UP' Magazine L'innovation pour défi

bio-innovation et biologie de synthèse

Vivant synthétique : attention, ça grouille…

Lors de la dernière convention des Nations Unies pour la diversité biologique, 195 Etats ont signé un accord exhortant toutes les parties à mettre en place des systèmes d’évaluation des risques afin de réguler la diffusion d’organismes, composants ou produits résultant de techniques de biologie de synthèse et d’appliquer le principe de précaution. Alors qu'un plan international de régulation de ces organismes est actuellement à l’étude sous l’égide de l’ONU, on assiste à un foisonnement de manifestations.

Le verdict est tombé ce 1er novembre : les Coréens remportent le concours iGEM, suivis par une équipe de San Diego, et d’un troisième groupe lauréat venu de Taipei. Pas d’Européens en vue… La cuvée 2014 est tournée vers l’Orient.

Les 245 équipes d’étudiants qui viennent de concourir au Jamboree 2014, sont des sportifs d’un genre nouveau. Leurs spécialités ? Bricoler des microbes. Vêtus aux couleurs de leurs équipes respectives, ils étaient plus de 2 500 à Boston pour la dixième édition de l’iGEM (lnternational Genetically Engineered Machine).  C’est le célèbre MIT (Massachussets Institute of technology) qui organise depuis 2004 ce concours international de biologie synthétique.

Le but pour les participants est de recomposer les génomes ou « partitions d'ADN » chez des bactéries, levures ou êtres vivants de leur choix (homme compris) afin de leur « faire-faire » des choses inédites. Ainsi par exemple, parmi les sept équipes françaises qui se sont mobilisées cette année, celle de Bordeaux a fait produire des protéines élastiques à leurs bactéries, celle de Lyon a fait avaler du nickel à un microorganisme pour dépolluer l’eau, et celle de Toulouse a programmé une souche bactérienne de Bacillus subtilis pour qu’elle s’attaque au chancre coloré (champignon invasif) qui menace les platanes du Canal du midi… Le projet « The smell of us » (Notre odeur) de l’équipe pionnière Paris-Bettencourt s’est focalisé sur les bactéries qui dégradent la sueur en générant les effluves indésirables. Quant à l’équipe d’Evry, elle a travaillé sur un écosystème formé par l’éponge et son « Pseudovibrio » afin de l’aider à nettoyer les océans !

Le concours iGEM de Boston met la biologie de synthèse à l’honneur

L'iGEM prend de l'ampleur d'année en année et le nombre de candidats ne cesse de grandir. En 2004, pour sa première édition, le concours rassemblait seulement cinq équipes. Six ans plus tard, en 2010, 130 équipes avaient fait le déplacement. Du fait du nombre croissant d'inscrits, des sélections régionales sont organisées avant le grand rassemblement dans la célèbre université du Massachussetts.

Les trois lauréats couronnés cette année ont proposé des choses contrastées : l’équipe de Corée du sud (CSIA – SouthKorea) a eu recours à une enzyme produite par la Klebsiella (entérobactérie responsable des infection urinaire) comme moyen de cristalliser le carbonate de calcium en calcite et aider ainsi à lutter contre la désertification.

L’équipe chinoise de Taipei (SAS Taipei) s’est attaquée à l’espérance de vie et a tenté d’empêcher le raccourcissement des télomères, phénomène qui règle la longévité. Enfin, l’équipe américaine (TP-CC-san Diego) s’est attelée à un sujet majeur : comment dé-toxifier les récoltes de fruits, graines, viande qui sont contaminées par les aflatoxines responsables de 40% des maladies dans les pays en développement ? Les étudiants ont modifié le génome de la célèbre bactérie Escherichia coli pour lui faire produire des enzymes chimères capables de détoxifier les aflatoxines.

