UP' Magazine L'innovation pour défi

alimentation

Les sodas tueurs

Les sodas et autres boissons sucrées provoqueraient jusqu'à 184.000 morts par an dans le monde, selon une étude publiée lundi dans la revue américaine Circulation.
Il s'agit de la première recherche détaillée au niveau mondial analysant l'impact de ces boissons en termes de mortalité et de handicap résultant du diabète, des maladies cardiovasculaires et de cancers liés à leur consommation.

Selon la revue américaine Circulation, il s'agit là de"la première recherche détaillant la mortalité et les handicaps liés à ces produits sources de diabète, de maladies cardiovasculaires et de cancers".
L'équipe du Pr Dariush Mozaffarian de l’Université de Boston s’est appuyée sur 62 enquêtes diététiques portant sur 611.971 personnes entre 1980 et 2010 dans 51 pays : 133.000 morts liées à la consommation de ces boissons ont résulté du diabète, 45.000 de pathologies cardiovasculaires et 6.450 de cancers". Les jus de fruits pressés entièrement naturels ont été exclus de la recherche.

Le Figaro observe "qu’en France, le taux de mortalité est estimé à 30 décès par million d'adultes." Un résultat relativement faible si on le compare à la plupart de ces décès (76%) qui sont répertoriées dans les pays à revenu faible et moyen. Les populations du Mexique (405 décès par million d’adultes) et des Etats-Unis (125 par million d'adultes) sont les plus touchées par l’impact des boissons sucrées, les situant ainsi au deuxième rang mondial. 

Le journal précise cependant que « l'étude utilise des données remontant à 2010, c'est-à-dire avant l'instauration en France fin 2011 d'une taxe sur les boissons sucrées, de 11 centimes pour 1,5 litre, qui a provoqué une baisse de la consommation de 3,5% en 2012, d'après un rapport du Sénat ».
Le Figaro souligne en outre que « la proportion de jeunes adultes souffrant de maladies chroniques attribuées aux boissons sucrées était plus élevée que chez les adultes plus âgés. Ces données varient de façon importante entre les pays avec une mortalité de moins d'1% au Japon chez les plus de 65 ans contre 30% chez les Mexicains de moins de 45 ans ».
« Les pays à bas et moyens revenus sont les plus touchés, recensant 76% des morts liées à la consommation de sodas », poursuit le quotidien.
Le principal auteur de cette étude, le Dr Dariush Mozaffarian, doyen de la faculté des sciences de la nutrition à l'université Tufts à Boston, remarque que "de nombreux pays enregistrent un nombre élevé de décès résultant d'un seul facteur diététique, à savoir les sodas et autres boissons fruitées ou sucrées comme les thés glacés, dont une forte réduction de la consommation ou leur élimination devrait être une priorité planétaire".

Quelles solutions ?

Selon le professeur Dariush Mozaffarian, la réduction, voire l’élimination du saccharose - sucre blanc - dans nos apports peut aujourd’hui sauver des milliers de vie. L’équilibre nutritionnel vient en augmentant les apports en fruits et en légumes, sources d’eau et de vitamines, mais aussi de fructose et de glucose, deux sucres dont l’organisme a besoin.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) avait recommandé en mars dernier de limiter la consommation de sucres libres ou cachés à moins de 10% de la ration énergétique journalière, voire "si possible" à 5%. L'objectif étant de lutter également contre l'obésité et les caries dentaires.

Suivant les recommandations de l'OMS, l'Assemblée nationale a interdit début avril 2015 la mise à disposition en libre service, payant ou non, de fontaines à boissons avec ajout de sucres ou d'édulcorants de synthèse ("Free refill").
Le Programme national nutrition santé a fixé comme objectif de réduire de 25% au moins la proportion d'enfants consommant plus d'un demi-verre de boissons sucrées par jour et promeut le repère de consommation d'eau à volonté, l'eau étant la seule boisson indispensable.

"C'est le rôle de la loi de fixer un cadre pour protéger la population contre une surenchère commerciale qui tend à faire de la +gratuité+ du surplus d'une offre alimentaire payante un argument pour attirer le consommateur et l'inciter à certaines consommations excessives et néfastes pour la santé", plaident bon nombre d'élus. 
Favorable à l'amendement, la ministre de la Santé Marisol Touraine a observé que cette "pratique, qui était habituelle dans d'autres pays, se répand dans notre pays et peut être attractive pour des jeunes qui se voient proposer à volonté des boissons comportant soit du sucre en quantité excessive soit des édulcorants".

Une politique à respecter dans la plupart des situations. Tous les pays du monde peuvent s’en inspirer pour formuler des recommandations diététiques en tenant compte
des aliments disponibles localement et des habitudes alimentaires.
D'autres stratégies possibles sont l’étiquetage des aliments et l’étiquetage nutritionnel, l’information du consommateur, la réglementation de la commercialisation des aliments et des boissons non alcoolisées à forte teneur en sucres libres, et les politiques fiscales ciblant les aliments riches en sucres libres.
Chacun peut suivre ces recommandations en modifiant ses choix alimentaires.

 

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Etiquetage nutritionnel : intox ou vraie bonne idée ?

Comment aider le consommateur dans ses choix alimentaires et nutritionnels ? Un règlement, applicable en Europe depuis 2011, fixe les informations nutritionnelles à inclure sur l'étiquetage, ainsi que la forme sous laquelle elles sont présentées aux consommateurs (positionnement, taille, présentation …) L'étiquetage nutritionnel des denrées comprend toutes les informations apposées sur l’emballage d’un produit et relatives à son contenu en énergie et en nutriments. Mais ces informations sont jugées insuffisantes. Comment mieux informer les consommateurs sur la qualité des aliments qu’ils achètent ? Comment étiqueter les produits de façon claire et compréhensible par tous ? Les réponses apportées par l’industrie, et les propositions du ministère de la santé restent insuffisantes, notamment pour foodwatch.

