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santé mondiale

Santé mondiale : appel d'urgence pour un réinvestissement

Les Présidents de la France et de l'Afrique du Sud ont appelé aujourd'hui à investir d'urgence au plan mondial pour créer de nouveaux emplois dans le secteur de la santé afin d’empêcher une pénurie prévue de 18 millions de professionnels de la santé, qui devrait surtout toucher les pays à revenu faible ou intermédiaire, et d'aider les pays à maximiser les avantages sociaux et économiques que présente le développement de l'emploi dans ce secteur. Réaliser de nouveaux investissements dans les personnels de santé mondiaux permettra de créer des emplois et de stimuler la croissance économique  mais aussi de progresser sur la voie des objectifs de développement durable.
La Commission de haut niveau sur l’emploi en santé et la croissance économique, présidée par S. E. François Hollande et S. E. Jacob Zuma, a présenté aujourd'hui son rapport final et ses recommandations au Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-Moon, en marge de l'Assemblée générale des Nations Unies à New York.
 
La Commission a conclu qu'il faut investir dans les personnels de santé pour progresser sur la voie des objectifs de développement durable et obtenir, en particulier, des avancées en matière de santé, de sécurité mondiale et de croissance économique inclusive. Elle a fait 10 recommandations pour obtenir ces progrès en engageant dans l'emploi en santé des investissements appropriés qui soient propres à stimuler les économies, favoriser l’instauration de la couverture sanitaire universelle dans les pays et servir de remparts contre des flambées épidémiques telles qu'Ebola.
 
Avec le vieillissement de la population et la progression des maladies non transmissibles, 40 millions de nouveaux emplois devraient être à pourvoir dans le secteur de la santé d'ici 2030, soit un doublement des personnels de santé mondiaux actuels. Or la plupart d’entre eux seront créés dans les pays les plus riches. Si rien n’est fait, on prévoit une pénurie de 18 millions de professionnels de la santé pour instaurer durablement la couverture sanitaire universelle, un problème qui touchera avant tout les pays à revenu faible ou les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure.
 
Il est de plus en plus clairement établi que les investissements dans le secteur de la santé engendrent de généreux dividendes. On estime le retour sur l'investissement dans la santé à 9 pour 1, et environ un quart de la croissance enregistrée entre 2000 et 2011 dans les pays à revenu faible ou intermédiaire résulterait d'améliorations sanitaires. L'investissement dans les compétences et le développement de l'emploi en santé contribueront également à l'autonomisation économique des femmes et des jeunes.
 
« Depuis trop longtemps, les pays considèrent les personnels de santé comme une dépense parmi d’autres, plutôt que comme un investissement qui produit un triple retour pour la santé, la croissance économique et la sécurité sanitaire mondiale », a déclaré le Dr Margaret Chan, Directeur général de l'Organisation mondiale de la Santé.

Il est urgent d'agir !

La Commission appelle à prendre des mesures immédiates à l’horizon de mars 2018 : il s’agit d’obtenir des engagements et de responsabiliser les acteurs en vue d’accélérer les investissements dans les personnels de santé. En réponse à la demande de la Commission, les vice-présidents de la Commission de l'OMS, de l'OIT et de l'OCDE réuniront l'ensemble des parties prenantes d'ici la fin 2016 pour élaborer un plan à cinq ans de mise en œuvre des 10 recommandations.
 
La santé s'affirme comme un gisement majeur d'emplois. Dans l'OCDE, l'emploi dans la santé et les services sociaux a progressé de 48 pour cent entre 2000 et 2014, tandis que ceux dans l'industrie et l'agriculture ont reculé.
 
« Ces recommandations vont tracer la voie à suivre pour renforcer l'investissement dans les personnels de santé et le rendre plus efficace. C'est là un élément essentiel pour promouvoir des vies meilleures et aider nos économies à prospérer et à atteindre leur plein potentiel », a déclaré Angel Gurría, Secrétaire général de l'OCDE.
 
« Ce rapport démontre clairement que l’investissement dans l'économie de la santé et les progrès vers la couverture sanitaire universelle peuvent renforcer la croissance économique et la rendre plus inclusive et créant des emplois décents dans un vaste éventail de métiers », a fait valoir Guy Ryder, Directeur général de l'Organisation internationale du travail. Et d’ajouter : « Il présente des propositions pratiques pour la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030, en particulier ses objectifs 3 et 8 : permettre à tous de vivre en bonne santé et promouvoir le bien-être de tous à tout âge, et promouvoir une croissance partagée et le travail décent. »
 
La vision que porte la Commission est celle de personnels de santé renforcés, transformés et durables pour promouvoir la santé, prévenir les maladies, répondre aux besoins des populations et stimuler une croissance économique inclusive.

