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réalité augmentée

Réalité augmentée : encore trop d'incertitudes !

La prise de conscience de la réalité augmentée (RA) connaît un développement rapide cette année avec la popularité du jeu Pokémon Go, dont de nombreuses organisations ont su tirer parti pour attirer leurs clients. Toutefois une nouvelle étude de l'association ISACA sur les technologies commerciales mondiales et la cybersécurité montre que les organisations européennes hésitent toujours à y recourir à des fins commerciales. Seuls 19 % des 1 651 professionnels européens sondés sont convaincus que les avantages de la RA l'emportent sur ses risques, la majorité demeurant dans l'incertitude à ce sujet.
 
« Nous nous attendons à une évolution de ces chiffres dans un avenir proche car les entreprises commencent à voir que la RA est une technologie intéressante qui produit des résultats commerciaux positifs, notamment dans l'amélioration de la formation, de l'éducation, du marketing et de l'expérience clientèle », a déclaré Rob Clyde, directeur du conseil d'administration de l'ISACA, association internationale regroupant plus de 140 000 professionnels de la sécurité, de l'assurance, du risque et de la gouvernance TI,  et conseiller de la haute direction chez BullGuard Software.
 
Pour l'instant, les questions de sécurité sont parmi les principaux obstacles à l'adoption de la RA, ainsi que des inquiétudes au sujet du rendement de cet investissement. Les résultats de l'enquête ont également montré que :
- 63 % des professionnels sondés dans le monde n'ont pas de politique concernant l'usage des applications RA en milieu de travail. Leur nombre passe à 70 % en Europe, et un autre groupe représentant 15 % des sondés européens ne savant pas si de telles politiques sont en place.
- 18 % des professionnels européens des technologies de l'information ont utilisé la RA en dehors du travail.
- 87 % des professionnels européens pensent que les internautes doivent être informés des risques en matière de confidentialité liés à la réalité augmentée, et 86 % pensent que les organisations devraient s'inquiéter des risques de confidentialité associés à cette technologie.
 
Même les organisations qui n'utilisent pas activement la RA devraient la surveiller, déclare M. Clyde. Les applications de graffiti virtuels qui utilisent la technologie RA pourraient dégrader les façades des immeubles, des monuments et d'autres surfaces avec des images négatives non autorisées. Si la majorité des sondés estiment que leur milieu de travail est vulnérable aux attaques de « graffiti virtuels », seulement 4 % des organisations européennes ont mis un programme en place pour les surveiller. Par ailleurs, seuls 20 % des professionnels sondés estiment que leur organisation dispose de moyens pour détecter les messages, images ou vidéos postés publiquement sur les réseaux sociaux géobalisés sur leur entreprise et susceptibles d'apparaître dans les applications de réalité augmentée qui regroupent ces informations.
 
Le baromètre annuel des risques/avantages TI de l'ISACA sonde des milliers de professionnels et de consommateurs de TI et de cybersécurité du monde entier pour révéler les attitudes et les comportements liés aux technologies et aux informations essentielles, et les compromis que les organisations et les consommateurs doivent envisager en évaluant à la fois ses avantages et ses menaces potentielles. L'étude de marché menée cette année dans cinq pays, aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Australie, en Inde et à Singapour, concernait les dispositifs connectés IoT et ceux optimisés par la RA.
 
Plus de trois consommateurs sur quatre dans chaque région sondée s'inquiètent que ces optimisations pourraient rendre leurs dispositifs plus vulnérables à une violation de la confidentialité.
 
Bien que la plupart des sondés aient communiqué une faible confiance dans leur connaissance de la technologie RA, la prise de conscience quant à ses bénéfices potentiels s'accentue. Un pourcentage significatif des sondés européens pensent que la technologie optimisée par la RA serait bénéfique dans un certain nombre de secteurs, tels que le divertissement (66 %), l'éducation (61 %), le marketing et les médias (59 %).
 
