UP' Magazine L'innovation pour défi

Virus

IBM déclare avoir créé une macromolécule capable de neutraliser tous les virus

Les technologies développées dans les semi-conducteurs sont-elles transposables à la médecine ? C’est ce que tente de prouver IBM Research, associé pour l’occasion avec un institut de bio et nano technologie de Singapour. Leurs travaux viennent d’être publiés dans une revue scientifique. Les chercheurs affirment avoir créé une macromolécule capable d’éradiquer tous les virus, de la grippe à Ebola en passant par d’autres vecteurs de maladies virales.
 
James Hedrick, chercheur spécialisé dans les matériaux organiques pour IBM Research, explique au magazine Forbes comment son équipe, en partenariat avec l’Institut de bio-ingénierie et nanotechnologie (IBN) de Singapour, est parvenue à une avancée scientifique majeure qui pourrait contribuer à lutter contre les infections virales. Leurs travaux a fait l’objet récemment d’une publication dans la revue scientifique Macromolecules.
 
Les grands virus dévastateurs comme Ebola ou ceux de la Dengue échappent souvent aux vaccins et traitement grâce à leur capacité de changer de forme. Les souches de ces infections virales mutent rapidement de sorte qu’elles sont non seulement résistantes aux traitements, mais empêchent toute lutte efficace contre leur propagation.
Les scientifiques déclarent avoir conçu une macromolécule capable de s’attaquer à toutes sortes de virus grâce à une arme biologique unique à triple action. Contrairement à ce que font la majorité des chercheurs en virologie, ils ne se sont pas concentrés sur l’étude de l’ADN ou de l’ARN des virus ; ils ont au contraire regardé ce qui ne changeait pas quand un virus mutait. Et au lieu de travailler à l’intérieur du virus, ils attaquent l’extérieur du virus.
 
Les chercheurs se sont ainsi intéressés aux glycoprotéines qui entourent les virus. Ces glycoprotéines forment une substance que l’on peut, par simplification, comparer à du miel, qui colle le virus aux cellules saines et les rend malades.  Interrogé par le magazine Fast Company, les chercheurs déclarent : « Quel que soit le virus et la façon dont il mute, il va avoir ces substances à sa surface ; elles ont des charges électriques (certaines positives, d’autres négatives) auxquelles des produits chimiques peuvent coller ».
C’est par cette caractéristique que les chercheurs d’IBM et IBN envisagent de piéger le virus. En effet, la macromolécule qu’ils ont créée utilise ces liaisons électrostatiques pour s’accrocher par l'intermédiaire d'un polymère au virus et lui ôter toute faculté d’infecter des cellules saines. Les chercheurs appellent ce polymère la « magic bullet » (balle magique). Une fois le virus accroché par la macromolécule, celle-ci neutralise les niveaux d’acidité des cellules du virus. En contrôlant l’acidité, la macromolécule bloque toute possibilité de réplication du virus qui ne peut ainsi plus se propager. Enfin, la macromolécule dispose d’une troisième arme de choc. Elle délivre un sucre très particulier, le mannose, qui se colle aux cellules saines dans le système immunitaire et a pour fonction d'éviter l'infection.
 
Cette macromolécule, véritable arme de guerre contre les virus a été testée en laboratoire sur une large gamme de virus comme celui de la grippe, d’Ebola ou de l’herpès. Les recherches n’ont pas encore porté sur Zika mais cela ne saurait tarder. Les premiers résultats montrent que les virus n’opposent aucune résistance à ce type d’attaque montrant ainsi qu’ils n’ont pas le temps de muter.
 
Les chercheurs savent que l’utilisation de la macromolécule dans le corps humain demandera plusieurs années d’essai cliniques. Mais ils pensent à des applications plus immédiates en introduisant leur molécule dans du savon ou du détergent. Selon eux, en ajoutant quelques gouttes de la substance contenant leur macromolécule dans le l’eau suffirait à nettoyer instantanément une pièce infectée du virus Ebola par exemple. Ils estiment aussi que les applications pourraient, à terme, conduire à un nouveau mode de vaccination contre tout un ensemble d’infections virales.
 
