UP' Magazine L'innovation pour défi

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Les biotechnologies blanches ont elles un avenir en France ?

Le rapport « Biotechnologies blanches et biologie de synthèse » s’inscrit dans le cadre des réflexions de la commission Biotechnologies de l’Académie des technologies. Il fait suite à un avis diffusé en 2012 qui préconisait un certain nombre de mesures pour favoriser l’essor d’une nouvelle bio-économie, basée sur la valorisation du carbone renouvelable.

La biologie de synthèse apparaît constamment sur les listes des technologies dites « d’avenir », dans le champ très large des applications du vivant. L’Académie des technologies, dont plusieurs membres participent ou ont participé à son développement, apporte son éclairage sur les questions que soulève l’émergence de la biologie de synthèse dans le domaine des applications industrielles - secteur dit des « biotechnologies blanches ».

Précurseur dans les biotechnologies industrielles, La France aujourd’hui n° 3 mondial dans ce domaine, reste active : elle bénéficie d’excellentes équipes de recherche fondamentales en biologie de synthèse et a vu naître une dizaine de startup au cours des dix dernières années, souvent aidées par l’Etat.
Le cadre réglementaire est, quant à lui, plus sujet à caution car, sur ce sujet, l’Europe s’est voulue exemplaire et a monté un corpus réglementaire complexe et assez incertain, qui fragilise la position des industriels face à d’autres pays bénéficiant d’une législation plus propice au développement de cette nouvelle industrie, comme les Etats-Unis.
Mais l’élément le plus préoccupant reste l’environnement industriel qui n’est pas particulièrement favorable au développement de ce type d’activités : la disparition du leader de l’industrie chimique, Rhône-Poulenc, le recentrage de Sanofi sur ses activités pharmaceutiques, et la sortie complète de Lafarge au cours des années 90, ont marqué un tournant dans le développement des biotechnologies blanches, qui sont désormais conduites par des sociétés de taille moyenne, de type familial ou coopératif et dont les activités de recherche et d’investissement dans ces secteurs jugés relativement risqués restent limitées. Les Etats-Unis et la Chine développent quant à eux de façon très agressive la biotechnologie industrielle, avec des moyens humains et financiers très importants…

Le rapport de l’Académie des technologies, après un retour sur l’histoire du développement des biotechnologies industrielles, fait le point sur les développements scientifiques et méthodologiques récents et dresse un panorama de la bio-économie en France et à l’étranger. Il aborde les questions réglementaires, éthiques, et les questions d’environnement industriel qui sous-tendent toute réussite dans ce domaine. Il explore dans sa conclusion quelques voies possibles et fait des recommandations pour l’avenir de ce secteur en France.

Télécharger (en lecture seule) Biotechnologies blanches et biologie de synthèse. Rapport de l’Académie des technologies. EDP sciences, 99p.

Télécharger Biologie de synthèse et biotechnologies industrielles (blanches). Avis de l’Académie des technologies, 2012.

Biologie de synthèse

Biologie de synthèse/ Biologie de garage : quelles façons d’innover sur (avec) le vivant ?

L’économie du vivant, ou bioéconomie, est en rapide expansion. Elle vise à produire de nouveaux produits : biocarburants, médicaments, matériaux biosourcés, etc. Dans ce champ, on observe aujourd’hui diverses manières d’innover : par une ingénierie biologique fondée sur des outils « high tech » (de génomique notamment) et réalisée dans des institutions scientifiques ou des entreprises industrielles ; ou bien par une « biologie de garage » (do-it-yourself biology, DIY-BIO ou biohacking), faite avec les « moyens du bord » (« low tech ») en dehors des institutions, dans des laboratoires ouverts, associatifs et communautaires, des « FabLabs » ou « Hackerspaces », avec un esprit collaboratif et « open source ».

