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Anne Ghesquière : portrait d'une mutation

Comment une prise de conscience personnelle conduit à revisiter son business model et choisir la slow attitude pour concilier qualité de vie et pérennité de l’entreprise ? Anne Ghesquière relate une voie singulière où la prise de conscience détermine le chemin de vie et l’orientation humaniste de son entreprise.

Et si Anne reflétait l’air du temps ?
Nombreux sont désormais les managers et dirigeants qui délaissent les entreprises, en ayant de confortables positions pour privilégier le sens de leur action, les valeurs qui les animent, un rythme plus cohérent avec le vivant. Le phénomène semble prendre de l’ampleur, les ruptures conventionnelles se multiplient et les PDG sont abasourdis face à ces quadra et quinqua qui renoncent au confort d’un salaire et privilégient l’essence d’un travail en harmonie avec leur quête existentielle de sens.
Anne Ghesquière serait-elle en quelque sorte l’une des pionnières de ces révolutions intérieures qui conduisent aux mutations sociétales ?

Christine Marsan : Peux-tu nous expliquer ce qui t’a conduit à créer Fémininbio.com ?

Anne Ghesquière : J’ai vécu une enfance heureuse à Noirmoutier. Mes parents, de profession libérale, voulaient changer de vie, vivre de manière plus naturelle en conciliant l’esthétique et la liberté. J’étais ravie de cette communion avec la nature, mais je m’ennuyais quand même un peu, j’avais envie d’explorer le monde.
J’ai alors fait une école de commerce pour pouvoir travailler et voyager à l’étranger et j’ai trouvé l’une des rares écoles qui, à l’époque, permettait ce type d’opportunités.
Je me suis passionnée pour les NTIC dans les années 1995 qui représentaient un nouvel El Dorado. Je découvre les livres de Dominique Nora Les autoroutes de l’information : je suis fascinée par les nouvelles technologies et je me dis que cela va révolutionner le monde.
Après un DESS en droit des affaires je me lance dans ce secteur.

J’ai alors travaillé pour Vivendi et cela m’a entraîné dans un parcours de business women, les bureaux étant basés à la Défense. Je m’éclatais dans ce que je faisais, je trouvais cela excitant de défricher un nouveau territoire ; toutefois, je réalisais que cette vie ne me nourrissait pas beaucoup. J’ai alors créé une start-up spécialisée dans l’achat groupé, reposant sur le principe : « plus on est nombreux et plus le prix baisse ». L’aventure a duré trois ans et c’est le moment où la bulle Internet a éclaté. Mon mari et moi avons respectivement vendu nos entreprises et avons décidé de faire un break pour chercher le sens de notre vie. Nous sommes partis vivre à Barcelone et pendant trois ans nous avons beaucoup voyagé à travers le monde.

Le choc principal a eu lieu en Inde. Outre les nombreuses situations que beaucoup de monde connaît : spiritualité, pauvreté,... ce qui m’a impressionnée c’est d’observer combien les personnes et les femmes notamment étaient proches de la nature. Elles avaient une connaissance des plantes qui m’a fascinée. Je voyais des femmes sublimes, belles, malgré des conditions de vie souvent difficiles et je me suis interrogée sur leurs secrets de beauté.
Avions-nous perdu ces connaissances en Occident ? Je n’avais pas le souvenir d’avoir vu ma famille utiliser aussi facilement les ressources de la nature. J’ai aussi vu en Australie ou chez les Maoris et dans d’autres cultures l’ancrage des peuples premiers avec le vivant. Ce qui ma conduit à regarder ma propre culture et observer que les femmes en Occident, malgré instituts de beauté et produits cosmétiques, ne sont jamais satisfaites de leur apparence, tandis que ces femmes indiennes sont resplendissantes avec l’utilisation quotidienne de plantes et de pratiques ancestrales.

Ayant découvert de nombreux produits phytothérapeutiques, et des pratiques thérapeutiques ancestrales comme l’ayurveda, j’ai eu envie de faire connaître toute cette richesse en France.
J’ai entrepris de retrouver les trésors de notre pharmacopée en Europe et d’identifier nos recettes de bien-être et de beauté. J’ai alors rencontré en France de nombreux artisans passionnés de botanique et fabricants de produits de bien-être, inconnus du grand public. J’ai eu envie de les faire connaître aux femmes.
J’ai alors écrit le Guide cosmétique bio (1) avec mon amie Eve Demange car je souhaitais promouvoir le bio, c’est-à-dire le vivant de manière joyeuse, valorisant le côté glamour. Je ne partageais pas le point de vue d’une majorité souhaitant passer par la peur pour sensibiliser au vivant. La vie est suffisamment belle pour que l’on puisse la mettre en lumière avec ses facettes positives.

CM : Est-ce que cela a été le seul déclencheur ?

AG : J’ai aussi eu un enfant, puis un deuxième et je me suis sentie inspirée par une approche holistique du vivant, plus large que le cosmétique. Je prônais l’adage : « un esprit sain dans un corps sain » (2) et me suis intéressée également à l’alimentation et à l’agriculture bio.
Assez vite je fus identifiée comme « Madame cosmétique bio » mais ce que je souhaitais partager était bien plus vaste que cela. J’ai alors pris conscience qu’il manquait un média de référence sur le sujet. J’ai imaginé qu’il pourrait répondre à toutes les questions que se posent les femmes et qui est en fait l’écologie au quotidien : vêtements, nourriture, habitat, santé. Et, j’insiste, je rêvais d’un média inspirant qui reste joyeux et positif. D’où l’idée de lancer de Fémininbio.com (3).
J’ai pris conscience que les femmes sont aux avant-postes de la consommation du quotidien lorsqu’elles se questionnent sur l’allaitement, de par leur relations avec les professionnels de santé comme le pédiatre ou encore lorsqu’elles réalisent les achats pour la famille. Elles ont l’intuition d’un changement de conscience. Par conséquent, elles sont les moteurs réels des changements de paradigme. 

