UP' Magazine L'innovation pour défi

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Que peut faire le journalisme en Afrique face aux polarisations religieuses ?

Dans un monde où les actions politiques violentes sont en augmentation, où l’incompréhension s’accroît entre sociétés riches et sociétés qui n’ont pas encore accès à la prospérité, les budgets d’aide publique au développement du Nord – déjà souvent en voie de réduction – ont tendance à se réorienter vers les questions sécuritaires au détriment de la coopération culturelle ou médiatique. Dans ce contexte où une information impartiale, documentée et apaisée est plus nécessaire que jamais, la Fondation Hirondelle est particulièrement opérante, à travers une multitude d’initiatives courageuses et humaines.
 
Au nom de Dieu se répand dans notre société mondiale ce qui est le plus contraire à toute sainteté : la violence absolue érigée en dogme. C’est l’ensemble de la dimension religieuse, qui constitue objectivement l’une des composantes de nos sociétés – peu importe qu’individuellement nous la revendiquions ou que nous nous en passions - qui est ainsi prise au piège infernal des identités
meurtrières.
Le journaliste généraliste constate les faits et rend compte des guerres civiles, des attentats, des exécutions. Il tente de remonter aux racines sociales et religieuses. Mais dans le récit qu’il fait quotidiennement de l’état du monde, la perspective qu’il trace sur le fait religieux prend aujourd’hui inévitablement racine dans l’action violente. C’est ainsi que dans notre représentation du monde, ici
l’Islam, là l’Occident de tradition chrétienne, ailleurs le moine bouddhiste ou l’animiste, peuvent devenir la menace et l’ennemi à combattre.
Les médias se retrouvent pris dans le cercle vicieux d’une instrumentalisation plus sournoise que le seul jeu d’une habile maîtrise de la communication. Pour y échapper, peut-être faut-il élargir le champ de notre investigation, étendre notre enquête sur la dimension religieuse de nos sociétés,
afin d’en ôter le monopole aux extrémistes. Puisque, selon la remarque d’un dignitaire musulman, aucune guerre n’est sainte sauf celle que l’on conduit contre ses propres démons.
Jean-Marie Etter,
Directeur général de la Fondation Hirondelle

Le journalisme face aux polarisations religieuses

Attentats en Irak, en Tunisie, en Turquie, en Côte d’Ivoire, au Mali, au Nigeria, au Pakistan, en Belgique… En Asie, en Afrique, en Europe, le mois de mars 2016 a été particulièrement marqué par des violences terroristes ayant causé plus d’une centaine de victimes, et chaque fois revendiquées par des groupes politico-religieux : Etat islamique, AQMI, Boko Haram, talibans… Ces attentats ne viennent pas de nulle part : ils sont la traduction en actes ultimes de fragmentations sociales déterminées par des conceptions religieuses extrémistes, qui ont d’autant plus le vent en poupe qu’elles sont largement soutenues sur le plan financier. Prospérant notamment sur la misère économique ou le désir de revanche, elles définissent des identités exclusives, peu conciliables avec l’altérité.
Que peut faire le journalisme face à la propagation de ces polarisations religieuses ?
Cette interrogation questionne plus que jamais la Fondation Hirondelle, active dans plusieurs pays directement confrontés à ce phénomène ces dernières années (Tunisie, Burkina Faso, Mali, Niger, Côte d’Ivoire, Centrafrique…).
Le Mali a ainsi connu en 2015 une violence djihadiste répétée dont l’acmé s’est située en novembre lors de l’attentat du Radisson Blu de Bamako. Studio Tamani, le programme d’information créé par la Fondation Hirondelle dans ce pays, traite quotidiennement de cette actualité. Le travail journalistique développé ici par la Fondation Hirondelle ne se limite pas à l’énoncé des attentats et à leur sinistre bilan. Il s’agit aussi de donner la parole pour illustrer les amalgames dont sont victimes certaines communautés comme celle des peulhs, ou d’informer sur les initiatives dans les régions tentant de mieux prendre en compte les problématiques de jeunes en souffrance, recrues
potentielles pour les groupes terroristes. Il s’agit enfin d’organiser, en studio et en direct, le dialogue entre toutes les composantes de la société malienne, y compris entre les représentants d’un islam conservateur, et ceux qui ont une conception traditionnellement plus
ouverte de leur religion.
Fidèle à la tradition helvète de cohabitation pacifique entre des communautés que beaucoup semble opposer, soutenue par la diplomatie suisse dont l’un des objectifs est de promouvoir la paix et les solutions consensuelles aux conflits, la Fondation Hirondelle a fait le pari du dialogue et s’attache dans ses médias à faire débattre ensemble les acteurs de sociétés clivées.