Le Dr Yi Yan Yang, directeur de l’équipe de chercheurs de l’institut de bioingénierie et nanotechnologie de Singapour commente cette découverte prometteuse : « Nous avons créé une macromolécule antivirale qui peut lutter contre les virus, en les empêchant d’infecter les cellules, indépendamment de leurs mutations. Cette macromolécule est non toxique pour les cellules saines et d’une utilisation sans danger. Cette recherche prometteuse représente douze années de travail acharné et de collaboration d’une communauté mondiale de chercheurs ».
De son côté IBM estime que cette découverte est une première preuve que la conjonction de la recherche médicale avec les prouesses de calcul d’IBM Watson accélérera de manière sensible la découverte de nouveaux traitements et médicaments contre les maladies les plus dangereuses.
« Avec la récente flambée de virus tels que Zika et Ebola, réaliser des percées antivirales devient encore plus important », a déclaré le Dr James Hedrick, chercheur principal sur les matières organiques de pointe à IBM Research . Il ajoute : « Nous sommes enthousiasmés par les possibilités que cette nouvelle approche représente, et sommes donc à la recherche de collaboration avec les universités et d'autres organisations pour identifier de nouvelles applications. "
Avis aux amateurs.
 
 

 

pollution villes

Pollution atmosphérique : elle touche 80% des habitants des villes

Selon un rapport publié ce jeudi 12 mai par l’OMS, 80 % des personnes vivant en zone urbaine sont touchées par la pollution atmosphérique. « Les niveaux de pollution atmosphérique sont en hausse dans un grand nombre de villes parmi les plus pauvres au monde », s’inquiète l’Organisation Mondiale de la Santé.
 
Une population qui vit dans des zones urbaines où la pollution atmosphérique est surveillée est exposée à des niveaux de qualité de l’air ne respectant pas les limites fixées par l’Organisation mondiale de la Santé. Si toutes les régions du monde sont touchées, les habitants des villes à revenu faible sont ceux qui en subissent le plus les conséquences.
 
L’OMS a dévoilé sa base de données sur la qualité de l’air en milieu urbain de 3000 villes (soit 42% de la population urbaine mondiale) situées dans 103 pays à travers le monde. Depuis la dernière étude en 2014, c’est quasiment le double, avec davantage de villes mesurant les niveaux de pollution atmosphérique et reconnaissant les répercussions de cette dernière sur la santé.
Les niveaux de concentration de particules fines en milieu urbain se sont accrus de 8 % au cours des cinq dernières années. Une situation globalement stabilisée dans les pays riches mais qui s’aggrave dans les pays en développement. Ainsi, ce sont « 98% des villes de plus de 100 000 habitants dans les pays à revenu faible ou intermédiaire qui ne respectent pas les lignes directrices relatives à la qualité de l’air », indique le rapport. Le pourcentage baisse à 56% dans les pays à revenu élevé.

Tendances principales de 2008 à 2013

En général, les niveaux de pollution atmosphérique en milieu urbain étaient moins importants dans les pays à revenu élevé, les niveaux les plus faibles étant enregistrés dans la Région européenne, dans la Région des Amériques et dans la Région du Pacifique occidental.
Les niveaux les plus élevés de pollution atmosphérique en milieu urbain étaient constatés dans les pays à revenu faible ou intermédiaire des Régions OMS de la Méditerranée orientale et de l’Asie du Sud-Est, où les niveaux annuels moyens dépassaient souvent entre 5 et 10 fois les limites fixées par l’OMS ; les pays à revenu faible de la Région du Pacifique occidental les suivaient de près.
Dans les Régions de la Méditerranée orientale et de l’Asie du Sud-Est, ainsi que dans les pays à revenu faible de la Région du Pacifique occidental, les niveaux de pollution atmosphérique en milieu urbain ont augmenté d’au moins 5% dans plus de deux villes sur trois.
Dans la Région africaine, les données relatives à la pollution atmosphérique en milieu urbain restent très lacunaires, mais les données à disposition ont révélé des niveaux de matière particulaire (MP) supérieurs au niveau médian. La base de données contient maintenant des mesures de MP pour un nombre de villes deux fois plus important que les versions précédentes.