Les 10 recommandations de la Commission

1.            Stimuler les investissements afin de créer des emplois décents dans le secteur de la santé, en particulier pour les femmes et les jeunes, en veillant à ce que les personnes qui les occupent soient dotées des qualifications requises et disponibles en nombre suffisant là où il le faut.
2.            Maximiser la participation économique des femmes et favoriser leur autonomisation en institutionnalisant leur leadership, en combattant les préjugés sexistes et les inégalités entre les sexes dans l'éducation et sur le marché du travail de la santé, et intégrer la problématique hommes-femmes dans les processus de réforme de la santé.
3.            Développer la formation initiale et continue, dans une optique transformatrice et qualitative, de sorte que tous les agents de santé soient dotés de qualifications correspondant aux besoins de santé des populations et puissent réaliser pleinement leur potentiel professionnel.
4.            Réformer les modèles de services centrés sur les soins hospitaliers et privilégier plutôt la prévention et la fourniture efficace de soins primaires et ambulatoires qui soient de qualité, abordables, intégrés, communautaires et centrés sur la personne, en accordant une attention particulière aux zones mal desservies.
5.            Exploiter le potentiel de technologies de l'information et de la communication d’un bon rapport coût/efficacité en vue d’améliorer l'éducation sanitaire, les services de santé centrés sur la personne et les systèmes d'information sanitaire.
6.            Investir dans les principales capacités du Règlement sanitaire international, notamment le renforcement des compétences des agents de santé nationaux et internationaux dans les situations de crise humanitaire et les situations d'urgence de santé publique aiguës ou prolongées. Assurer également la protection et la sécurité de tous les personnels de santé et de tous les établissements de santé, dans tous les contextes.
7.            Mobiliser des financements adéquats auprès de sources nationales et internationales, publiques ou privées, le cas échéant, et envisager une vaste réforme du financement de la santé si nécessaire, pour investir dans les compétences requises, des conditions de travail décentes et un nombre adapté de professionnels de la santé.
8.            Favoriser la collaboration intersectorielle aux niveaux national, régional et international ; mobiliser la société civile, les syndicats, les autres associations de professionnels de la santé et le secteur privé ; et harmoniser la coopération internationale pour soutenir les investissements dans les personnels de santé, à l'appui des stratégies et plans nationaux sur la santé et l'éducation.
9.            Favoriser la reconnaissance internationale des qualifications des professionnels de la santé afin d'optimiser l'utilisation des compétences, d’accroître les bénéfices des migrations d'agents de santé et d'en réduire les effets négatifs, et de protéger les droits des migrants.
10.          Entreprendre des recherches et des analyses robustes sur les marchés de l'emploi en santé, en utilisant des instruments de mesure et des méthodologies harmonisées, pour renforcer les bases factuelles, la responsabilisation et l'action.
 
La Commission de haut niveau sur l’emploi en santé et la croissance économique a été créée en mars 2016 par le Secrétaire général de l'ONU Ban Ki-Moon. Elle vise à inciter à l'action en attirant l'attention de la communauté internationale sur les avantages sociaux et économiques de l'investissement dans les personnels de santé aux niveaux local et mondial.
www.who.int/hrh/com-heeg/fr/
 
 

 

sciences

L'ONU se penche sur les super-bactéries résistantes aux antibiotiques

Des dirigeants du monde entier vont se pencher mercredi pour la première fois sur le problème des superbactéries résistantes aux antibiotiques, qui rendent de plus en plus de maladies, comme la tuberculose ou les maladies sexuellement transmissibles, extrêmement difficiles à soigner.
Photo : bactérie Escherichia coli
 
