UP' Magazine L'innovation pour défi

santé et bioéthique

Sleep Sheperd : un vrai bonnet de nuit !

Sleep Sheperd serait-il la solution miracle pour les insomniaques ? En nous maintenant en somnolence durant toute la nuit, ce bonnet est capable de changer notre quotidien en nous aidant à être véritablement reposé. Une alternative aux drogues de toutes sortes pour dormir paisiblement.

Nous voici de retour aux bonnes vieilles habitudes d'un autre siècle : dormir avec un bonnet de nuit ! Il s'agit donc d'un bonnet que l’utilisateur chausse sur sa tête pour mieux dormir. Equipé de haut-parleurs, il émet des sons en fonction de notre état de sommeil afin de diminuer la fréquence de nos ondes cérébrales dans le but de plonger l’utilisateur dans un état de somnolence. Le bonnet intègre la technologie "Hammock virtuel" inventée par le Dr Michael Larson qui permet une sensation de balancement rythmique en utilisant les mécanismes naturels du centre auditif du cerveau. La pulsation rythmique "entend" lorsque vous portez le Sleep Shepherd, ce qui pemet au cerveau de déchiffrer la différence de fréquence entre les deux tonalités. Cette capacité naturelle, contenue dans la structure de notre cerveau, crée une sensation apaisante de balancement d'avant en arrière comme si le porteur était dans un hamac. 

Il s’agit donc d’une solution capable d’aider à nous endormir et qui permet aussi de dormir mieux tout au long de la nuit en agissant sur le centre auditif du cerveau, en diminuant la fréquence des ondes cérébrales pour favoriser le sommeil de l’utilisateur.

Sleep Shepherd se contente seulement de maintenir l’utilisateur dans un état de somnolence afin d’éviter les réveils en plein milieu de nuit.
Aucune connectivité ici, le principe est simplement d’agir sur le cerveau pour se sentir moins fatigué, moins stressé et mieux dans sa peau. Ce bonnet est fabriqué dans une matière respirante similaire à celle utilisé pour les maillots de sport.

Sleep Shepherd offre une autonomie d’une nuit et se recharge via un port micro USB et contrairement à d'autres produits du quantified self, il ne comporte aucune fonctionnalité d’analyse de données sur le sommeil. 

Présenté en avant-première au CES de Las Vegas 2015, il sera disponible à la vente à partir de Mars 2015 au prix de 160$, frais de port inclus.

L'insomnie en question

Les études montrent qu'environ 10% de la population souffre de véritable insomnie. Selon un sondage d'OpinionWay, les réveils nocturnes deviennent très courants : ils perturbent en effet le sommeil de 69% des français ! Et une baisse accrue de la qualité du sommeil pousse une majorité de français à recourir à l’usage de somnifères. A ce sujet, plusieurs études démontrent des effets secondaires pour le moins inquiétants, qu’il s’agisse des anxiolytiques (benzodiazépines de type Xanax, Valium etc.) ou des somnifères dits de « nouvelle génération » (hypnotiques non-benzodiazépines de type Imovane ou Lunesta). Selon une étude publiée dans le British Medical Journal, l’utilisation continue d’anxiolytiques ou de somnifères multiplie par quatre le risque de mortalité précoce...

Dans son livre "Capitalisme à l'assaut du sommeil" (1), Jonathan Crary dénonce les projets de recherche scientifique pour obtenir des "travailleurs sans sommeil" et précise que le sommeil impose l’idée d’un besoin humain et d’un intervalle de temps qui ne peuvent être ni colonisés ni soumis à une opération de profitabilité massive – raison pour laquelle celui-ci demeure une anomalie et un lieu de crise dans le monde actuel. L’insomnie est l’état dans lequel les activités de produire, de consommer et de jeter s’enchaînent sans la moindre pause, précipitant l’épuisement de la vie et des ressources :
"Malgré tous les efforts de la recherche scientifique en ce domaine, le sommeil persiste à frustrer et à déconcerter les stratégies visant à l’exploiter ou à le remodeler. La réalité, aussi surprenante qu’impensable, est que l’on ne peut pas en extraire de la valeur.