Réduire les conséquences néfastes pour la santé 

« La pollution atmosphérique en milieu urbain continue de progresser à un rythme alarmant, avec des effets dévastateurs pour la santé humaine », déclare le Dr Maria Neira, Directeur du Département OMS Santé publique, déterminants sociaux et environnementaux de la santé. « Dans le même temps, la sensibilisation gagne du terrain et les villes sont plus nombreuses à surveiller la qualité de leur air. Lorsque la qualité de l’air s’améliore, les maladies respiratoires et cardiovasculaires connexes reculent à l’échelle mondiale. »
 
 
La diminution de la qualité de l’air en milieu urbain augmente pour les habitants le risque d’accident vasculaire cérébral, de cardiopathie, de cancer du poumon et de maladies respiratoires aiguës, notamment d’asthme. La pollution de l’air ambiant, due à des concentrations élevées de petites particules et de particules fines, est le principal risque environnemental pour la santé ; elle cause plus de 3 millions de décès prématurés chaque année dans le monde.
« La pollution atmosphérique est une cause majeure de morbidité et de mortalité. C’est une bonne nouvelle que davantage de villes fassent des efforts afin de surveiller la qualité de l’air. Ainsi, lorsqu’elles prennent des mesures pour l’améliorer, elles disposent de données de référence », explique le Dr Flavia Bustreo, Sous-Directeur général, Santé de la famille, de la femme et de l’enfant. « Lorsque l’air pollué enveloppe nos villes, les populations urbaines les plus vulnérables – les plus jeunes, les plus vieux et les plus pauvres – sont les plus touchés. »
 
L’OMS a pu comparer les niveaux de petites particules et de particules fines (MP10 et MP2,5) dans 795 villes de 67 pays sur une période de cinq ans (2008-2013).
Les MP10 et les MP2,5 comprennent des polluants comme le sulfate, les nitrates et le carbone noir, qui pénètrent profondément dans les poumons et dans le système cardiovasculaire, ce qui représente un risque grave pour la santé humaine. Les données ont ensuite été analysées afin d’établir les tendances régionales.
 
La plupart des sources de pollution de l’air extérieur en milieu urbain ne sont pas du ressort des personnes et exigent l’intervention des municipalités, ainsi que des décideurs nationaux et internationaux afin de promouvoir des modes de transport plus écologiques, une production d’énergie plus efficace et une bonne gestion des déchets.
 
Parmi les villes faisant l’objet d’une surveillance, plus de la moitié dans les pays à revenu élevé et plus du tiers dans les pays à revenu faible ou intermédiaire ont réduit leurs niveaux de pollution atmosphérique de plus de 5% en 5 ans.
 
Limiter les émissions des cheminées industrielles, accroître l’utilisation des sources d’énergie renouvelable, comme l’énergie solaire et éolienne, et privilégier les transports en commun rapides, la marche et les réseaux de pistes cyclables dans les villes font partie des stratégies possibles et abordables.
 
« Il est fondamental que les municipalités et les gouvernements nationaux fassent de la qualité de l’air en milieu urbain une priorité de santé et de développement», déclare le Dr Carlos Dora de l’OMS. « Lorsque la qualité de l’air s’améliore, les coûts sanitaires liés à des maladies dues à la pollution atmosphérique diminuent, la productivité des travailleurs s’accroît et l’espérance de vie augmente. La réduction de la pollution atmosphérique est également une bonne nouvelle pour le climat, et peut donc s’intégrer dans les engagements des pays vis-à-vis du traité sur le climat. »
 
Pendant l’Assemblée mondiale de la Santé, du 23 au 28 mai 2016, les États Membres débattront d’une feuille de route pour une action mondiale renforcée face aux effets néfastes de la pollution de l’air sur la santé.
 