La réunion de haut niveau, rassemblant des chefs de gouvernement et responsables de la santé de nombreux pays, est prévue ce mercredi 21 septembre, en marge de l'Assemblée générale de l'ONU - où les sujets de santé sont rarement abordés. Mais le sujet est d'importance : il s'agirait d'un nouveau fléau planétaire qui représente "une vraie menace sociétale", selon un responsable de l'OMS. Ces super-bactéries résistantes aux antibiotiques rendent de plus en plus de maladies extrêmement difficiles à soigner.
L'ONU devrait notamment s'engager à renforcer l'encadrement des antibiotiques, à mieux diffuser la connaissance sur ce phénomène, et encourager les traitements alternatifs. Des mesures, dont l'OMS espère qu'elles déclencheront des investissements et des efforts dans tous les pays pour endiguer ce fléau, selon une première version du document qui devrait être adoptée mercredi.
"Le problème est connu des professionnels de la santé depuis longtemps et pourtant il ne fait que s'aggraver", a expliqué à l'AFP Keiji Fukuda, représentant spécial du directeur de l'OMS sur cette question de la résistance antimicrobienne.
"Nous sommes en train de perdre notre capacité à traiter les infections : non seulement le nombre de morts menace d'augmenter mais toute notre capacité à traiter les patients est menacée. Cela menace aussi notre capacité à produire suffisamment de nourriture", puisque l'agriculture et l'élevage sont aussi très largement touchés.

10 millions de morts par an d'ici 2050 ?

Une récente étude britannique a estimé que le développement de ces superbactéries hyper-résistantes pourrait être à l'origine de quelque 10 millions de morts par an dans le monde d'ici 2050, soit autant que le nombre annuel de victimes des différentes formes de cancer.
Actuellement, on estime que la résistance aux anti-microbiens est responsable de 700.000 morts dans le monde, dont 23.000 aux Etats-Unis.
Selon le docteur Fukuda, ces chiffres ne sont qu'une estimation, et les informations manquent dans de nombreux pays pour mesurer le phénomène précisément. Mais ils ont le mérite de montrer au public de façon très parlante l'ampleur du problème.
 
Le danger vient d'une sur-utilisation ou d'un mauvaise utilisation des médicaments antimicrobiens - les antibiotiques étant les principaux - un phénomène observé dans le monde entier. Chez les humains comme dans l'agriculture et l'élevage, où les antibiotiques sont souvent massivement utilisés, non seulement pour soigner les animaux mais aussi pour favoriser leur croissance.
 

Menace sociétale

Les bactéries super-résistantes qui se développent ainsi chez les animaux peuvent se propager chez l'Homme par la contamination de l'eau ou les déjections. Ils peuvent aussi voyager par les exportations de viande.
Bien qu'anticipé dès les années 1950 par le découvreur de la pénicilline Alexander Fleming, la résistance antimicrobienne a atteint des niveaux de plus en plus inquiétants ces dernières années, facilitée par l'absence d'antibiotiques nouveaux, explique le responsable de l'OMS.
 
"Cela fait au moins 20 ans que nous n'avons pas vu de développement de nouvelles classes d'antibiotiques", dit-il, la recherche étant trop risquée en termes de retour sur investissement pour les laboratoires pharmaceutiques.
"Nous sommes en train de perdre notre capacité à traiter les infections, et pas seulement des infections ésotériques mais des infections de tous les jours", souligne le Dr Fukuda, citant notamment les infections de la peau, du sang, ou de la voie urinaire.
Parmi les infections les plus difficiles à soigner figurent la tuberculose - quelque 480.000 personnes développent une forme de la maladie résistante aux antibiotiques chaque année, selon l'ONU - les infections nosocomiales contractées à l’hôpital et certaines maladies sexuellement transmissibles, comme la gonorrhée.
M. Fukuda se félicite néanmoins d'une meilleure prise de conscience du problème ces dernières années, y compris dans les pays en développement, comme la Thaïlande.
 
Il cite aussi en exemple certains pays, scandinaves notamment, qui ont diminué substantiellement l'utilisation d'antibiotiques. La Norvège a ainsi réussi à "éradiquer l'utilisation des antibiotiques dans les élevages de poissons", au profit de la vaccination, dit-il.
Les dirigeants du G20 ou de la Banque mondiale se sont aussi récemment alarmés du risque que fait peser la progression des super-bactéries à la croissance mondiale et à la lutte contre la pauvreté.
Pour le responsable de l'OMS, la résistance antimicrobienne est devenu plus qu'un problème de santé, "une vraie menace sociétale, comme cela a été le cas avec le changement climatique ou le VIH".
 
Source : AFP
 

 

Vaccination

Vaccination : l'exception française

Qui aurait cru que la France puisse être le pays le plus « sceptique » de la planète face aux vaccins ? Et ce qui étonne encore plus derrière les chiffres dévoilés ces derniers jours, s’ils s’avèrent exacts, c’est que personne ne semble comprendre pourquoi la France se démarque à ce point.
 