Le projet d'étiquetage nutritionnel

L’idée, proposée il y a un an par Serge Hercberg (directeur de recherche à l’Inserm et professeur de nutrition à l’université de médecine Paris-XIII), est de proposer un système de codes couleur pour donner au consommateur des repères nutritionnels faciles à comprendre résumant l'apport calorique, la teneur en sucre, en sel et en graisses saturées des aliments proposés. Une demande faite par Madame Touraine dans le cadre de sa Stratégie nationale de santé.
Ce logo définit une échelle de cinq couleurs (vert, jaune, orange, rose, rouge) établie en prenant en compte quatre paramètres : l’apport calorique pour 100 g, la teneur en sucre, en graisses saturées et en sel.
Cet étiquetage serait facultatif, ne concernerait que les aliments industriels (les produits frais sont exclus). Mais l'enjeu est de taille pour le gouvernement qui espère contrer le développement de l'obésité et des maladies cardiovasculaires, particulièrement parmi les jeunes et les classes populaires.
Fin février 2015, l’association UFC-Que choisir a publié le résultat d’une étude appliquée à 300 produits alimentaires commercialisés en grande distribution. Selon l’association, le « modèle coloriel est un antidote fiable, simple et efficace contre le marketing alimentaire ».

Quelle est la situation actuelle ?

L'étiquetage des denrées alimentaires est harmonisé à l'échelle européenne depuis la mise en application du règlement 1169/2011 concernant l’information au consommateur sur les denrées alimentaires. Ce règlement vise à simplifier, clarifier et harmoniser ces informations à l’échelle européenne.
Concernant les informations nutritionnelles, les éléments devant obligatoirement figurer sur l’étiquetage sont : la valeur énergétique et les quantités de graisse, d’acides gras saturés, de glucides, de sucres, de protéines et de sel, pour 100 g ou 100 ml, ou encore par portion si celle-ci est clairement identifiée.
D’autres informations nutritionnelles peuvent être indiquées (teneurs en vitamines, minéraux, fibres, etc.) de façon volontaire, mais toujours en respectant les règles de présentation fixées par le règlement.
Une période transitoire permettant aux industriels de se conformer avec ces nouvelles règles est prévue. Ainsi, la déclaration nutritionnelle sera obligatoire à partir du 13 décembre 2016, et à partir du 13 décembre 2014, si l’industriel utilise l’étiquetage nutritionnel, sa présentation devra être conforme au règlement. (Source : Anses)

Les industriels de l'agro alimentaire vent debout

Selon le journal Le Monde, « L’Association nationale des industries alimentaires [ANIA] maintient son opposition à tout dispositif d’étiquetage nutritionnel simpliste reposant uniquement sur un code de couleurs et une approche médicalisée de l’alimentation », a redit, jeudi 26 mars, le bras armé de l’industrie agroalimentaire dans un communiqué publié à l’issue d’une réunion au ministère.
L’ANIA a également dénoncé le « simulacre de dialogue de la ministre de la santé » et « son passage en force pour imposer un étiquetage simpliste et stigmatisant ». Mais Lobbyistes, politiques, industriels, associations de consommateurs, scientifiques, distributeurs, dans tous les camps, la tension est palpable.

Comment faire la part entre marketing et information fiable ?

Pour le mouvement foodwatch, l’étiquetage nutritionnel présenté par la fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD) fin mars est un leurre. Il ne comporte pas de voyant rouge, insinuant que tous les aliments sont finalement plus ou moins sains. Au lieu d’informer, il suggère des fréquences de consommation pour des produits transformés. Sur quels critères ces fréquences reposent-elles ? Mystère. De son côté, la Ministre de la Santé Marisol Touraine défend un modèle alternatif à cinq couleurs et cinq lettres. Cette volonté d’améliorer l’information face à l’enfumage de l’industrie agroalimentaire est tout à son honneur. foodwatch estime toutefois que le système d’étiquetage retenu par le ministère est une fausse bonne idée, et relève quatre intox dans ce débat.

En France, 30% de la population est en surpoids et 16% obèse. Des millions de personnes souffrent d’hypertension. Les mauvaises habitudes alimentaires sont en grande partie responsables de ces problèmes de santé publique qui coûtent par ailleurs des milliards d’euros à la sécurité sociale. Dans ce contexte, une information nutritionnelle claire et fiable doit permettre aux consommateurs de se nourrir enfin en toute connaissance de cause et les aider à rééquilibrer leur alimentation.

L’industrie agroalimentaire ne veut pas de cette transparence car les consommateurs, informés sur les piètres qualités nutritionnelles de certains aliments s’en détourneraient inéluctablement.
Malheureusement, l’alternative à cinq couleurs et cinq lettres défendue par la Ministre de la Santé, Marisol Touraine, manque de clarté. Les deux modèles embrouillent les consommateurs bien plus qu’ils ne les informent.

Intox n°1. Le code à cinq couleurs inspiré des travaux du professeur Hercberg est la solution
FAUX. Un code qui présente cinq couleurs et cinq lettres n’est pas facile à interpréter en un coup d’œil. foodwatch défend depuis des années le système de feux tricolores mis au point par les autorités sanitaires britanniques. Il s’inspire des feux de signalisation universellement compris : vert pour un produit sain, orange lorsqu'il faut le consommer avec modération et rouge pour les produits à éviter. A-t-on oublié que la majorité des Français est favorable à ce système, comme l’a magistralement démontré l’étude Nutrinet Santé ? 83% des 38.763 personnes interrogées plébiscitaient alors le feu tricolore.

Intox n°2. L’industrie agroalimentaire fait de gros efforts pour mieux informer les consommateurs/contribuer à une meilleure alimentation.
FAUX. Les lobbies de l’industrie alimentaire ont dépensé un milliard d'euros entre 2006 et 2010 pour empêcher l’introduction d’un étiquetage par feux tricolores en Europe. En France aussi, l’ANIA (Association nationale des industries alimentaires) continue de s'opposer à un code couleur obligatoire en arguant qu’il faudrait plutôt éduquer les consommateurs. Pour foodwatch, cette pirouette permet surtout à l’industrie d’échapper à ses responsabilités : elle nie ainsi son rôle dans la malbouffe ou l’obésité galopante. Les lobbies préfèrent incontestablement rejeter la faute sur les consommateurs en les « éduquant » plutôt qu’en améliorant les qualités nutritionnelles de leurs produits.