Les lignes directrices de l’OMS relatives à la qualité de l’air donnent des orientations mondiales sur les seuils et les limites concernant les polluants atmosphériques représentant un risque pour la santé. Les lignes directrices indiquent qu’en abaissant la pollution par les matières particulaires (MP10 ) de 70 à 20 microgrammes par mètre cube (μg/m), les décès liés à la pollution de l’air pourraient être réduits d’environ 15%.
 
La base de données de l’OMS sur la qualité de l’air en milieu urbain est fondée sur des systèmes publics de surveillance de la qualité de l’air bien établis, qui sont une source de données fiables provenant de différentes parties du globe. Il convient d’encourager et d’appuyer les efforts nationaux de création de systèmes de surveillance de la qualité de l’air opérationnels et représentatifs.

Des solutions de contrôle simples existent...

A Londres, une patrouille de pigeons équipés de capteurs a été lâchée dans le ciel avec pour mission de surveiller la qualité de l'air de la capitale anglaise. Ils sont équipés de sacs à dos miniatures de 25 grammes, chargés de mesurer la qualité de l’air grâce à des capteurs microscopiques qui calculent les niveaux d’ozone, de dioxyde d’azote et des organiques volatils (COV). Les pigeons sont localisables en temps réel via le site pigeonairpatrol.com grâce aux GPS également présent dans leurs sacs à dos, qui permettront de déterminer les quartiers les plus touchés par la pollution.
 
 
Une initiative créée par Romain Lacombre, créateur de la start-up parisienne Plume Labs et par Pierre Duquesnoy de DigitasLBi. Deux jeunes Français qui travaillent en collaboration avec un laboratoire du CNRS ainsi qu’avec une équipe de chercheurs de l’Imperial College London.
Cette expérimentation devrait bientôt s’élargir aux humains : Plume Labs devrait proposer à une centaine de Londoniens de s’équiper des mêmes capteurs que ceux des pigeons. Ils suivront en temps réel la qualité de l’air des lieux dans lesquels ils se trouvent, via une application sur leur téléphone portable. Les données seront collectées et analysées par la chercheuse française Audrey de Nazelle, dans le but de cartographier Londres en temps réel. Les deux entrepreneurs souhaitent également exporter le concept à d’autres villes.
 
 

 

Données médicales

Un document révèle comment Google a accès à des millions de données de patients

L’appétit d’omniscience de Google est insatiable. On connait depuis longtemps les ambitions du géant de Mountain View dans le domaine de la santé. Mais, cette fois-ci, des limites semblent être franchies. The New Scientist vient en effet de révéler comment Google a signé un accord avec le service national de santé britannique (NHS). Cet accord, signé entre l’entité d’intelligence artificielle Deep Mind et le NHS, donne à Google accès aux données de santé de 1,6 million de patients passés par trois hôpitaux londoniens sur les cinq dernières années. Il s’agit de dizaines de millions de données sensibles, sur des personnes atteintes du VIH, ayant fait des overdoses ou subi des avortements…
 
Les dossiers médicaux ont été remis dans le cadre d'une collaboration qui permettra à la société en intelligence artificielle de Google, DeepMind, de créer une application d'alerte rapide pour les maladies rénales. Mais le magazine New Scientist  a découvert un document décrivant l'accord qui révèle que le géant technologique a accès à des données beaucoup plus sensibles que celles qui étaient initialement prévues.
 
