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Trophees de la Construction 2016: ouverture des inscriptions

Architectes, maîtres d'oeuvre, artisans, prestataires, industriels, entreprises de BTP, maîtres d'ouvrage... inscrivez-vous vite : Batiactu organise les Trophées de la Construction, en partenariat avec le Groupe SMA et les principales organisations du secteur (1). Ces Trophées récompensent et mettent en lumière les réalisations exemplaires de l'ensemble des acteurs de la filière construction. Une distinction qui permet à ces professionnels de valoriser leur métier et leur savoir-faire dans tout type d'ouvrage (logement individuel et collectif, bâtiments tertiaires, ERP, etc.).
 
Depuis quinze ans, ces Trophées récompensent les réalisations exemplaires des acteurs de la filière construction et immobilier, avec pour objectif de valoriser leur force d'innovation tant dans l'acte de bâtir que dans les solutions techniques et technologiques qui y participent. Les trophées sont attribués par un jury d'experts représentatifs des différents corps de métier du secteur et de journalistes spécialisés. La remise des prix aura lieu le 27 septembre 2016 et les lauréats pourront bénéficier d'une visibilité dans les médias professionnels.
 
Une vingtaine de prix sont attribués dans les quatre catégories suivantes :
• Constructions neuves et rénovations
• Métiers d'art et solutions d'artisan
• Solutions techniques, matériaux et équipements innovants d'industriels et de fabricants
• Internet et solutions en ligne 
Une distinction reconnue par les acteurs de la filière construction
 
 
Modalités d'inscription
 
Les candidatures sont ouvertes jusqu'au 15 avril 2016.
Dossier d'inscription et règlement disponibles :
• Par email à trophees[at]batiactugroupe.com
• Par téléphone au 01 53 68 40 28 
 
(1) Les partenaires des Trophées : GROUPE SMA, PRO BTP GROUPE, CAPEB, CINOV, CSTB, FNBM, ORDRE DES ARCHITECTES, FF2I, FÉDÉRATION DES PROMOTEURS IMMOBILIERS, FÉDÉRATION NATIONALE DES TRAVAUX PUBLICS, PLAN TRANSITION NUMERIQUE DANS LE BATIMENT, SYNAMOME, UNSFA, UNTEC, FIMBACTE, CIMBAT.COM, SALON INTERNATIONAL DU PATRIMOINE CULTUREL, CONSTRUCOM, MAISON A PART, BATICHIFFRAGE, BUREAUXLOCAUX.COM, XPAI
 
 

 

architecture

Le vivant fera-t-il la ville de demain ?

Il y eut l’âge de l’acier et du charbon, celui du pétrole et de la chimie. Y aura-t-il l’âge du vivant et de la biologie ? Quelles voies pour un vivant qui produirait nos ressources ?
De ses expériences en  Asie et dans l’océan Indien, l'agence d'architecture XTU est revenue avec la conviction qu’il faut faire la ville comme un paysage, assumer la densité en l’hybridant avec la nature, construire avec les éléments et les flux. Que les villes deviennent productives et osent l’innovation !
XTU Architects présente sa vision de la ville du futur transformée par le vivant à la Cité de l'Architecture et du Patrimoine, dans le cadre de la nouvelle plateforme de la création architecturale.
 
La cité de l'architecture et du patrimoine ouvre un nouveau format pour faire un « état des lieux » de la création architecturale avec une ligne critique : ce qui pose question, ce qui fait débat. Une logique d’ouverture transgénérationnelle, transeuropéenne, transdisciplinaire. Un rythme saisonnier sur différentes temporalités. Un dispositif scénographique spécifique : un lieu, des lieux.
Cette plateforme de la création architecturale typologiquement hybride se montrera flexible pour accueillir des formats multiples, propices aux présentations, projections et discussions sur deux saisons. Le lieu se veut plateforme de proposition.

Interventions

Pour cette saison 1, des duos et débats sont organisés : une série de face-à-face au rythme des saisons : deux équipes d'architectes, l'une basée en France, l'autre dans un pays européen, sont confrontées tous les trois mois. C'est ainsi pour l'agence XTU Architects qui ouvre le bal jusqu'au 20 mars prochain.
La confrontation se développe d’abord sur un « meuble » en forme de half-pipe, également partagé entre les deux équipes, chacune y mettant en scène librement objets, documents audiovisuels, dessins, maquettes de son choix… 
Deux écrans prennent le relais dans l’espace contigu, avec un film de synthèse d’une vingtaine de minutes sur la démarche des deux équipes, élément pour un débat en public entre les protagonistes de ce face-à-face.
 