Au regard de l’immensité des enjeux économiques, il n’est pas étonnant que le sommeil subisse aujourd’hui une érosion généralisée. Les assauts contre le temps de sommeil se sont intensifiés au cours du XXe siècle. L’adulte américain moyen dort aujourd’hui environ six heures et demie par nuit, soit une érosion importante par rapport à la génération précédente. (...)
Le régime 24/7 sape toujours davantage les distinctions entre le jour et la nuit, entre la lumière et l’obscurité, de même qu’entre l’action et le repos. Il définit une zone d’insensibilité, d’amnésie, qui défait la possibilité même de l’expérience. Pour paraphraser Maurice Blanchot, cela se produit à la fois après et «d’après» le désastre, c’est-à-dire un état qui se reconnaît à un ciel vide, où ne sont plus visibles aucun astre, aucune étoile ni aucun signe, où l’on a perdu tout repère, et où s’orienter est impossible.
Plus concrètement, c’est comme un état d’urgence : les projecteurs s’allument soudain au milieu de la nuit, sans doute en réponse à quelque situation extrême, mais personne ne les éteint jamais, et on finit par s’y habituer comme à une situation permanente."

Puisse le Sleep-Sheperd redonner confort et paix au sommeil.

(1) Le Capitalisme à l’assaut du sommeil, par Jonathan Crary - Traduit de l’américain par Grégoire Chamayou. 140 pages, 15 euros, éditions Zones-La Découverte.

Identifier et traiter le Burn out

R-Révolution Santé s’attaque aux risques d’épuisement professionnel

Les problèmes de stress, de dépression et d’anxiété au travail touchent 15,8% de la population européenne active [1]. En France, selon l’enquête de l’institut Think pour Great Place to Work publiée le 7 janvier 2015 [2], « près d'un salarié sur deux (48%) se dit ainsi confronté à des situations de burn-out ou à des niveaux de stress très importants pour lui-même ou pour des proches ». Selon cette étude, 17% des salariés se disent potentiellement en Burn out, soit une hausse de 5% par rapport à une étude menée en 2012 qui estimait à 12% de la population active française, un cadre sur cinq [3], "en risque élevé de burn-out". Une tendance à la hausse alarmante qui mérite de prendre le sujet au sérieux.

Alors qu’une trentaine de parlementaires veulent inscrire l’épuisement professionnel au tableau des maladies professionnelles, le centre pilote R-Révolution Santé de Montpellier, spécialisé dans la prévention santé, apporte d’ores et déjà des réponses à cette maladie de civilisation qui implique une triple souffrance : intellectuelle, émotionnelle et physique.

Prévenir l’épuisement professionnel dans les entreprises

La santé d’une entreprise dépend de la santé de ses salariés…Il est donc essentiel de prévenir les cas d’épuisement, et de les anticiper afin de les éviter ! Chacun, au niveau individuel, peut agir sur son burn-out, tout comme l’entreprise peut agir pour ses salariés.
L’équipe transdisciplinaire de R-Révolution santé propose des stages spécifiques destinés à des salariés, des cadres ou dirigeants d’entreprise, permettant de savoir identifier les symptômes du burn-out, et de les prévenir au moyen de thérapies non médicamenteuses (Activité physique, sommeil, détente, alimentation, gestion des émotions…).
Le format des stages « Burn-out : Retrouver l’équilibre» s’adapte aux possibilités des entreprises (de 3 à 5 jours, groupés ou répartis sur différentes périodes). Reposant sur la dynamique de groupe, des ateliers pratiques et pragmatiques, animés par des professionnels de santé, ces stages permettent de retrouver un équilibre de vie satisfaisant.