Tous ces exemples illustrent la créativité des équipes et le champ foisonnant de la biologie de synthèse. Le plus souvent les constructions génétiques présentées sont des « preuves de concept ». Parfois seulement elles débouchent sur un développement concret comme c’est le cas du projet toulousain, d’éradication biologique du chancre des platanes par trithérapie de biofongicide.  La méthode, baptisée SubtiTree a reçu le soutien de quatorze organisations et entreprises dont celui du Ministère de l’Agriculture. Elle pourrait rendre inutile les abattages préventifs de platanes et préserver le paysage en bordure du Canal du Midi classé au patrimoine mondial de l’Unesco.

L’imaginaire foisonnant à Vienne

Alors que se tenait à Boston le meeting festif de l’iGem, s’achevait à Vienne la seconde édition du festival Biofiction de film d’art et biologie synthétique.  L’événement vaut la peine qu’on s’y attarde, puisqu’il met en culture ce champ émergent des biotechnologies qui impactent déjà nos vies. L’occasion d’explorer l’imaginaire fertile qui surgit dès lors que l’on explore le principe vital. Ainsi pendant deux jours, cinéastes, artistes, designers, ingénieurs, biologistes, sociologues échangèrent, au cours de tables rondes entrecoupées de démonstrations de manips Do-it-yourself (expériences de biologie « amateur » et de présentation des films en lice (une centaine)).

Le jury a finalement primé quatre films. Le premier Copy and Clone (dans la catégorie animation) présente la réduction de l’élevage bovin en un flux depuis le troupeau jusqu’à la grande distribution en passant par l’abattoir. Réalisée par le français Louis Rigaud, cette animation se passe sur un écran d’ordinateur : les vaches sont créées, calibrées, programmées, mises en dossier avant d’être envoyées dans la chaîne de production. On aurait pu donner le titre de « Clics et meuglements » à cette création car ce sont les seuls sons que l’on y entend pendant ces quelques trois minutes d’animation.

Le second film salué par le jury est la fiction Hybris réalisée néerlandais Arjan Brentjes.

Il s’agit d’un dialogue télévisé métaphysique sur l’existence humaine entre deux hommes. Vaguement dérisoire, la discussion concerne le destin, et interroge la possibilité d’une vie éternelle. Mais alors que ferez vous pendant tout ce temps ? interroge l’enquêteur qui fait bigrement penser à Woody Allen. Ici la vie semble un jeu où l’on abat des cartes, tandis qu’apparaît sur l’écran des silhouettes qui simulent diverses situations, rencontres, émotions.  

En troisième lauréat, le jury a choisi Tobias Revell pour son film New Mumbai, qui raconte l’usage inopiné d’un champignon génétiquement modifié, introduit par des trafiquants de drogues lors de la guerre civile indienne. Ce dernier est devenu la ressource clé du bidonville de Dharavi puisqu’il permet de fournir de l’énergie et de la chaleur, dans une démarche qu’on qualifie de Jugaad (terme qui désigne une idée innovante qui résoud facilement un problème).

Un prix spécial du jury a été décerné à Vermin, conçu par Adi Gelbart qui, sous forme d’un récit enregistré sur bande magnétique, met en scène des êtres aux formes de légumes produisant des machines organiques faites d’oignons et de laitues géantes.

La Convention sur la diversité biologique demande des précautions

Ces manifestations ont lieu alors que la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique vient de statuer sur la régulation de la biologie de synthèse. En effet, le 20 octobre dernier, 194 pays réunis à Pyeongchang (Corée du Sud) ont exhorté les Etats à réglementer la biologie synthétique qui n’est pas encadrée par des règles internationales. Les négociations ont été tendues entre le groupe des promoteurs (Brésil, Canada, Nouvelle Zélande, Australie et Grande Bretagne) et les pays réticents (Malaisie, Bolivie, Philippines, Ethiopie, Timor et Egypte) qui craignent que des produits issus de la biologie de synthèse remplacent leurs productions agricoles. On pense à l’exemple de l’artémisinine, qui intéresse l’industrie pharmaceutique du fait de son effet antipaludisme, extrait de la plante artémisine mais qui peut être produite par une Levure modifiée (projet développé par Sanofi). De même le parfum de vanille peut être extrait de levures aux génomes recomposés ou les huiles pour les détergents ou les savons peuvent être produites par des algues modifiées.