En marge des chantiers, XTU imagine des villes dépollueuses (Xsea agricoles (Freshcity), du désert (Flohara), à travers lesquelles elle tisse des partenariats et expérimente : cultures médicinales sur le toit du ministère de l’agriculture, toits commerciaux cultivés ; elle réalise des logements maraîchers, conçoit un musée en autonomie eau/énergie par le végétal.
Elle développe des façades végétales ensauvagées et des ‘‘biofaçades’’ pour cultiver des microalgues par photosynthèse. Pour cette technologie de rupture, elle dépose des brevets, monte le consortium SymBIO avec le CNRS, construit des pilotes. Ses capteurs solaires de troisième génération produiront en ‘‘bio’’ avec des microalgues ce qui était jusqu’alors issu de la chimie.
 
Le Laboratoire du logement
Une série d'expérimentations sur l'habitat : mixité, densité, urbanité, flexibilité. Chaque saison, une opération "historique" de référence, deux exemples contemporains en France, un débat.
 
Les Rendez-vous critiques
Toutes les six semaines, quatre ou cinq critiques ouvrent le débat sur l’actualité architecturale et urbaine.
Dans l’espace en gradins dédié aux débats, tribune de la critique architecturale sur des questions d’actualité : quatre critiques réguliers  : Frédéric Edelmann, Richard Scoffier, Sophie Trelcat et Philippe Trétiack.
Tribune animée par Francis Rambert.
Prochain rendez-vous critique : jeudi 18 février à 19h 
 
Les Rendez-vous métropolitains
Les métamorphoses des villes, en France et en Europe, leur reconfiguration par des dynamiques de projets urbains réunissent, deux fois par saison, les protagonistes de la fabrique de la ville.
L’identification au territoire est devenue un enjeu majeur des métamorphoses urbaines contemporaines. C’est sous cet angle que, deux fois par saison, les dynamiques de projets urbains à l’oeuvre dans des villes européennes, et particulièrement dans les métropoles françaises, sont analysées avec leurs acteurs.

Cycle de conférences organisées par l'agence XTU

FLEURS DU FUTURS Demain, le vivant fera-t--il la ville ?
Autour de ce thème, la ville du futur transformée par le vivant, XTU invite des chercheurs, des acteurs de l’innovation, un philosophe professeur de cinéma et un chef cuisinier à explorer ensemble les voies par lesquelles le vivant pourrait demain changer nos vies.
 
- Jeudi 28 janvier 2016 à 19h : D'une culture de la chimie à celle du vivant
Intervenants M. Jack Legrand, Directeur , M. Gilles Trystram, Directeur AgroParisTech
- Jeudi 4 février 2016 à 19h : Perspectives microalgues
- Mercredi 17 février 2016 à 19h : Stratégies d'innovation
- Jeudi 10 mars 2016 à 19h : Imaginaire ville nature
- Jeudi 17 mars 2016 à 18h30 : Biodiversité dans la ville - Métabolisme et humanité de la ville
Date à préciser : Gastronomie du futur
 
Le Laboratoire du logement
Une série d’expérimentations sur l’habitat : mixité, densité, urbanité, flexibilité. Chaque saison, une opération « historique » de référence, deux exemples contemporains en France.
Dans le sillage de l’opération exemplaire de la transformation de la tour Bois-le-Prêtre à Paris par Lacaton & Vassal et Frédéric Druot, il s’agit de rendre compte de la vitalité des expérimentations dans le domaine du logement en dépit du poids du contexte normatif français. À l’heure des « écoquartiers » et des immeubles à énergie positive, c’est une veille permanente sur la question de l’habitat, analysant les projets les plus prospectifs à l’aune de questions majeures telles que la densité, la mixité, l’urbanité. 
 
Cette présentation régulière centrée sur le logement collectif n’exclut pas l’exploration d’autres formes en situations suburbaines, voire en contexte rural. On gardera un œil attentif sur le sujet de l’habitat spécifique, du type résidence étudiants, foyer de travailleurs ou résidence pour personnes âgées. Entre organisation spatiale et articulations urbaines, ce laboratoire sur les modes d’habiter analysera ainsi toutes les formes de programmes (publics et privés) et de typologies, ainsi que toutes les échelles.
 
Chaque saison, les questions soulevées par les opérations choisies seront exposées et débattues dans le cadre d’une rencontre avec des intervenants, théoriciens et praticiens de la fabrique du logement.
Prochaine saison : 21 janvier au 20 mars 2016 / Programme à venir

Installation vivante Blooms

L’installation ‘‘Blooms’’ raconte le passage d’un ‘‘monde de fer’’, organisé, standardisé, ‘‘sorti d’usine’’, notre monde..., vers un futur transformé par le vivant, suivant de nouveaux métabolismes, d’autres phénomènes de croissance, poétiques, fertiles en puissance. Avec le temps, l’efflorescence végétale transforme la nature de l’installation.
 