Studio Tamani : le djihadisme interroge la société sur son rapport aux jeunes

Créé en 2013 par la Fondation Hirondelle, Studio Tamani est un programme radiophonique quotidien de trois heures produit et réalisé au Mali. Bernard Conchon, son Chef média, aborde la façon dont il traite la violence djihadiste au quotidien.
 
Comment Studio Tamani rend-il compte de la violence djihadiste au Mali ?
Bernard Conchon : Studio Tamani rend compte des attaques djihadistes, commises par des groupes principalement liés à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), ainsi que des réactions de la société malienne.
Récemment, trois événements ont suscité un accompagnement éditorial important : le 20 novembre 2015, l’attaque de l’hôtel Radisson Blu de Bamako, dont les auteurs - deux jeunes d’une vingtaine d’années – ont été tués au cours de l’assaut ; les 27-29 février 2016, le colloque sur la lutte contre le radicalisme religieux organisé par Sabati 2012, mouvement de leaders musulmans du Mali ; en mars 2016, l’engagement de 200 jeunes radicalisés de la région de Mopti à quitter les groupes armés du Front de libération du Macina (FLM).
 
Quels ressorts du djihadisme vos émissions ont-elles mis en lumière ?
BC : Nos émissions ont révélé que les attentats terroristes, au Sahel comme en Europe, interrogent la société sur son rapport aux jeunes. Car ce sont des jeunes, et souvent des très jeunes, qui en sont les auteurs.
Dans la région de Mopti (centre du Mali), la radicalisation apparaît comme une compensation sociale et affective qui émerge en réaction à une violence économique et sociale subie ou ressentie. Brema Ely Dicko, chef du département socio-anthropologie de l’Université de Bamako, estime ainsi que seuls 1 à 2 % des jeunes Maliens engagés dans les mouvements djihadistes sont convaincus de l’idéologie qu’ils véhiculent.
En mars dernier, la société civile, les élus et les autorités religieuses ont décidé d’agir : ils ont su persuader 200 jeunes djihadistes, pour la plupart sous l’influence du FLM, de déposer les armes et de prendre le chemin de la réinsertion.
 
Au prisme des émissions de Studio Tamani, comment le dialogue sur la violence djihadiste évolue-t-il au Mali ?
BC : Il y a quelques mois, il n’était question que des actions terroristes, de leur recrutement et des enjeux sécuritaires. Aujourd’hui, la lecture du fait terroriste ne se limite plus seulement à ces aspects : elle interpelle le débat politique. «Il faut engager des discussions avec les djihadistes maliens. En retour, ils vont aider le Mali à se débarrasser des djihadistes venus d’ailleurs», affirme ainsi l’Aménokal (chef) de la tribu touarèue des Ifoghas, Mohamed Ag Intalla, par ailleurs député de Kidal (Nord-Est du Mali) et membre de la majorité présidentielle.
Cette position a été également soutenue dans nos émissions par des responsables de la Plateforme et de la Coordination des mouvements de l’Azawad, deux structures regroupant essentiellement des organisations qui se sont longtemps opposées dans le Nord-Mali.

Studio Kalangou, naissance d’un média indépendant au Niger

Depuis janvier, Studio Kalangou produit chaque jour un journal et un « forum » qui invite la société nigérienne à dialoguer. Un dispositif radio particulièrement utile dans le cadre de la séquence électorale du premier semestre 2016.
 