Ne voulant pas relayer les discours culpabilisants des uns ou trop intellos des autres, je souhaitais montrer que, nous les femmes, nous réalisons de réels changements dans le quotidien. Je voulais mettre en avant la manière dont chacune s’y prend pour vivre différemment. Une évolution permanente qui a pour conséquence de conduire les femmes à se remettre en question plus globalement.

Par ailleurs, je me sentais appelée par une forte spiritualité, ancrée notamment dans ma tradition catholique. Proche des textes des origines, les paroles du Christ m’inspiraient particulièrement. J’ai ainsi eu l’idée de mettre en exergue la femme vivante d’où le nom Fémininbio.com alliant le vivant, bio, et la femme, féminin.
Cette quête du vivant m’a aussi amenée sur le terrain du mysticisme. D’où l’envie de célébrer le vivant en montrant une femme qui danse, se réjouit, célèbre la vie et sait manifester toutes ses facettes, aussi bien la nature, le bio que la dimension sacrée et spirituelle de l’existence.

CM : Fémininbio.com, est-ce une aventure ?

AG : Le 13 mai le magazine fêtera ses sept ans. Et en fait, c’est un chemin qui a été parfois douloureux car entre cette belle idée de FémininBio, de célébration et de communion avec le vivant et la concrétisation qui se traduisait par une entreprise il y a eu des grands écarts qui n’ont pas toujours été confortables à vivre.
Souhaitant réaliser une véritable société qui puisse financer sa croissance, et non pas basée sur des bénévoles, nous avons eu jusqu’à quinze salariés. Il fallait se préoccuper d’avoir des rentrées d’argent régulières et suffisantes, et pendant deux ans j’étais dans la peur de ne pas parvenir à l’équilibre financier nécessaire pour joindre les deux bouts. D’autant que je ne voulais pas réaliser de levée de fonds, il était important à mes yeux que nous puissions rester indépendants.

Lorsque j’ai lancé le magazine, j’ai accouché quasiment en même temps de ma troisième fille et l’aînée avait trois ans et demi. Donc monter une entreprise avec des salariés, m’occuper de trois enfants dont deux bébés et réaliser des allaitements longs m’a conduit à l’épuisement physique. Il y avait en moi une sorte de folie égotique de vouloir partager ce mode de vie, que l’entreprise réussisse et aussi que ce message soit connu. Et au bout de deux ans, j’ai réalisé que cela ne me/nous convenait pas du tout. Nous vivions dans une telle tension qu’en fait c’était contraire à l’objectif de la vision holistique du projet initial.
Puis, un jour, mon associée a fait un burn-out et je ne suis pas passée loin non plus.

CM : Qu’est-ce que cela a déclenché ?

AG : En parallèle de cette création d’entreprise, j’ai réalisé un long chemin de développement personnel. J’ai approfondi ma quête personnelle ce qui m’a conduit à décider de réduire la taille de la société. Cela s’est traduit par devoir nous séparer de certaines personnes ce qui fut un moment très difficile, avoir moins de salariés et faire le deuil de mes ambitions « mal placées » d’entrepreneuse. Je suis passée aux 4/5 afin de m’occuper de mes enfants et de vivre davantage à la maison. L’entreprise était située en face de chez nous et j’ai alors redécouvert ce que pouvait être une slow entreprise, ce qui signifie ne pas être en recherche de conquérir le monde en accumulant des profits, mais juste d’être à l’équilibre. Cela a été un superbe chemin.

Au bout de cinq ans, j’ai ressenti le besoin de ne plus être seule et j’ai rencontré Mickael Amand, mon nouvel associé, qui a des valeurs humaines extraordinaires. Nous sommes très complémentaires. L’équipe était essentiellement féminine et l’arrivée de cet homme a permis de créer un plus grand équilibre yin et yang. J’ai pu lâcher la gestion opérationnelle et je me suis concentrée sur ce que j’aime, à savoir rencontrer des personnes, les interviewer, m’occuper de la ligne éditoriale et moins de la technologie. Et avec les années, je me rends compte que je préfère aujourd’hui le métier d’éditrice à celui de technophile ou gestionnaire.

CM : Qu’avez-vous créé comme nouveau business-model ?

AG : Le choix de licencier a été difficile et nous a permis de redevenir plus petit. Nous avons refusé d’être rachetés par des plus gros. Nous avons choisi de rester un petit bureau de femmes avec un mode de fonctionnement très ouvert. Tout le monde était salarié, la plupart avait des enfants, et nous avions des modalités très souples. Chacune pouvait rester tranquillement à la maison s’il y avait un souci de santé avec un enfant. Il suffisait d’appeler pour prévenir, s’il y avait besoin de prendre des vacances c’était toujours oui. Tout le monde travaillait mais on ne voulait pas que ce soit au détriment de la vie privée. C’était un fonctionnement très familial avec des métiers qui nous passionnaient. Des évolutions de carrière étaient possibles et ceci en fonction des envies d’évolution et pas uniquement des réalisations.
Formatée au départ par le modèle business de la performance, nous avons créé avec Fémininbio.com quelque chose de plus féminin, de plus doux, de plus intuitif. Je me suis ainsi arrêtée de faire des business plan. Nous nous sommes mises à l’écoute de ce qui se présentait dans l’instant présent, avec les opportunités qui se dessinaient. Je suis allée contre mon conditionnement naturel.

CM : Et quel a été le résultat ?

AG : Nous avons lâché prise. J’ai appris à vivre dans la confiance de l’instant présent : « je ne sais pas ce qui va arriver et profitons de l’instant présent, profitons des relations entre nous ». Nous n’étions plus rivées sur la feuille de route, nous écoutions le vivant et nous sommes parvenues à l’équilibre financier alors que précédemment nous perdions de l’argent. Et un an après, nous avons pu nous associer à la société Palpix créée par Mickael dont j’ai parlé, nous réalisions de petits profits mais nous avions prouvé que nous pouvions faire vivre les salariés et avancer, autrement.