Mieux se connaître pour envisager son travail plus sereinement

Préserver un équilibre entre sa vie professionnelle et privée, avoir une bonne hygiène de vie et de travail, être attentif à son cadre de vie dans et hors milieu professionnel, mieux connaitre ses rythmes circadiens pour savoir se reposer, etc., voici quelques-unes des thématiques abordées à R-Révolution Santé.
En théorie, cela peut paraître une évidence de prendre soin de soi, mais dans un contexte économique tendu, ces bonnes résolutions passent de plus en plus souvent à la trappe. Pris dans l’engrenage de leur « To do list », de nombreux actifs ne parviennent plus à déconnecter et à faire la part des choses. Des symptômes peuvent apparaître : anxiété, insomnies, perte d’énergie, difficultés de concentration … R-Révolution santé s’attache à apporter des solutions personnalisées.
Des ateliers-discussion animés par des professionnels spécialisés dans le traitement du burn-out (médecins, psychologues…) permettent à chacun d’y voir plus clair et de mettre ensuite en pratique les conseils des spécialistes sur le terrain.
De l’activité physique pour évacuer les tensions, des soins relaxants et détoxifiants au sein de notre institut pour apprendre à se détendre, des menus alimentation santé avec des aliments spécifiquement sélectionnés pour leurs vertus «anti-stress» sont à la disposition des stagiaires. Encadrés et coachés par des médecins, des nutritionnistes, enseignants en activités physiques, masseurs kinésithérapeutes, et par des professionnels du bien-être et de la détente : un programme sur mesure ainsi qu’un suivi personnalisé sont déterminés avec chacun des participants.
L’approche globale permet à chacun d’identifier les risques d’épuisement professionnel et d’effectuer un bilan du mode de vie pour prévenir les symptômes du Burn-out et éviter l’engrenage qui mène à la dépression.

Photo : Nouveau centre de santé de Fontalvie ouvert en septembre 2014, à Montpellier. 

[1] Eurostat : Work and Health in the EU, a statistical portrait – 2004
[2] ’enquête de l’institut Think pour Great Place to Work menée en ligne du 7 au 14 octobre 2014 auprès d’un échantillon de 1000 salariés français
[3] D’après une étude réalisée par un cabinet de prévention des risques au travail, (Technologia en septembre 2012)

www.r-revolution-sante.com

Argus II, l'oeil bionique autorisé au Canada

Œil bionique : Le Ministère canadien de la Santé autorise Argus II, le système de prothèse épirétinienne de Second Sight, pour le traitement de la dégénérescence rétinienne périphérique
 
Argus II est le premier œil bionique autorisé au Canada pour le traitement de la cécité due à la dégénérescence rétinienne périphérique. 
Déjà autorisée à la vente sur le marché européen depuis 2011, la prothèse rétinienne Argus II commercialisée par la société californienne Second Sight vient d'obtenir l'autorisation du   Ministère canadien de la Santé (Health Canada) pour l’utilisation de la prothèse Argus II pour le traitement de patients atteints de dégénérescence rétinienne périphérique sévère à majeure.
Des prothèses visuelles implantables permettant de restituer une partie de la fonction visuelle de patients non-voyants.

La prothèse Argus II est la seule prothèse épirétinienne autorisée par le Ministère de la santé canadien et la FDA américaine (Food & Drug Administration - Agence Américaine des produits alimentaires et médicamenteux). L’Argus II est également la première prothèse épirétinienne autorisée au monde. Le système induit une perception visuelle chez les personnes aveugles via des pulsations électriques qui viennent stimuler les dernières cellules vivantes de la rétine, créant une perception de motifs lumineux dans le cerveau. Les capacités visuelles offertes par l’implant Argus II peuvent changer la vie de ceux qui ne possèdent pas ou plus de fonction visuelle. Argus II peut avoir un impact positif sur la capacité des non-voyants à mener des activités quotidiennes, telles que reconnaître des formes et des objets de grande taille, localiser des personnes, repérer l’emplacement des seuils de portes, et être capable de suivre des lignes ou des rebords. L’Argus II permet donc à ses utilisateurs d’être plus indépendants au quotidien.
 
« Il s’agit de l’une des découvertes médicales les plus passionnantes dont j’ai été témoin au cours de ma carrière », déclare le Dr. Robert Devenyi, membre de l’American College of Surgeons, Chef du service d’ophtalmologie au Donald K. Johnson Eye Centre et Directeur des Services ‘Rétine’ au sein du University Health Network. « L’Argus II donne tellement d’espoir aux patients atteints de maladies dégénératives de l’œil. Je suis ravi de faire partie de la première équipe canadienne qui peut proposer cette technologie aux patients. » Le Dr. Devenyi a implanté l’Argus II sur le premier patient canadien le 5 juin 2014, au Toronto Western Hospital (Toronto), dans le cadre d’un essai clinique.
 