Où en sont aujourd’hui ces deux démarches ? Quelles sont leurs réalisations ? Leurs moyens ? Leurs discours ? Leurs imaginaires ? Les milieux concernés ? Les connexions avec le grand public ? Les transformations qui s’opèrent sur les relations au monde vivant ? Seront abordées au cours de cette journée les questions d’objectifs, de risques, de confinement, de propriété, de financement des recherches, et celle du rapport aux citoyens. C'est à ces questions que répondra cette conférence organisée par Synenergene France et l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne


Vendredi 26 juin 2015 (9h-18h) - ESME Sudria
40-42 rue du Docteur Roux 75015 Paris (métro Pasteur)

Inscription gratuite ici 

 

Un sondage "Innover avec le vivant, pour quoi faire ?" est organisé à l'occasion de cet événement. 


Programme

9h – Accueil

9h15 – Présentation de la journée
Vanessa Proux, directrice de Sup’ Biotech

Présentation des résultats de l’enquête : Innover avec le vivant, pour quoi faire ?

9h30 – Introduction
Christian Huyghe, directeur scientifique adjoint de l’INRA

10h – Etat des lieux des dynamiques dans la biologie de synthèse
Thomas Heams, enseignant-chercheur AgroParisTech

10h30 – Etat des lieux des dynamiques dans la biologie de garage
Marc Dussseiller, fondateur du Hacheteria de Zurich,
Urs Gaudenz, OpenDrop et GaudiLabs
Yann Heurtaux, fondateur du Hackuarium de Lausanne

11h – PAUSE

11h30 – Manières d’agir : pratiques, discours, buts et possibles
Témoignages et débat – animation Jean-Jacques Perrier
Sylvie Lautru, biologiste, Université Paris Saclay, équipe iGEM Saclay, Pascal Hersen, biologiste, OpenLab, Centre de recherches interdisciplinaires (CRI), Gianpaolo Rando, biologiste fondateur du projet « 1000 beers genomes », Lausanne Hackuarium,
Emmanuel Ferrand, Free Fermentology Foundation, Paris

12h45 – BUFFET

14h00 – 15h30 – Effets sociaux et enjeux politiques de la bioéconomie
Témoignages et débat – animation Dorothée Browaeys
Philippe Marlière, biologiste, Global Bioenergies, Etienne Maclouf, Laboratoire de recherche en sciences de gestion Panthéon-Assas, Université Paris II, Centre d’Ecologie et des Sciences de la Conservation, MNHN, Fabien Milanovic, sociologue, enseignant-chercheur Sup’Biotech

15h30 – PAUSE

16h – 17h30 – Modes d’innovation et formes de propriété intellectuelle
Table ronde et débat – animation Dorothée Browaeys
François Poulain, association APRIL (association de promotion et défense du logiciel libre), Anne Lévy, Conseil en propriété industrielle, Cabinet Brandon, Olivier Clément, ingénieur brevets, Cabinet Blétry, Andrée Sontot, chef du bureau des politiques commerciales et extérieures communautaires, ministère de l’agriculture (sous réserve)

17h30 – 18h – Conclusion : « Scrute la nature, c’est là qu’est ton futur »
Jacques Livage, professeur au Collège de France

Animation : Dorothée Browaeys

 

 

 

bio-innovations

Retour des dinosaures ? Quand les poules auront des dents…

Quand on observe le monde des biotechnologies, des bio-innovations et des manipulations génétiques, on est saisi tout à la fois d’émerveillement et d’effroi. C’est le cas, au regard de cette information délivrée par la très sérieuse revue Nature Communications. Une information qui a déjà fait le tour du monde mais qui pose néanmoins des questions cruciales sur nos capacités en matière de manipulations biologiques que nous augmentons chaque jour. Des scientifiques auraient en effet découvert du sang dans le fossile d’un dinosaure vieux de plus de 75 millions d’années. De là à raviver les fantasmes d’un Jurassic World et de la résurrection d’espèces enfouies dans la mémoire des temps, il n’y a qu’un pas.