Mariama Diallo, présentatrice du journal de Studio Kalangou en français. Photo: © Pauline Bend/Fondation Hirondelle
 
Le 18 janvier 2016, Studio Kalangou a diffusé ses premières émissions au Niger (le kalangou est un petit tambour traditionnel, populaire dans la région sahélienne). Initié dès septembre 2015 par la Fondation Hirondelle, ce studio de production radio répond à une triple logique : être une source d’information fiable, être un outil de consolidation de l’Etat de droit et du dialogue national, être un acteur du processus électoral 2016 (élections présidentielles et législatives couplées en février-mars, élections locales en mai). Basé à Niamey, animé par une quinzaine de journalistes nigériens formés par la Fondation, Studio Kalangou produit quotidiennement une heure et demie de programmes : un journal de 15 minutes en trois langues (français, haoussa, zarma) et un «forum » de 45 minutes en français où habitants, experts et acteurs d’une thématique sont invités à dialoguer. A partir de mai 2016, Studio Kalangou produira également des programmes en tamasheq et en peulh, afin de mieux se faire entendre par l’ensemble des habitants du Niger. Les émissions sont diffusées par un réseau de dix radios partenaires, associatives ou privées, situées à Niamey et dans les capitales régionales du Niger.
La campagne électorale qui s’est achevée le 20 mars 2016, jour du second tour de l’élection présidentielle, a donné lieu à des forums où chaque candidat venait s’exprimer, et où la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) répondait aux questions de la rédaction : Qui peut voter ? Où voter ? Comment voter ?

Kandindi : une production audiovisuelle thématique en RD Congo

La nouvelle agence média de la Fondation Hirondelle en RD Congo entend prendre du recul par rapport à l’actualité pour mieux documenter la construction du pays.
 
Créée en septembre 2015 par la Fondation à Kinshasa, Kandindi («hirondelle » en tshiluba) est une nouvelle agence de production audiovisuelle de droit congolais.
Son ambition éditoriale est double : ouvrir un champ d’information thématique, complémentaire de l’actualité, en vue de documenter les grands enjeux de la construction de la République démocratique du Congo ; travailler avec le secteur privé, des entreprises aux ONG, pour valoriser auprès des jeunes Congolais ses initiatives en matière de responsabilité sociale et environnementale (RSE) ainsi que ses contributions à l’édification du pays.
Les émissions produites par Kandindi, sujets longs ou débats enregistrés, sont diffusées sur le réseau des 90 radios communautaires coordonné par la Fondation Hirondelle en RD Congo, représentant un bassin d’audience d’environ 35 millions d’habitants. Elles trouvent également un écho sur les réseaux sociaux. Alors que la Monusco ne souhaite plus recourir aux services de la Fondation Hirondelle dans la gestion éditoriale de Radio Okapi, la Fondation a gardé une équipe d’une dizaine de personnes à Kinshasa. Avec Hirondelle Communication, agence produisant des contenus éditoriaux d’intérêt général pour des clients institutionnels, l’agence Kandindi entend devenir le second pilier des opérations pérennes de la Fondation en RD Congo.
 
© Nouvelles de la Fondation Hirondelle  Juin 2016
 
 
 

 

Tim Berners-Lee

Il y a 27 ans, Tim Berners-Lee inventait le web. Aujourd’hui il veut réinventer Internet.

Les pionniers du web, et au premier rang d’entre eux, Tim Berners-Lee, « Sir » Berners-Lee, ne reconnaissent plus aujourd’hui leur bébé. Le web qu’ils ont inventé il y maintenant vingt-sept ans est devenu un vaste espace de contrôle et d’espionnage à grande échelle. Il est urgent de le réinventer.
 