«Cet accord règlementaire et les premières implantations d’Argus II au Canada sont des étapes majeures, non seulement pour Second Sight, mais également pour les patients canadiens atteints de dégénérescence rétinienne périphérique », ajoute le Dr. Robert Greenberg, PhD, Président et PDG de Second Sight. « Nous nous appuyons sur plus de vingt ans de recherche et développement, ainsi que sur une solide propriété intellectuelle. Après l’autorisation obtenue aux Etats-Unis, celle du Canada nous permet d’intégrer d’autres provinces, en plus de l’Ontario, à notre réseau international de Centres d’Excellence qui proposent l’implant épirétinien Argus II. » Second Sight prévoit d’inclure dans ce réseau d’autres centres dans de grandes agglomérations et va demander le remboursement de la prothèse dans les provinces auxquelles ces agglomérations sont rattachées.

Dejà de nombreux patients dans le monde

Le système Argus II de Second Sight a obtenu le marquage CE en Europe en 2011 et l’autorisation de la FDA américaine en 2013. C’est la première prothèse épirétinienne à avoir obtenu ces approbations au niveau mondial. L’Argus II a d’ores et déjà été implanté chez plus de 90 patients. Plusieurs de ces patients vivent avec la prothèse depuis plus de sept ans, ce qui démontre la fiabilité à long terme du dispositif. La société a publié 20 articles dans des journaux à comité de relecture, dont le plus récent dans BMC Ophthalmology : “The Argus II prosthesis facilitates reaching and grasping tasks: a case series” by Kotecha et al in BMC Ophthalmology 2014, 14:71.
 
A propos de la dégénérescence rétinienne périphérique 

La dégénérescence rétinienne périphérique est la détérioration de la couche externe de la rétine. Elle résulte de la mort progressive des cellules situées dans cette région de la rétine. La Rétinite Pigmentaire (RP) est un type important de dégénérescence rétinienne périphérique. La RP est une maladie héréditaire rare qui provoque une dégénérescence progressive des cellules photosensibles de la rétine, entrainant une dégradation importante de la vue et qui peut, à terme, conduire à la cécité. On estime qu'environ 13 000 personnes sont atteintes de RP au Canada, et 1,2 million au niveau mondial.
 
A propos du système de prothèse épirétinienne Argus II

Le système Argus II de Second Sight produit une stimulation électrique permettant de contourner les cellules mortes et de stimuler les cellules rétiniennes vivantes restantes, ce qui induit une perception visuelle chez des personnes atteintes de dégénérescence rétinienne périphérique sévère à majeure. Argus II convertit des images capturées par une caméra miniature montée sur les lunettes du patient en une série de petites pulsations électriques transmises sans fil vers une série d’électrodes implantées à la surface de la rétine. Ces pulsations visent à stimuler les dernières cellules vivantes de la rétine, entraînant la perception de motifs lumineux dans le cerveau. Le patient apprend alors à interpréter ces motifs visuels, et regagne ainsi une certaine fonction visuelle. L’Argus II est la première rétine artificielle à avoir reçu l’autorisation en Europe (marquage CE). C’est aussi la première et la seule prothèse épirétinienne autorisée aux Etats-Unis et à présent au Canada.


 
A propos de Second Sight
Second Sight Medical Products, Inc a été fondée en 1998 dans le but de créer une prothèse rétinienne capable de restituer la vue de patients non-voyants atteints de dégénérescences rétiniennes périphériques telles que la rétinite pigmentaire. La mission de Second Sight est de développer, fabriquer et de commercialiser des prothèses visuelles implantables afin de permettre à des personnes non-voyantes d’acquérir une plus grande autonomie. Second Sight développe également Orion, une prothèse corticale permettant de restituer la vue de patients non-voyants et dont la cécité est due à des pathologies que l’on ne peut ni éviter ni soigner. Environ 70 000 personnes sont potentiellement éligibles à la future prothèse corticale Orion. Le siège social de Second Sight se trouve à Sylmar, en Californie, et le siège européen se trouve à Lausanne, en Suisse.

www.secondsight.com

santé et innovation

Bien-être et santé à l’épreuve des nouvelles technologies

Les 12 et 13 décembre, se tient à Paris un colloque consacré au santéisme. Organisée par le Centre d’études des techniques, des connaissances et des pratiques (CETCOPRA), cette rencontre va interroger les enjeux de l’autosurveillance généralisée par les capteurs, les diagnostics précoces, la quantification permanente de soi. Deux organisateurs posent ici le paysage de la « santé assistée » et pointent quelques questions : quelles figures du corps, du vivant et de la santé façonnent ces pratiques ? Quel est leur impact sur la médecine et les politiques de santé publique actuelles ?