Le géochimiste Paul Crutzen a nommé en 2002 Anthropocène «l’ère géologique actuelle, dominée en bien des façons par l’homme». Il s’appuyait sur l’étude des gaz captés par les glaciers d’Arctique, archives de la Terre, et où les géologues ont repéré une césure. L’hypothèse de Crutzen – l’humanité influe désormais sur la Terre – a créé une onde de choc qui gagne tous les cercles de la pensée : sciences physiques, sciences humaines, économie politique, représentations du monde. Les transitions vers l’Anthropocène forment une double césure historique avec l’ère moderne. Césure multiséculaire avec le projet humaniste de possession de la nature, qui naît au xvıe siècle en Europe puis forme le projet scientifique et philosophique des Lumières. Césure séculaire avec la seconde révolution industrielle et avec un productivisme qui a outrepassé le projet d’une maîtrise rationnelle du monde et entamé l’épuisement des ressources.
L’architecture, art d’habiter la Terre, ne peut ignorer ce débat. En repensant la relation philosophique de l’homme au monde : de la maîtrise rationnelle du monde à sa protection.
«Dans cette perspective globale, écrit l’historien Benno Albrecht, l’architecture se configure en discipline dépositaire de la responsabilité de la sauvegarde
du monde physique, de sa défense, de la compréhension des causes et conséquences des phénomènes de mutation. L’architecture assume de nouveau une valeur éthique fondatrice, est responsable du rapport de confiance différent entre actions humaines et nature. »
Shlomo Aronson a conçu les grands paysages d’Israël comme un récit civilisateur – «faire la paix avec la Terre». Il intervient sur des sites millénaires en interrogeant leur histoire, en délinéant leurs strates. Un travail d'une méditation sur la place de l’homme et son rapport au vivant.
 
Lieu : Cité de l'Architecture et du Patrimoine - Palais de Chaillot - Accès : Hall d'about, 7 avenue Albert de Mun - Paris 16e
 
 
 

 

urbanisme, ville de demain

La ville servicielle: des métamorphoses à vivre

La 12ème édition des Temporelles a eu lieu à Lyon en octobre dernier. Dans le cadre de réflexions des politiques temporelles, le sujet abordé cette année fut celui de la ville servicielle : nouveaux temps, nouveaux services, nouveaux modes de faire la ville. 
En conférence introductive, a été mis en avant ce qui lie les services à la question des temps, passés et présents. L’accent a également été mis sur l’expérience sensible des services dans la ville ; à travers de multiples exemples européens. 
L’ensemble de l’intervention est reprise ici afin de voir certains fondements historiques de la notion de service jusqu’à aujourd’hui où de nouveaux modes de conception se développent. Plusieurs dimensions sont explicitées, mettant en avant l’importance d’une ville servicielle qui fédère ses acteurs et ses citoyens autour de thématiques du quotidien.
 
Benoît Meyronin, économiste, a démarré sa vie professionnelle au Grand Lyon, où il se préoccupe particulièrement de la question des temps dans la mesure où il est tout à la fois entrepreneur et enseignant. L’Académie du service a été fondée en 2003, et travaille dans l’accompagnement des organisations sur le sujet de la culture du service.
 
Ces dernières années, il a travaillé sur les sujets des services et le marketing territorial : Ce sont des univers distincts dont il va essayer d’établir des passerelles entre eux.
 
Dans le domaine des services, Jean FOURASTIE est un auteur essentiel en France, en particulier avec son ouvrage "Le Grand espoir du XXème siècle" (paru en 1949). Pour lui, ce grand espoir était le service. Il avait également une vision intéressante sur les modes de vie, ce qu’il appelait les « genres de vie ». Il parlait ainsi de la ville tertiaire, par opposition à la ville secondaire, abîmée par la révolution industrielle. Il préfigure ainsi le développement durable, et envisageait cette ville tertiaire, tournée vers les services, de façon très idéalisée.
De son point de vue, la ville servicielle est caractérisée par cinq dimensions.
 

Lire aussi dans UP' "Pourquoi la ville sera servicielle"

Pour commencer, la ville servicielle est d’abord une ville expérientielle

 
Des chercheurs ont ainsi annoncé à la fin des années 90 que nous passions progressivement d’une ère de la production à une ère de l’expérience. Nous ne proposons plus tant un produit ou un service qu’une expérience. Les parcs de loisirs en sont une bonne illustration.
 
Cette économie de l’expérience se trouve ainsi par exemple dans l’offre que la SNCF a développé ces dernières années, avec des expériences de transport distinctes : c’est ainsi que la gamme iDTGV propose différentes ambiances à bord, selon le choix des voyageurs. La question est donc bien au cœur des temps et des modes de vie. En ce qui concerne plus spécifiquement la ville, à Dublin, Guinness a développé toute une gamme de services qui offre un ensemble d’expériences autour de la visite de son usine historique. C’est très représentatif de l’économie de l’expérience qui s’appuie aussi sur le souvenir que l’on ramène dans le cadre du tourisme.
 