L'accord entre DeepMind et le NHS a été annoncé en Février de cette année. Son objectif était de transmettre à DeepMind un ensemble de données médicales afin que la société de technologie puisse développer une application d'alerte précoce appelé Streams pour les patients risquant de développer des maladies rénales aiguës.
À ce stade, il n’y a rien à dire. Cela semble aller dans le sens d’une meilleure connaissance de la maladie. Mais, là où le bât blesse, c’est que, loin d'avoir simplement accès aux données du NHS sur les maladies rénales, le document qui a fuité révèle que DeepMind a accès aux données de santé sur chaque patient qui passe à travers l'un des trois hôpitaux de Londres dirigé par le NHS : Barnet, Chase Farm et le Royal Free. Au total, ce sont les données médicales confidentielles de 1,6 millions patients qui sont transmises à Google, chaque année.
« Cela va inclure des informations sur les personnes qui sont séropositives, par exemple, ainsi que les détails des usages de drogues et d’avortements » rapporte Hal Hodson pour New Scientist . Il ajoute : « L'accord comprend également l’accès aux données des patients depuis les cinq dernières années. »
 
Avec cette révélation, on peut légitimement se demander pourquoi diable une société de technologie exige-t-elle tous ces détails des dossiers médicaux pour créer une application sur les maladies rénales ?
Google répond au New Scientist que les données spécifiques des personnes atteintes de maladies rénales sont insuffisantes et qu’il doit avoir accès à tous les dossiers médicaux dans le but de développer son système d’alerte précoce.
 
Pour défendre cet accord, les hôpitaux londoniens arguent que des conditions strictes sont mises en place pour assurer que les données restent privées. L’accord stipule en effet que Google ne peut pas utiliser les données dans ses propres locaux et que les données concernées sont stockées au Royaume - Uni par un tiers, et pas dans les bureaux DeepMind. En outre, la convention stipule que les données seront détruites lorsque l'accord expirera à la fin de 2017.
 
Mais de grands doutes subsistent. En effet, il apparaît que les ambitions de Google vont beaucoup plus loin que les maladies rénales, et que cela n’a jamais été précisé au moment où l'entente a été rendue publique. « Cela ne concerne pas seulement la fonction rénale. Ils obtiennent les données complètes de tous les patients des hôpitaux ». Pour Sam Smith, qui dirige le groupe de protection des données de santé MedConfidential  : « Ce que DeepMind essaie de faire, c’est de construire un algorithme générique qui puisse tout traiter ». L'algorithme auquel il fait référence est une plateforme appelée Patient Rescue, qui est décrite dans le document comme une « plateforme de preuve de concept de technologie de diagnostic pour NHS Hospital Trusts ».
 
En clair, cela signifie que DeepMind veut exploiter la richesse des données médicales pour aider les médecins à prendre de meilleures décisions. En comparant les données d’un malade avec d’autres cas, le diagnostic pourrait être amélioré. Ce n’est en soi, certainement pas une mauvaise chose.
 
Alors, devrions -nous être inquiets ? Dans une déclaration, le NHS dit qu’il s’agit d’un accord standard, et les patients concernés peuvent choisir de se retirer. « Notre accord entre DeepMind et le NHS est le même que les 1500 autres accords avec des organismes tiers qui traitent des données des  patients du NHS » déclare l’institution hospitalière londonienne.
 
Si on veut voir cette affaire d’un point de vue positif, on pourrait affirmer que cette initiative va dans le bon sens puisqu’en accédant à une énorme quantité de données, les algorithmes pourront prédire notre risque de maladie et potentiellement, comprendre comment mieux nous soigner.
 
Mais ici encore, des limites peuvent être allègrement franchies, en pleine euphorie technoscientiste. Sous prétexte de mieux nous soigner, de mieux combattre la maladie, les technologies avancent toujours plus profondément dans notre intimité, dans les zones privées de notre individualité. La marche des technosciences va toujours de l’avant en considérant les humains comme des données, des nombres, des statistiques dont le corps, modulable à l’infini est corrigeable, améliorable, augmentable, par des technologies supposées omniscientes. Un rêve ou un cauchemar ?
 