La France, sur la plus haute marche du podium, mais il n’y a pas de quoi se vanter. Première place de la défiance envers la vaccination.
Les chiffres proviennent d’un vaste sondage international : 66 000 personnes interrogées dans 67 pays, dont 964 en France. Et c’est l’Europe qui se dégage comme étant la région du monde ayant la plus grande proportion de population qui affiche ses craintes ou son refus de la vaccination — à l’autre extrémité du spectre se trouve l’Asie du Sud-Est. Mais les Français sont dans une catégorie à part : 12 % sont convaincus que la vaccination est inutile, 17 % remettent en doute l’efficacité des vaccins et 41 % jugent qu’il ne s’agit pas d’un produit sûr. Sur ce dernier point, la deuxième place est occupée par la Bosnie-Herzégovine (36 %), suivie de la Russie (28 %) — la moyenne mondiale est de 12 %.
 
Alors que plusieurs auraient parié sur les États-Unis, ceux-ci arrivent plutôt au milieu du peloton avec 14 % des habitants qui jugent qu’il ne s’agit pas d’un produit sûr et 10 % qui pensent que les vaccins sont inefficaces. La chercheuse principale, Heidi Larson, de l’École d’hygiène et de médecine tropicale de Londres  voit un signal d’alarme dans le fait que l’Europe ressorte du lot. « Dans un monde où internet signifie que croyances et inquiétudes quant aux vaccins peuvent être partagées instantanément, nous ne devrions pas sous-estimer l’influence que cela peut avoir sur d’autres pays à travers le monde ».
 
Les chercheurs soulignent tout de même une bonne nouvelle : même dans les pays les plus méfiants, la vaccination reste majoritairement perçue comme « utile ». Les citoyens sont en effet beaucoup plus nombreux, même en France, à la voir comme utile plutôt que dangereuse.
 
Reste que, pour ce qui pourrait expliquer cette performance de la France, ils sont dans le noir. Quelques-uns évoquent la vaccination contre l’hépatite B, pendant laquelle des craintes de lien avec la sclérose en plaques avaient circulé dans les années 1990, ainsi que la campagne de sensibilisation pour le virus du papillome humain qui a généré des débats enflammés. Mais beaucoup d’autres pays ont également été confrontés à des débats de ce genre.
 
Le cas français souligne un grave problème de défiance. Les Français croient de moins à moins à l’intégrité et à la compétence de l’État, de la communauté soignante et de l’industrie pharmaceutique pour ce qui concerne leurs vaccins. Le journal Le Monde souligne que « Chaque mauvaise décision, chaque faux pas de communication, chaque scandale sanitaire érode un peu plus la confiance. Et dans ce domaine, la France s’est, hélas !, distinguée : organisation militaire de la campagne de vaccination contre la grippe H1N1, cafouillages sur la vaccination contre l’hépatite B largement hors cible, scandales divers et profits excessifs sur les vaccins. Nous n’avons manqué aucune occasion de saper la confiance. »
 
À l’inverse, le haut taux de confiance à l’égard de la vaccination dans les pays en voie de développement peut être lié au fait que la génération actuelle en vit les conséquences positives au jour le jour, étant en mesure de comparer l’avant et l’après.
 
Cette méfiance française pourrait-elle être responsable du fait que la France a recensé 22 686 cas de rougeole entre 2008 et 2011 ? Chose certaine, les données indiquent que 80 % des enfants atteints n’avaient pas été vaccinés.
 
L’étude State of Vaccine Confidence 2016 a été réalisée par des équipes du Collège impérial de Londres et de l’École de santé publique Saw Swee Hock à Singapour. Elle est parue le 9 septembre dans EBioMedicine. Son objectif est d’identifier les « niveaux de confiance » quant aux vaccins dans l’espoir qu’ensuite, les services de santé publique comprennent mieux les raisons des différentes attitudes, et soient ainsi mieux équipés pour y réagir.
 
 
Source : Agence Science-Presse
Image d’en-tête : REUTERS/Jean-Paul Pelissier

 

Pollution de l'air

Des nanoparticules de pollution retrouvées dans le cerveau seraient en lien avec Alzheimer

Une étude réalisée par des scientifiques britanniques vient d’être publiée dans les Actes de l’Académie Nationale des Sciences, et elle fait froid dans le dos. Des nanoparticules toxiques liées à la pollution de l’air viennent en effet d’être trouvées « en quantité abondante » dans les tissus du cerveau ; elles pourraient être en lien direct avec la maladie d’Alzheimer qui touche des dizaines de millions de personnes dans le monde. L’étude a été réalisée sur un petit échantillon de 37 personnes et mérite d’être approfondie pour être parfaitement validée, mais la piste qu’elle vient d’ouvrir est certainement prometteuse.
 