Les spécialistes limitent souvent cette dimension de l’expérience au tourisme. À Lyon, les gens disposent des seuls parcs de stationnement (par exemple, le Parc Célestins) qui sont mentionnés et recommandés dans les guides de voyage. Une infrastructure est ainsi transformée en élément d’attractivité et d‘expérience. C’est donc une évolution à la portée de tous les secteurs. La ville servicielle est donc aussi une ville expérientielle.
 

Deuxième point, la ville servicielle est une ville sensible et désirée

 
L’urbaniste Kevin LYNCH définit l’urbanisme comme la manipulation délibérée du monde à des fins sensorielles. L’originalité de son point de vue, énoncé dans les années 60, est de repartir de l’individu et des personnes. Cela lui a notamment permis de dégager cinq grandes dimensions structurantes de la ville :
- naturalité ;
- propreté/civilité ;
- ouverture/espace ;
- dimension historique ;
- lisibilité/clarté/ordre.
 
Dans une ville, nous avons besoin de repères pour nous approprier l’espace, la sentir hospitalière, et nous sentir bien. La ville servicielle est cette ville sensorielle. Ceci s’appuie aussi sur des questions politiques. À Lyon, la Biennale des Feuilles est un exemple de mise en désir de l’automne dans le cadre de la ville sensorielle et poétique. Un autre a été mis en place très récemment à Grenoble avec l’initiative qui consiste, dans les files d’attente des services publics, à distribuer dans des bornes dédiées des mini-textes qui permettent aux usagers de lire en patientant. C’est un service qui permet d’améliorer la qualité de cette expérience d’attente.
 

Troisième dimension, la ville servicielle voit ses services être des marqueurs identitaires

 
Le tram Rhône Express qui relie Lyon à son aéroport constitue un service intéressant. Il représente une véritable porte d’entrée dans le territoire. Le prestataire qui a obtenu ce contrat est celui qui proposait non pas l’offre la moins onéreuse, mais au contraire celle qui fournit tout un panel de services qualitatifs. Il permet en outre au Conseil Général de s’afficher et d’être présent à l’esprit des utilisateurs.
 
Les services, publics ou non, sont un élément d’identité d’une ville. Le vaporetto vénitien ou le taxi new-yorkais en sont de très bons exemples. Les services sont des marqueurs identitaires d’une ville.
 
Autre exemple, à Évry, la municipalité a décidé il y a quelques années de reprendre le contrôle sur la gestion de l’eau et d’en faire un élément porteur de son identité d’agglomération. Elle a donc raconté une histoire autour de l’eau, a mis en avant les politiques liées, et en a fait un véritable élément d’identité. Cette notion est importante, pour l’image de la ville auprès de l’extérieur comme pour ses habitants.
 
 
Benoît Mezyronin, Economiste
 
Publié pour Millénaire 3 - 15 octobre 2015
 
 

 

urbanisme

Pourquoi la ville sera servicielle ?

Le service urbain, c'est une rupture. La planification urbaine se réinvente à l'aune de cette révolution. Les injonctions du développement durable, la recherche de productivité des infrastructures existantes, le bouleversement du jeu des acteurs, l'irruption du numérique urbain, les modèles économiques et partenariaux, sont autant de raisons pour que l'architecture des services ne soit pas considérée comme une option ; autant de raisons aussi pour défricher des pistes innovantes et reconsidérer la ville, ses lieux et ses agencements.
 

La maîtrise des usages de la ville

 
La bascule de l'objet au service – qui se dessine par exemple dans l'automobile (autopartage, etc.) –, les réseaux intelligents (les "smart grids" pour une optimisation des productions-consommations d'énergie), les régulations de flux (congestion charge), le quotidien à distance (commerce, travail, formation, santé, etc.), etc. visent tous aujourd'hui une économie des ressources, un apaisement des mobilités. Ils imposent une dialectique entre les infrastructures existantes, l'aire numérique urbaine et les usages. Ce sont les services qui officient.
 
En alternative, en optimisation et en efficience des infrastructures physiques, les services deviennent des évidences qui s'imposent à la ville. Ces évolutions sont drainées par l'ambition – explicite ou sous-jacente – de "maîtrises des usages". Elles appellent une réflexion qui dépasse l'invocation du "service" comme solution ou même l'identification des services comme pistes de réponses. C'est une philosophie de la ville qui se repense. D'où l'importance de revisiter la notion dans le contexte urbain actuel.
 