L’idée de retrouver de l’ADN fossile appartenant à une espèce disparue comme un dinosaure était jusqu’à présent réservée au domaine de la science-fiction et des fantasmes hollywoodiens. Pourtant, les scientifiques qui ont besoin de preuves solides et vérifiables, suivent cette piste depuis plusieurs années. Et, progrès technologiques aidant, on va dans ce domaine qui ressemble de plus en plus à une série à succès, de surprise en surprise.

A la recherche des molécules perdues


Photo : Roland Mekul

En 2005, la paléontologue Mary Schweitzer affirmait ainsi avoir retrouvé des restes fossilisés de tissus mous dans un os vieux de près de 70 millions d’années créant un séisme dans la communauté des chercheurs. Deux ans plus tard, c’est au tour de John Asara (Harvard) et Mary Schweitzer (North Carolina University) d’affirmer être parvenus à isoler du collagène dans le fémur fossilisé d’un Tyrannosaurus Rex. Ils auraient même réussi à séquencer les fragments de cette protéine. L’information a créé choc et suspicion dans la communauté scientifique qui a toujours affirmé l’impossibilité de conserver des molécules complexes au-delà d’un million d’années maximum. Mais cette nouvelle n’est pas anodine car si elle était vérifiée et répliquée, elle permettrait d’analyser un traceur phylogénétique fondamental et de révolutionner le champ de recherche des liens de parenté entre espèces dans le temps long.

Du sang frais au Museum

L’information révélée par la revue Nature Communication la semaine dernière apporte un coup de théâtre dans le déroulement de cette série. Les protagonistes ne sont pas des fantaisistes. Il s’agit de chercheurs de l’Imperial College London menée par la paléontologue Susannah Maidment et du physicien du solide Sergio Bertazzo réputé mondialement pour la qualité de ses travaux. Ce dernier est notamment un spécialiste de la biominéralisation et de l’étude des tissus vivants calcifiés. L’équipe a utilisé une sonde ionique focalisée (FIB – Focused Ion Beam) pour découper des tranches d’os de dinosaures âgés de 75 millions d’années afin de les observer au microscope électronique. Des os tout à fait ordinaires qui prenaient la poussière depuis des lustres dans les archives des collections du Museum d’Histoire Naturelle de Londres. Et là, miracle ! Les images fournies font apparaître la forme de globules rouges et de fibres de collagène. Diagnostic confirmé par l’analyse au spectromètre de masse.
Toutefois, les chercheurs sont des gens prudents, aussi Susannah Maidment prend-t-elle le soin de tempérer les ardeurs : « On ne peut exclure l’hypothèse d’une contamination ». Mais elle ajoute aussi dans une interview à la BBC : « Si nous trouvons ce type de tissu dans ce genre de fossiles, alors peut-être que leur conservation est quelque chose de beaucoup plus commun que ce qu’on avait imaginé ».

Opération Lazarus



Photo : Bob Beale

Alors revenons sur terre et n’oublions pas que simultanément à cette annonce sort dans les salles de cinéma le troisième opus du blockbuster Jurassic World. Coïncidence ou connivence ? Toujours est-il que cette information n’est pas isolée et s’inscrit dans un ensemble de découvertes déconcertantes. L’objet de ces recherches convergentes ? Redonner vie à des espèces disparues en tentant de récupérer des traces d’ADN. Certains appellent cela la dé-extinction.
Ainsi, en 2013, des chercheurs australiens à la tête du projet Lazarus avaient annoncé avoir récupéré des noyaux morts dans les cellules congelées d’une grenouille, la Rheobatrachus silus, éteinte depuis 1983. En les injectant dans l’ovule d’une grenouille cousine éloignée toujours vivante, certaines cellules d’œufs ont commencé à se multiplier pour former des débuts d’embryons. Ceux-ci n’auraient survécu que quelques jours, mais l’expérience avait suscité beaucoup d’espoir. Mais de là à passer d’une espèce de grenouille éteinte il y a trente ans à la résurrection des dinosaures disparus il y a 75 millions d’années, le saut est grand et la partie est loin d’être gagnée car la durée de vie des échantillons d’ADN que l’on peut prélever sur des restes fossilisés n’excède par quelques centaines de milliers d’années, voire quelques petits millions. Nous ne sommes pas dans l’échelle de temps des dinosaures.

