert au monde, est resté imperméable aux nouveaux modes de raisonnement. Je pense en particulier aux méthodes de négociation à l’américaine ainsi qu’à la théorie des jeux dont plus de douze auteurs ont  reçu le prix Nobel. Indifférence complète, avec implicitement le sentiment : « on est chez nous et on sait tout », et on sait tout d’autant plus qu’on vient d’une certaine école qui fait croire aux diplômés qu’ils ont acquis la fibre d’un créateur.  Les contractuels m’ont semblé plus au fait des choses du monde que les fonctionnaires fiers de leur formatage. L’uniformité de pensée produit des erreurs et des blocages. 
 
Qu’en avez-vous induit ?
 
Rien au début, sinon un soupir. Puis, une réflexion sur les causes de l’inadaptation française à l’innovation. Dans cet article, j’en ai retenu une, immatérielle, que j’ai appelée le facteur de production invisible.
 
 Pouvez-vous développer ?
 
Tout le monde connaît les facteurs de production traditionnels comme le capital et le travail. Le facteur de production invisible n’est pas, à mon sens, à la marge de ces facteurs. Il en est, au contraire, au centre, mais on ne le voit pas ou, du moins, on ne le prend pas au sérieux. Par facteur de production invisible, j’entends non seulement la confiance dans une entreprise, mais aussi, et surtout, le brassage des profils et des expériences. Ce facteur est un facteur de réussite qui s’impose aussi bien dans l’entreprise privée que dans l’administration publique. Rien de tel qu’un tel brassage pour chercher ensemble à dénouer des erreurs et à trouver des solutions qui sont impensables autrement.
La philosophie française d’après-guerre avait perçu la nécessité d’agencements différents, mais son hostilité au marché n’a guère profité à l’économie. Le facteur de production invisible entre, à côté du progrès technique, dans le résidu qui explique la croissance. Sans lui, même le progrès technique n’en peut mais.
 
Ce résidu est de l'invisible ?
 
Mon approche n’est ni sociologique ni économique.  Elle ne porte pas sur du factuel, du mesurable, mais sur de l’impalpable, du virtuel qui a des effets réels.  Elle répond à une intuition que d’autres partagent, notamment Scott E.Page qui a publié en 2007 un livre aux Etats-Unis intitulé "The Difference ou How the power of diversity creates better groups, firms, schools and society". L’approche est qualitative, mais elle n’exclut pas les mathématiques, notamment la combinatoire et l’emploi des probabilités. J’ai ajouté à cette réflexion mes propres figures dont une surface de Riemann. L’œil peut percevoir le cheminement de l’innovation dans les organisations qui tirent profit des agencements multiples où l’éphémère et l’inattendu créent plus que de la productivité : des étincelles de dynamique ! 
 
Il arrive à certains de dire : Encore heureux qu’on ait fait mille rencontres dans sa vie ! L’entreprise et  l’administration sont heureuses d’avoir réalisé en elle le mélange en intégrant et en croisant des personnalités au cursus les plus hétérogènes. La liberté d’entreprendre commence par cette faculté inédite d’innover.
Qu’on songe à la diversité de parcours de Jean Monnet qui fut négociant en cognac à l’étranger dès son plus jeune âge, banquier en Californie et en Chine, administrateur auprès des Alliés pendant les deux guerres mondiales, promoteur du Plan à la française, enfin lobbyiste fort efficace pour que l’idée de l’Europe soit sur les rails. Les autorités, privées et publiques, qui ont su utiliser tous ses talents et vécus, n’ont pas eu à s’en plaindre. Elles ont préféré faire appel à cet homme qu’à cultiver la monoculture intellectuelle. Il faut des spécialistes et des diplômés, mais il faut les mêler à des non-experts comme Jean Monnet a su lui-même le faire.

Et maintenant ?    
 
Je viens de finir un autre texte, « Tartufferie et misanthropie économique ».
 
Une présentation en primeur pour les lecteurs de UP' ?
 
Il s’agit d’un complément du premier texte. Je prolonge ici, non pas la réflexion d’un auteur américain, mais d’un français, l’ancien PDG de Suez et redresseur du Crédit Lyonnais, Jean-Pierre Peyrelevade qui a écrit en 2014 "Histoire d’une névrose. La France et son économie." Je m’interroge toujours sur les causes qui entravent ce pays, dont certaines sont à nouveau invisibles comme l’incapacité à saisir justement les faits. On préfère en France le beau et ce qui est cohérent, et on passe sous silence l’imperfection du monde.
Ce trait d’esprit, qui permet de briller à la télévision et en salon, est l’effet, me semble-t-il, d’un excès de centralisation. Le centralisme produit du général autant qu’une surfiscalisation. Le goût du général (sous la forme tout est, tous sont, etc) brouille la perception des dirigeants. Le poids inconsidéré de la fiscalité nuit, depuis des lustres, au commerce et à la vitalité du pays. Nous n’avons pas de pétrole, mais des idées. Ce n’est pas mieux. Mieux vaut savoir décrire un fait.
Ce texte se présente sous la forme d’anecdotes plus ou moins théâtralisées. Molière est à l’honneur ainsi que Rimbaud. Une analyse est présentée en annexes, avec ici encore des figures. J’ai appelé l’une d’elles la chanson de « variété » française, variété étant à prendre au sens topologique. C’est de l’humour un peu méchant, malgré moi. En conclusion, je me soigne en faisant trois recommandations pour dépasser la critique facile et enivrante. Ces recommandations seront jetées au panier.
 