Quand je ne suis plus dans l’attente, tout devient possible. Il a fallu que je passe par cette phase pour le réaliser pleinement et notamment dans la sphère business.

CM : Ainsi tu as réuni la sagesse et le business, le féminin et les lois du vivant. Que pourrais-tu dire de tes projets ?

AG : Je me suis énormément enrichie de toutes ces personnes que j’ai interviewées. Ce qui est nouveau pour moi c’est de passer à la création personnelle et de ne pas être uniquement un relai de messages et d’écouter ce que je porte au fond de moi.
Cela m’a conduit à une véritable métamorphose et aujourd’hui, je me sens beaucoup plus alignée avec ce que je suis profondément. Je vais publier prochainement des cartes sur le thème de la métamorphose qui vont débuter cette nouvelle collection. En tant qu’éditrice je lis beaucoup d’auteurs et ces cartes représentent une sorte de synthèse et j’ai envie de partager. Car la métamorphose n’est jamais terminée, loin de moi l’idée d’être arrivée ! Parfois, on pense avoir progressé et en fait c’est pire qu’avant. C’est alors vivre le chemin qui est extraordinaire.
La vie vient nous rappeler que tout n’est pas réglé et que certaines choses étaient juste cachées sous le tapis. Et les événements se représentent tant que ce n’est pas réglé. C’est la raison pour laquelle j’ai envie de partager cette métamorphose afin qu’elle puisse peut-être en inspirer d’autres.

CM : Aurais-tu une phrase inspirante à nous partager ?

AG : « On rêve d’un idéal, on le prie, on l’appelle, on le guette et le jour où il se dessine on découvre la peur de le vivre, celle de ne pas être à la hauteur de ses propres rêves, celle encore de les marier à une réalité dont on devient responsable. » Marc Lévy.
J’aurais pu choisir d’autres auteurs mais cette citation m’a surprise et j’aime ça !
J’aime aussi les clins d’œil du vivant comme par exemple les citations de YogiTea. Voici celui du jour : « Life is a chance, love is beauty, grace is reality . » Ces petits messages du quotidien me rappellent que ce sont dans tous les instants que la vie se déploie.

CM : Tu as aussi découvert le Wutao ?

AG : Oui c’est un élément important dans mon parcours personnel qui a participé à ma transformation. Le Wutao m’a permis de révéler mon corps, de créer une véritable reliance du corps, de l’âme et de l’esprit et ceci par la découverte du souffle alchimique, méditation en mouvement, incarnation de l’être à travers le souffle. Et cela a permis la métamorphose.

Pour finir avec l’écoute de la vie et les synchronicités incroyables, je voudrais relater l’épisode de ma rencontre avec un fameux guérisseur que j’avais prévu d’interviewer. Ce déplacement me paraissait vraiment inadapté compte-tenu de tout ce que je devais préparer avant notre départ pour les Etats-Unis. Je le vivais comme une charge supplémentaire. Ce n’était pas raisonnable, je m’apprêtais à annuler le billet et à réaliser l’interview par téléphone, pourtant quelque chose en moi me poussait à m’y rendre malgré tout. J’y suis allée, j’avais environ six heures de train et j’ai ouvert mon ordinateur pour travailler. Je l’ai fermé aussitôt et j’ai écrit 365 phrases qui sont sorties de moi de manière automatique. Depuis, je les ai reprises et retravaillées mais ce qui m’a marquée c’est le processus créatif. Je me trouvais dans un état de lâcher prise, d’abandon au souffle de la vie, dans une reliance de tout mon être avec la vie et voilà quel fut le cadeau : magnifique et fulgurant.
Ce trajet fut comme une préparation de la rencontre avec cette âme. Un miracle de la vie.
Il a représenté un chemin de guérison.

Christine Marsan, Psycho-sociologue

(1) http://www.amazon.fr/guide-cosmétiques-bioAnneGhesquiere/dp/2711418227
(2) Men sana in corpore sano. Juvenal
(3) http://www.femininbio.com

Cyril Dion : Changer le monde en révélant son talent !

Pour changer le monde écoutons notre talent, vivons notre passion et révélons au monde notre véritable nature, alors le changement sera plus profond.

Cyril Dion, acteur, écrivain, directeur du Mouvement Colibris, directeur de collection chez Acte-Sud, co-réalisateur de film, poète et acteur engagé dans des actions citoyennes, nous partage les clés de son engagement et de ses changements de vie.

 Serais-tu d’accord pour nous partager des éléments de ton parcours ?

Cyril Dion : « Je ne savais pas très bien quoi faire dans la vie, la seule chose que je savais c’est que je voulais faire des choses qui me passionnent. » Et aller travailler pour gagner un salaire, cela ne me parlait pas. Donc je suis devenu acteur. Pourquoi ? Deux aspirations très fortes : créer et avoir un impact sur le monde.
Je voulais que les choses s’améliorent dans le monde. Etant plutôt quelqu’un qui agit, quand je vois que quelque chose ne va pas, j’ai envie de m’en occuper, mais ne sachant pas très bien par quoi commencer, j’ai d’abord choisi une formation d’acteur.