Le « santéisme » est une idéologie qui envahit de plus en plus nos sociétés contemporaines. Cette doctrine fait de l’amélioration permanente de sa propre santé un impératif moral. Son origine remonte probablement à 1946, lorsque l’Organisation Mondiale de la Santé dans sa Constitution définit la santé comme « un état de complet bien-être physique, mental et social et ne consistant pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ». Dans l’enthousiasme de l’après-guerre, l’objectif visant à élever le niveau de santé des populations au plus haut niveau avait clairement une vocation sociale et égalitaire.
Trente ans plus tard, la situation a radicalement changé. La bataille contre la maladie et le vieillissement tout comme l’optimisation du bien-être sont devenues les mots d’ordre d’un nouveau marché. Ce n’est pas un hasard si l’on commence à parler de santéisme aux États-Unis, le pays occidental doté du système de santé le plus privatisé au monde. Robert Crawford, analyste de la santé publique, est le premier à avoir formulé le concept de santéisme en 1980 afin de critiquer la commercialisation et l’individualisation de la santé. Cette tendance s’est considérablement accrue avec l’innovation technologique et scientifique qui a eu pour effet de bouleverser la biomédecine contemporaine.

La « vie saine » quantifiée ou normée ?

Pensons, par exemple, aux podomètres, aux biocapteurs et aux appareils de mesure utilisés pour produire des données biologiques personnelles au sujet de l’alimentation, de l’état de santé, des prestations sportives ou sexuelles. Toutes ces technologies participent  au mouvement de la « quantification de soi » (quantified self) qui consiste à faire de son propre corps un objet clinique sous observation constante, même en absence de maladie. L’offre est vaste. Il y a une multitude de biocapteurs connectés aux smartphones équipés d’applications qui poussent à parcourir un maximum de kilomètres, à brûler un maximum de calories, ou encore à partager les performances et les comparer avec celles d’amis ou d’autres utilisateurs. Un autre exemple très répandu est celui des applications « régime », capables de déterminer le poids idéal et d’indiquer comment l’atteindre en tenant compte de l’alimentation de l’utilisateur. Toutes ces formes du « traçage de soi » réduisent la notion de bien-être tout comme le corps humain à une simple affaire de chiffres, à une « mise en nombre » algorithmique de soi. On s’entraîne et on mange dans l’unique but de produire des données qui nous assurent un niveau de bonne santé. Si le fétichisme des données fait penser à la « société de la surveillance » décrite par Gilles Deleuze, le scénario devient encore plus sombre lorsqu’on pense à la possibilité de faire séquencer son ADN.

Grâce aux services des tests génétiques en accès libre sur Internet, on peut en outre avoir accès à des centaines de milliers, voire des millions de données génétiques. Les données qu’on appelle du doux nom de SNPs (de l’anglais single-nucleotide polymorphism, en français polymorphisme d'un seul nucléotide) sont capables de renseigner l’internaute sur la présence des maladies rares, sur la prédisposition des maladies communes (en allant du cancer jusqu’à l’obésité), sur des traits physiques (comme les yeux bleus ou la taille de la poitrine), ou encore sur les origines ethniques. L’entreprise  23andMe est devenue leader mondial du décryptage de l’ADN en promouvant le partage des données sur un réseau social dédié qui permet à l’internaute de s’informer sur la prédisposition à une maladie (comme la  maladie de Parkinson), ou plus simplement sur les traits génétiques qui déterminent la couleur des yeux. Les communautés médicales, surtout en Europe, dénoncent ces services comme étant des dispositifs visant à commercialiser les développements au sein de la génomique sans n’apporter aucune utilité clinique. En effet, il n’est pas facile pour des personnes ordinaires de comprendre la signification d’une quantité extraordinaire de données extrêmement complexes.