La dimension industrielle du service
 
L'intensification des usages de la ville et l'innervation considérable des "liens" qu'elle engendre (l'hypertexte de la ville), définissent un métabolisme urbain dominé par les services. Aussi immatériels soient-ils, ils résonnent avec les infrastructures urbaines classiques dont ils contribuent à modifier les mécanismes. Flux d'énergie ou de trafic motorisé sont déjà des secteurs où la démonstration de services urbains se fait laboratoire pour d'autres régulations urbaines.
 
A l'occasion, les services modifient la forme de la ville. Ainsi, les gares cessent de n'être que des marches vers un train pour devenir des lieux de vie adossés à des services, dérogeant à la mission d'origine du lieu. La gare comme lieu d'une mobilité paradoxale, parce qu'elle n'implique plus seulement le mouvement au long cours mais l'hébergement (de gens, de services, de commerces, d'urbanité). On bascule du voyage à l'escale. D'autres lieux sont concernés. A chaque fois, les services sont mobilisés.
 
Les services répondent à une logique de production-distribution concrète. Le service désormais se pense dans sa dimension "industrielle", avec ce que cela implique de transformation dans la planification urbaine : équipement, aménagement de l'espace, logistique, infrastructures numériques, mais aussi ressources humaines, gouvernance, modèle économique, et modèle d'administration entre l'autorité et les opérateurs de la ville (DSP, PPP et autres partenariat innovants) et entre les diverses échelles de territoire.
 
La dimension intelligente de la ville
 
Car ce faisant, les choix urbanistiques changent radicalement de politique dans un contexte d'intégration des "intelligences" et de transformation du jeu des acteurs. L'autonomisation des pratiques du citadin est supportée par la massification des pratiques numériques, tandis que la banalisation des capteurs et des supports de transmission ouvre des horizons inédits de régulation urbaine.
 
 
Donc d'un côté, le citadin s'implique plus et autrement dans la ville. Il en est l'usager et le client mais aussi le concepteur, le fournisseur et l'exploitant d'une matière première désormais incontournable, la donnée, base des services. 
De l'autre, des entreprises relient service et infrastructures dans une vision de productivité et de performance économique qui ne laisse pas les autorités urbaines indifférentes. "De fait, la fabrique de la ville, est devenue plus partenariale". Isabelle Baraud-Serfaty dans la revue Esprit en conclut justement que certaines formes de privatisation des villes se mettent en place, non sans rappeler que cela s'accompagne de questions, de dérives et de risques inédits et que cela suppose de réfléchir à d'autres instruments de partenariat et de financiarisation de ces projets.
 
La dimension "structurante" du service
 
L'intuition du service urbain se fait pressante : "Nous voulons changer le statut de la ville pour qu'elle devienne une cité de services", martelait le commissaire de l'Exposition Universelle de Shanghai. Les infrastructures immatérielles deviennent les supports de la ville, prétendait le designer et urbaniste William Mitchell dans les publications issues des travaux du MIT. Plus proche de nous, Véronique Granger (AUC, Lyon) rappelle que "la notion de services est aussi structurante que la notion d'équipements."
 
En fait, la conviction s'installe que cette notion de service dans la ville sera demain bien plus structurante que cela. Elle amène à repenser la notion d'équipement urbain pour en extraire le maximum de valeur et de bénéfices. Elle revisite dans le même temps la notion d'urbanité, car le jeu des hyperliens – entre les citadins et les objets urbains – est à la base du service.
 
Une société de services. Une cité servicielle
 
D'une manière générale, la société est entrée inexorablement dans un modèle de services. Les services dans l'économie ont supplanté les productions agricoles et industrielles. Les services, ce sont quelques 65% des budgets des ménages, quelques 75% des emplois, quelques 80% du PIB, quelques 85% de la croissance, en France aujourd'hui. Dans ce modèle de service, l'homme et ses "intelligences" prévalent.
 
Si le modèle de l'infrastructure perdure, on ne voit pas pourquoi la ville échapperait à cette lame de fond. Il faut se mettre en posture de réfléchir à la cité servicielle. Trois raisons au moins militent pour cette rupture de paradigme :
 
1) Les limites atteintes des croissances "physiques" (extensions urbaines, écartèlement croissant domicile-travail, etc.), les limites budgétaires, les crispations environnementales…, encouragent la mutation servicielle et sont autant d'incitations au changement. Les solutions sont ailleurs et en plus du classique aménagement urbain.
2) Nous sommes passés d'un paradigme de l'offre à celui de la demande, sans en mesurer les conséquences. Au schéma descendant et univoque – l'administration savait ce qui était bon pour l'usager – s'ajoute une voie montant des usagers eux-mêmes. On leur demande d'être autonome, il faut leur donner les outils d'empowerment (maîtrise par soi-même) qui vont avec.
3) La maturité de l'aire numérique urbaine (terminaux, capteurs, réseaux, applications sont en place) et des usages, assure les fondements des services et le cadre du changement. Reste à développer le carburant de ces services, la "donnée" ; sans laquelle rien d'important ne peut s'envisager dans les services urbains.
 