Retour vers le futur

Ce qui pourrait l’être plus, c’est la résurrection d’une espèce disparue plus récemment, par exemple il y a seulement quelques millions d’années. C’est le cas des mammouths qui suscitent une grande effervescence dans la communauté scientifique depuis la découverte, en 2013, d’un mammouth laineux conservé quasiment intact dans les glaces de Sibérie. Les spécialistes accourus sur le site de la découverte eurent la stupéfaction de récupérer des tissus mous et du sang liquide. Un matériel génétique parfaitement conservé dans la glace qui a permis de déchiffrer la quasi-totalité du génome du mammouth.
La recherche, comme la nature ayant horreur du vide, des équipes se sont mises d’emblée à la tâche de ressusciter le mammouth. La plus célèbre est menée par le Sud-Coréen Insung Hwang, et a fait l'objet d'un documentaire diffusé par le Smithsonian Channel et la chaîne britannique Channel 4. Reste, selon Jean-Paul Fritz de L’Obs, que cette possibilité est très discutée ; certains spécialistes comme le généticien Paul Ehrlich, professeur à l'université de Stanford pensant même que la méthode est irréalisable, la qualifiant dans une tribune "d'idée fascinante mais stupide". Ambiance entre chercheurs...

Docteur Folamour

La résurrection du dinosaure n’est pas pour demain ; en revanche, les recherches en cours permettent de mieux comprendre les liens génétiques entre espèces. Comme chacun le sait, notre brave poulet de basse-cour est un héritier en ligne quasi directe de la famille des monstres de Jurassic Park. De là à modifier un embryon de poulet pour lui donner quelques caractéristiques du dinosaure il n’y a qu’un pas qu’ont allègrement franchi une équipe de paléontologues menée par le Professeur Jack Horner (Montana State University ). Le mois dernier, le site spécialisé Livescience annonçait ainsi que l’élaboration d’un chickenosaure était sur la bonne voie et que 50 % du chemin était déjà fait. Ils ont ainsi réussi à modifier le bec d’un poulet pour le transformer en museau de dinosaures.
Sans nul doute, dans un proche avenir, on peut donc assurer que les poules auront des dents !

Marine Barrio, Journaliste UP' Magazine 

bio-innovations

Des inspirations qui vitalisent

Ce 3 juin se tient à Orsay le premier UP’Dialog. On y parlera d’ingéniosité, d’inventivité pour des solutions judicieuses et soutenables, bref on découvrira des expériences d’innovation frugale. Pour cette première édition, c’est la bioinspiration qui focalisera l’attention avec des pionniers de la photosynthèse artificielle, de la 3D basée sur le biomorphisme et de la vision. Panorama du contexte.

L’engouement pour les solutions offertes par la nature bat son plein. Depuis la parution en 1997 du livre de Janine Benyuls « Biomimicry : Innovation Inspired by Nature », les dynamiques d’innovation copiant les processus naturels sont devenus incontournables.
Le Proto 204 (lieu de connexion et d’interface du plateau de Saclay) va s’animer sur ce thème, ce mercredi 3 juin à Orsay. Se croiseront les témoignages de Thierry Ladreyt, fondateur de Z3DLab, spécialisée dans les impressions 3D, de Guillaume Druart, ingénieur chercheur en instrumentation optique à l’ONERA, et d’Ally Aukauloo, de l’Institut de chimie moléculaire et des matériaux d’Orsay (ICMMO) qui parlera d’imiter la chrorophylle. Chacun présentera les formes, interactions, calculs, stratégies, organisations des plantes, animaux ou microorganismes dont il s’inspire.