63 % des internautes britanniques estiment que les formations en milieu de travail s'appuyant sur la RA les aideraient dans l'exécution de leurs tâches, et 62 % pensent que les guides de formation optimisés par la RA seraient utiles dans leur vie quotidienne.
 
Le potentiel élevé de la RA est évident. Une estimation récente de Goldman Sachs prévoit que le marché matériel et logiciel lié à la réalité augmentée et à la réalité virtuelle représentera plus de 65 milliards £ d'ici 2025.*
 
Pour aider les organisations à surmonter les obstacles dans l'adoption de la RA et concrétiser ses avantages commerciaux, l'ISACA donne les recommandations suivantes :
 
- Étendre la surveillance des réseaux sociaux aux plateformes de RA. Tirer parti des politiques et de la surveillance des réseaux sociaux et les étendre aux plateformes de réalité augmentée.
- Envisager dans quels domaines la RA améliore l'activité économique de l'entreprise. La formation, les diagnostics et le marketing sont trois domaines dont le potentiel est particulièrement important.
- Réviser le cadre de gouvernance de l'entreprise et mettre à jour ses politiques. Intégrer l'utilisation de la RA à l'activité dans le cadre des procédures et des politiques organisationnelles, y compris BYOD (apportez votre propre matériel) et les politiques en matière de confidentialité.
- Instaurer la sécurité à chaque étape du processus. La sécurité est un élément crucial des initiatives de RA qui contribue à inspirer la confiance dans les données.
 
« Les entreprises doivent continuer à travailler sur leur agilité et sur l'application de mesures efficaces en matière de gouvernance, de sécurité et de gestion des risques pour exploiter pleinement les bénéfices de ces progrès technologiques. La surveillance proactive des activités malveillantes telles que les graffiti virtuels et les violations des données est cruciale pour permettre aux entreprises de tirer la plus-value des nouvelles technologies tout en atténuant les risques », a déclaré Christos Dimitriadis, Ph.D. CISA, CISM, CRISC, président du conseil d'administration de l'ISACA et directeur du groupe de sécurité de l'information chez INTRALOT.
 
Pour découvrir les résultats de l'enquête mondiale, ainsi que les analyses d'experts et les graphiques apparentés, consulter : www.isaca.org/risk-reward-barometer
 
 
*  « Virtual & Augmented Reality: Understanding the Race for the Next Computing Platform », 13 janvier 2016, Goldman Sachs.
 
À propos du baromètre 2016 des risques/avantages TI de l'ISACA
 
Le baromètre des risques/avantages TI annuel est un indicateur de confiance global dans l'information. Réalisé par l'ISACA, une, le baromètre sonde des milliers d'entreprises, de consommateurs et de professionnels des technologies de l'information dans le monde pour révéler les attitudes et les comportements liés aux technologies et aux informations essentielles, et les compromis qu'ils doivent envisager en évaluant les risques et les avantages. L'étude est fondée sur une enquête en ligne menée entre le 19 et le 29 septembre 2016 sur 6 591 membres de l'ISACA dans 140 pays. D'autres enquêtes en ligne ont été réalisées par M/A/R/C Research sur 1 230 consommateurs aux États-Unis, 1 000 consommateurs au Royaume-Uni, 1 000 consommateurs en Australie, 1 001 consommateurs en Inde et 1 000 consommateurs à Singapour. L'enquête américaine s'est déroulée du 6 au 8 août 2016, et les enquêtes au Royaume-Uni, en Australie, en Inde et à Singapour entre le 12 et le 23 août 2016. Avec un intervalle de confiance à 95 %, la marge d'erreur pour chaque pays particulier était de +/- 3,1 %.
 
Source : Business Wire – 14/11/2016 
 

 

tasse café

Vous avez une cafetière connectée ? Elle est peut-être en train d’attaquer Internet.

Vendredi 21 octobre, les plus grands sites du monde comme Twitter, Paypal, Spotify, Netflix, Amazon, Airbnb et des médias de premier plan comme The Guardian, CNN, le New York Times, le Financial Times ou encore le Boston Globe, ont été les victimes d’une cyberattaque d’une ampleur sans précédent. Pour les spécialistes de sécurité informatique, cette attaque n’est qu’un début. Il est vraisemblable qu’elle pourrait se répéter pour impacter des pays entiers voire le web dans sa totalité. En cause ? Les objets connectés par milliards qui peuplent notre quotidien.
 