Les chercheurs ont repéré depuis longtemps la présence de nanoparticules dans les tissus cérébraux. Mais jusqu’à présent, les scientifiques pensaient que ces particules étaient naturellement produites par notre corps. Les chercheurs britanniques de l’Université de Lancaster sont parvenus à démontrer que certaines de ces particules présentes dans notre cerveau ne sont pas naturelles mais qu’elles sont le résultat direct de la pollution de l’air.
« Ceci est une découverte qui doit nous amener à réexaminer le risque environnemental comme facteur important de la maladie d’Alzheimer » déclare, au quotidien britannique The Guardian, le professeur Barbara Maher qui a dirigé cette recherche. Il faut maintenant, ajoute-t-elle « continuer à faire de l’épidémiologie et des tests de toxicité sur ces particules très prolifiques auxquelles la population est largement exposée ».

Des millions de particules de magnétite dans le cerveau

L’équipe de l’Université de Lancaster a examiné les tissus du cerveau de 37 personnes âgées de 3 à 92 ans, à Manchester en Angleterre et à Mexico. Chacun de ces cerveaux contenaient des nanoparticules d’un oxyde de fer fortement aimanté, la magnétite. Et il ne s’agissait pas que de quelques traces ! Les scientifiques soulignent que ces éléments se sont retrouvés en abondance : « On parle de millions de particules de magnétite par gramme de tissu cérébral lyophilisé. Ce qui est extraordinaire. » précise le professeur Maher.
 
Quand les chercheurs ont fait cette découverte, ils ont voulu savoir d’où venaient ces particules. En approfondissant leur recherche, ils découvrent dans les tissus cérébraux deux types de particules de magnétite : des particules rondes et des formes cristallines, angulaires. Les rondes étaient plus nombreuses que les cristallines dans un rapport de 1 à 100.
Les formes cristallines de particules de magnétite sont, pour les chercheurs, susceptibles d’avoir une source naturelle. Elles sont issues du fer qui se trouve dans les cellules de notre corps. En revanche, les particules rondes, les plus nombreuses, « sont des nanosphères très arrondies, parce qu'elles ont été formées sous forme de gouttelettes fondues de matières provenant de sources de combustion, comme les pots d'échappement, les procédés industriels et les centrales électriques, partout où vous brûlez du carburant. » affirme Barbara Maher
 
Elle indique aussi que ses équipes ont trouvé des nanoparticules d’autres métaux comme le cobalt, le nickel ou le platine. Ce dernier est très rarement présent à l’état naturel dans le corps mais se retrouve dans de très nombreux moteurs de voitures.

La pollution atmosphérique incriminée ?

De là à incriminer la pollution atmosphérique comme agent polluant des cellules de notre cerveau et comme facteur de la maladie d’Alzheimer, il n’y a qu’un pas que ne franchissent pas, par prudence et déontologie, les scientifiques. L’étude qui vient d’être publiée concerne un panel de population très réduit. Il faudrait beaucoup plus d’échantillons de tissus cérébraux pour corroborer les premiers résultats.  Il n’en demeure pas moins que les traces de magnétite trouvées en abondance dans ces cerveaux ne sont pas une bonne chose. « Des nanoparticules magnétiques dans le cerveau, ce n’est jamais très bon » déclare Barbara Maher. Elles sont particulièrement toxiques et produisent des molécules réactives de l’oxygène, des radicaux libres, dont on a par ailleurs fait la relation avec le vieillissement et les maladies neurologiques.
« Les dommages liés à l’oxydation cellulaire sont l’une des caractéristiques de la maladie d’Alzheimer » affirme la directrice de l’équipe de recherche. Une étude récente a en effet montré que la magnétite était directement associée à des dommages repérés dans le cerveau de patients souffrant d’Alzheimer. La pollution atmosphérique a été liée à une augmentation significative du risque de la maladie d'Alzheimer par une importante étude publiée en 2015, tandis que d’autres recherches ont montré des lésions cérébrales liées à la maladie d'Alzheimer chez les enfants et les jeunes adultes exposés à la pollution de l'air. La pollution atmosphérique a également été liée à la démence chez les hommes âgés et les femmes.