Service utile, dès lors que la personne peut donner du sens

On peut se demander dans quelle mesure le santéisme contribue à la vulgarisation du savoir biomédical, voire à l’avènement de nouveaux modes de connaissance. On cite souvent le cas de Vivienne Ming. Cette scientifique n’avait aucune compétence sur le diabète avant que son fils n’en soit atteint. Par la suite elle a mis au point un système capable de mesurer le niveau de glucose en continu en tenant compte de l’alimentation de son enfant, de son activité selon la dose d’insuline injectée. Contrairement à ses attentes, Vivienne Ming s’est aperçue que la montée de la glycémie chez son fils n’était pas liée à son alimentation mais plutôt à son niveau de stress.
Dans le cas de la « génomique grand public », il s’agit d’une démarche plus collective, inspirée des utopies du logiciel libre. Le biologiste Greg Lennon et l’informaticien Michael Cariaso ont ainsi développé ensemble une encyclopédie en ligne « SNPpedia », mettant à disposition des internautes les interprétations de leurs données génétiques. Ceux-ci peuvent également contribuer à améliorer cette interface grâce à une méthode open source. Quel genre de savoir se construit à travers ces liens directs entre les patients et ces innovations technomédicales ?

La personnalisation de l’individu par les données représente donc aujourd’hui l’une des tendances fortes de la biomédicalisation des sociétés technologiquement avancées. Dans ce contexte, le patient, tout comme l’individu en bonne santé soucieux de son bien-être, « produit » et « consomme »  des données numériques qui, correctement corrélées et interprétées, permettent aux praticiens de prendre une décision sur son état de santé. Tel est le cas dans le domaine de la télémédecine aujourd’hui, en France notamment. 

Télémédecine et numérisation des humains : la menace de l’infobésité

La « numérisation de soi » par biocapteurs et « dispositifs médicaux communicants » (DMC) interposés, en contexte de télésuivi notamment, permet de saisir les données vitales du patient (pouls, température, poids), de les anonymyser avant qu’elles soient analysées en fonction de critères tels que le groupe d’âge, le sexe, la pathologie. Les protocoles thérapeutiques sont ensuite établis à partir de ces « informations patients » réévaluées à l’aune de données moyennées. La connaissance du corps s’effectue donc, en contexte télémédical, selon un modèle génériquement personnalisable. Et cette personnalisation par les données, les data et même par les Big Data (positionnement du patient par rapport à des données moyennées) modifie, entre autres, la perception globale de la maladie, qui devient un objet de quantification, relativisé, voire objectivé. Ce regard a toujours été plus ou moins présent en médecine, mais la nouveauté ici c’est l’accélération dans le transfert et la diffusion de ces données. Et derrière cette accélération : la menace de l’infobésité et du surdiagnostic. Ce faisant, la digitalisation du corps, qui a fait émerger la figure du patient numérique, ou du patient 2.0, s’accompagne, en contexte télémédical, d’une appropriation par le patient d’objets connectés (smartphones, tablettes, PDA) et d’applications mobiles.
En participant au protocole thérapeutique grâce à ces dispositifs, le patient acquiert une connaissance sur lui-même qu’il peut partager avec ses aidants familiaux ou sociaux ou les professionnels de santé.  Cette acquisition et ce partage d’un « savoir patient » a trois conséquences principales. D’une part, le patient devient un « consommateur » de données concernant son propre état de santé. D’autre part, il entre dans une relation de co-construction de connaissances avec les différents partenaires impliqués dans son protocole thérapeutique. Enfin, il peut « individuer » sa propre norme de santé grâce à l’autonomisation acquise par les objets connectés (e-balance, tensiomètre connecté, pacemaker informatisé). Ceux-ci lui donnent en effet la possibilité de « suivre » et donc de mieux comprendre l’évolution de sa maladie. Les objets connectés et les applications mobile sont donc de nouvelles techniques de soi, du soin de soi, qui font entrer le patient dans l’ère du « self-care » technologique.

Auto-surveillance ou conditionnement massif ?

Les objets connectés et les applis représentent certes un progrès pour l’individu car ils permettent de prévenir certaines crises chez les patients chroniques, d’anticiper des états de souffrances ainsi que la préparation de certains traitements. Ils ont une valeur éthique en ce qu’ils visent un objectif, noble en soi, de « bonne vie » qui passe par l’amélioration générale de l’état de santé. On remarque cependant qu’à travers les usages de ces objets le patient semble moins « autonomisé » que « responsabilisé ». Il semble être moins l’acteur d’une transformation de lui-même par lui-même que l’agent d’une délégation, c’est-à-dire d’une « auto-surveillance » fondée sur des techniques du soin de soi, algorithmiquement déterminées, qui semblent valoriser une vision essentiellement quantitative du corps.