S’il y a une chose que les techno-nuls doivent retenir de la cyberattaque qui a ébranlé vendredi plusieurs des plus gros sites d’Internet, c’est qu’une cafetière, un grille-pain ou un thermostat connecté est maintenant capable d’attaquer un réseau informatique... conçu à l’origine pour résister à une attaque nucléaire.
 
Le ou les pirates à l'origine de l’attaque de vendredi auraient en effet utilisé des centaines de milliers d’appareils tels que des caméras de surveillance, des imprimantes ou des enregistreurs numériques, et peut-être même des grille-pains, des bouilloires, des réfrigérateurs, des machines à café, du moins ceux qui ont en commun d’être connectés à Internet. Bienvenue dans le côté sombre de « l’internet des objets ».
D’aucuns ont déjà commencé à blâmer les compagnies, toujours désireuses d’ajouter de nouveaux gadgets à leur appareil afin d’en promouvoir la nouvelle version : des millions de consommateurs ont ainsi voulu d’un frigo, d’un four ou d’une machine à café connectés à Internet.
 
Mais, alors que ces mêmes consommateurs devenaient de plus en plus conscients que leur ordinateur et leur téléphone étaient vulnérables à des espions ou au piratage, peu d’entre eux se sont inquiétés du four ou du réfrigérateur. À l’été 2015, les revues d’informatique ont fait grand cas des hackers qui, dans le cadre d’une expérience organisée pour tester les vulnérabilités, étaient parvenus à obtenir les informations Gmail des usagers d’un réfrigérateur Samsung. C’était un premier signal d’alarme pour « l’Internet des objets » qui fut suivi de plusieurs autres.
 
En septembre dernier, l’expert en sécurité informatique Bruce Schneier ne se contentait plus d’un signal d’alarme, mais écrivait qu’une cyberattaque massive avait déjà commencé.
 
Le principe de toute attaque de ce genre n’a rien d’inédit : depuis longtemps, les pirates utilisent des ordinateurs, qu’ils ont infectés à l’insu de leurs utilisateurs, pour envoyer des milliards de demandes vers une cible, afin de la mettre hors-jeu. Mais ils ont à présent à leur disposition beaucoup plus de joujoux pour lancer de telles attaques, ce qui laisse croire que cette attaque ne sera pas la dernière.
 
Les experts ont identifié dès vendredi un logiciel malveillant, appelé Mirai, qui a apparemment infecté des millions d'appareils numériques d’une compagnie chinoise.
 
En théorie, les fournisseurs de services Internet pourraient mieux gérer le trafic qui entre ou passe par chez eux pour empêcher des flux suspects comme celui de vendredi. Ou bien les gouvernements pourraient les obliger à le faire. Ou bien les compagnies, qui sont en train de submerger le marché d’objets connectés, pourraient rehausser la sécurité de leurs appareils. Là encore, les gouvernements pourraient les obliger à le faire, par un système d’étiquetage par exemple. L’expérience des vingt dernières années démontre toutefois qu'il peut être difficile de convaincre toute une industrie — et 200 gouvernements — de s’entendre sur des normes de sécurité communes.
 
Enfin, au bout de la chaîne, le maillon faible restera toujours l’acheteur de la cafetière…
 
 

 

planète Mars

Des Américains sur Mars en 2030 ?

Selon l’Agence Science-Presse, une déclaration du président Obama, la semaine dernière, a fait sauter de joie les amateurs d’exploration spatiale : la perspective d’une première mission habitée vers Mars d’ici 2030. Mais dans les faits, la NASA n’est pas tout à fait sur la bonne voie.
 