Quand il a créé la première page web de l’histoire, Tim Bernes-Lee avait un rêve, celui de changer le monde, d’améliorer la vie sociale en permettant aux citoyens de s’informer d’avantage et plus facilement, de partager leurs connaissances, d’entrer plus facilement en contact avec les autres pour construire un immense réseau mondial d’intelligence. Dans une interview au New York Times, Tim Berners-Lee avoue sa déception. Le web est devenu une machine libérale qui favorise les plus gros au détriment des plus petits, une machine qui permet aux États et aux très grandes entreprises de prendre toujours plus de contrôle et d’imposer leur superpuissance.
 
Les États peuvent imposer leur puissance en bloquant des sites internet, en traquant les communications, en géolocalisant et écoutant tout le monde ; les grandes majors du Web, elles, sont encore plus puissantes que les États, imposant leur contrôle sur toutes les populations du monde, concentrant toute l’information entre leurs mains, récoltant par masses immenses les moindres données et informations de leurs utilisateurs.
 
Ce monde orwellien, Tim Berners-Lee ne l’a jamais voulu et il le révulse. Il veut que l’on réinvente le web. C’est donc accompagné de grandes figures de l’âge d’or de l’Internet que Berners-Lee a participé à la conférence Decentralized Web Summit qui s’est tenue à San Francisco la semaine dernière. Parmi les experts conviés, Brewster Kahle, fondateur d'Internet Archive et Mitchell Baker, présidente de la Mozilla Foundation. Mais aussi Vint Cerf (vice-président et «chief evangelist» chez Google) et Van Jacobson, tous deux co-inventeurs du protocole TCP/IP et donc d'une des bases d'Internet. En tout, plus de 300 personnes se seraient mobilisées pour participer à cette réflexion commune sur l'avenir du Web.
 
 
Brewster Kahle, fondateur de l'Internet Archive, centre gauche, et Tim Berners-Lee, qui a inventé le World Wide Web, centre droit, avec d’autres participants du Decentralized  Web Summit (photo : Jason Henry pour The New York Times)
 
 
« Edward Snowden a montré que nous avions conçu par inadvertance le plus grand réseau de surveillance au monde, en créant le Web ». C’est le constat -triste- que fait Brewster Kahle  au New York Times. L’inquiétude de Tim Berners-Lee se focalise sur la domination des grands réseaux sociaux, d’un seul grand moteur de recherche. Pour lui, le problème n’est pas technologique, il est social.
Il faut donc trouver les moyens de passer entre les « mailles du filet », d’échapper à ces entreprises de domination pour retrouver un web plus libre et aéré.
 
A l’occasion de cette conférence, plusieurs solutions ont été envisagées. Le recours à la technologie de la Blockchain pourrait, selon les experts réunis, aider à décentraliser le web. Plus besoin de payer pour mettre dans des espaces sécurisés détenus par de grandes compagnies ses données sensibles, plus besoin de passer par des intermédiaires ou des plateformes comme iTunes ou Amazon pour vendre ses créations. Plus besoin non plus de passer par la publicité pour financer les sites : en recourant à des systèmes de blockchain, chacun pourrait payer le contenu à l’unité, simplement, d’un geste et permettre ainsi à une multitude de site de monétiser leurs offres.
Pour échapper au contrôle de plus en plus centralisé du web, pourquoi suggère Tim Berners-Lee, ne pas abandonner le protocole http. « Il n’est pas gravé dans le marbre », dit-il. D’autres protocoles permettant d’échapper aux contrôles pourraient et devraient voir le jour.
 
Pour tous ces pionniers du web, Internet fonctionne encore sur les technologies de l’ancien monde : les sites sont hébergés sur des serveurs et l’informations passe à travers le réseau. Si l’on ferme un serveur, le site n’est plus disponible. C’est ce que font nombre d’États comme la Chine dans leurs tentations de censure et de contrôle. Cette architecture n’a pas changé depuis l’invention du web. Il est temps de réfléchir à de nouvelles formules. Pour inventer le web d’un nouveau monde. 
 