Intox n°3. L’étiquetage nutritionnel sera obligatoire à l’avant de tous les emballages.
FAUX. La France ne peut contraindre seule les industriels à afficher des informations nutritionnelles à l’avant de l’emballage. Car l’étiquetage de nos aliments est une compétence européenne. Impossible de remettre en question le récent règlement européen concernant l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires (INCO). Ce texte impose de nouvelles obligations aux fabricants, et cela représente un pas dans la bonne direction. Mais il n’est toujours pas obligatoire d’indiquer les valeurs nutritionnelles à l’avant de l'emballage, ni de les exprimer au moyen de feux tricolores.

Intox n°4. L’étiquetage nutritionnel nous permettra de manger sainement.
FAUX. La FCD va apposer des « fréquences de consommation », attribuées par un mystérieux « comité scientifique pluridisciplinaire ». foodwatch rejoint la position de la Société Française de Santé Publique (SFSP) et la Société Française de Pédiatrie (SFP) pour qui « aucun comité d’experts dans le monde n’a osé proposer un système définissant des fréquences de consommation pour les aliments de marque, notamment transformés, compte tenu […] des risques d’induire des comportements alimentaires inadaptés (et il est encore plus curieux qu’elles soient définies par celui qui les fabrique ou les commercialise…) ».
Rappelons que si étiquetage nutritionnel il y a, celui-ci devra obligatoirement s’aligner sur les seuils établis par le règlement européen INCO. Malheureusement, entre ces valeurs de référence et celles que préconisait la FSA (Food Standards Agency) britannique pour les feux tricolores, la différence est énorme. Sur le sucre notamment : en lieu et place des 50g recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’INCO a retenu 90g. On risque donc de consommer plus que de raison des aliments très sucrés pourtant affublés d’un logo comportant une bonne note.

foodwatch appelle nos décideurs politiques à continuer de se battre pour une information fiable et honnête des citoyens. La FCD, avec son étiquetage poudre aux yeux, tente par tous les moyens de protéger son chiffre d’affaires. foodwatch veut croire que la santé des consommateurs primera dans le débat sur les intérêts du secteur privé.

L'objectif est tout de même de rendre la confiance aux consommateurs face aux nombreux scandales agroalimentaires de ces dernières années...  Le lien entre alimentation et santé étant aujourd’hui clairement établi, les consommateurs demandent une alimentation à la fois savoureuse et saine, pour préserver leur capital santé - bien-être.

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Les Biobanques : eldorado de la médecine sur mesure ?

Les Biobanques sont méconnues. Pourtant, ce sont des banques pour la vie, notre santé, au sens propre, comme au sens figuré. Elles sont partout, dans les hôpitaux (environ 90 centres de ressources biologiques en France). Lorsqu'un patient donne son sang, son ADN, n'importe quel échantillon biologique pour un simple diagnostic, les biobanques peuvent - avec le consentement du patient - récupérer une partie du prélèvement pour la recherche médicale. La structure des Biobanques décide aujourd'hui de lancer un nouveau site internet, afin de sensibiliser le grand public au besoin de donner ses échantillons. Explications.

Accepter de donner ses échantillons aux biobanques, c'est permettre à la France de contribuer pleinement à la recherche internationale sur le cancer, les maladies comme Parkinson, Alzheimer, les scléroses en plaque, les maladies génétiques, les allergies, le diabète et toutes les maladies cardiovasculaires etc. Bref, la plupart des maladies.

Ces centres de ressources biologiques n'étaient pas coordonnés, organisés, harmonisés (grâce au data management et aux big data notamment) de manière à fournir une force de frappe majeure à la recherche médicale.
C'est aujourd'hui le cas grâce à l'infrastructure BIOBANQUES (créée grâce aux investissements d'avenir issus du grand emprunt). 82 biobanques (sang, ADN, cellules, cerveau, tissus tumoraux etc.) adhèrent à cette structure majeure qui a bouleversé les process, la qualité, la traçabilité des biobanques et de leurs échantillons.
Des équipes de chercheurs du monde entier peuvent désormais s'adresser à cette structure unique pour trouver des centaines, voire des milliers d'échantillons sur leur maladie, pour tester de nouveaux médicaments à grande échelle par exemple.

Deux biobanques sont installées sur le site de la Pitié Salpétrière à Paris : NeuroCEB, qui capitalise des cerveaux de toute la France sur les maladies d'Alzheimer, Parkinson ou encore la Sclérose en plaques ; et la Banque d'ADN et de cellules pour de nombreuses maladies comme les cancers et des affections génétiques.
Elles abritent 182 000 tubes de cellules ou d'ADN, et en reçoivent 3 500 nouveaux par an, avec des équipements rares à découvrir.

Une immense collection d’échantillons de tissus humains, de sang, d’urine, de plasma ou de lignées cellulaires, prélevés dans les hôpitaux et conservés dans des conditions optimales afin que les chercheurs, qu’ils travaillent pour le secteur public ou pour des laboratoires de l’industrie pharmaceutique, puissent en disposer gratuitement. Mais aussi des données médicales diverses (âge, sexe, habitudes alimentaires, antécédents médicaux, arbres généalogiques...).
L’enjeu est de fabriquer des médicaments plus efficaces et moins coûteux pour les systèmes de santé, parce qu’ils seront mieux adaptés aux patients. Les biobanques sont l’outil d’une « médecine sur mesure » grâce à une connaissance toujours plus fine des pathologies et la prédiction de la réponse au traitement (efficacité, tolérance) en fonction du sexe, du style de vie, de facteurs ethniques et génétiques. (Source : Le Monde 19 aôut 2014).