Plusieurs associations comme ETC Group, les Amis de la Terre, Econexus et la fédération des scientifiques allemands (qui coordonnent le site SynBioWatch) s’impliquent pour une vigilance dans ce domaine car ils craignent des perturbations des écosystèmes par des relargages non maîtrisés d’organismes synthétiques. Elles soulignent par exemple que la firme américaine Glowing Plants Inc. a l’intention de planter 6000 arbres modifiés sans surveillance  gouvernementale (Rappelons que les Etats Unis ne sont pas signataires de la CDB). En 2013, ces associations ont dénoncé vivement d’ailleurs le « Glowing Plant project » lancé par Kickstarter qui a récolté 450 000 dollars par crowdfunding. Finalement, la société Kickstarter a décidé de renoncer à toute initiative faisant appel à des organismes génétiquement modifiés.

Cet exemple atteste que ces choix biotech vont forcément concentrer à l’avenir des controverses sociales. Avec la biologie de synthèse, on réanime en effet les points d’achoppements de la guerre des OGM, avec en ligne de mire, les questions de maîtrise, de contamination (confinement), de propriété intellectuelle sur les organismes ou leurs composants, de concentration des entreprises…

Dorothée Browaeys, Rédactrice en chef adjointe

bio-innovation et biogeeks

Les BioGeeks inventent des bêtes synthétiques … et s’interrogent

Dans un mois, le Jamboree iGEM 2014 accueillera à Boston 2 500 étudiants et chercheurs issus de 245 universités et venus de 32 pays. Alors que ce concours met en compétition des équipes étudiantes qui viennent présenter leurs fabrications vivantes modifiées, dopées, les rendez-vous des « bidouilleurs de gènes » ou BioGeeks se multiplient…

Certains vantent les mérites des arbres luminescents et lancent des levées de fond pour financer leurs expériences. D’autres se réunissent à Grenoble ce 11 octobre pour décrire les possibles de la biologie de synthèse.
A Bures sur Yvette, ce 9 octobre à 18h, ce sont des artistes qui échangeront avec des étudiants des trois équipes parisiennes impliquées dans le concours iGEM. C’est le Proto204, lieu expérimental situé sur le campus de l’Université de Paris-Saclay, qui accueille cette rencontre « Le BioArt à la lumière de l’éthique » dans le cadre du festival Curiositas. 

L’objet d’étude du BioArt ? L’être humain, l’animal, l’ensemble du monde vivant ! Ce courant récent d’art contemporain travaille sous l’angle de la modification – par la science – des corps par un agent extérieur (gènes, éléments, robotiques…).
Culture de tissus vivants, modifications génétiques, constructions biomécaniques ont été exploitées par des artistes qui s’approprient des techniques et des thèmes de réflexions très controversés aujourd’hui. Ces expérimentations mettent à nu les peurs traditionnellement inspirées par la technologie.

Ce même lieu accueillera en décembre une séance catalyse d’interaction entre artistes, designers, vidéastes, écrivains et chercheurs dans le cadre du programme européen Synenergene. Cette mobilisation pour faire connaître la biologie de synthèse (un des volets de la convergence Nano-bio-info-cognisciences) et la mettre en débat est portée par l’Université Paris-1 Sorbonne.
Le projet fait partie des plans de mobilisation et d'apprentissage mutuel (MMLAP) pour la recherche et l'innovation responsable (RRI) soutenu par l'Union européenne dans le cadre du 7eme programme-cadre. Il est organisé en quatre plateformes thématiques : « Futurs de la biologie de synthèse » ; « Participation du public » ; « Art, culture et société » ; « Recherche et politique ».