 

 

google

Cnil contre Google : Le combat du droit à l’oubli continue

Google est bousculé par les autorités européennes et nationales depuis deux ans concernant le référencement des personnes physiques au sein du moteur de recherchesLa Cnil peut-elle imposer sa loi à Google dans le monde entier ? La question est actuellement au cœur d'un litige entre l'autorité administrative française et le géant américain.
 
Tout a commencé avec l’affaire dite ‘’Google Spain’’ en 2014, au terme de laquelle la Cour de justice de l’Union Européenne a condamné le géant mondial de l’internet à retirer les résultats « inadéquats, pas ou plus pertinents ou excessifs » référençant le nom de personnes qui ne le souhaitaient pas ou plus et en ont formulé la demande.
 
Suite à cette décision, le moteur de recherche a reçu des dizaines de milliers de requêtes de la part de citoyens français. On dit qu’ils cherchent à exercer leur « droit à l’oubli », bien que celui-ci n’existe pas actuellement de manière explicite dans la législation ou jurisprudence européenne et française.

Les tentatives de Google pour échapper au droit à l’oubli

Suite à la décision de la Cour de Strasbourg, la société Google a accédé en demi-teinte aux demandes des internautes. Après avoir créée un formulaire à cet effet, elle a procédé au déréférencement de certains résultats mais seulement sur les extensions européennes du moteur de recherches comme google.fr ou google.uk. A contrario, elle refuse catégoriquement de faire jouer le droit à l’oubli des personnes sur le portail google.com. Or tout le monde peut utiliser cette extension, ce qui revient à rendre illusoire le déférencement.
En mai 2015, face à ce manque de volonté, la présidente de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) a publiquement mis en demeure le moteur de recherche mondial n°1 d’accéder aux demandes de déréférencement sur tous les noms de domaine de la société. Un recours gracieux a été formé fin juillet 2015 par Google faisant valoir que l’injonction entraverait le droit à l’information de ses internautes tout en instaurant une forme de censure. Selon la société, il ne revient pas à une agence nationale de protection des données à caractère personnel de se revendiquer « une autorité à l'échelle mondiale pour contrôler les informations auxquelles ont accès les internautes à travers le monde ».
 
Après le rejet de ce recours gracieux, la CNIL a engagé une procédure de sanction à l’encontre de Google qui s’est soldée par sa condamnation à 100 000 euros d’amende pour ne pas avoir appliqué le droit à l’oubli sur l’ensemble de ses extensions géographiques.

Google interjette appel de sa condamnation par la CNIL

Ce jeudi 19 mai 2016, Google a fait appel de cette condamnation peu sévère au regard du chiffre d’affaire astronomique de cette société de droit américain, qui était de 66 milliard de dollars en 2014, soit 19% de plus qu’en 2013. On en déduit que Google en fait une affaire personnelle, une affaire de principe : La société ne veut pas se laisser dicter sa conduite par la Cour de justice de l’Union européenne et certainement pas par une autorité administrative française.
 
A l’image de David contre Goliath, le combat de la CNIL contre Google est extrêmement déséquilibré. Nous ne pouvons que saluer la persévérance de la CNIL dans sa confrontation avec Google pour faire respecter les droits des particuliers français partout dans le monde. Le projet de loi pour une République numérique conforte la position de la CNIL en consacrant un droit à l’oubli pour les mineurs. De plus, toute personne pourra dorénavant organiser les conditions de conservation et de communication des données à caractère personnel la concernant après son décès, ce qu’on peut rattacher au droit à l’oubli. Entre neutralité du net et droit à l’oubli, des choix vont devoir être pris et il faudra les imposer à Google, ce qui présage encore une longue vie à la saga judiciaire sur le déréférencement.
 
 

 

radio Tamani Mali

Au Mali, face aux violences, donner la parole aux femmes

"Toutes les femmes du Mali"  est une émission hebdomadaire créée en 2014  par studio Tamani, l'un des médias de la Fondation Hirondelle  pour témoigner de la réalité de la condition des femmes au Mali et leur donner la parole. Depuis sa création mi-2013, Studio Tamani rapporte quotidiennement des faits relatifs aux atteintes aux droits des femmes mais aussi des initiatives d’organisations, qui au fil du temps font changer les perceptions traditionnelles de la place des femmes dans la société.
Aujourd'hui, Bernard Conchon, Chef média du Studio Tamani au Mali raconte ...
 