Neuf pays en Europe (l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, l’Estonie, la France, la Grèce, Malte, les Pays-Bas et la Suède) ont participé dès le début à l’aventure. 270 institutions de 33 pays sont maintenant engagées. 

Quels enjeux pour les biobanques ?

La collecte organisée des échantillons biologiques d’origine humaine et le stockage de ces échantillons jouent un rôle central en recherche clinique et translationnelle.
C’est pour cette raison que plusieurs centaines de biobanques existent à travers le monde, principalement aux états-Unis et en Europe, différentes dans leurs modes de fonctionnement, leurs buts, leurs dates de mise en place, la nature et la taille des collections qu’elles conservent et distribuent. Dans le domaine de la santé, la plupart des biobanques collectent des échantillons dans le cadre des soins, seule justification acceptable pour des procédures invasives de prélèvement. La constitution de collections par « requalification» de ces échantillons issus du soin relève ensuite de « stratégies » plus ou moins définies, reflétant essentiellement le recrutement principal de l’établissement hôte de la biobanque, et l’antériorité des programmes de recherche dans l’environnement scientifique géographiquement proche.

Pour ces raisons, beaucoup de biobanques en santé se sont «spécialisées» sur certaines pathologies bien définies. C’est ainsi le cas pour la biobanque des établissements de santé de la région niçoise, fortement orientée sur la pathologie thoracique, thyroïdienne, et oto-rhino-laryngologique. Dans certains cas, les collections peuvent être créées dans le cadre de la conduite d’essais cliniques, mais elles sont en général assorties d’un « embargo » en faveur du promoteur de l’étude.
Les collections conservées dans ces biobanques peuvent être utilisées pour étudier la physiopathologie des maladies représentées, et identifier de nouveaux biomarqueurs diagnostiques, pronostiques, ou théragnostiques.

Très différentes de ces biobanques thématisées sont les biobanques à vocation épdémiologique. Celles-ci ont pour missions l’étude et le suivi de populations sur de longues périodes, afin de surveiller le développement naturel et/ou la progression de différentes maladies. Les cohortes de personnes concernées sont d’un ordre de grandeur très différent de celles représentées dans les biobanques thématisées (de 100 000 à 500 000 personnes), les échantillons étant en général obtenus par des procédures peu invasives (ponction veineuse, écouvillonnage, recueil d’urine…), qui ne menacent pas l’intégrité physique de la personne qui s’y soumet. Le but essentiel est de mettre en évidence des facteurs génétiques et/ou environementaux favorisant le développement des maladies humaines, ce qui nécessite la possibilité de suivre les personnes inclues sur une période d’au moins 10 à 15 ans.

Les tumorothèques représentent la majorité des biobanques thématisées par pathologie, ce qui témoigne à la fois de la forte intégration de la biologie dans le diagnostic des cancers, et de la vitalité de la recherche (Revue Francophone des Laboratoires - Janvier 2010 - n°418 // 51 anatomie et cytologie pathologiques) clinique et translationnelle en oncologie. Le défi auquel sont aujourd’hui confrontées les tumorothèques est de pouvoir constituer rapidement des collections de taille suffisante pour accélérer la conduite d’études cliniques ou translationnelles.

La diminution progressive du coût des biotechnologies, en particulier des analyses génomiques à haut débit, impose le développement de biobanques très structurées,
«professionnalisées », afin de pouvoir utiliser un volume suffisant d’échantillons de très grande qualité associés à des annotations cliniques complètes et parfaitement
orientées sur une thématique prédéfinie. Plusieurs tests évaluant le pronostic des maladies humaines ont pu être établis grâce à la constitution des biobanques. Ainsi, des études réalisées sur de larges séries d’échantillons biologiques de qualité, mis à disposition par des biobanques, devraient permettre de définir de nouvelles approches pour diagnostiquer, prévenir et traiter les maladies humaines. Le développement d’une «médecine personnalisée» pourrait donc dépendre, du moins en partie, de telles plateformes biopathologiques.

Il apparaît très important d’améliorer les coopérations entre les biobanques de plusieurs villes et même de plusieurs nations afin de potentialiser les moyens mis
pour un projet de recherche ciblée. Plusieurs exemples récents montrent cette volonté de mettre en commun et de relier les biobanques. L’INCa a développé en 2004
plusieurs programmes nationaux d’excellence spécialisée (PNES), l’un axé sur une tumeur fréquente, le cancer du poumon, l’autre sur une pathologie tumorale plus rare, le cancer du rein (www.e-cancer.fr).
Le développement de ces programmes scientifiques n’a été rendu possible que grâce à la constitution en parallèle d’un réseau de tumorothèques fortement orientées sur la pathologie thoracique ou rénale. A titre d’exemple, les tumorothèques de Grenoble, Nancy, Caen, Strasbourg, Tenon et Nice (www.biobank06.com) participent aux projets du PNES poumon. De la même façon, la structuration des cancéropôles en France a permis une harmonisation des pratiques de « biobanking » et d’optimiser progressivement la qualité des annotations cliniques associées aux échantillons, en sensibilisant les différents responsables des tumorothèques. Un exemple est fourni par le Cancéropôle PACA dans lequel les tumorothèques des différents partenaires institutionnels (centres de lutte contre le cancer et hôpitaux publiques de la région niçoise et de la région marseillaise) ont exporté l’ensemble des données concernant les échantillons biologiques sur un site consultable en ligne par les utilisateurs potentiels des collections à des fins de recherche (www.biobank-paca.com).
Un autre exemple de coordination des biobanques est donné à plus grande échelle par le projet « Biobanking and biomolecular resources research infrastructure » (BBMRI) se développant en Europe, dans la continuité des recommandations mises en place antérieurement à l’échelon européen. Longtemps rares, les projets de mise en réseau se multiplient aujourd’hui, avec l’association de tumorothèques géographiquement contiguës, ou réunies par un thème scientifique partagé. L’expérience montrera dans les années à venir quelle est celle de ces approches qui est la plus efficace. (Source : "Les biobanques en France: enjeux et contraintes" Revue Francophone des Laboratoires - Janvier 2010)

A qui appartient les échantillons des biobanques ?