Au plan institutionnel, la biologie de synthèse et des systèmes fait l’objet aussi d’ initiatives structurantes. Le contexte est favorable… Le président François Hollande a annoncé un financement à hauteur de 100 millions d’euros sur cinq ans de ce domaine. De son côté, le CNRS est en train de monter un groupement d’une centaine d’équipes de recherche appelé GDR BioSynSys.

Au plan international les congrès témoignent de l’implication forte du monde industriel qui voit dans les bio-ressources des opportunités pour substituer des matières premières qui s’épuisent ou proposer des co-produits dans le cadre de l’économie circulaire. Ce 20-21 octobre se tiendra à Londres le Synthetic Biology Congress qui abordera à la fois les innovations dans le champ médical, agronomique et les questions économiques et éthiques qu’elles engendrent.

De leur côté, les ONG et chercheurs académiques soulignent depuis dune dizaine d’années les risques que comportent ces démarches de manipulations du vivant. Un rapport récent du MIT et du Wilson Center et financé par la US Science Foundation pointe les questions non résolues sur le plan des risques environnementaux. L’Observatoire Corporate Europe a aussi souligné récemment que « la biologie de synthèse, ça n’est pas naturel » mettant en garde le public vis-à-vis des appellations « produits naturels » que les industriels utilisent dès lors qu’ils recourent à des organismes vivants même remaniés.

Une coalition d’ONGs menée par le groupe canadien ETC alerte actuellement sur l’intégration de substances issues d’algues génétiquement modifiées dans l’alimentation et la cosmétique, proposée par les firmes Ecover et Method.

On le voit, la fabrique de vivants synthétiques produit déjà de vives controverses, dans la continuité des débats sur les OGM. L’ouverture des processus d’innovation aux parties prenantes, pour discriminer les situations et permettre des choix judicieux et validés largement, sera donc stratégique. Une manière de prévoir la robustesse de ces projets et de les insérer culturellement dans la société.

Dorothée Browaeys, Rédactrice en chef adjointe UP' Magazine

- Livre "Bioart, transformations du vivant" sous la direction d'Ernestine Daubner et Louis Poissant

Innovation biotech : le concours Genopole détecte les meilleurs projets

Genopole lance la quatrième édition de son concours dédié aux biotechnologies dans les secteurs de l'environnement, de l'agronomie et de l'industrie pour détecter et accompagner les meilleurs projets de biotech français

Genopole (Evry, Essonne), lance son concours 2014 qui récompensera les meilleurs projets de biotechnologie portés par des chercheurs ou des start-up dans les secteurs de l'environnement, de l'agro-alimentaire ou de l'industrie. Les lauréats rejoindront les 80 entreprises génopolitaines pour bénéficier de l’accompagnement et des effets de synergie du premier biocluster français.

Les biotechnologies, fondées sur l'utilisation du vivant (cellules, gènes, enzymes...), gagnent chaque année du terrain sur la chimie classique et la pétrochimie.
Les investisseurs ne s'y trompent pas et misent de plus en plus sur ces nouvelles filières :
- gisements d'innovations à fort potentiel industriel
- voies de production de molécules plus respectueuses de l'environnement
- vecteurs de redynamisation des secteurs de l'énergie, des matériaux, de l'agro-alimentaire, de la chimie verte ...
Genopole est à l'affût des projets les plus novateurs, pour les soutenir, accélérer leur développement et les amener au stade du développement commercial et industriel.

Un premier prix de 90 k€

Placé sous le haut patronage des ministères de la Recherche, de l'Ecologie et du Redressement productif, le concours Genopole décernera au projet alliant la plus belle science et le meilleur potentiel industriel, un premier prix de 90 000 € parfaitement adapté aux besoins du créateur :
- 30 000 € en numéraire
- un accompagnement de Genopole Entreprises (stratégie, recrutement, recherche, financements...)
- six mois d'hébergement gratuit à Genopole (bureaux, laboratoires, équipements...)
- une expertise du projet réalisée par EY
- une étude de marché par Tech2Market.