Les mobilités façonnent un "urbanisme intensif"
 
Le point focal de la réflexion sur les services urbains se trouve dans les mobilités. D'abord, en travaillant les infrastructures dans une dimension servicielle. Ainsi, de la voiture dont on améliore le taux d'occupation avec le covoiturage, le taux d'usage avec l'autopartage ou le taux d'utilisation en articulant la voiture avec les autres modes (l'intermodalité vise à améliorer le parcours dans une construction complexe et rationnalise les usages des divers modes). Le résultat, dans tous les cas, c'est plus ou autant avec moins.
 
© Eric Rhinn - Projet de cabine du téléphérique de Brest dessiné par Eric Rhinn
 
Mais encore, il faut entendre les mobilités au-delà du déplacement et des transports, comme d'autres formes d’accès aux ressources de la ville (travailler au bureau, mais aussi de chez soi, de la gare, du télécentre, du café…; idem pour les sociabilités à distance, les achats et demain pour la vidéoformation, la télésanté, etc.). Donc à la mobilité physique s'ajoute une mobilité numérique, aux déplacements s'ajoute le "à distance", et les modes de transports se voient proposer des alternatives et des compléments avec les outils du numériques.
 
Dès lors, la mobilité actuelle découvre un "urbanisme intensif" pour le meilleur et le pire, avec ses bénéfices, ses dérives et ses excès. Cette mobilité – plus dense, plus active, plus dispersée dans l'espace et le temps – conduit à d'autres rapports à la ville. Elle "fabrique" d'autres attentes à transformer en usages et façonne des passages et des continuités qui s'imposent à la ville. La préoccupation du citadin va être de trouver la solution la plus pertinente, en fonction de sa situation de mobilité, de l'organisation du quotidien, des opportunités, etc. C'est cela qui se travaille d'ores et déjà avec une multiplicité d'outils logiciels animés par les usagers eux-mêmes (Open Street Map, Walkscore, Foursquare, etc.) qui apparaissent spontanément dans la ville 2.0, comme ils étaient apparus – pour les mêmes raisons, et dans les mêmes conditions – sur le net avec le Web 2.0.
 

Mobilités. Dérives et pistes de réponse

 
Henri Lefebvre parlait de "faillite de l'urbanisme" à propos des cloisonnements urbains et des espaces spécialisés ("l'espace spécialisé est un espace mort", disait-il à propos des bureaux). Une autre urbaniste, Jane Jacobs pour sa part pestait autant contre le fonctionnalisme que contre une gouvernance verticale et univoque. Les mobilités ont contribué à accentuer ces constats et à souligner combien les flexibilités sont des gisements de transformation de la ville et des sources de productivités. Les services sont là pour optimiser les flux mais ils sont aussi largement là pour réaménager l'espace et le temps des villes et refonder leurs urbanités.
 
Les extensions du domaine des mobilités
 
Paradoxe, la mobilité trouve ses limites dans les transports eux-mêmes : des déplacements trop motorisés, trop longs, trop chers, trop chronophages, trop envahissants de l'espace public, trop polluants… ne sont plus la solution aux mobilités, en tout cas plus la seule.
 
Les mobilités sont inflationnistes (le Grand Lyon planifie un doublement du trafic d'ici 2025) en même temps que s'éparpillent nos azimuts du quotidien, avec leur lot de conséquences pour le citadin. A partir de ces constats, et considérant que les mobilités restent le socle de la vie urbaine, on peut imaginer travailler sur plusieurs registres :
-    Comment fluidifier les déplacements ? c'est-à-dire agir sur les congestions et sur les correspondances
-    Comment les relier aux ressources de la ville ? c'est-à-dire inscrire les ressources sur le parcours naturel des citadins, sur les nouvelles attractions (gares, stations de mobilité… et nouveaux hubs à imaginer)
-    Comment réduire en amont la demande ? voir ci-dessous le "quotidien à distance"
-    Comment transformer la qualité des mobilités ? c'est-à-dire réduire les mobilités subies (les deux heures de commuting quotidien pour beaucoup) pour consolider en revanche les mobilités choisies (les déplacements de loisir, de sociabilité, de détente).
 
Mobilité choisie versus mobilité subie
 
En effet, la mobilité a cru trouver sa réponse dans l'extension et l'intégration de l'offre de transport. On savait déjà que l'artificialisation du territoire se faisait au rythme d'un département tous les sept ans, mais cette inflation du macadam et du béton produit une curiosité que l'Insee livre ces jours derniers. Au-delà de l'urbanisation accélérée du territoire, la densité de population diminue depuis la fin des années 1960. On comptait 600 hab/km2 jusqu'en 1962. Elle était de 400h/m² en moyenne dans l'espace urbain en 1999. Et sans doute encore moins aujourd'hui, douze ans après puisque rien n'a été fait au niveau institutionnel pour casser cette logique centrifuge perverse. Moralité, La France continue de s'urbaniser à grande vitesse, mais elle le fait en se dédensifiant de manière accélérée et en accélérant la croissance des trafics au-delà de la croissance démographique.
 