Les échantillons des biobanques continuent, juridiquement, d’appartenir aux individus qui ont accepté de prêter à la science un morceau d’eux-mêmes, si infime soit-il. La confiance dans les autorités qui contrôlent l’ensemble du processus garantit leur adhésion, tout comme l’information dispensée aux patients, notamment grâce aux associations qui les regroupent, devenues des partenaires à part entière de la recherche.

L'OCDE, dans un rapport "Lignes directrices sur les biobanques et bases de données de recherche en génétique humaine", donne un certain nombres de recommandations visant à fournir des orientations en matière de constitution, gouvernance, gestion, fonctionnement, accès, utilisation et fermeture des biobanques et bases de données de recherche en génétique humaine (« BGH »), qui sont des ressources structurées pouvant être utilisées à des fins de recherche génétique et qui contiennent des matériels biologiques humains et/ou des informations générées par leur analyse, et un nombre important d’informations associées.

Précieux outil pour la recherche mais source de préoccupations éthiques et marchandes

Dans une interview au Monde l'an dernier, le sociologue Herbert Gottweis, professeur à l’université de Vienne, déclare, "qu'ainsi, après avoir fragmenté le corps humain afin de comprendre son fonctionnement, l’âge postmoderne « reconstitue, avec une infinité de fragments, un corps global virtuel" dans le but de soigner des corps réels, qui réagissent différemment aux traitements en Europe, en Afrique ou en Asie : la biobanque signant l’avènement d’une "nouvelle forme de corporalité transnationale et virtuelle, conforme à l’esprit de notre temps".
Et ce corps virtuel, tournant à l’infini dans la galaxie informatique, ouvre des perspectives vertigineuses. Grâce aux biobanques, pourra-t-on bientôt produire des avatars d’êtres humains ou d’animaux de laboratoire afin de tester, sans risques ni états d’âme, les médicaments du futur ?

Dans un livre sorti en 2009 au PUF dans la collection Que sais-je ?, les auteures (1) cherchent à cerner la réalité de ces biobanques : entre économie de marché et santé publique, les « biobanques », par leur nouveauté et leur ampleur, apparaissent à la fois comme un précieux outil pour la recherche médicale et comme une source de vives inquiétudes. L'ouvrage replace les biobanques dans leur contexte historique, scientifique, économique et juridique, interroge leur légitimité éthique et décortique les problèmes qu'elles posent en matière de propriété et d'accès à leur contenu.

Le Comité consultatif national d'éthique pour les sciences de la vie et de la santé, dans le rapport d'un avis rendant compte d'une série de discussions communes menées en 2002 et 2003 entre le Conseil National d'éthique allemand et le Comité Consultatif National d'Ethique Français (CCNE), ne dit pas autre chose :"Les activités de collection et de traitement des échantillons biologiques d'origine humaine et des données d'information en résultant, plus particulièrement du fait de la recherche génétique suscitent des interrogations éthiques majeures." 
Les deux comités d'éthique, se posant des questions à propos de la collecte, du traitement, du stockage et de l'utilisation d'échantillons en provenance du corps humain et des données d'information en résultant, considèrent tous deux qu'une clarification de la part du législateur est nécessaire.  Il faut prendre en compte la chaîne de responsabilités, le consentement libre et éclairé des donateurs, conciliant collecte, conservation, traitement et utilisation des éléments et données rassemblés dans les biobanques, le développement de la recherche avec la protection de l'individu est donc nécessaire. 

(1) Les auteures : Agrégée des facultés de droit, Florence Bellivier est professeur à l'Université Paris X Nanterre et Christine Noiville est docteur en droit, chargée de recherches au CNRS. Elle dirige le Centre de recherche en droit des sciences et des techniques (UMR8056, Université Paris 

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Le design universel pour faire bouger les seniors

La ville d’Eindhoven, aux Pays-Bas, se transforme en parcours santé adapté à tous : face au constat du vieillissement de la population, de nombreuses entreprises se sont lancé dans la Silver Economie pour répondre aux besoins grandissants des personnes âgées. Les collectivités sont aussi directement concernées. Comment peuvent-elles œuvrer pour que leurs administrés conservent leur capital santé et leur autonomie physique ? Comment créer les structures pour encourager l’exercice physique ? Denovo, cabinet de design transeuropéen, a fait de l’adaptation de l’environnement aux seniors sa spécialité et œuvre avec les collectivités néerlandaises pour améliorer la qualité de vie des habitants.

Alors qu’à l’horizon 2016, près d’un Français sur trois aura plus de 60 ans, il est important de se pencher sur la question de l’accessibilité de l’espace public et de son attractivité pour les populations âgées. On constate que les pays nordiques sont bien plus en avance que les pays latins dans cette prise de conscience du vieillissement de la population, malgré de très nombreuses initiatives dans les villes et communes françaises notamment.
Parmi les acteurs de la Silver Economie, il ne faut pas oublier le rôle crucial que jouent les collectivités pour endiguer l’isolement social. Grâce à une modification des infrastructures par le design, les collectivités réalisent l’une de leurs missions : transformer l’espace public en véritable lieu de mixité intergénérationnelle. C'est la mission que s'est vu confier le cabinet Denovo qui a travaillé avec plusieurs communes néerlandaises pour l’amélioration de leurs infrastructures en vue d’une meilleure intégration des seniors, via le design universel. 