Au sein de l’univers de « prosommation informationnelle » du télépatient (producteur et consommateur de données), le savoir numérique sur soi confère néanmoins à une certaine autonomisation qui tient à la capacité du patient à s’auto-gérer, voire à s’auto-réguler, en fonction des données acquises et partagées sur sa maladie sur la plateforme de télésuivi. La question du patient « technologiquement assisté » et celle du « self-care » ne peuvent donc plus être enfermées entre une alternative stérile entre liberté totale d’autonomie ou, au contraire, tutelle médicale.

Mais, alors, qu’est-ce que le santéisme ? Qu’est-ce que le « self-care » à l’ère des nouvelles technologies ? Est-ce une évolution vers une société qui fait de la santé un bien de consommation réservé aux classes sociales les plus aisées, ou une implication de tous dans l’innovation médicale ? Ce colloque nous invite à adopter à la fois une attitude ouverte et un regard critique. 

Philippe Bardy, doctorant en philosophie des technologies émergentes de santé &
Mauro Turrini, chercheur Marie Curie, au CETCOPRA Université Paris 1- Panthéon-Sorbonne 

santé et protection et VIH

Antibiotiques, le naufrage !

Santé immunitaire : la résistance aux antibiotiques tuent de plus en plus, selon le second ouvrage d’Antoine Andremont sur le sujet.

Le 18 Novembre dernier c’était la « Journée Européenne sur les antibiotiques », une initiative du Centre Européen de Contrôle des Maladies pour faire comprendre que ces médicaments miracles doivent être utilisés avec parcimonie et sont en fait une vraie menace pour la santé – un vrai problème immunitaire planétaire. J’ai été sensibilisé trés tôt sur le sujet par Antoine Andremont (1) que j’ai eu le plaisir de rencontrer en 2007 lors de la sortie de son premier ouvrage "Le triomphe des bactéries – la fin des antibiotiques".

S’ils ont transformé la médecine et sauvé des millions de vie, les antibiotiques sont aujourd’hui en crise. Les bactéries y sont de plus en plus résistantes. Nous les avons utilisés de façon abusive. Non seulement chez les malades qui n’ont qu’une infection due à un virus, le rhume ou la grippe, chez lesquels ils sont inutiles. Mais aussi, et beaucoup plus massivement, chez les animaux, les poissons et les crustacés d’élevage, car ils permettent d’industrialiser les productions.

La situation est aujourd’hui très critique. Nous n’avons plus de nouveaux antibiotiques pour faire face aux « superbugs ». Non seulement les populations pauvres et déshéritées du tiers-monde payent comme d’habitude le plus lourd tribut. Mais les patients les plus graves de nos hôpitaux, ceux qui bénéficient de chimiothérapies, de greffes ou de réanimation, risquent aussi des infections qu’on ne peut plus contrôler avec des antibiotiques efficaces. La médecine aujourd’hui est « antibio-dépendante ».

Bref, la résistance aux antibiotiques constitue pour l’humanité une menace globale « catastrophique » au même titre que le terrorisme ou le réchauffement climatique, a estimé, il y a quelques mois, la chef de la Santé britannique Sally Davies. La résistance des bactéries aux antibiotiques fait aujourd’hui 25 000 morts par an en Europe (maladies nosocomiales, infections diverses…).

Et je me félicite en termes de sensibilisation – prise de conscience de la sortie de ce nouvel ouvrage d’Antoine Andremont "Antibiotique le Naufrage. Notre santé en danger" que je vous recommande vivement.

Si rien n’est fait, des opérations bénignes pourront s’avérer mortelles d’ici 20 ans. Ce phénomène a plusieurs causes, dont la principale est une surconsommation d’antibiotiques par l’industrie agro-alimentaire (pour les élevages industriels de porcs, volailles, poissons…) qui transmettent ensuite à l’homme les bactéries résistantes. Le cri d’alerte du professeur Andremont n’est ni culpabilisant, ni pessimiste : il lance une alerte et défend l’idée que les antibiotiques doivent être utilisés de façon plus « écologique », c’est-à-dire être considérés comme une denrée limitée que l’on doit gérer intelligemment.

(1) Antoine Andremont est l’un des grands experts internationaux dans le domaine de l’étude de la résistance des bactéries aux antibiotiques. Professeur à la faculté de médecine de l’Université Paris-Diderot et chef du service bactériologie de l’hôpital Bichat-Claude-Bernard, il effectue des missions régulières pour l’OMS. et intervient fréquemment dans les médias.

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