Il n'est pas besoin d'être grand clerc pour comprendre que l’étalement urbain est le moteur de plus de déplacements motorisés et d'une difficulté accrue d'administrer les flux.
 
Mobilité désirable et ville vivable
 
Trop de déplacements tue la mobilité et appelle d'autres équilibres : une ville marchable, une ville cyclable, une ville des courtes distances, une ville des proximités, bref une ville vivable et ce faisant durable. La ville mobile multiplie les choix (par le truchement des applications numériques), s'ouvre à des solutions de partage (partage de la voiture, des vélos, des taxis, mais aussi partage des réseaux wifi, voire encore d'autres communalités), à des hubs inédits (des tiers-lieux qui hébergent transport, correspondances, consignes de commande à distance, espaces éphémères de travail, lieux de sociabilité, etc.). C'est une ville apaisée car elle favorise les proximités, les lenteurs, donc les rencontres, bref une nouvelle urbanité.
 
"Mobilité désirable", "ville vivable", ce n'est pas loin non plus des écoquartiers. Cette sémantique assez heureuse n'aurait-elle pas un arrière-goût d'angélique ? Mais le goût d'angélique peut aussi franchement disparaître quand on voit les audaces de certains. A New York City, Janette Sadi-Khan est transportation commissioner, c'est-à-dire en quelque sorte la ministre des transports de Monsieur Bloomberg. A la barbe des automobilistes, et même des taxis, elle a matérialisé sur l'axe de Broadway en moins de trois ans le concept de livable city : plus de marcheurs et plus de place marchable et plus de marchabilité et idem pour le vélo avec des pistes cyclables protégés qui font le fureur des automobilistes. Et c'est spectaculaire dans la transformation de la ville.
 
Epouser les nouvelles mobilités
 
Autre réponse. L'offre urbaine s'est complexifiée pour s'adapter : aux configurations spatiales (le mode pertinent dans le territoire – ex. l'auto ou le covoiturage là où le transport public ne sait répondre), temporelles (la nuit, les week-end, les fréquences, les horaires et les correspondances mais aussi les friches temporelles comme Paris Plage ou les voies sur berges sans voiture le dimanche, etc.), et logistiques (hubs et réseaux).
 
 
Ce faisant, plus de choix, plus de ressources, dans des combinaisons les plus improbables, c'est du service, mais c'est aussi plus de complexité ! Il faut que ces palettes de réponses soient identifiées et connues par les usagers, qu'elles soient circonstanciées, enrichies, actualisées en continu. Comment faire en sorte que ces ressources soient reliées entre elles au moment des correspondances (multimodalité, intermodalité) et soient facilitées lors des transactions (des tarifications intégrées, des supports monétiques sans contact, des passes de ville ?).
 
 
Bruno Marzloff, Sociologue - Sept. 2011
Publié pour Millénaire 3 / Groupe Chronos 
 
 

 

lumières de l'innovation

Les lumières de l’innovation 2016, le concours du futur de l'artisanat du bâtiment

En juin dernier, la Capeb (Confédération de l'Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment) lançait la 4e édition de son concours « Les lumières de l’innovation ». En ce début d’année 2016, l’organisme rappelle qu’il ne reste qu’un mois avant la clôture définitive des inscriptions. Les artisans sont ainsi invités à « sortir de l’ombre » en participant à ce concours afin de valoriser la créativité du secteur. Avec ce trophée, la Capeb met à l’honneur l’innovation dans les métiers de l’artisanat du Bâtiment.
 
« Tous les artisans innovent et réinventent les pratiques, les produits et les services de notre secteur » déclare Patrick Liébus, président de la Confédération de l’Artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb). 
 
Et c’est justement pour valoriser la créativité de l’artisanat du bâtiment que la Capeb a mis en place « Les Lumières de l’innovation », un concours dirigé aux artisans et chefs d’entreprises artisanales, mais aussi aux fabricants, industriels, prestataires et autres organismes faisant de l’innovation « une stratégie d’entreprise pour bâtir le futur de l’artisanat du Bâtiment ».
 
La 4e édition du concours a été lancée en juin dernier et devrait rencontrer un franc succès à l’image des éditions précédentes. Cette année, deux catégories sont ouvertes : « Démarches » et « Produits et services destinés aux entreprises ». 
 