Genopole pourra également décerner un ou deux prix spéciaux de 45 000 €

Nouveauté cette année, les lauréats pourront candidater au concours mondial Cleantech Open, un atout supplémentaire pour la visibilité internationale de leur projet.

Gagner le concours Genopole, un accélérateur de succès

En intégrant Genopole, les lauréats bénéficient d'un environnement accélérateur de succès. En témoignent les gagnants de l'édition 2013 :

- Julien Fils, PDG de Metemis : «L'accompagnement de Genopole nous a été extrêmement utile et a été un booster de croissance. Un certain nombre de partenaires ont été identifiés au sein de Genopole aussi bien en développement qu'en tant que clients... L'apport financier a permis un effet de levier pour trouver des financements...»

- Antoine Hubert, président d'Ynsect : «Notre installation à Genopole nous a permis de mettre en place un laboratoire d'élevage et de transformation d'insectes mais aussi une unité de production à des fins de recherches. Après avoir gagné le prix spécial Potentiel industriel du concours, on a pu lever 1,8 M€ auprès de fonds d'investissements, Demeter Partners, Emertec Gestion et quelques investisseurs privés... L'équipe passera à quinze personnes dans les prochaines semaines ».

- Cyrille Pauthenier, président de Abolis : «S'implanter ici nous a permis de bénéficier d'équipements que l'on n'aurait pas pu acquérir. Le prix spécial Potentiel technologique a été un ticket d'entrée vers les autres concours, et notamment le concours mondial d'innovation 2030. On a pu démarrer l'activité de la société et embaucher les premières personnes».

30 septembre 2014 : Clôture des candidatures à 16h
 Novembre : Le séminaire « Parcours du créateur d’entreprise » offert à une première sélection de candidats : entretiens individuels avec des professionnels de la création d'entreprises
 Décembre : Cérémonie de remise des prix aux lauréats à Paris

Site internet du concours : http://concoursentreprisebiotech.genopole.fr/

Reportage au sein du biocluster des trois lauréats 2013 : Metemis, Ynsect et Abolis déjà sur la voie du succès !

A propos de Genopole
Premier biocluster français, Genopole rassemble 80 entreprises de biotechnologies, 19 laboratoires de recherche et 21 plates-formes technologiques ainsi que des formations universitaires (université d’Evry-Val-d’Essonne). Il compte un effectif de 2 245 emplois directs dont 800 chercheurs. 368 millions d’euros ont été levés par des entreprises du site depuis les débuts du biocluster. Genopole est principalement financé par le Conseil régional d'Ile-de-France (30 %), le Conseil général de l'Essonne (26,5 %) et l'Etat (15,7 %).

www.genopole.fr

Modélisation, construction et imitation des processus vitaux. Approche pluridisciplinaire du Biomimétisme

Deux journées d'études et de réflexion critique pour mieux déterminer le statut du biomimétisme, son champ d’application, les concepts et les méthodes qu’il mobilise, les 10 et 11 juin 2014 de 9h15 à 18h30, au Collège de France Paris, edn partenariat avec le CNRS, le Laboratoire d'anthropologie sociale et la Fondation Fyssen.

Au moment où nous prenons conscience des conséquences potentiellement catastrophiques de nos activités sur les écosystèmes, se multiplient les discours valorisant le biomimétisme comme un moyen pour sortir de la crise écologique, changeant le paradigme productiviste associé à la représentation du progrès pendant plusieurs siècles.

L’idée que les humains devraient s’attacher à imiter la nature devient courante, que ce soit pour fabriquer des artefacts possédant des qualités spécifiques (résistance, ergonomie, etc.) ou pour agir au niveau des systèmes de relations entre les êtres : par-delà l’inspiration recherchée dans les processus naturels, le biomimétisme est aussi conçu comme une manière d’élaborer des techniques plus respectueuses de l’environnement, ouvrant des perspectives nouvelles pour la science ou pour l’innovation industrielle. On comprend dès lors le pouvoir d’attraction qu’un tel projet exerce sur les différents praticiens cherchant à façonner de nouvelles formes et à créer des écosystèmes.