Et il s’agira de discuter pour savoir si ces démarches de biodesign, de biomorphisme, de bioorganisation, peuvent véritablement contribuer à des économies d’échelle, de matière, d’énergie ? Face à eux, la biologiste Monique Bolotin-Fukuhara, ancienne directrice du Laboratoire IGMORS de Paris Saclay, questionnera la portée de ces projets qui concernent la fabrique d’instruments chirurgicaux chez Z3DLab, la vision des drones pour l’ONERA ou la photosynthèse artificielle pour le Laboratoire ICMMO de Paris Saclay.

Effervescence

On dénombre une centaine de projets de recherche en France touchant au biomimétisme. Une cinquantaine d’entreprises revendiquent l’inspiration du vivant. La chimie, l’ingénierie des matériaux, l’agronomie , la mécanique, l’énergie sont concernés. Les grands groupes comme Renault, Suez environnement, Total ou même EDF avec ses arbres à vent, surfent sur cette vague d’inspiration. Parmi les PME, on peut signaler Indiggo, EEL Energy, AIM ou Polypop industries qui dépollue les sols et valorise les déchets organiques grâce à des champignons. « Nos projets sont guidés par une volonté forte d'accompagner notre société humaine vers un fonctionnement plus frugal et ingénieux compatible avec le reste du vivant, insiste Gil Burban son fondateur, et lauréat du prix ecoinnovation 2014. Nous ne brevetons pas le vivant, mais travaillons avec lui. Nous soutenons les démarches qui s'inscrivent dans cette perspective de résilience ». La start-up NewWind R&D a pour sa part inventé un système éolien innovant inspiré d'une démarche biomimétique (en forme d'arbre).

En 2007, l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) formulait le constat suivant : « Les processus industriels sont coûteux en énergies, en matières premières et peu sélectifs. L’évolution a produit des solutions naturelles beaucoup plus sophistiquées ». Sous l’impulsion du Commissariat général au développement durable et du Muséum national d’histoire naturelle, s’est tenu en décembre 2012 un colloque fondateur« recherches bio-inspirées : une opportunité pour la transition écologique ? ». « La biodiversité est une extraordinaire boîte à outils que nous n’avons même pas fini d’inventorier » concluait le professeur Gilles Boeuf, initiateur de l’événement. En mars 2014, Ségolène Royal a fait référence au biomimétisme dans sa présentation du projet de loi relatif à la biodiversité. Elle a présenté ce potentiel comme un levier pour le renouveau de la politique industrielle et agricole plus économe en ressources. Depuis, la section environnement du Conseil économique et environnemental (CESE) a impulsé une saisine pour identifier les acteurs, évaluer l’état de la recherche scientifique et industrielle, et envisager des approches transversales.

Les dynamiques européennes

Si la France participe au programme européen KARIM qui explore les solutions bio-inspirées pour une innovation responsable, elle n’a pas véritablement engagé encore une politique structurée dans ce domaine. Sous l’impulsion d’acteurs volontaristes et engagés notamment issus du réseau européen Biomimicry Europa et de l’Institut Inspire, se développe à Senlis, le CEEBIOS, Centre européen d'excellence en biomimétisme. Sa vocation : fédérer les acteurs nationaux et internationaux du domaine, les accompagner, les former et ainsi catalyser l'approche biomimétique pour répondre aux grands défis sociétaux : énergie, eau, éco matériaux, chimie verte, économie circulaire et agriculture.