Du facteur invisible à ce nouvel opus, qu’est-ce qui vous a conduit à ces positions ?
 
Probablement ma polyculture, étant moi-même au carrefour de plusieurs religions et cultures, héritées mais aussi voulues. Je n’ai cessé toute ma vie de sortir de moi pour devenir moi-même. Comme dit Goethe, il faut plusieurs yeux pour voir ("wir brauchen mehrere Augen um zu sehen").
Dans les deux textes dont nous avons parlés, j’ai mélangé la culture littéraire et la culture scientifique, le style et la géométrie. J’ai voulu rompre avec les discours d’autisme des gens de lettres qui n’ont cure de la science alors que celle-ci domine largement la pensée d’aujourd’hui. J’ai évité pareillement le discours du savant ou de l’ingénieur qui n’offre que des hiéroglyphes à déchiffrer. Les textes reflètent sans doute aussi d’autres intérêts ainsi que mes séjours à l’étranger, ayant toujours été persuadé qu’il faut voyager, comme tant d’autres l’ont fait dans le passé, pour comprendre le lieu où l’on est né, ses limites et ses qualités. 
 
Comme le conseillait le philosophe Saint-Simon au début du XIXe siècle, il faut avoir connu, non seulement d’autres mœurs, mais aussi d’autres façons de vivre dans sa propre société. J’ajouterai qu’il faut ne pas oublier non plus de cultiver d’autres parties de soi-même, en explorant son subconscient et en pratiquant les arts qui relient le corps et la pensée. Vous créez, en définitive, votre propre chaudron dans lequel va se forger, à petit feu, votre personnalité. Tout le monde sera surpris, vous en premier ! Nous restons, si nous le voulons, alchimistes, en préparant en nous, avec soin, toutes les transmutations possibles… 
 
Propos recueillis par la Rédaction de UP' Magazine
 
Alain Laraby est médiateur international, accrédité à Londres auprès du London Chartered Institute of Arbitrators et à Paris auprès de l’Association des Médiateurs Européens. Il est par ailleurs consultant et administrateur d’une société étrangère dans le domaine de l’énergie. 
Il est membre du groupe francophone dans le cadre du projet de l’Académie Diplomatique Internationale. Il enseigne la négociation et le lobbying à la lumière de la « théorie des jeux ». Il signe dans diverses revues littéraires, politiques, philosophiques, ainsi que scientifiques.
 
 
 
 
 
 
 

 

Franco - bioprinting

Professeur Franco: "On sait reconstruire le vivant"

Reconstruire nos organes, foie, reins, peau, cœur et pourquoi pas cerveau à partir de nos cellules souches et en impression 3D ; une folie de science-fiction ? Non car les scientifiques avancent à pas de géants sur ce terrain du bio-engineering, du bio printing et de la reconstruction du vivant. UP’ Magazine a rencontré l’un des plus éminents acteurs de cette épopée pour la vie. Le Professeur Dominique Franco, Professeur Emérite à l'Université Paris-Sud, ancien chef du service de chirurgie de l'hôpital Antoine Béclère de Clamart, responsable de l'unité d'hépatologie translationnelle du DHU Hepatinoiv, à l'Institut Pasteur. C’est une des grandes figures de la construction d'organes et de tissus à partir de cellules souches. Il dirige l’association CellSpace, destinée à promouvoir la recherche dans le domaine de la bio-construction de tissus et d'organes.

Dans son interview vidéo exclusive à UP’ Magazine, le Professeur Franco nous parle d’un monde nouveau, fascinant et peut-être aussi un peu inquiétant ; celui de l’ingénierie des cellules souches, des biomatériaux, du micropatterning et du bioprinting, des bioréacteurs et de modélisation du vivant. Suivons-le dans ce voyage extraordinaire vers l’homme reconstruit et pourquoi pas augmenté…

 

 
Portrait de Dominique Franco devant une oeuvre d'Anna MIKKE
 
 
 

 

Ekhi Busquet Les Estampillés

Rencontre avec Ekhi Busquet, designer contrebandière

Voici une rencontre de plus, parmi celles que nous n'oublierons pas : nous sommes dans l'atelier de fabrication des créations de la marque Les Estampillés, LA "marque de design pour caractériels qu'on n'enfume pas !" Ici, une marque qui dit ce qu'elle fait et fait ce qu'elle dit... On y créé des éditions courtes et des pièces uniques en textile, marquées par les valeurs humaines de sa créatrice, Ekhi Busquet.