 

 

académie des sciences

Les trois défis mondiaux reconnus par les Académies des sciences du G7

Accueillies à Tokyo par le Science Council du Japon les 18 et 19 février 2016, les Académies des sciences des pays du G7 (Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni), du Brésil, d'Inde, d'Indonésie, de la République de Corée, d'Afrique du Sud et de Turquie, ainsi que l'African Academy of sciences, ont défini ensemble trois sujets sur lesquels se focaliser en urgence, pointant ainsi trois défis : la connaissance du cerveau, la résilience face aux désastres pour un développement durable et la formation des scientifiques du futur.
Leur réflexion fait l'objet de trois déclarations conjointes, signées par l'ensemble des académies participantes, et remises à leurs gouvernements avant l'ouverture du sommet du G7 qui se tiendra les 26 et 27 mai à Ise-Shima.
 
En vue du sommet du G7, qui se tiendra les 26 et 27 mai 2016, au Japon, à Ise-Shima, des présidents et membres de quatorze Académies des sciences (1) se sont réunis, à l’invitation du Science Council of Japan, à Tokyo les 18 et 19 février. Il s’agissait d’élaborer des recommandations aux responsables politiques. La déclaration commune du G-Science des Académies a été remise ce mardi 19 avril aux gouvernants des pays du G7 (2), et simultanément diffusée sur les sites respectifs des Académies signataires.
Depuis 2005 les Académies nationales des sciences des pays du G7/G8 (avec la Russie), ainsi que celles d’autres pays partenaires, se rencontrent en amont du sommet mondial et dans le pays d’accueil de ce sommet – le Japon en 2016. Les signataires du G-Science 2016 considèrent qu’il est important pour l’avancement de leur pays ou de leur région, et du monde, que les responsables politiques tiennent compte des analyses et propositions contenues dans leur déclaration commune, comme pour les « G-Science » précédents, notamment celui de 2015 en Allemagne.
L’appel du G-Science 2016 comprend trois textes :
“Understanding, Protecting, and Developing Global Brain Resources”
“Strengthening Disaster Resilience is Essential to Sustainable Development”
“Nurturing Future Scientists”.

Comprendre, protéger et développer les ressources globales du cerveau

Le cerveau humain est le bien le plus précieux de la civilisation. Investir dans les neurosciences et les sciences connexes est de ce fait un investissement d’avenir pour la société, et les nations doivent coopérer pour comprendre, protéger et favoriser le développement optimal des ressources globales du cerveau. A cette fin, le G-Science des Académies propose de poursuivre quatre objectifs :
- financer la recherche fondamentale et promouvoir la coopération internationale dans ce domaine ;
- établir des programmes communs pour le diagnostic, la prévention et le traitement des maladies cérébrales ;
- promouvoir la modélisation du cerveau et l’intelligence artificielle, fondée sur les neurosciences, tout en engageant le dialogue sur l’éthique ;
- intégrer les acquis des neurosciences à ceux des sciences sociales et comportementales, afin d’améliorer l’éducation et les modes de vie dans une société éclairée.

Renforcer la résilience aux désastres est essentiel pour un développement durable

Les pertes consécutives aux catastrophes naturelles et technologiques se multiplient dans tous les pays, quel que soit leur niveau de développement. Les facteurs humains couplés à l’ampleur des événements extrêmes aggravent les périls. Dans un 21e siècle mondialisé, une catastrophe ici provoque des perturbations ailleurs. En 2015, les Nations Unies ont adopté trois accords, le Sendai Framework for Disaster Risk Reduction 2015-2030, les Sustainable development goals et l’accord de Paris sur les changements climatiques (COP21).
Pour hâter le processus, le G-Science souligne six axes prioritaires :
- développer les indicateurs d’exposition et de vulnérabilité aux risques ;
- faire progresser les connaissances scientifiques et technologiques pour améliorer l’estimation des risques, notamment par le recueil et l’analyse des données ;
- développer des techniques innovantes de prévention des risques et élever le niveau de conscience des responsables et des citoyens face aux dangers ;
- renforcer les collaborations interdisciplinaires ;
- impliquer les investisseurs ;
- créer un forum de partage de l’information entre secteur privé et parties prenantes pour proposer des solutions pratiques.