C’est que, ces dernières années, les coupes budgétaires de l’agence spatiale américaine ont visé entre autres... les missions vers Mars. Dont, ironiquement, le projet ExoMars, une sonde spatiale conjointe avec l’agence spatiale européenne... que les Européens ont poursuivi seuls et qui est arrivée en orbite martienne dimanche dernier.
 
Tout n’a pas été coupé : le vieux projet, qui remonte au temps de George W. Bush, d’une nouvelle fusée assez puissante pour lancer les futurs astronautes vers Mars (Space Launch System), continue d’avancer vers ses premiers tests, prévus pour 2018. Mais depuis l’époque Bush, le contexte, lui, a changé : les compagnies privées (SpaceX, Blue Origin) ont tant et si bien progressé, que plusieurs observateurs se demandent si la NASA ne devrait pas abandonner le Space Launch System au secteur privé pour concentrer ses énergies ailleurs.
 
Dans son texte, paru sur le site de la chaîne de télé CNN, le président Obama rappelle les émotions laissées sur l’enfant qu’il était alors, par les lancements de fusées lunaires et le retour des astronautes à Hawaï, où il vivait. Et il en appelle à rêver aujourd’hui plus loin : « envoyer des humains sur Mars d’ici 2030 et les ramener sur Terre sains et sauf, avec l’ambition ultime, un jour, de demeurer longtemps sur Mars ».
 
Se rendre sur Mars nécessitera une coopération continue entre les gouvernements et les innovateurs privés et nous sommes déjà sur la bonne voie. Dans les deux prochaines années, des compagnies privées enverront pour la première fois des astronautes sur la station spatiale internationale. Prochaine étape : se rendre au-delà des limites de l’orbite terrestre. Je suis heureux d’annoncer que nous travaillons avec nos partenaires commerciaux pour construire de nouveaux habitats qui peuvent soutenir et transporter des astronautes pour une mission de longue durée dans l’espace.
Son message, complété par un texte plus substantiel du directeur de la NASA Charles Bolden et du scientifique en chef de la Maison-Blanche John Holdren, est clair : au contraire des missions lunaires des années 1960 qui dépendaient entièrement du financement gouvernemental, le secteur privé aura un rôle à jouer, et cette publication coïncidait avec la tenue d’un congrès d’ingénieurs, de scientifiques et d’étudiants, réunis le 13 octobre à Pittsburgh sous l’égide de la Maison-Blanche (White House Frontiers Conference). Mais même cette concertation public-privé ne convainc pas la journaliste Marina Koren dans The Atlantic, son collègue Eric Berger dans Ars Technica, leurs collègues du New York Times, ou encore l’astronome blogueur Phil Plait, qui pointent tous une contradiction : une mission vers Mars reste officiellement en tête des priorités depuis 2010, mais les budgets n’ont pas suivi et les projets associés manquent de cohérence.
 
Une équipe du Jet Propulsion Laboratory de la NASA avait présenté l’an dernier un plan à long terme qui permettrait à la NASA d’envoyer une première mission en orbite martienne dans les années 2030 avec son budget actuel — mais uniquement en orbite, sans atterrissage.
 
À moins qu’un investisseur privé n’y arrive avant tout le monde ? Le milliardaire Elon Musk a en effet présenté en fanfare, le mois dernier, le projet d’une fusée géante capable de transporter 100 personnes sur Mars, dès 2024. Mais son calendrier optimiste n’a pas convaincu beaucoup d’experts.
 
Et même avec Elon Musk, on se heurte encore une fois à une question d’argent : Musk compte sur des philanthropes comme lui pour financer son mégaprojet, parce que pour l’instant, aucune compagnie ne semble croire à la possibilité de « rentabiliser » un tel voyage. Certes, l’exploitation minière de la planète rouge serait plausible, mais les coûts de transport pour ramener les minerais sur Terre seraient... astronomiques.
(Source : Science presse - 17 octobre 2016)
 

 

Agromine

Produire du métal à partir des plantes, c'est possible

Le développement de l’économie mondiale entraîne une demande toujours croissante en métaux dits « stratégiques ». On désigne ainsi des métaux dont les quantités nécessaires à l’approvisionnement de l’industrie sont colossales – c’est notamment le cas du nickel – ou bien encore des métaux possédant des propriétés essentielles aux nouvelles technologies, mais dont la ressource est soit très limitée ou très localisée (on pense ici aux « terres rares »).