Tout d’abord le théâtre

Trois ans de théâtre : une école de la vie, cela m’a permis de me découvrir et de rencontrer Fanny, ma femme, avec laquelle je vis depuis 15 ans. Depuis, nous avons eu deux merveilleux enfants, Pablo et Lou.
Grâce à un agent, j’ai fait plusieurs films notamment de publicité et un jour j’ai senti que ce n’était plus possible : passer de Shakespeare à la Française des Jeux ou à Une Femme d’honneur et je me disais que je perdais mon temps.
Alors je me suis arrêté un an pour écrire, car j’écris depuis mes 17 ans, et j’ai rédigé deux romans que j’ai mis finalement à la poubelle. En effet, ma femme en rentrant du travail me trouvait tout gris et me disait : « Combien de temps tu vas encore continuer car on sent que cela t’épanouit vraiment beaucoup ?»
Donc, je me suis qu’il fallait que je ressorte de mon appartement et que je fasse quelque chose qui soit utile et qui me passionne et, qui sait, qui me permette aussi d’écrire et de gagner un peu d’argent.

Fanny tombe malade et en cherchant une solution

A ce moment là, mon épouse, Fanny était très malade et ne trouvant pas de remède satisfaisant, nous nous sommes intéressés à la médecine naturelle. Je me suis formé en réflexologie plantaire et en énergétique chinoise et en micro-ostéopathie. J’ai alors ouvert un cabinet mais surtout je massais les gens dans les entreprises et je découvrais des personnes en souffrance. Je voyais une dizaine de personnes par jour, mais je sentais que ce n’était pas complètement encore ma voie.

Un moment de rupture déterminant

Puis, j’ai rencontré Alain Michel qui avait fondé Hommes de Parole et qui cherchait un coordinateur pour des congrès Israélo-Palestiniens et cela m’a beaucoup enthousiasmé de penser que je pouvais faire quelque chose pour ce conflit. Naïf, que j’étais, j’avais 24 ans et je pensais que je pouvais apporter la paix dans ce conflit !
Grâce à la confiance d’Alain Michel, cela a très bien marché et j’ai organisé avec lui le premier et deuxième congrès mondial des Imams et des Rabbins.
Ce fut une expérience extrêmement forte et bouleversante avec des moments improbables vécus entre les participants, notamment lors du deuxième congrès. Nous avions fait sortir 21 Palestiniens de Gaza pour la première fois de leur vie et on les faisait vivre tous ensemble, Palestiniens et Israéliens. Ce fut un vrai choc pour tous !

C’est à cette occasion que j’ai utilisé le Forum Ouvert comme technique de facilitation en conviant son créateur Harrison Owen. Cela a marché de manière absolument incroyable, les participants ont pu aborder des sujets comme la frontière de 1967 ou la révision des manuels scolaires. Et le plus impressionnant pour moi fut le fait que Harrison Owen qui réalisait des Forums ouverts depuis 25 ans n’a pas pu aller jusqu’au bout de la session car le Comité d’organisation a prit peur, voyant les personnes prendre leur autonomie et se diriger vers une issue, ils ont décidé d’arrêter en plein milieu du processus.

Ce comité étant constitué de politiques, ministres, patrons d’organisations juives et musulmanes internationales qui avaient des motivations politiques. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps quand ils ont pris cette décision car je voyais combien ce qui se passait de magique était interrompu pour des raisons politiques. Cet événement a constitué un vrai moment de rupture et m’a fait déduire que le changement ne peut pas venir des acteurs politiques ayant des vues politiciennes et qui ne sont pas centrées sur les intérêts des citoyens. Ces personnes qui vont de congrès en congrès et de déclarations finales en déclarations finales ne veulent pas laisser la place aux personnes pour apporter des changements qui remettraient en question leur statut et leur place.

Ma tristesse venait aussi d’avoir été le témoin de la manière dont les personnes, Palestiniens et Israéliens, auxquelles on faisait confiance, fonctionnant en auto-organisation, que l’on laissait autonomes, choisissaient d’aborder les thèmesqui les touchaient profondément. Ils parvenaient à discuter. Le processus marchait !
Quand j’ai compris cela, j’ai alors cherché un autre terrain pour expérimenter ce qui m’animait.

Du conflit Israélo-Palestien au Mouvement Colibris

Plusieurs pistes se sont alors offertes dont créer un mouvement autour de ce qu’avait réalisé Pierre Rabhi et c’est comme cela qu’est né le Mouvement Colibris.
Et ce nouveau projet m’a beaucoup enthousiasmé car cela m’a permis de prendre un projet dès son origine d’autant que je me sentais très en affinité avec les propos de Pierre.

Je voulais créer un mouvement bottom-up (des citoyens vers le haut de la pyramide) et j’ai fait cela pendant sept ans et du coup j’ai pu utiliser le Forum Ouvert a de nombreuses occasions et avec des centaines de citoyens dans des dizaines de villes. En 2012, trente Forums Ouverts ont été organisés dans toute la France pour faire émerger une matière riche des citoyens qui a permis d’élaborer un programme politique à part entière.

Cela m’a permis de réaliser aussi d’autres projets impliquant l’art et l’écriture, notamment la co-production d’un film avec Coline Serreau Solutions locales pour un désordre global, la création d’une collection de livres chez Actes Sud et un magazine Kaizen.

En 2012, le burn-out : deuxième rupture

Et en 2012, j’ai vécu gros burn-out qui m’a laissé deux mois et demi totalement Hors Service. Il s’agissait du deuxième grand moment de remise en cause prise de mon fonctionnement. Ce fut l’occasion de s'interroger sur mes motivations et sur les modalités que je trouvais pour m’impliquer et pour faire changer les choses.

La première prise de conscience fois a eu lieu lorsque mon fils, Pablo, est né. Je travaillais toujours chez Hommes de Parole, j’ai eu une sorte de flash, cela m’a ramené au présent de manière extrêmement puissante. Tout d’abord, voir sortir un être humain d’un autre être humain, ma femme en l’occurrence, m’a produit un choc. Expérimenter dépasse toute connaissance. J’ai eu le sentiment d’être ramené à la condition de mammifère de manière très concrète.
Puis, m’occuper de lui, pendant les trois premières semaines, m’a donné l’impression qu’il n’était pas encore « arrivé » dans notre monde et cela me ramenait dans le présent comme si j’étais allé méditer des années dans un temple. Je le sentais hyperprésent, moi qui me décrit habituellement comme cérébral et projeté dans les projets et le futur. J’étais convoqué à vivre chaque seconde de présence avec mon fils dans les bras.