Former les futures générations de scientifiques

La société actuelle s’appuie sur des découvertes, des technologies et des politiques fondées sur la science. Former la relève scientifique est essentiel pour son développement. Il faut donc promouvoir le contact entre les scientifiques et la société et assurer le renouvellement des forces vives dans les
divers domaines scientifiques. Voici, en résumé, les huit principales recommandations des Académies du G-Science :
- promouvoir l’éducation scientifique ;
- encourager les jeunes à entreprendre une carrière scientifique dans des secteurs plus larges ;
- améliorer les modes d’évaluation des scientifiques par la prise en compte de la qualité et de la variété de leurs activités ;
- donner la priorité à la communication scientifique envers les jeunes et le public ;
- encourager et former les scientifiques à jouer un rôle d’expertise et de conseil ;
- améliorer les conditions de carrière des femmes et des minorités ;
- promouvoir les capacités scientifiques dans les pays en développement et favoriser les échanges scientifiques entre pays développés et en développement ;
- garantir l’accès à l’information et aux publications scientifiques, tout en facilitant la publication des résultats de recherche.
 
Des remarques corollaires aux trois thèmes, portant sur le sens de l’open access en science, les liens entre catastrophes et migration, et certains objectifs du développement durable, restent matière à discussion pour un prochain G-Science.
 
1)    Les pays et la région des 14 Académies signataires du G-Science 2016 sont l’Afrique (African Academy of science), l’Afrique du Sud, l’Allemagne, le Brésil, le Canada, la République de Corée, les États-Unis, la France, l’Inde, l’Indonésie, l’Italie, le Japon, le Royaume-Uni et la Turquie.
2)    La déclaration commune du G-Science a été transmise mardi 19 avril au président de la République François Hollande, au Premier ministre Manuel Valls et aux ministres concernés : Najat Vallaud-Belkacem, Thierry Mandon, Marisol Touraine et Jean-Marc Ayrault.
 

 

Maladie d'Alzheimer

IL-33 : cette protéine pourrait guérir les patients atteints d’Alzheimer

Des chercheurs des universités de Glasgow et de Hong Kong ont annoncé mercredi 19 avril avoir découvert que l’injection d’une protéine inverse les symptômes de la maladie d'Alzheimer chez les souris en seulement une semaine. Cette protéine, IL-33, est naturellement générée par l’organisme mais se retrouve en moindres quantités chez les patients souffrant de la maladie d’Alzheimer. Le traitement fonctionne spectaculairement sur la souris. Reste à le tester sur l’homme, ce qui ne saurait tarder.
 
Une étude vient de démontrer qu'une protéine appelée IL-33 peut inverser de façon spectaculaire la maladie d'Alzheimer chez les souris. Cette recherche publiée dans les Actes de l’Académie des sciences américaine (PNAS) a été codirigée par le professeur Eddy Liew de l’Institut des maladies infectieuses et immunitaires de l’Université de Glasgow, et le professeur Nancy Ip de l'Université de Hong Kong de la science et de la technologie (HKUST).
 
La maladie d’Alzheimer est une maladie dévastatrice qui n’a aucun traitement efficace connu. Cette pathologie est la cause la plus commune de démence.  Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), il y aurait environ au moins 47,5 millions de personnes atteintes de démences dans le monde, dont 60 à 70% de la maladie d'Alzheimer. En France, 850.000 à 900.000 personnes seraient touchées par Alzheimer et les maladies apparentées. Dans le monde, le nombre de malades devrait augmenter de 60% d'ici 2040 si aucun traitement n’est trouvé d’ici là.
Il y a urgence à trouver un remède. Les chercheurs à l’origine de cette découverte espèrent que leurs résultats, actuellement décisifs sur la souris, pourront passer à l’expérimentation humaine avec succès. Leurs travaux ont révélé que la protéine IL-33 pourrait être une fenêtre de traitement prometteuse de la maladie. Selon eux, cette protéine aurait en effet la capacité d’inverser la pathogenèse d’Alzheimer.
 