Des dalles pour mettre les seniors en mouvement

En août 2014, la ville d’Eindhoven (Pays Bas) a créé, en partenariat avec le cabinet Denovo, un parcours santé ludique adapté aux seniors, mettant à profit son mobilier urbain. Eindhoven, la ville de l'ex siège de l’usine Philips reconvertie en fourmilière du design, a la réputation d'être aussi celle qui expérimente de nouvelles façons de vivre intergénérationnelles. Le projet Kwiek, c’est une alternative aux parcours de santé, détournant le mobilier urbain en opportunités sportives. Il s’agit de simples plaques à fixer au sol avec un picto explicatif du mouvement à faire. Devant un banc, un poteau, une simple bordure … tout promeneur peut s’arrêter devant le picto et suivre l’exercice, seul, entre amis ou en famille. Le designer, Manuel Wiffels, explique que ce projet a été co-designé avec des seniors afin de bien correspondre à leurs besoins en termes d’activité mais aussi d’image. Un des principaux défis étant le graphisme des pictos, qui se doit d’être bien lisible mais surtout pas vieillot !
Les exercices santé proposés sont indiqués par des dalles intégrées aux trottoirs. A l’origine des dalles Kwiek, une idée simple : pour un investissement minime et en se servant de ses infrastructures préexistantes, une collectivité peut encourager les seniors à sortir de chez eux pour créer du lien et exercer une activité physique.

Le design universel : le nouvel enjeu de l'urbanisme

Le design universel ou design pour tous vise à concevoir, développer et mettre sur le marché, des produits, des services, des systèmes ou des environnements courants qui soient accessibles et utilisables par le plus large éventail possible d’usagers, démarche diamétralement opposée à celle du « design for old » qui ne vise que les populations seniors au risque de les stigmatiser. Denovo est un cabinet de design basé à Strasbourg spécialisé dans le design universel depuis 2005. Quelques-une de ses réalisations : la canne Tango, un déambulateur de plage Strand Rollator, dalles en béton pour fitness de rue Kwiek, une salle de bain pour une résidence services seniors,... 
Pour Nicolas Reydel, fondateur et dirigeant de Denovo, la démarche du design universel entre aussi dans une logique de réduction des coûts, qu’ont faite sienne de nombreuses collectivités et entreprises. En prenant en compte les besoins particuliers des seniors dès la conception des objets ou du mobilier, on évite la multiplication des infrastructures.

La prise en compte de l’accessibilité dans l’environnement urbain 

La prise en compte de la mobilité des personnes les plus âgées et de l’accessibilité dans l’environnement urbain est un enjeu important pour améliorer leur qualité de vie en ville, sans pour autant tomber dans l’excès : la ville reste avant tout intergénérationnelle.

L’Organisation Mondiale de la Santé récompense les villes qui favorisent le développement des infrastructures pour les personnes âgées et investissent efforts et ressources pour l’amélioration de la vie et du bien-être de leurs citoyens seniors.
Depuis 2008, l’OMS a lancé son programme de Réseau Mondial des Villes-Amies des Aînés. Elle a mis en place un guide téléchargeable sur son site qui se veut incitatif afin que les administrations des villes prennent conscience de l’importance des personnes âgées et les pousser à agir pour leur bien-être. Il s’agit d’adapter les structures existantes, en créer de nouvelles adaptées à l’utilisation des personnes âgées, notamment en termes de transport ou de service médical.

En France, la prise en compte de l’accessibilité, en particulier dans l’environnement urbain a été renforcée par une loi (11 février 2005) qui impose l’accessibilité dans les équipements recevant du public, les bâtiments d’habitations, la voirie, l’espace public, les transports. Un point particulièrement important de cette loi est la prise en compte de l’accessibilité dans une « chaîne » de déplacements : les déplacements doivent être possibles sur la continuité du trajet.
Face au vieillissement de la population, les agences d’urbanisme (à travers la FNAU) et la Fondation de France ont réfléchi à l’intégration du vieillissement dans les documents d’urbanisme (1). Dans cette synthèse, il est question de réfléchir aux besoins et attentes des personnes âgées en termes de logement, de transports, de loisirs, d’équipements publics… dans leur diversité.

Aujourd’hui, plus d’un tiers de la population française a plus de 50 ans. Selon une étude du Crédoc en 2010, depuis dix ans, la croissance de la part des seniors dans la population s’est fortement accélérée, avec un rythme annuel de 1,8%, contre 0,3% par an sur les vingt années précédentes. Ce rythme devrait rester soutenu (1,1 % par an) au cours des dix ans à venir. Pourtant, la société française valorise plutôt la jeunesse, pour des raisons culturelles, et s’intéresse relativement peu aux plus âgés. L’allongement de l’espérance de vie et l’arrivée à l’âge de la retraite de la première vague du baby boom rendent nécessaire de mieux prendre en compte les modes de vie des seniors.
De nombreuses actions incitatives sont menées dans les pays étrangers. Les pays les plus vieillissants comme le Japon et l’Allemagne ont mis en place de
nombreuses actions publiques. En Allemagne, le programme « Âge, un facteur économique » a été lancé par le ministère fédéral de la Famille, des Retraites, des Femmes et de la Jeunesse en 2009 sur trois ans. Destinée aux PME, cette action s’est concrétisée autour d’une plateforme d’échanges et de rencontres et a été associée aux programmes de soutien aux PME dans le lancement d’innovations.
Au Japon, dès 1994, a été mis en œuvre un cadre réglementaire rendant obligatoire l’accessibilité aux seniors dans les lieux et transports publics. Des standards
industriels ont été élaborés visant à encadrer l’industrie dans le développement de produits destinés aux personnes âgées.
En Corée du Sud, bien que la population âgée ne soit pas très importante, un plan stratégique pour l’innovation vis-à-vis des populations âgées a été mis en place dès
1992. Les initiatives publiques ont placé les PME au centre de l’industrie des seniors. En 2005, le « Senior friendly industry promotion program » a soutenu l’effort industriel dans les secteurs de la robotique, des TIC et des objets ergonomiques. L’État a mis en place des infrastructures nécessaires à la recherche et au développement des produits.
Aux États-Unis, les politiques publiques créent un cadre favorable aux initiatives privées. Ainsi, l’AgeLab du MIT ou le Plan d’Action Stratégique de l’Administration dédiée aux personnes âgées est financé en partie par des entreprises privées.
Dans ces quatre pays, les entreprises ont développé, à la suite de ces incitations, le concept de design pour tous qui vise à la simplification d’utilisation des produits.