Dans un tel contexte d’innovation et d’effervescence, il est étonnant de constater que les sciences humaines et la philosophie se sont encore peu intéressées à ce champ de la pratique et du savoir dont le potentiel de modification des conditions de vie est pourtant immense. Le plus souvent, Biomimicry : Innovation Inspired by Nature (1997) fait office de texte de référence, alors même que pour Janine Benyus cet ouvrage visait davantage à faire connaître au plus grand nombre de nouvelles expériences qu’à proposer une réflexion épistémologique systématique et approfondie.

Une fois rappelées quelques inventions phares, telles que le velcro ou le train reprenant la forme du martin pêcheur, et les trois niveaux – les formes, les matières/structures, les systèmes – où se manifeste le biomimétisme, toute une série de problèmes demandent encore à être traités.
En effet, le biomimétisme, si sensible à l’idée d’innovation, n’est peut-être pas aussi opposé à la biologique de synthèse qu’il le prétend. Qu’est-ce qu’imiter ? Est-ce s’inscrire en continuité ou en discontinuité avec ce qui sert de modèle ? Le projet est-il thaumaturgique, renvoie-t-il à un geste de domestication, d’appropriation, voire de fabrication du vivant, ou bien requiert-il une posture d’humilité de la part de celui qui imite cherchant à insérer son action dans des processus plus vastes à l’œuvre dans la nature ?
Une réflexion critique serait donc la bienvenue pour mieux déterminer le statut du biomimétisme, son champ d’application, les concepts et les méthodes qu’il mobilise.

L’objectif de ces journées d’étude est d’offrir un espace pour amorcer cette réflexion. Il est proposé à des chercheurs et des spécialistes provenant d’horizons divers, de partir d’études de cas et d’interroger les conceptions de la vie sous-jacentes à l’imitation de certains processus naturels.
Plutôt que de limiter l’approche à la seule étude des inventions contemporaines réalisées dans les laboratoires des pays occidentaux, des contributions s’appuyant sur les disciplines anthropologiques et historiques montreront comment la question de l’imitation de la nature varie dans le temps et dans l’espace.

On s’intéressera en particulier aux conceptions de la vie qui se manifestent en modélisant le réel, en construisant de nouveaux existants ou d’autres systèmes de relations. On qualifiera de « biomimétique » une fabrication visant à copier un être ou un fonctionnement « naturel », créant ainsi une sorte de seconde nature, mais également l’inscription de cette fabrication au sein des processus observés dans la nature. Parmi la multiplicité des processus vitaux (reproduction, croissance, interaction avec l’environnement, etc.), quels sont ceux que le biomimétisme privilégie au niveau de l’individu ou du système ?

Dans "La pensée sauvage", Lévi-Strauss explique comment, par-delà le plaisir esthétique qu’ils procurent, les modèles réduits offrent aux humains la satisfaction de comprendre la logique qui préside à leur fabrication. Semblablement, réfléchir à la manière dont la modélisation de la vie – sous une forme réduite, mais aussi par le biais de procédures d’agrandissement – permet aux humains de mieux comprendre les ressorts des processus vitaux, en les représentant ou les reconstruisant, constitue un véritable intérêt.

L’enjeu est en somme de se demander ce que signifie le bio- de biomimétisme afin de déterminer les conceptions de la vie associées à son usage en tant que méthode d’observation et de transformation du réel. En établissant un dialogue interdisciplinaire et comparatiste, il s’agira d’étudier de façon systématique la complémentarité – ou les éventuelles incompatibilités de ces conceptions – en prêtant par exemple attention aux problèmes soulevés par les changements d’échelle ou les rapports entre individus et systèmes.

Lieu : Collège de France, Amphithéâtre Lévi-Strauss, 52 rue du Cardinal Lemoine, Paris 5ème.

Organisation: Anne Dalsuet, Bérengère Hurand & Perig Pitrou

Entrée libre, dans la limite des places disponibles.