Plaques amyloïdes et enchevêtrements neurofibrillaires
 
La maladie d’Alzheimer se caractérise chez les humains par la présence de dépôts de plaques amyloïdes extracellulaires et par la formation d’enchevêtrements neurofibrillaires dans le cerveau. Pendant le développement de cette maladie, les « plaques » et les « enchevêtrements » s’accumulent, ce qui conduit à des pertes de connexions entre les cellules nerveuses, et finalement à la mort de ces cellules.
À l'heure actuelle, on ne sait pas pourquoi certaines personnes développent une accumulation de plaques amyloïdes et des dégénérescences neurofibrillaires dans le cerveau à mesure qu'elles vieillissent, alors que d'autres ne le font pas. Mais les scientifiques sont convaincus que si nous pouvons comprendre comment éliminer ces plaques et arrêter leur formation, nous serons alors en mesure de traiter efficacement la maladie.
 
L’IL-33 est une protéine, que l’on connait déjà, qui est produite par divers types de cellules dans le corps et plus particulièrement, en abondance, dans le système nerveux central (cerveau et moelle épinière).  IL-33 semble fonctionner en mobilisant la microglie, un ensemble de cellules immunitaires présentes dans le cerveau.
La protéine active ces cellules de la microglie et les conduit à entourer les plaques amyloïdes et à « les digérer », réduisant ainsi considérablement le nombre et la taille des plaques. IL-33 le fait en favorisant la production d'une enzyme, la néprilysine, connue également pour sa capacité à dégrader l’amyloïde. De plus, IL-33 agit en inhibant l'inflammation dans le tissu du cerveau. Or des études antérieures ont montré que c’est justement cette inflammation qui favorise la formation de plaques et d’enchevêtrements neurofibrillaires. « IL-33 empêche ainsi non seulement la formation de plaques amyloïdes mais élimine aussi les agrégats déjà formés » déclare l’équipe de Glasgow.
 
D’autres études ont mis en évidence le rôle crucial que pourrait jouer la protéine IL-33 dans la maladie d’Alzheimer. En effet, des études génériques antérieures ont montré une forte corrélation entre des mutations de l’IL-33 et le développement de la maladie dans des populations européennes et chinoises. En outre, il serait avéré que le cerveau des patients atteints d’Alzheimer contiendrait moins d’IL-33 que ceux qui ne développent pas la maladie.
 
Développement d’Alzheimer chez la souris
 
L’étude des professeurs Liew et Ip a porté sur des souris âgées, de la souche APP/PS1 qui développent progressivement la maladie de type AD avec le vieillissement. Les chercheurs affirment : « Nous avons constaté que l'injection d'IL-33 chez les souris âgées APP / PS1 a rapidement amélioré leur mémoire et leur fonction cognitive, en une semaine. » En effet, sur les souris qui avaient reçu des doses quotidiennes de la protéine, les plaques amyloïdes toxiques disparaissaient et ne se reformaient plus.
 
Le Professeur Liew ajoute prudemment : « L’extrapolation de cette constatation à la maladie d'Alzheimer humaine est actuellement incertaine. Mais les résultats sont encourageants ». Les chercheurs ont conscience qu’il y a une distance entre les résultats de laboratoire et les applications cliniques. Ils savent aussi que le passage des expérimentations sur la souris aux tests sur l’homme ne fonctionne que dans 8 % des cas. Il n’en demeure pas moins qu’ils déclarent être sur le point d’entrer en essai clinique de Phase I pour tester la toxicité d’injections d’IL-33 sur l’homme. Le médecin déclare : « il y a eu suffisamment d’échecs dans le domaine médical pour que nous soyons sur nos gardes. Nous retenons notre souffle jusqu’à ce que des essais cliniques rigoureux aient montré leurs résultats ».
 
Nous retenons notre souffle, nous aussi, dans l’attente de ces résultats.
 
 

 

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