Au plan international, le réseau Biokon, créé en 2001 à Berlin, regroupe une trentaine de laboratoires, d'instituts ou de centres de recherche et d'universités, sous la houlette du ministère allemand de l'Education et de la Recherche (BMBF). L’objectif a été de prouver la pertinence de la bio-inspiration pour le monde industriel. La Fondation fédérale allemande pour l'environnement, ainsi que le Land de Bade-Wurtemberg (qui parie notamment sur les « matériaux intelligents ») soutiennent Biokon. Le BMBF, qui avait doté Biokon de 2,4 millions d'euros, a alloué 6 millions d'euros en 2004. L'objectif est que le réseau puisse s'autofinancer. Le biomimétisme a besoin de passerelles entre le monde des chercheurs et celui des ingénieurs pour que de réels espaces collaboratifs suscitent des innovations de rupture.

Pour soutenir ce développement une norme ISO définissant précisément les démarches bioinspirées est en cours. De même un groupe de travail, « Nature-Based-solutions », a été mis en place au sein de la dynamique Horizon 2020. Ces approches amènent à revoir les modes d’innovation à la base, simplement parce que les stratégies du vivant sont durables : elles optimisent sans maximiser, elles se nourrissent d’informations, elles sont basées sur l’interdépendance et à résilience.

Le génie du vivant

« La nature sait faire des choses que nous ne savons pas faire, ou à tout le moins, les fabrique de manière plus durable, c’est à dire sans gaspillage, sans produits toxiques, et en utilisant le moins d’énergie possible, les processus ayant été optimisés au cours de l’évolution » décrit Thierry Coradin, directeur de recherche au laboratoire "chimie de la matière condensée" de Paris.

Les exemples de molécules extraites du vivant et utilisées comme anti-cancéreux, antibiotiques, antiviraux, anti-champignons abondent… Pour le milieu marin, les éponges produisent à elles seules plus de 30% de ces produits. On estime à quelque 22 000 le nombre de produits d’intérêt pharmacologique ou cosmétique déjà extirpés de l’océan. Pas moins de treize prix Nobel de médecine ont été obtenus à partir de modèles aquatiques. Ainsi, Metchnikoff découvre la phagocytose grâce à l’étoile de mer ; Charles Richet l’anaphylaxie grâce à la méduse ; Andrew Huxley et Alan Hodgkin, la transmission de l’influx nerveux grâce à l’axone de calmar… Otto von Warburg travaille sur l’oursin ; Eric Kandel découvre les bases moléculaires de la mémoire grâce à la limace de mer ; O. Shimomura, la protéine fluorescente verte de méduse ; enfin en 2009, Szostak, Blackburn et Greider obtiennent le prix Nobel de médecine pour leurs travaux sur le vieillissement et sur les enzymes télomérases.

Pour Gilles Bœuf, il s’agit de "nous réapproprier le monde du vivant". Nous inspirer des formes, des relations, des mécanismes offerts par son « génie ». C’est une démarche qui suppose humilité, maintien de l’harmonie, partage et respect.

Le concept UP' Dialog 

Comment innover en concevant mieux avec moins de moyens ? Certaines études prouvent aujourd’hui que les montants investis dans la R & D ne sont pas forcément en corrélation avec la capacité à créer de la valeur. Les entreprises restent souvent sur un modèle d'innovation caractérisé par plusieurs défauts, comme la recherche de développements coûteux, le manque d’agilité et de flexibilité et l'absence d’ouverture participative.

Trouver un modèle alternatif, moins onéreux, plus flexible, plus ouvert et collaboratif, moins élitiste, est donc devenu une nécessité.

L’innovation frugale, qui consiste à innover et à créer plus de valeur avec moins, est au cœur des grandes thématiques de UP' Magazine. C'est pourquoi UP' a décidé de lancer "UP' Dialog", des conférences permettant les échanges et le dialogue : notre media n'a pas la prétention de dispenser des cours magistraux et des savoirs déjà diffusés à haute dose par de multiples vecteurs et théorisés dans de nombreux ouvrages. Mais de proposer des changements de posture par l'analyse, la réflexion, afin de disposer de son rôle d'informateur comme vitaliseur d'actions et offrir une nouvelle vision pour le XXIème siècle.