(1) « Seniors : Quelle intégration dans les documents de planification et d’urbanisme ? », Fondation de France, FNAU (novembre 2007)

- Lire le Florilège des belles pratiques et des bons usages en matière d'accessibilité à la Cité 2013-2014

santé innovation

Les robots ouvrent la voix !

C'est un nouveau défi microtechnique au service de la santé  que viennent de relever des chercheurs, chirurgiens et instituts de recherche européens, avec le lancement du premier prototype européen de robot endoscopique pour la micro-chirurgie laser des cordes vocales qui vient de passer avec succès  les tests pré-cliniques. 

La chirurgie des cordes vocales concerne les lésions cancéreuses, essentiellement liées au tabac (3 000 nouveaux cas par an) mais aussi, de plus en plus souvent, des lésions bénignes chez les personnes qui sollicitent beaucoup leur voix. Elle nécessite, afin de garantir la préservation de la voix du patient, une précision de l'ordre de 50 à 100 micromètres (environ le diamètre d'un cheveu). Or, à l'heure actuelle, la chirurgie utilise un laser dont la source est située à 40 centimètres de la bouche du patient, ce qui limite sa maniabilité et la précision du geste. Par ailleurs, le chirurgien opère à travers un microscope, et le tissu à traiter doit donc être dans le champ de visée, ce qui implique une position très inconfortable pour le patient, source de douleurs cervicales post-opératoires.

Pour pallier ces inconvénients, le projet européen μRALP (1), porté par l'Institut italien des technologies, et associant entre autres l'institut FEMTO-ST et le CHRU de Besançon, développe un robot dédié à la chirurgie assistée des cordes vocales. Ce nouveau dispositif consiste en un endoscope flexible qui permet de visualiser les cordes vocales et d'amener la source laser à l'intérieur du patient, à 20 mm de sa cible.
Véritable défi microtechnique, l'endoscope proposé embarque des éclairages en lumière froide, deux caméras miniatures pour assurer une vision en 3D, un laser chirurgical doublé d'un laser qui fait office de pointeur pour le chirurgien, et enfin, le micro robot de 1 cm3 qui va, grâce aux images fournies par les caméras, guider ces lasers le long de la trajectoire de référence dessinée par le chirurgien directement dans l'image à l'aide d'une tablette tactile. Grâce à une technique de fluorescence, des filtres aideront à déterminer s'il existe une zone cancéreuse au niveau de la lésion et augmenteront la précision du geste. Avec ce nouveau procédé, le chirurgien devrait obtenir une précision de l'ordre d'une centaine de micromètres.

Après de nombreuses étapes techniques de recherche et de développement, des essais pré-cliniques sont effectués sur des cadavres à l'institut d'anatomie de l'Université de Franche-Comté pour la validation du concept du prototype actuel. Les essais de ce jour portent sur l'insertion de l'endoscope, la visualisation 3D, l'ergonomie du poste de travail et le guidage laser.

Les caractéristiques du robot endoscopique

A l’heure actuelle, la chirurgie des cordes vocales souffre de plusieurs inconvénients, tant pour le chirurgien que pour le patient. Pour davantage d’ergonomie, les équipes européennes du projet µRALP ont conçu un dispositif permettant d’amener à la fois les technologies d’imagerie et les outils de chirurgie au plus près du site à opérer, dans le corps du patient. Le prototype conçu est un endoscope robotisé incluant un système d’éclairage, des caméras, et des lasers, manipulables à distance par le chirurgien, et qui dispose en outre d’une interface de visualisation en réalité augmentée.

Un accès aux organes à opérer : le robot est porté par un endoscope, tige flexible insérée au fond de la gorge du patient, au plus près des cordes vocales (20 mm). Ce dispositif pourra être adapté pour la microchirurgie d’autres parties du corps, comme le tube digestif.

Un micro-robot pour contrôler finement le laser : un micro-robot de moins d'1 cm3, guidé par retour visuel, assure l’orientation du faisceau laser pour une chirurgie précise des cordes vocales. Concrètement, le chirurgien dessine, sur une tablette tactile affichant les images préopératoires, la trajectoire que doit adopter le laser. En comparant en temps réel les images filmées au tracé défini par le chirurgien, le micro-robot ajuste la position et l’orientation du faisceau laser.

Une interface homme-machine dopée par la réalité augmentée

L’imagerie par fluorescence
Le projet a développé un système d’imagerie par fluorescence, pour visualiser le tissu cancéreux. En effet, les cellules de la tumeur contiennent des protéines particulières, qui émettent une lumière fluorescente lorsqu’elles sont éclairées par un laser à une longueur d’onde de 405 nm. Etant donné que la fluorescence disparaît rapidement après la mort, cette propriété n’est pas testée lors des essais sur cadavres. Mais les scientifiques testent le dispositif sur des tumeurs des cordes vocales juste après leur exérèse au CHRU. Ils exploitent les propriétés de fluorescence sur différentes bandes spectrales pour aider au diagnostic dont le « gold standard » reste aujourd'hui l'examen histologique.

Visualisation en réalité augmentée
Dans le casque de réalité augmentée seront à terme projetées les images préopératoires, les images filmées en temps réel par les caméras, ainsi que le signal de fluorescence. Ce dispositif rendra possible l’ablation complète de la tumeur, en minimisant les dommages aux tissus sains.

Un système intelligent et sûr

Le micro-robot met en œuvre des algorithmes de contrôle adaptatif. A terme, il devrait être capable de s’adapter au changement d’apparence du site chirurgical au cours de l’intervention.
Le système améliore aussi la sécurité de l’opération, par exemple en filtrant les éventuels tremblements du chirurgien.