De la magnétite plein les narines

Comment de telles particules peuvent-elles pénétrer le cerveau et forcer la barrière hémato-encéphalique ?
Le professeur David Allsop, un expert reconnu de la maladie d’Alzheimer à l’Université de Lancaster, et membre de l’équipe de recherche, déclare : « Il n'y a pas de barrière hémato-encéphalique dans le système nasal. Une fois que les nanoparticules entrent directement dans les zones olfactives du cerveau par le nez, elles peuvent se propager à d'autres zones du cerveau, y compris l’hippocampe et le cortex cérébral, régions justement touchées dans la maladie d'Alzheimer ». Le médecin précise qu’il est « intéressant de noter qu'une détérioration du sentiment de l’odorat est un indicateur précoce de la maladie d'Alzheimer ».
 
Alors même si le lien entre pollution et Alzheimer demande d’autres recherches encore plus approfondies pour être formellement établi, nous sommes, avec cette étude, face à un faisceau de preuves qu’il ne faut pas négliger. Des preuves qui s’accumulent à d’autres telles celles issues d’une étude publiée en 2015 établissant que la pollution de l’air contribuait à la mort prématurée de quelque 3.3 millions de personnes dans le monde chaque année et que ce chiffre pourrait doubler d’ici 2050. C’était sans compter les risques liés aux maladies dégénératives du cerveau dont on prévoit qu’elles pourraient toucher 100 millions de personnes dans le monde d’ici 2050 soit 1 terrien sur 85.
 
La recherche de l’équipe du Professeur Maher a été publiée dans les  Actes de l'Académie nationale des sciences  (le papier n'a pas été rendu public au moment de la rédaction de cet article).
 
 
 

 

Dépression

La dépression serait une maladie génétique

La dépression serait-elle une maladie génétique ? C’est en tout cas la thèse que les spécialistes soupçonnaient depuis longtemps mais qui vient d’être renforcée par la publication d’une importante étude publiée dans la revue Nature Genetics.
 
Cette vaste étude dite « pangénomique », englobe plus de 121 000 personnes qui ont déclaré avoir été diagnostiquées comme atteintes de dépression ou être traitées pour la maladie. Sont aussi incluses 338 000 personnes se déclarant sans antécédents de dépression. Les résultats confirment l'influence des gènes sur le risque de dépression chez les personnes d'origine européenne, un pas pour mieux comprendre la composante biologique de cette maladie et aider au développement de nouveaux traitements.
 
Réalisée par des chercheurs américains, cette nouvelle étude a identifié 17 variations génétiques potentiellement à risque, réparties dans quinze régions du génome. Elle décrit « les premières associations génétiques significatives avec le risque de trouble dépressif majeur (TDM) chez les individus d'origine européenne », souligne la revue Nature Genetics.
Les chercheurs ont utilisé les données provenant de la société américaine de génétique 23andMe qui vend des tests ADN aux particuliers pour évaluer leur risque génétique de développer certaines maladies. « L'identification des gènes qui influent sur le risque pour une maladie est une première étape vers la compréhension de la biologie de la maladie elle-même », explique Roy Perlis, du Massachusetts General Hospital, coauteur de ce travail.
« Nous espérons que la découverte de ces gènes va nous orienter vers de nouvelles stratégies de traitement », ajoute ce spécialiste, également professeur agrégé de psychiatrie à la Harvard Medical School.
 
Une étude récente avait identifié deux variations génétiques (ou mutations) pouvant contribuer au risque de développer cette maladie chez les femmes chinoises, mais elles sont extrêmement rares dans d'autres populations. Cette analyse a notamment identifié des gènes du système nerveux et des gènes impliqués dans le développement du cerveau, ainsi qu'un gène préalablement associé à l'épilepsie et la déficience intellectuelle.
 
Plus généralement, le Dr Roy Perlis estime que « trouver des gènes associés à la dépression devrait aider à dire clairement qu'il s'agit d'une maladie du cerveau », en espérant ainsi « diminuer la stigmatisation » des malades. Le professeur Alain Meunier, directeur du Centre de la dépression à Paris, confirme au micro d’Europe 1 que ces résultats pourraient bien modifier notre façon de traiter la maladie. La dépression "serait ainsi beaucoup moins une maladie psychologique qu’une maladie biologique". Il ajoute : "Il est probable qu’à terme, dans une dizaine d’années, arriveront des thérapies géniques. On traitera la dépression par des traitements de l’hérédité : on manipulera le génome pour que vous ne transmettiez plus la dépression à vos descendants".
 
La dépression touche plus de 350 millions de personnes dans le monde, selon l'OMS.
 

 

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