Aujourd’hui, les gisements les plus riches et les plus concentrés ont été épuisés pour nombre de métaux et sont remplacés par des gisements plus vastes aux teneurs plus faibles, à l’image du cuivre. Par exemple, certains des minerais excavés et traités pour l’extraction du nickel ne contiennent même pas 1 % de métal !

À l’avenir, l’industrie minérale ne pourra donc pas se passer de ressources dites « secondaires », obtenues grâce au recyclage des gisements de déchets urbains, à l’utilisation et à la réutilisation des minerais à basse teneur ou des stériles miniers.

Des exploitations géantes et perturbantes

Ces dernières années, l’exploitation de réserves moins concentrées a ainsi nécessité l’ouverture de gigantesques mines à ciel ouvert. En Nouvelle-Calédonie, pour extraire le nickel, ce sont des milliers d’hectares de sols latéritiques qui sont systématiquement décapés. Ces terres, qui mettent des millions d’années à se former, correspondent au terme ultime de l’évolution des sols en milieu tropical humide.

 

Des terrains décapés, ici en Indonésie, à la suite de l’exploitation des mines de nickel. Guillaume Echevarria, Author provided

Or ces régions représentent des réservoirs uniques de biodiversité, et l’exploitation du nickel latéritique affecte ces écosystèmes sur une grande échelle. Ces derniers disparaissent et sont remplacés par des terrils sur lesquels ruissellent les eaux de pluie. La végétation peine à se réinstaller sur ces milieux.

La fin de l’exploitation de telles mines doit aujourd’hui s’accompagner d’une stratégie de restauration des écosystèmes. Il s’agit de réinstaller la biodiversité initiale sur ces espaces dégradés, remodelés et composés de roches et de matériaux stériles.

Les plantes hyperaccumulatrices de métaux peuvent servir de tels objectifs.

Ces plantes pourraient également permettre la récupération de métaux contenus dans les stériles miniers ou dans les zones minéralisées à très faible teneur en métaux stratégiques, non exploitables par les procédés miniers classiques.

Comment les plantes accumulent les métaux

 

La plante hyperaccumulatrice Alyssum murale qu’on trouve notamment en Albanie. Guillaume Echevarria, Author provided

L’hyperaccumulation est le fruit d’une adaptation génétique de la plante à des environnements fortement minéralisés ; cela se traduit par une forte concentration des métaux dans les parties aériennes (feuilles, tiges, fleurs, fruits) après les avoir activement puisés dans le sol par les racines.

Pour ces plantes hyperaccumulatrices, les métaux font partie des éléments minéraux majeurs au même titre que les éléments essentiels comme l’azote, le phosphore et le potassium.

Cette accumulation dans les parties aériennes atteint en général 100 fois celles des végétaux non accumulateurs poussant sur les mêmes sols. Ce phénomène extraordinaire a déjà été rapporté pour plus de 20 éléments différents (aluminium, cadmium, cobalt, manganèse, nickel, zinc, terres rares…) et pour une diversité de familles botaniques et de genres regroupant pratiquement 1 000 espèces connues à ce jour.

Cultiver l’hyperaccumulation

L’agromine désigne la culture de ces plantes hyperaccumulatrices sur des sols naturellement minéralisés ou sur des terrains abandonnés par l’exploitation minière.

Le but consiste à produire de la matière végétale (la biomasse) utilisable comme source d’énergie et de métaux stratégiques pour l’industrie. Les métaux contenus dans les plantes sont séparés et purifiés pour produire ultérieurement des sels à haute valeur ajoutée.