Ekhi est designer et le revendique. Après six ans d'études à l'Ecole Boulle de Paris, puis à l'Ecole Polytechnique de Milan, elle obtient en 2010 son diplôme de Design Produit et Architecture d'intérieure (avec les félicitations du jury) pour son projet "Dessein de l'entreprise humaniste", Master réalisé en partenariat avec EmmaüsDefi. 

Un profil atypique comme le sien ne pouvait qu'attirer de prestigieuses marques, comme L'Oréal où elle sera engagée comme Designer Mobilier pour la marque stratégique du Groupe, Lancôme. Deux ans plus tard, ayant aguerri son approche créative et articulé avec encore plus de caractère des projets dans leur globalité, la prestigieuse Maison Dior la recrute à son tour.
La voici propulsée en deux ans Designer Sénior avec la responsabililé d'une équipe de créatifs. Ekhi y développe son sens de la rigueur, de la perfection et son exigence créative dans une culture à forts enjeux identitaires et stratégiques.
Une passionnane aventure pour affiner sa réflexion initiée dans le cadre de ses études : allier objectifs économiques et finalité humaine.
 
Un parcours entre deux mondes
 
C'était inévitable : Les Estampillés naissent en 2015 de cette belle relation entre créativité et entrepreneuriat. Le concept du studio de création est développé dans un modèle de recherche et d'entrepreneuriat associatif, notamment avec l'ESAT de Ménilmontant. Pourquoi ? La démarche est avant tout éthique, puis économique.
Ekhi se sent ainsi acteur de l'économie sociale et solidaire : elle peut concilier des services sur-mesure, avec des réalisations d'oeuvres uniques, tout en étant  accompagnée de conseils professionnels rigoureux et d'une certaine spécificité dont jouit l'ESAT de Ménilmontant : originalité et créativité.
Ainsi, Les Estampillés peuvent-ils prétendre à la fabrication d'objets socialement innovants et aider à encourager la jeune création française à comprendre ce qui, d'un point de vue humain, se joue derrière les effets créatifs : chaque designer propose son propre process créatif et son degré d'engagement, pourvu qu'il soit vecteur d'innovation et génère un impact social quantifiable.
 
 
 
 
 
Site internet Les Estampillés : www.lesestampilles.com
 
Site internet ESAT Ménilmontant : www.esatmenilmontant.com
 
 
 
 

 

 

 

conversation

New CITYzens : le média des nouveaux citadins-citoyens

La création de New CITYzens a été motivée par le refus de la morosité ambiante et surtout l’envie de montrer que les enjeux économiques, sociaux et environnementaux auxquels nous sommes confrontés doivent, avant tout, être considérés comme des challenges à relever. Ces défis sont autant d’opportunités pour inventer de nouveaux modèles, avoir l’audace de les lancer et fédérer le plus grand nombre autour de ces projets collectifs à impact positif ! C"est ce qu'a fait l'association New CITYzens, avec passion et fougue, pour l'entrepreneuriat social.

La ville, espace de vie de plus de 50% de la population mondiale et lieu de tous les défis du siècle à venir, leur est apparue comme le terrain de jeu le plus propice pour découvrir la richesse des initiatives positives portées par les entrepreneurs de changement. Pour atteindre ces objectifs, ils ont donc décidé de partir à la rencontre de ceux et celles qu'ils ont appelés les nouveaux « citadins-citoyens » (les New CITYzens), ces habitants qui y croient, qui innovent et qui apportent des solutions concrètes aux nombreux enjeux de leur ville (précarité, transport, habitat, éducation, emploi, espaces verts…).

La mission de New Citi Zens est donc de mobiliser une large communauté d’acteurs pour favoriser l’avènement de villes plus humaines, plus durables, plus solidaires. Pour cela, l'équipe s'évade dans les plus grandes villes de la planète pour découvrir ces habitants créatifs qui ne cessent de réinventer le vivre ensemble urbain. A partir de ces découvertes ramenées du monde entier, ils conçoivent une multitude d’outils et d’activités pour favoriser l’engagement citoyen, imaginer des solutions pour la ville de demain et faire de chacun, et en particulier de la jeune génération, un acteur de changement pour une ville plus positive.
Entretien avec Nicolas Le Berre, co-fondateur.

www.newcityzens.com

 

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