Le 31 mars dernier, une jeune fille âgée de 16 ans se donnait la mort en se jetant dans un puits à Mandiakui, dans la région de Ségou, au centre du Mali. Selon des sources locales elle se serait suicidée parce que ses parents voulaient la donner en mariage sans son consentement. Suite à ce dramatique événement les parents ont été entendus par la gendarmerie. Le contenu de cette information a été diffusé ce jour-là dans les journaux de Studio Tamani, le programme radiophonique d’information créé par la Fondation Hirondelle au Mali, et diffusé par 60 radios partenaires à travers le pays.
 
Femme auditrice à Bamako - Mali, Photo ©Studio Tamani 2014
 
Les violences faites aux femmes atteignent des niveaux terrifiants au Mali. Plus de 70 % des femmes âgées de 20 à 24 ans se sont mariées avant d’avoir 18 ans. Certains justifient le mariage d’enfants sous le prétexte que c’est une norme acceptée et qu’il présente des avantages sociaux et financiers. Mais il n’en présente guère, voire aucun, pour les jeunes filles elles-mêmes, qui se retrouvent davantage exposées à la violence familiale, qui risquent plus de ne pas être scolarisées, de contracter le VIH/SIDA et d’avoir des enfants avant d’y être prêtes sur un plan physiologique. De fait, pour les quelques 70 000 jeunes
filles mariées qui meurent chaque année de complications liées à la grossesse, ou à l’accouchement, le mariage précoce aura été une sentence de mort. Une femme malienne a une probabilité sur 15 de mourir de complications liées à sa grossesse ou à son accouchement. Quant aux taux de mortalité néonatale, le Mali se classe au 7ème rang mondial, avec 54 décès pour 1 000 naissances vivantes. L'excision est un autre fléau des violences dont sont victimes les jeunes filles Selon des chiffres officiels, 85% des femmes sont excisées. Même si un arrêté ministériel interdit la pratique de l’excision dans les
structures de santé, il n'existe pas au Mali de loi l'interdisant.
 
Depuis sa création mi-2013, Studio Tamani rapporte quotidiennement des faits relatifs aux atteintes aux droits des femmes mais aussi des initiatives d’organisations, qui au fil du temps font changer les perceptions traditionnelles de la place des femmes dans la société. "Toutes les femmes du Mali" émission hebdomadaire créée en 2014 témoigne de la réalité de la condition des femmes au Mali et leur donne la parole. Une parole qui leur est encore hélas le plus souvent confisquée comme cette adolescence de Mandiakui abandonnée à elle-même, face à son indicible souffrance.
 
Bernard Conchon, Chef média, Studio Tamani, Bamako
 

LIRE AUSSI DANS UP' : Studio Tamani : la radio de la paix au Mali

LIRE AUSSI DANS UP' : Le prix PEC 2014 à la Fondation Hirondelle

Photo : Une femme interviewée par Studio Tamani à Bamako.
Photo © Studio Tamani 2014
 

 

Télévision

TV en direct: les géants du Net vampiriseront-ils les chaînes de télévision ?

Facebook, Twitter ou Yahoo! investissent toujours plus dans la vidéo en direct, jusqu'ici négligée, et pourraient bientôt chasser sur les terres de la télévision traditionnelle, bouleversant un modèle économique déjà fragilisé.
 
Le printemps 2016 marquera peut-être un tournant dans l'histoire de la télévision. En quelques jours, le réseau social américain Facebook a dévoilé de nouvelles fonctionnalités pour son service de vidéo en direct "Live", tandis que son concurrent Twitter annonçait un accord de diffusion de matches de la ligue de football américain NFL.
Début mars, Amazon a lancé son premier programme en direct, une émission quotidienne sur la mode, et Yahoo! s'est entendu avec la ligue de hockey NHL pour retransmettre des rencontres en temps réel.
 