Réservation obligatoire avant le 4 juin : provost.fabien[at]gmail.com

PROGRAMME

- 10 juin 2014

9h15 Accueil

9h35 Perig Pitrou, CNRS, Laboratoire d’anthropologie sociale, L’imitation de la vie dans une perspective anthropologique.

10h15 Anne Dalsuet, Académie de Créteil, Le biomimétisme : une refondation éthique de l’épistémologie ? Réflexions critiques à partir de Biomimicry, Innovation inspired by Nature de J. Benyus.

10h55-11h10 Pause

11h10 Gilles Bœuf, Collège de France, Muséum national d’histoire naturelle, Tirer parti de la biodiversité pour de la bio-inspiration.

11h50 Gauthier Chapelle, Biomimicry Europa, Le biomimétisme comme une approche pour nous réinsérer dans la biosphère : un point de vue de la société civile.

12h30 Discussion

13h10-14h30 Buffet

14h30 Philippe Descola,Collège de France, Laboratoire d’anthropologie sociale, Le jardin comme imitation d’un écosystème.

15h10 Nathalie Blanc, CNRS, LADYSS, De la séparation nature/culture au biomimétisme : un rapport à la nature revu et corrigé ?

15h50-16h10 Pause

16h10 Julien Delord, ERRAPHIS, De Lascaux 2 à Biosphère 2 : analyse des échecs de l’éco-mimétisme.

16h50 Doyle McKey,Université Montpellier 2, Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Evolutive, Montpellier, et Institut Universitaire de France, Do farmers use, and imitate, self-organizing resource-concentration mechanisms driven by non-human engineers in constraining environments? Biocultural landscapes and biomimicry at the ecosystem level.

17h30-18h30 Discussion

- 11 juin 2014

9h30 Accueil

9h45 Dimitri Karadimas, CNRS, Laboratoire d’anthropologie sociale, Biomimétisme ou biomorphisme? Imiter ou reconnaître le vivant dans la création des animaux imaginaires.

10h25 Jessica Riskin, Stanford University, L’Horloge inquiète.

11h05-11h20 Pause

11h20 Joffrey Becker,EHESS, Artmap, Engrenages : à propos de l’imitation robotique de la nature.

12h Carole Collet, University of the Arts London, The Biological Advantage.

12h40 Discussion

13h10-14h40 Pause

14h40 Marc Fontecave,Collège de France, Chimie bioinspirée : le vivant au service des nouvelles technologies de l’énergie.

15h20 Philippe Rahm, architecte EPFL/FAS, directeur de l’agence Philippe Rahm architectes à Paris et Professeur invité à l’Université de Harvard, USA, L’architecture comme une forme augmentée de la thermogenèse.

16h-16h20 Pause

16h20 Bérengère Hurand, Académie de Paris, La nature peut-elle inspirer l’économie ?

17h-18h Discussion

18h Cocktail de clôture

La seconde vie des bouteilles d'eau plastique

L'éco-responsabilité ou comment redonner une seconde vie aux rebuts plastique en objets de vie du quotidien : les bouteilles du minéralier vosgien se transforment en garnissage pour couettes et oreillers.
Dans la continuité de sa collaboration initiée avec BIic en 2013, Vittel s’associe cette année au leader français d’articles de literie DodoA cette occasion, Vittel a réuni makers et hackers (1) le temps d’un Fab Lab éphémère.

En France, l’offre en PET est inférieure à la demande. Et, pourtant, encore aujourd’hui, seulement une bouteille sur deux est recyclée. La marque Vittel (Nestlé) s’engage depuis des années en sensibilisant les consommateurs à la nécessité du geste de tri.
L’upcycling industriel et l'upcycling makers font partie des sujets qui s’inscrivent dans cette démarche et qui ne demandent qu’à se déployer, mais encore faut-il un changement de perspective : "la bouteille n’est pas un déchet, c’est une matière première, un maillon de léconomie circulaire".