J’ai alors pris conscience du fait que j’étais dans une sorte de délire de vouloir « changer le monde », une sorte de frénésie de chevalier blanc. Lorsque je tenais mon enfant dans les bas, le plus important était peut-être ailleurs, et que pour changer le monde il existait peut-être une autre voie, plus concrète, plus intime.

Avec ce burn-out, je comprenais davantage pourquoi j’avais cette frénésie à vouloir réparer à l’extérieur quelque chose qui n’était pas réparé en moi.
J’ai alors pris le temps de guérir cette blessure intérieure car si je ne le faisais pas je risquais de continuer à enchaîner les projets à un rythme effréné et que cela pouvait assez mal finir.

Au cœur de soi, il y a un talent à révéler

J’ai pris beaucoup de temps pour approfondir ce que cela voulait dire ; j’ai repris une thérapie pour chercher quel était mon talent et comment j’allais mettre cela au service du monde, ceci à ma modeste mesure, bien entendu. Je conservais en moi une grande frustration, celle d’avoir délaissé ma passion pour l’art que je compensais en faisant projets sur projets.

J’avais donc besoin d’entrer dans plus de profondeur dans ce que je faisais et moins dans cette boulimie d’actions. J’ai pris conscience de mon besoin de relier création, quête des profondeurs et action dans et pour le monde.
J’ai alors demandé à cesser d’être directeur de Colibris et je me suis davantage consacré à la réalisation d’un film avec Mélanie Laurent. Je me suis recentré sur la publication de mes poèmes qui vont bientôt paraître à la Table Ronde, sur la collection chez Actes Sud et le magazine Kaizen.

J’ai alors retrouvé un espace de bonheur, d’énergie. Je ne suis plus enseveli par le fait de gérer une structure et je passe davantage avec mon intériorité. Je peux l’expérimenter au quotidien.

 Tu illustres le titre du livre « Se changer pour changer le monde » ? (1)

CD : J’aurais pu d’abord m’écouter, mais nous n’avons pas été éduqués comme cela, et ce poids des conventions nous pèse. J’en suis arrivé à la conclusion que la seule façon de faire bouger le monde c‘est de faire ce qui nous passionne le plus dans la vie et d’aller vers qui nous sommes de la manière la plus profonde possible. Si nous ne le faisons pas nous prenons le risque de voir se reproduire des comportements de compensations de vides intérieurs : boulimie d’actions, consommer, partir en voyage tout le temps, essayer de dominer, volonté d’accaparer, etc.

 Agitation à la place d’être ?

CD : Oui et il s’agit aussi de mécanismes de maltraitance à l’égard de soi, des autres ou de la planète. Je pense que nous avons tous cette soif d’absolu et c’est dans la réalisation de nous-même et dans la recherche de notre plénitude que nous apportons le plus au monde.
Je suis content de sortir de la maxime : « Il faut faire des choses pour la planète » et d’avoir compris que l’essentiel réside dans le fait de se réaliser soi-même et c’est alors que l’on est puissamment utile aux autres, en se remettant dans le flot de la vie.
Ce qui est le même principe que la médecine naturelle : il faut que le corps retrouve son équilibre pour être en bonne santé et pour cela il faut le réaligner.

Je reprends conscience que j’ai besoin de trouver ce point d’équilibre et me réaligner avec qui je suis afin ensuite de participer au développement d’une société en bonne santé.

Tes recettes :
Ecouter son talent, manifester sa créativité, écouter le besoin d’intériorité, réconcilier en soi les différentes facettes : pour moi, création et envie de changer le monde.

Tes moments et acteurs-clés :
Des rencontres avec Alain Michel et Pierre Rabhi et aussi ces personnes des deux congrès d’Hommes de Parole, aussi bien le dialogue entre les Palestiniens, les Israéliens que la réaction des politiques. Les moments de rupture : occasion de prise de conscience. L’importance de ta famille pour te relier au présent et te faire évoluer.

 Qu’est-ce qui t’a particulièrement marqué ? Qu’as-tu trouvé inspirant ?

CD : Trois évènements. Le premier, c’est à l’occasion de mon départ du Mouvement Colibris, tous les témoignages reçus m’ont beaucoup ému. Toutes ces personnes qui m’ont dit combien cette structure leur avait apportés.
Noyé par l’activité, je n’avais jamais pris le temps de recevoir les feed-back des gens et j’ai été totalement bouleversé par ces témoignages. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps à plusieurs reprises. Bouleversé d’avoir entendu combien cela avait changé fondamentalement de choses dans leur vie, des trajectoires modifiées, les impacts dans la société ou sur leur manière de voir le monde. Ils mont aidé à voir l’ampleur que cela me prenait.
Ce qui faisait écho à ce qui me touche le plus dans les films. Ce qui me tire des larmes ce sont les personnes qui ont de la reconnaissance pour celles qui les ont enrichies, inspirées, touchées, aidées, comme à la fin du Cercle des Poètes disparus et même dans le Seigneur des Anneaux, lorsque toute l’assistance s’incline devant les Hobbits.
Tout d’un coup c’est à moi que cela arrivait.

J’ai pu me nourrir de cette expérience du fait qu’il s’agissait d’une réalisation où je suis parti de zéro. Je me souviens lorsque j’étais tout seul dans un bureau à enlever le faux plancher et à repeindre les murs. Aujourd’hui, c’est une organisation qui compte et fait la différence pour de nombreuses personnes.