La catégorie « Démarches » récompense les artisans qui réalisent des innovations dans leur organisation, leur communication, leurs démarches commerciales ou leurs offres. 
« Produits et services destinés aux entreprises » s’adressent aux prestataires, fabricants ou industriels développant des produits ou services novateurs répondant aux besoins des entreprises artisanales. 
 
Les candidats ont jusqu’au 31 janvier pour envoyer leur candidature. Les vainqueurs seront révélés lors des Journées de la construction de la Capeb qui se tiendront du 20 au 22 avril prochain à Paris. Ils seront désignés par un jury composé d’ingénieurs, d’experts techniques et de spécialistes de l’innovation et de l’artisanat. 
Les lauréats des deux catégories bénéficieront d’un plan de promotion de leurs innovations au sein de la filière ; de plus, le gagnant de la catégorie « Démarches » remportera la somme de 5 000 euros. 
 
 
« C’est un réel plaisir de découvrir chaque année de nouvelles inventions car cela démontre bien que, malgré la crise, le secteur du Bâtiment reste créatif et aspire au changement. Le but est donc de valoriser et de récompenser les artisans du Bâtiment souhaitant réinventer chaque jour leur métier en se préoccupant des problématiques actuelles du secteur, sans oublier les autres acteurs de la filière qui souhaitent nous accompagner dans cette logique » commente Patrick Liébus, Président de la Capeb.
 
L’an dernier, la Capeb avait récompensé Edma S.A.S pour sa sertisseuse automatique « plug and play » qui s’adapte à toutes les perceuses et visseuses dans la catégorie « Produits et services destinés aux entreprises », et Ze Plombier pour l’originalité de son service de plomberie par vélo transporteur dans la catégorie « Démarches ». 
Ces projets avaient séduit le jury car source « d’influence positive sur les autres entreprises artisanales du Bâtiment. Nous souhaitons encourager toutes les entreprises du bâtiment à s’impliquer elles aussi et inventer de nouveaux projets », déclare Sabine Basili, Vice-présidente de la Capeb et présidente du jury. 
 
Innover face à un monde qui évolue
 
 
 
 
"Face à la crise, les artisans du bâtiment doivent relever de nombreux défis : être qualifiés pour s'adapter aux nouveaux marchés, formés pour la rénovation énergétique ainsi qu'être capables de développer leur offre commerciale… autant de projets que nous cherchons à mettre en valeur dans le cadre du concours. Pour récompenser ceux qui s'impliquent dans de nouvelles voies et inspirer les autres ! ", déclare aussi Patrick Liébus.
 
 
La crise dans le secteur du bâtiment dure depuis presque huit ans. Les prévisions de la Fédération française du bâtiment (FFB), annoncées en mars 2015, étaient plutôt moroses. Après un recul de l’activité de 5,1 % en 2014, soit de 20 % depuis 2008, elle s’attend à un nouveau repli de 1,5 % et redoute la disparition de 30 000 emplois, qui s’ajoutent aux 28 700 perdus en 2014, sur un effectif global de 1,1 million de salariés.
Les artisans, réunis au sein de Capeb ont tiré la sonnette d’alarme et ont demandé, entre autres, la prolongation du CITE (Crédit d’impôt pour la Transition énergétique) jusqu’en 2017. « L’artisanat du bâtiment a perdu des emplois, au rythme de 30 par jour, en 2014. Nos carnets de commandes sont vides. En ce moment difficile, nous avons besoin d’un engagement fort de l’Etat, notamment de contrôles contre la concurrence déloyale », plaidait Patrick Liébus.
 
Il faut donc grand temps que le secteur reparte à la hausse. Tous les espoirs se tournent vers la réhabilitation des bâtiments, notamment la rénovation énergétique que le gouvernement encourage avec des mesures sans précédent : l’éco-prêt à taux zéro, la TVA à 5,5 % et le crédit d’impôt pour la transition énergétique (CITE), de 30 % des dépenses (plafonnées à 16 000 euros pour un couple), programmé pour la seule année 2015.
Mais aussi avec la construction écologique et l'après COP21. Et les enjeux climatiques auront été omniprésents au dernier salon Batimat de novembre 2015 avec au programme la révolution numérique dans le bâtiment, l'efficacité et la performance énergétiques, la maison et la ville connectées. Cela montre à quel point les acteurs de la construction, notamment français, auront un rôle majeur à jouer dans les différentes politiques environnementales à venir.
Ce concours "Les lumières de l'innovation" est donc d'une actualité majeure pour faire bouger les choses dans la profession : Valoriser, développer, diffuser l’innovation pour bâtir le futur. 
 
 
Plus d’informations sur www.capeb.fr/concours-lumieres-innovation/

Enquête mensuelle INSEE de conjoncture dans l'industrie du bâtiment – Décembre 2015

Article La Tribune "Le bâtiment écologique va-t-il faire sortir le BTP de la crise ?" Novembre 2015

 

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