Avec le nouveau "Live", les utilisateurs de Facebook pourront mieux naviguer parmi les contenus vidéo, y réagir et les partager plus facilement. Et Facebook a ajouté de "nouveaux outils qui vont permettre aux médias d'incorporer Live à leurs programmes".
La priorité est d'amener les internautes à utiliser davantage le réseau social, mais c'est aussi un appel du pied aux professionnels afin qu'ils renforcent leur présence en direct sur Facebook.

Explosion d'une pastèque en direct

Les nouveaux acteurs de l'information sur internet l'ont bien compris. Le 8 avril, le site BuzzFeed a démontré, de la manière la plus évidente à ce jour, le potentiel du direct sur Facebook.
Plus de 730.000 internautes ont assisté, en "live", à l'explosion d'une pastèque sous la pression de centaines d'élastiques. L'opération ne visait qu'à faire le "buzz". Mission accomplie.
 
Facebook voit dans son offre "un angle différent" de ce que propose la télévision traditionnelle, selon Fidji Simo, une responsable du produit Live.
Selon Tim Mulligan, analyste du cabinet MIDiA Research, les grandes chaînes pourraient bientôt diffuser sur Facebook du contenu jusqu'ici réservé aux canaux traditionnels. "Nous allons rapidement atteindre le point où les gens utiliseront internet comme principal moyen de visionner du contenu vidéo", annonce-t-il.
 
La publicité en ligne suffirait-elle à soutenir un nouveau modèle économique viable pour les grandes chaînes si elles s'engageaient davantage dans la diffusion sur réseaux sociaux, en direct ou enregistré ?
Le direct sur Facebook ne rapporte actuellement rien aux éditeurs, même si le réseau social assure que le modèle est amené à évoluer. "Il est difficile de dire (...) à quel point les gens veulent ce contenu et si les sociétés vont vouloir les faire payer", reconnaît Brian Blau, analyste du cabinet Gartner.
 
Selon Tim Mulligan, les réseaux sociaux pourraient créer des bouquets de chaînes payants. Pour défricher la jungle des offres de télévision en ligne, "il va nous falloir une sorte d'agrégateur et il est peu probable que cela vienne des acteurs actuels de la télé payante", notamment parce qu'ils n'ont pas la couverture mondiale d'un réseau social majeur, considère Tim Mulligan.
 
Brian Blau prévient également que la question des revenus ne serait pas le seul sujet majeur en cas de basculement de la télévision de masse sur les réseaux sociaux. "Il faut pouvoir encaisser des audiences très importantes. Pourrait-on voir les Oscars diffusés tout en ligne ? Ça pourrait poser un défi technique", souligne-t-il.

Acheter du contenu, une première

Facebook et Twitter abordent aussi la question du direct sous un angle totalement nouveau pour eux : l'achat de contenu. Ils profitaient jusqu'ici de ceux fournis gratuitement par les utilisateurs.
Twitter va payer moins de dix millions de dollars à la NFL, une bouchée de pain au regard des dizaines de milliards de dollars dépensées par les grandes chaînes pour s'assurer les droits de grandes compétitions. Mais ce contrat, tout comme celui de Yahoo! avec la NHL, est un ballon d'essai et n'est pas exclusif.
 
Tim Mulligan n'exclut pas que Facebook, Twitter ou Amazon se positionnent un jour comme des concurrents frontaux des grandes chaînes sur le sport en direct, mais il y voit un obstacle majeur. "Les droits sportifs ont tellement fragmentés", souligne-t-il. "S'ils décident de faire quelque chose de cette ampleur, je pense qu'ils voudront être sûrs d'avoir tous les droits".
 
Pour un réseau social, cela reviendrait à négocier l'exclusivité mondiale pour un seul et même canal de diffusion, du jamais vu.
 
 

 

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