Un deuxième moment, c’est lorsqu’un éditeur m’a dit qu’il était prêt à éditer de la poésie. J’écris depuis 17 ans, c’est donc quelque chose de très important pour moi et pour lequel j’avais énormément besoin de reconnaissance, que l’on me dise que mes écrits avaient de la valeur. D’autant plus la Table Ronde est une des maisons de Gallimard. Cela me rassurait dans ma facette d’artistes et du coup, de me sentir le droit de créer et d’être légitime pour le faire. Cela a apaisé quelque chose en moi et m’a permis d’aller vers d’autres projets.

Et le troisième événement c’est le film que nous élaborons avec Mélanie, qui est la réunification de tellement de choses, à la fois la créativité, la possibilité de changer le monde et la mobilisation des citoyens. En effet, nous construisons un dispositif pour changer les choses dans le monde en réalisant un livre, autour du film, en utilisant Internet et les réseaux sociaux par un hub reliant les sites qui rendent compte des initiatives pour montrer à quoi le monde pourrait ressembler demain et aider les communautés à se mobiliser.
De plus, cette aventure permet de matérialiser ce qu’il y a de plus puissant pour participer à changer la société, à savoir raconter une histoire et agir sur notre imaginaire. C’est la thèse de l’essai de Nancy Houston L’espèce fabulatrice (2) . Notre histoire est en fait le fruit de fictions car nous organisons les faits autour de fictions plus ou moins partagées.
C’est la raison pour laquelle si nous voulons changer le monde, nous avons besoin d’écrire des social fictions. Avec le film Demain nous projetons de raconter une nouvelle histoire sur comment le monde pourrait être demain. Et ceci en touchant les spectateurs, en les inspirant, les faire rire et rêver.

 Quelle pourrait être la citation qui résumerait ta pensée ou qui est particulièrement importante à tes yeux ?

CD : Je choisis le haïku de Issa (3) :
Ce monde de rosée
Est un monde de rosée
Pourtant et pourtant

Dans « et pourtant », il y a tout, les guerres comme les fleurs et l’amour, tout est contenu dans ce « et pourtant » c’est la raison pour laquelle je l’aime tant.

Christine Marsan, Rédactrice UP' Magazine

(1)  http://www.amazon.fr/Se-changer-monde-Christophe-André/dp/2913366597
(2) http://www.amazon.fr/Lespèce-fabulatrice-Nancy-Huston/dp/2742791094/ref=lh_ni_t?ie=UTF8&psc=1&smid=A1X6FK5RDHNB96
(3) Kobayashi Issa - http://www.editions-verdier.fr/v3/oeuvre-haiku.html

En quoi le bonheur est-il important aujourd'hui ?

Parti d’une passion personnelle, le bonheur, Alexandre Jost en a fait son métier. Il a créé la Fabrique Spinoza qui place le bien-être et le bonheur dans le débat public, politique et économique. Ceci, afin qu’ils soient reconnus comme des indicateurs essentiels dans les projets politiques (révisant l’économie, la politique, l’implication sociétale, le rapport au travail et valorisant la contribution et l’engagement citoyens).

Le bonheur aujourd’hui : de quoi parle-t-on ?

Alexandre Jost : J’ai d’abord envie de répondre en donnant le point de vue scientifique sur le sujet. Philosophes, psychologues et sociologues distinguent trois grandes catégories qui caractérisent le bonheur.
1- Le bonheur hédonique, celui des affects. Il correspond à ce que je ressens tous les jours en fonction du soleil qu’il fait et de la bonne ou mauvaise nuit passée, et de tout ce que je vis qui se traduit en émotions.
2- Puis, le bonheur cognitif qui consiste à apprécier si j’ai atteint les objectifs que je m’étais fixé. Ainsi, chacun est juge de sa propre réussite et cela conduit à prendre du recul sur soi et favorise l’introspection.
3- Et la 3ème facette du bonheur est ce que l’on appelle le bien-être eudémonique (ce qui signifie le « bon esprit » ou la « bonne vie » et c’est inspiré des Grecs) et cela signifie : est-ce que ma vie vaut la peine d’être vécue ? Quel sens a ma vie ?
Il existe des sous facettes de cette 3e forme de bonheur (1) telles que l’appartenance, la spiritualité. Ce qui conduit à cet inventaire à la Prévert :
• Est-ce que je me réalise ? Quelles sont mes aspirations ?
• Quelle est mon appartenance ? A quels groupes est-ce que je contribue ? Est-ce que je suis relié à quelque chose de plus grand que moi ? Est-ce que je suis en relation avec les choses ?
• Suis-je engagé pour une cause qui fait sens ? Est-ce que je suis acteur, moteur ?
• Et aussi apprécier quelle est mon auto-efficacité, c’est à dire mon efficacité personnelle et/ou mon impact ?

Ainsi, avec ces trois catégories : « je ressens, j’évalue et j’aspire » ; je peux dire que je suis « heureux ».

Hédonisme et eudémonisme : Diener distingue deux dimensions dont le bonheur serait la synthèse : la composante hédonique fait référence aux affects ressentis par l’individu, la composante eudémonique à son contentement quant à ses objectifs, ses attentes et ses croyances. C’est l’association de ces deux dimensions qui permet d’atteindre le bonheur.

 

Le désir de vivre heureux ou de bien vivre, de bien agir est l’essence même de l’homme. Baruch Spinoza

 

Une situation paradoxale – les gens qui viennent d’avoir des enfants sont partiellement moins heureux !
A la question suis-je heureux d’avoir un enfant ? La réponse est surprenante.