Recycler une tonne de bouteilles en plastique permet d’économiser 830 litres de pétrole, 430 m³ de gaz naturel, la consommation en énergie d’un habitant durant 14 mois et sa consommation domestique en eau durant deux mois (Source : consoGlobe 2013).

Deux marques engagées dans l'Upcycling Made in France

Un cercle régional vertueux entre deux entreprises françaises installées en Lorraine : toutes deux engagées pour réduire l'impact environnemental de leurs productions, les deux marques s'associent donc pour transformer le PET de bouteilles non conformes en une gamme de couettes et d'oreillers totalement recyclés, sous la marque "Eau Dodo". 

De la bouteille à la couette 

Vittel a décidé d’octroyer une partie de ses rebuts de fabrication à un recycleur intermédiaire, qui transforme les bouteilles en paillettes, puis en fibres textiles polyester, utilisées ensuite par Dodo pour la fabrication des couettes et oreillers.

Ce recycleur (Wellman) récupère chez Vittel les bouteilles non conformes (environ 120 tonnes), les transforme en granulés, puis en fibres textile. Dodo bénéficie ainsi d’un garnissage issu du recyclage local et lui permet de fabriquer plusieurs milliers de produits.

Grâce à ce processus de production éco-responsable, Dodo a maintenant recours à 100% à des matériaux recyclés pour le garnissage de ses articles. La transformation des bouteilles en fibres polyester permet ainsi d’améliorer significativement la performance environnementale : une réduction de 70% des émissions de CO2 et des besoins en énergie.  (Source : Université UTRECHT. Etude commandée par Wellman International).
A leur tour en fin de vie, les couettes et oreillers Dodo peuvent être recyclés en éléments d’isolation pour l’habitat, d’insonorisation pour l’automobile… pour prolonger la boucle.

- 17 bouteilles PET Vittel d'1,5L sont utilisées pour fabriquer un oreiller 60x60 cm,
- 58 bouteilles d'1,5L pour une couette 220x240 cm,
- 5,5 bouteilles d'1,5L pour un coussin de voyage.

Fab Lab, ‘Hack in the Bottle’

Une équipe de treize designers pilotée par le collectif nod-A a hacké la bouteille Vittel le temps d’un Fab Lab éphémère pour unir production et geste artistique, coopération et enjeu technologique, ingéniosité et solution environnementale.
Dans l’esprit des Fab Labs, les plans numériques et techniques des objets créés le 15 avril sont disponibles en open source sur la plateforme de partage DIY.

Quatre objets qui apportent vitalité au quotidien ont été créés en donnant une seconde vie aux bouteilles Vittel : une enceinte nomade, une lampe écologique faite à partir d'un morceau de bouteille, un mini skate ("finger skate") réalisé à partir de bouchons fondus, et des accessoires sportifs.

Abat-jour de lampe réalisé avec un morceau de bouteille Vittel passé à la bombe de peinture.

La sensibilisation au geste de tri est un des piliers d'engagement de Vittel. Tout d'abord, les bouteilles sont 100% recyclables. Egalement en partenariat avec Eco-emballages, la marque incite les consommateurs au recyclage et à la valorisation des contenants alimentaires au travers d’une communication sur les bouteilles, dans les médias, en magasins, par la réalisation d’objets pédagogiques tels que le disque de recyclage. Les bouteilles Vittel 1L, 50cl et 33cl contiennent désormais 30% de matière d’origine végétale et les packs d'emballage ont été allégés de 12% depuis 2008, ce qui a permis d’économiser plus de 3 000 tonnes de PET en France.

(1) L'équipe de designers et de makers  nod-A qui a conçu les ateliers DIY et des objets à partir de bouteilles  :
Laurent Pavot, Arthur Baude, Laura Pandelle, Isabelle Pegliasco, Adrien Beton, Anais Durand, Alfred Hébert, Christophe Machet, Yoann Thony,
George Koulouris, Emile De Visscher, Julio Pedraza, Sakada Ly.

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