 

Les différentes étapes de l’agromine, ici avec la plante Alyssum murale qu’on trouve notamment en Albanie. Baptiste Laubie, Author provided

Cette technique, née à la fin des années 1980 a été mise au point au début des années 1990 par le département d’agriculture des États-Unis, l’université de Lorraine et l’université agricole de Tirana. Après plus de vingt années de recherches, la technologie est enfin prête pour certaines ressources, comme le nickel.

Un réseau européen – qui met en œuvre cette technologie en Albanie, en Autriche, en Espagne, en France et en Grèce – a vu le jour. Il s’appuie sur plusieurs projets de recherche pluripartenaires financés par l’Union européenne et l’Agence nationale pour la recherche (France).

Développer des procédés innovants

La seconde étape stratégique pour le développement de l’agromine a pour objectif la mise au point de procédés innovants pour valoriser la biomasse des plantes produites. La valorisation énergétique de cette biomasse permet, d’une part, la récupération d’énergie par combustion. D’autre part, les cendres produites après combustion constituent le minerai de nickel le plus riche existant actuellement sur le marché (10 à 20 % de Ni).

Nous avons développé en Lorraine et en Australie des procédés métallurgiques adaptés qui permettent d’ores et déjà de produire des sels purs de Ni (Sulfate double d’ammonium et de nickel, pureté > 99,5 %).

En Europe, il existe des milliers de km2 de sols ultramafiques, milieux naturellement bien pourvus en nickel, qui peuvent faire l’objet de l’agromine. Ils sont également le siège d’une biodiversité qui constitue un patrimoine naturel unique, comme c’est le cas dans les Balkans.

 

Les Balkans, une région riche en sols ultramafiques. Guillaume Echevarria, Author provided

L’activité agricole dans ces régions est difficile en raison des contraintes particulières qu’imposent ces sols (faible fertilité, toxicité liée au nickel) et les revenus des agriculteurs sont très faibles. L’agromine représente ici une alternative pour ces terres et les agriculteurs ont la possibilité de modifier leur système de culture en y introduisant une culture de vente très rentable.

L’agromine s’inscrit donc dans une démarche à long terme de réhabilitation de ces terres dévastées, tout en ouvrant de nouvelles perspectives dans la production et le recyclage de métaux stratégiques.

Guillaume Echevarria, Professeur en biogéochimie des sols, expert en agromine, Laboratoire Sols et Environnement INRA-, Université de Lorraine; Antony van der Ent, Chercheur à l’University of Queensland, Sustainable Minerals Institute - Chercheur invité au Laboratoire sols et environnement, INRA,; Jean-Louis Morel, Professeur de Biologie pour l'Environnement, Laboratoire sols et environnement, Université de Lorraine, INRA, et Marie-Odile Simonnot, Professeure en Génie des Procédés, EEIGM, Laboratoire Réactions et Génie des Procédés, CNRS-Université de Lorraine

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

The Conversation

 

industrie 4.0

L'industrie 4.0 en expérimentation à Saclay

Un centre d’expérimentation de l’industrie 4.0 se lance sur le plateau de Saclay : Robots collaboratifs, impression 3D, réalité augmentée, big data… L’industrie 4.0 est porteuse d’une révolution industrielle de grande ampleur. Objectif : permettre aux industriels de concrétiser et d’accélérer leur transformation, cette usine pilote permettant de présenter et d’expérimenter sur des lignes de production réelles les technologies et les savoir-faire de l’industrie 4.0.

Une usine pilote pour accélérer la transformation de l’industrie française vers l’industrie 4.0

L’Innovation Center for Operations (ICO) est une usine pilote dont l'objectif est d'accélérer la transformation digitale des grands industriels.
Conçu, réalisé et piloté par le Boston Consulting Group (BCG), l’ICO, implanté à 30 minutes de Paris sur le plateau de Saclay sur 1200 m2, vient d'être inauguré cette semaine. Avec des lignes de production grandeur nature, le centre permet d’étudier très concrètement l’impact des nouvelles technologies de production sur la performance des opérations (coût de production, productivité, consommation énergétique, …).
 