Catégorie 1 (bonheur hédonique) : je suis fatigué parce que je n’ai pas assez dormi. L’enfant peut être source de disputes au sein du couple et conduire à une baisse de la sexualité. Au total, moins d’affects positifs, plus d’affects négatifs.
Catégorie 2 (bonheur cognitif) : se sacrifier pour sa vie professionnelle et/ou s’occuper de sa famille en plus du travail peut conduire à faire moins de sport ce qui entraîne des modifications non souhaitées dans son existence (prise de poids, moindre activité, …), et des conséquences indésirables dans différents domaines : chemin professionnel, satisfaction quant à sa vie de couple, etc.
Catégorie 3 (bonheur eudémonique) : ma vie a du sens, je me sens « rempli » par le fait d’avoir des enfants.
Ainsi, en distinguant les trois catégories d’épanouissement cela permet de comprendre les baisses de satisfaction dans la vie des personnes : les émotions vécues négativement sont compensées par le sens qu’apporte l’arrivée d’un enfant.

Comment savoir si l’on est heureux ?

AJ : Il n’y a pas de question ultime qui permette de saisir d’un coup les trois facettes du bonheur. Pour le moment, aucun critère, aucune question ne permet à quelqu’un de donner un avis global sur les trois catégories.

Les douze visions du bonheur de la Fabrique Spinoza : http://www.fabriquespinoza.org/2011/07/les-differentes-visions-du-bonheur/

Qu’est-ce que le bonheur pour vous ?

AJ : Je considère qu’il y a deux formes de bonheur : la première c’est d’être bien lorsque aucune pensée ne traverse notre esprit : on est alors véritablement soi-même, « dans l’interstice qui se glisse entre deux pensées » comme disent les bouddhistes.
Quand on est dans cet état-là (que l’on peut vivre soit grâce à la gueule de bois ou à la méditation) alors on est joyeux !
L’autre forme de bonheur c’est l’amour, qui me remplit et qui fait la passerelle entre mon bonheur et celui d’autrui. Ce qui recouvre toutes les catégories de bonheur (émotion : joie, satisfaction, sens), l’amour nous remplit et nous dépasse.
Le lien que je fais entre amour et bonheur c’est en reprenant la phrase de Spinoza : « L'amour est une joie qu'accompagne l'idée d'une cause extérieure ». Cette phrase a l’air compliquée mais elle dit seulement : lorsque l’on est avec l’être aimé (ou simplement que l’on y pense, c’est pourquoi Spinoza parle d’ « idée »), alors la joie nous emplit. L’amour c’est la concomitance de la joie et de la présence de l’autre (ou d’une pensée pour lui ou elle).

Pourquoi s’intéresser au bonheur ?

AJ : J’ai toujours été heureux et j’ai voulu voir ce qui était caché derrière le phénomène et donc je suis allé explorer plusieurs disciplines telles que les neurosciences, la psychologie positive, la sociologie comparée, l’économie comportementale, pour mieux comprendre ...

Pouvez-vous expliquer quelle est la mission de la Fabrique Spinoza ?

AJ : La mission de la Fabrique Spinoza : en se focalisant sur les moyens et en perdant de vue la finalité, les politiques ont oublié le bonheur en chemin. La Fabrique Spinoza a pour objectif de remettre le bien-être et le bonheur au cœur des politiques publiques.
Ceci en mettant en valeur les informations sur l’avancée des recherches sur le bonheur auprès des pouvoirs publics afin d’avoir de l’impact dans le monde politique et promouvoir la mise en place d’un indicateur du bien-être. C’est de cette manière que la Fabrique Spinoza, initialement Think Tank politique, devient un Think Tank citoyen.

 

Le Paradoxe d’Easterlin (2) : entre 1973 - 2008 une courbe montre que la croissance du PIB augmente de 113 % (hors inflation) tandis que celle de la satisfaction de vie est elle plate. C’est une des représentations du bonheur qui suggère que ce dernier ne repose pas uniquement sur les ressources financières.

Nous avons commencé la Fabrique en développant des outils, des contenus et des référentiels pour aider les responsables politiques à dessiner des projets qui favorisent l’épanouissement collectif (citoyen). A présent, nous ressentons le besoin d’élargir le spectre en encourageant la libération des consciences en vue de la poursuite du bonheur.

Résumé de la mission de la Fabrique Spinoza :
• Appréhender les différentes visions du bonheur, c’est à dire partager des référentiels scientifiques et les recherches des différentes disciplines contribuant à mieux cerner la nature même du bonheur.
• Apporter des propositions pour que les dirigeants puissent enrichir leurs politiques publiques ou stratégie d’entreprise et prendre en compte le bonheur et le bien-être dans leurs orientations.

Notre motivation a aussi été stimulée par le fait que de plus en plus de pays osent afficher de telles ambitions telle l’Allemagne qui a créé un indice du Bien-être et aussi l’Angleterre (3). Cela devient un véritable engagement politique.
Nous contribuons également à rendre visible le fait que le bien-être est essentiel aussi au travail : http://fr.slideshare.net/julientrefeu/ibet-indice-de-bien-etre-au-travail

Ce qui me conduit à détailler d’autres missions de la Fabrique Spinoza :
Nous choisissons des sujets qui peuvent changer positivement la société, des sujets citoyens que l’on soumet aux dirigeants d’entreprises, aux politiques ou au grand public.

Quels sujets par exemple ?

AJ :
• Richesse, Philanthropie et bien-être,
• les médias et le bonheur et
• l’égalité femme-homme,
• le bien-être au travail,
• Spiritualité, sagesse et entreprise,
• la philosophie politique
• les indicateurs de développement
• la collectivité positive
• l’économie positive…

Nous rassemblons des citoyens et nous les faisons réfléchir puis nous leur faisons produire des propositions pour modifier la société (entreprise, politiques et citoyens). Une fois le contenu obtenu nous cherchons le bon support : conférence (citoyens), rapports (politiques) baromètre, formations (entreprise), cours (étudiants), c’est ainsi que nous donnons des cours à Centrale. Nous développons un centre de recherche sur le bien-être au travail et nous ambitionnons de réaliser un centre international (500 chambres) qui pourrait accueillir le plus gros forum mondial de l’économie et du bien-être.