La rareté est la mère des créations et l’adversité est le père de l’invention. Rien ne se perd et tout se transforme.

Qu'est-ce que ces conférences ont en plus ?

L’Innovation "Jugaad" en Hindi ou innovation frugale est un concept qui prône l’optimisation de produits au service des utilisateurs tout en utilisant le moins possible les ressources considérées comme rares,  en perdition ou nocives pour l’environnement. C'est exactement ce que propose de faire UP' : utiliser la matière grise d'intervenants de renom (rare !) et la diffuser lors de ces conférences pour optimiser leurs jugements, leurs prises de décision, leurs projets,... Etudiants, chercheurs, professeurs, chefs d'entreprise,... vous êtes les bienvenus pour recréer de l'ingéniosité ! Faire fructifier les idées avec des brainstormings qui ne laissent pas le temps de revenir vers les solutions classiques ! Et revenir à l’essentiel sans pour autant faire un pas en arrière en termes de progrès, c’est ce qui s’appelle innover de manière responsable.

Et pour réduire l'empreinte carbone et les coûts de production, UP' vient vers vous, (ou chez vous en fonction des différents thèmes des conférences) : la première est organisée sur le plateau de Saclay, à Orsay, ce 3 juin 2015, pour être proche des innovations que les labos nous concoctent pour demain.
UP' Dialog, ce sera une rencontre mensuelle à compter de septembre 2015, à date fixe, où deux intervenants de renom viendront exposer et débattre. Programme à venir.

 

 

Le Japon veut devenir leader dans le secteur du bio-printing

Alors que la recherche sur le sujet n’a jamais été aussi dense, l’impression 3D de cellules vivantes nourrit de grands espoirs ! Le procédé devrait en effet permettre de régler la pénurie liée aux dons d’organes, alors que l’on estime à 19 000 le nombre de personnes en attente d’une greffe en 2013 rien qu’en France.

Et le Japon l’a bien compris et pourrait devenir rapidement le numéro un mondial dans le bio-printing. C’est en tout cas ce que laisse présager les investissements récemment débloqués par le gouvernement, pour un montant de 2,5 milliards de yens (soit 18,5 millions d’euros), et qui seront investis sur les cinq prochaines années.

Les crédits seront partagés entre cinq instituts de recherche rattachés à l’Université d’Osaka et devrait concerner le développement de tissus humains réalisés par impression 3D. Plus précisément, les chercheurs japonais travaillent en ce moment même à l’impression 3D en laboratoire de cellules souches dîtes pluripotentes, capables de se multiplier à l’infini pour donner naissance à plus de 200 types cellulaires représentatifs de l’être humain.

Ces cellules pourraient notamment servir à réparer des organes abimées ou tester l’efficacité de certains médicaments. Des compagnies japonaises tels que Next21 ou Cyfuse Biomedical se sont ainsi illustrées par leur travaux sur le sujet.

De son côté, Tsuyoshi Takato, professeur à l’hôpital universitaire de Tokyo, annonce avoir développer la prochaine génération de bio-imprimantes 3D qui pourrait servir à la réalisation d’os et de tissus à la demande.
Photo : Le Pr. Tsuyoshi Takato de l'université de Tokyo tient une oreille imprimée en 3D

"Nous avons pour habitude de retirer le cartilage ou l’os directement du corps du patient (pour des implants classiques), mais ces implants sur-mesure signifient que nous n’aurons plus à procéder au prélèvement " indique le professeur.

L’imprimante 3D mise au point par l’équipe du Pr. Takato sera ainsi capable de créer des implants personnalisés à partir de cellules souches, un avantage double qui réduirait de manière significative les rejets par l’organisme du patient. Les premiers tests cliniques pourraient voir le jour d’ici trois ans. (Source : 3DNatives)

Maryline Passini, Fondatrice et directrice de l'agence Proâme

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