Des partenaires complémentaires

Ce projet collaboratif européen µRALP réunit cinq institutions de trois pays. Porté par l'Institut Italien de Technologie (IIT), il associe l'institut FEMTO-ST (UFC/CNRS/ENSMM/UTBM), les Universités de Hanovre (Allemagne) et de Gênes (Italie) et le CHRU de Besançon.

L’Istituto Italiano di Tecnologia (IIT), coordinateur du projet est représenté par Leonardo de Mattos, est responsable de la gestion globale du projet, de la diffusion des connaissances et de l'exploitation des résultats.
L'IIT est intervenu sur le développement de systèmes de télé-opération et d'automatisation pour la microchirurgie, intégrant les différents sous-systèmes logiciels à travers une interface utilisateur simple et intuitive.
L’apport de l'IIT a été très important tout au long des expérimentations et tests, notamment pour son expertise technique préalable sur la manipulation motorisée du laser chirurgical, ainsi que pour ses travaux sur l'ergonomie et la sécurité du système.

L'institut FEMTO-ST est intervenu dans le projet par le biais de deux équipes : l'équipe « MiNaRoB » (MicroNanoRobotique Biomédicale), dirigée par Nicolas Andreff (Université de Franche- Comté), du département « AS2M » (Automatique et Systèmes Micro-Mécatroniques), a conçu plusieurs solutions innovantes pour le micromanipulateur laser, réalisé un dispositif imageur à haute fréquence et développé des algorithmes de commandes originaux. Cette équipe a également joué un rôle transversal capital, en participant à la conception des endoscopes, au développement logiciel et à la réalité augmentée, apportant son expertise dans les domaines des micro-systèmes mécatroniques et optomécatroniques, de l’asservissement visuel (guidage par retour visuel), de la géométrie multi-vues et des systèmes d'imagerie rapide.

L'équipe « PIM » (Photonique pour l'instrumentation médicale),dirigée par Bruno Wacogne (CNRS), du département Optique, a contribué au projet pour l'instrumentation optique et la caractérisation optique des tissus biologiques par fluorescence.

Le partenaire allemand « Leibniz Universität Hannover » (LUH), représenté par Tobias Ortmaier et son équipe « Institut des systèmes mécatroniques », dotée d’une solide expérience dans les projets liant ingénierie et chirurgie, a contribué de manière majeure aux développements technologiques du corps de l'endoscope flexible, à l'intégration matérielle (notamment d'un laser chirurgical fibré), au suivi des déformations des tissus et à la réalité augmentée.

Au CHRU de Besançon, le service d'ORL, dirigé par Laurent Tavernier, et le centre d’investigation clinique (CIC) Inserm 1431 (Lionel Pazart, Bruno Wacogne) ont participé, avec leurs homologues italiens, à la définition des spécifications et contraintes médicales, chirurgicales, cliniques et réglementaires relatives au projet µRALP.
Une base de données multimédia comprenant des informations et images cliniques a été créée, participant ainsi à regrouper et partager les connaissances et données sur les pathologies concernées.
Les équipes du CHRU de Besançon ont également mis en place un essai clinique ex vivo, afin d’appréhender la pertinence de l’utilisation des propriétés optiques de fluorescence des échantillons biologiques pour le diagnostic différentiel des lésions pathologiques ; le service d’anatomopathologie représenté par son chef de service Séverine Valmary-Degano, a ainsi également apporté son aide pour l’analyse histologique des prélèvements.

Enfin, le CIC et le service d’ORL, en collaboration avec le laboratoire d’anatomie de l’Université de Franche-Comté dirigé par Laurent Tatu, ont coordonné les essais pré-cliniques sur cadavres, ayant pour but la validation du concept de l'endoscope robotisé. Les cadavres utilisés étaient ceux de sujets ayant donné leur corps à la Science selon la législation actuellement en vigueur. Les essais se sont déroulés dans les règles éthiques habituelles régissant ce type de procédures scientifiques.

L’« Università degli Studi di Genova » (UNIGE) et son département d’ORL, dirigé par Giorgio Peretti, a participé à la définition des spécifications, contraintes médicales et risques chirurgicaux, apportant sa grande expertise sur les protocoles médicaux concernés afin de guider les développements technologiques au sein du projet μRALP.

L’UNIGE a également fourni de nombreuses iconographies de pathologies du larynx, de microphonochirurgies (microchirurgie de la voix) lasers, et sur l'interaction laser-tissus, pour alimenter et enrichir la base de données en ligne.
Le Pr Giorgio Peretti et son équipe ont également apporté une aide précieuse lors des discussions, sur l’orientation du projet et des tests, grâce à leur expérience en otorhinolaryngologie mais également dans le domaine des innovations technologiques adaptées aux applications biomédicales.

Financement du projet

μRALP est un projet « STREP » de trois ans (janvier 2012 à mars 2015) financé par la Commission européenne à hauteur de 2,65 millions d’euros. Les fonds ont été obtenus lors de l’appel du 7e programme-cadre de recherche et développement (Framework Programme 7), relatif aux technologies de l'information et de la communication (Information and Communication Technologies) et portant sur les « systèmes cognitifs et robotiques opérant dans des environnements du monde réel ».

A terme, ce dispositif médical apportera une véritable valeur ajoutée à la phonochirurgie (chirurgie de la voix). En outre, les dispositifs conçus dans le cadre de ce projet pourront être utilisés dans d'autres systèmes robotiques chirurgicaux. Ainsi, l'institut FEMTO-ST et le CHRU travaillent déjà à la conception d'un endoscope pour la micro-chirurgie laser du tube digestif.

(1) μRALP (prononcer « Microralp ») : microtechnologies and systems for robot-assisted laser phonosurgery (phonochirurgie laser assistée par microrobotique)

www.microralp.eu

Photos : Interface chirurgien-robot développée dans le cadre du projet µRALP par l'Istituto Italiano di Tecnologia et Leibniz Universität Hannover.
© L. Godard/UFC

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