Nous sommes fiers d’être parvenus à donner l’envie de créer un groupe parlementaire sur l’économie du bien-être au Sénat comme à l’Assemblée, ceci afin de relancer les travaux de la commission Stiglitz (Progrès PIB et bonheur).

Pouvez-vous détailler une de vos actions ?

AJ : Si je prends l’exemple de la philanthropie : nous avons interrogé 30 personnes riches c’est-à-dire ayant un patrimoine supérieur à 25 millions d’Euros ceci afin de comprendre ce qui les motivaient à faire (ou ne pas faire) un don. Notre objectif étant de débloquer le potentiel de philanthropie en France en expliquant les leviers de motivation à donner.

Concernant l’égalité Homme/Femme : nous sommes parvenus à 40 propositions décrivant une société plus heureuse via des rapports plus équilibrés entre les hommes et les femmes.
Ainsi, à chaque fois nous choisissons un sujet classique, nous l’examinons au travers de l’angle du bien-être et nous mettons en exergue en quoi ce point de vue particulier peut avoir un effet sur les propositions que l’on peut faire.

Quelle est votre ambition aujourd’hui ?

AJ : Nous voudrions créer un mouvement de 100 000 de personnes. Nous voulons passer d’un Think tank à un mouvement citoyen (non politique) d’une centaine de milliers de personnes. Et pour cela, il nous manque des méthodes d’Intelligence Collective, c’est-à-dire le moyen de mobiliser les citoyens, des méthodes bottom-up.
Nous voudrions être partout en France, s’inspirer de Ouishare, MakeSense, Colibris, envisager un développement national et encourager la diversité des personnes participant à cette quête.

Le petit truc en plus : La Fabrique Spinoza est un projet qui cherche à inspirer et c’est aussi une réalisation très sérieuse, nous sommes correspondant en France d’un projet hébergé par l’OCDE sur la mesure du bien-être, nous coordonnons une commission de travail à l’ONU, nous travaillons avec l’Elysée, le Parlement et l’Assemblée et nous avons été nommés parmi les 12 meilleurs Think Tank. Tout ceci nous a permis d’asseoir notre crédibilité, notre légitimité.

Quelle est la conséquence pour vous d’avoir réalisé la Fabrique Spinoza ?

AJ : L’émerveillement. Au départ, je voulais créer l’association française pour la promotion du bonheur et les gens se sont pas mal moqués de moi. Il manquait le nom, le statut et l’habit institutionnel au projet. Cela compte beaucoup en France. La Fabrique Spinoza, think-tank du bien-être citoyen, ça fait mieux !
Pourtant avec une idée simple et une bonne énergie, cela a fonctionné. Cela répondait à un besoin : rassembler les gens car tout le monde a fondamentalement besoin d’espoir et d’optimisme collectif.

Réaliser la Fabrique c’est du stress mais c’est une joie renouvelée.
Il y a un véritable mouvement qui en train de se créer, certaines entreprises comme un nombre croissant de politiques veulent sincèrement changer leur manière de fonctionner, la preuve en est la commission au Sénat et à l’Assemblée (les parlementaires s’ouvrent).
Quelque chose est en train de se passer : un mouvement international qui est plus grand que le national, et il va finir par nous emporter aussi. Il y par exemple a une vingtaine de pays qui travaillent sur ces sujets de politiques du bien-être. Comme autre illustration, nous avons créé la coalition de Budapest, qui est un regroupement de think-tanks européens travaillant sur le bien-être citoyen. Les choses bougent !

Comment décrivez-vous cette réussite ? Comment avez-vous fait ?

AJ : De l’envie au résultat. Pour moi les éléments importants sont :

• Ne jamais, jamais écouter les gens qui essaient de décourager votre projet.
• La réponse « non » on l’a toujours, c’est le « oui » qu’il faut aller chercher.
• Ne pas écouter les gens qui disent « ça ne va pas marcher », car les gens projettent leur peurs.
• Le ton du projet est aussi important que le projet lui-même. Je pense que notre optimisme ou notre joie à la Fabrique Spinoza sont aussi important que le contenu lui-même.

Est-ce que vous pouvez dire que c’est parce que vous avez écouté profondément qui vous êtes que le projet a avancé ? Quels sont vos ingrédients ?

AJ : Etre aligné entre les différentes facettes de toi : vision et courage. Je suis quelqu'un de joyeux et j’ai eu envie de réenchanter la politique et la société. Cela vient de très profond.
Spinoza parlait de désir : sa vision du désir rassemble l’envie, la volonté et le courage. Si la cause est adéquate (c’est à dire conforme à notre véritable nature) alors notre désir et notre essence se superposent : le désir devient une force extra-ordinaire qui nous propulse. Après il faut un petit peu de courage : cela consiste à se lever le matin et faire face aux échéances, et à toutes les obligations résultants des projets fous que l’on a imaginés !

C’est de la persévérance ?

AJ : Je ne lâche pas ma route, si c’est « juste » pour moi alors cela devient juste aussi à l’extérieur. La persévérance est alimentée par le fait de rencontrer des gens avec lesquels réaliser les actions qui me tiennent à cœur. Réaliser un projet collectif ça change tout.
Lorsque tu rayonnes ton projet parce que tu l’incarnes et pas par opportunité, alors tu es aligné avec qui tu es et le résultat ressemble à ce que tu veux.

Christine Marsan

1 - Ilona Boniwell, psychologue positive, a réalisé des travaux très intéressants sur le sujet. Boniwell I, Introduction à la psychologie positive, Payot, 2012.

2 - http://fr.wikipedia.org/wiki/Paradoxe_d’Easterlin

3 -  http://www.oecdbetterlifeindex.org/fr/ - http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/04/16/l-allemagne-se-dote-d-un-indicateur-de-bien-etre_3160463_3244.html

 

 

 

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