Pour Olivier Scalabre, Directeur Associé Senior au BCG et responsable de l’expertise Opération pour l’Europe, « la décision d’implanter ce centre en France répond à une conviction forte : dans les prochaines années, l’industrie 4.0 va profondément modifier l’équilibre de la production mondiale en permettant de relocaliser les usines au plus près des consommateurs avec des unités de production plus petites, plus agiles et plus respectueuses de l’environnement. Aujourd'hui, des pays qui, comme la France, subissent la désindustrialisation, ont ainsi une opportunité unique de reconstruire un avantage compétitif. A la condition d’avoir la bonne vision et de faire les bons choix d'investissements en termes de technologies et de méthodes de production. L’ICO pourra les y aider ».

Evaluer concrètement l’impact des technologies 4.0

Sur le site, les clients vont pouvoir se former et évaluer l’impact des technologies sur la performance des opérations. Deux lignes de production ont été créées pour couvrir les grandes typologies de fabrication industrielle : la première par assemblage avec une ligne de scooters, la seconde par procédé avec une ligne de fabrication de bonbons. À plusieurs étapes, les industriels ont la possibilité d’expérimenter des outils technologiques de pointe afin d’en évaluer l'efficacité (robotique avancée, data analytics, réalité augmentée, internet industriel, plateforme de simulation, etc.).
« Au-delà de sélectionner les bonnes technologies, l’ICO permet ainsi d’appréhender concrètement leur intégration entre elles, les contraintes liées à leur mise en place et les modalités d’exécution rapide pour améliorer les performances industrielles de manière massive et pérenne. La mise en place de ces technologies modifiera également l'environnement de travail le rendant paradoxalement plus enrichissant, plus humain et beaucoup plus évolutif. L'ICO a pour objet d'aider de manière dynamique et pratique à la tranformation Industrie 4.0, de la vision au déploiement » commente Moundir Rachidi, Directeur des activités opérations en France et du projet ICO.

Au cœur d’un écosystème innovant

L’ICO anime un écosystème innovant qui accueille déjà des acteurs académiques comme Centrale-Supelec, des startups technologiques françaises comme Braincube, Surycat, iObeya, Metron, Diota, Mesotechnic, … et s’ouvre à des groupes internationaux spécialisés comme Kuka, Infeeny|Econocom, Fanuc, Universal Robot ou Tulip et à des majors comme Dassault Systèmes ou Microsoft. « Nous souhaitons créer un écosystème ouvert et neutre et nous avons engagé des discussions avec d’autres grands acteurs internationaux pour faire de l’ICO un centre d’expertise mondial dédié à l’innovation industrielle », explique Olivier Scalabre.

L'impact des technologies de l'Industrie 4.0

Le déploiement des nouvelles technologies industrielles 4.0 permet des gains de productivité de 10 à 20 % et des gains de flexibilité de 35 à 60 % sur les coûts de production avec un retour sur investissement de 12 à 18 mois.
Aujourd’hui, seuls 8 % des tâches - les plus simples – sont automatisées dans les usines. Ce chiffre devrait passer à 25 % dans les dix années qui viennent. Des robots collaboratifs (« cobots ») que les opérateurs peuvent programmer eux-mêmes réalisent les tâches à faible valeur ajoutée et libèrent du temps aux opérateurs. « La réalité augmentée va avoir un impact important dans l'industrie, car elle permet de diminuer le temps d'apprentissage en améliorant dans le même temps la productivité et la qualité - puisque l'on évite à l'opérateur de faire des erreurs -, tout en bénéficiant d'informations en temps réel », explique Moundir Rachidi, du BCG.
Avec les dispositifs de réalité augmentée (via des lunettes par exemple), les manuels d’utilisation disparaissent et les opérateurs ont un accès immédiat aux gestes justes et même, dans certains cas, à des experts à distance. Réalité augmentée qui guide par exemple l'ouvrier pour assembler les différentes pièces d'un compteur de scooter. Une opération complexe, qui exige normalement de mémoriser plusieurs gestes successifs.
 
L’Internet industriel permet de connecter les différentes technologies entre elles et en décuple ainsi leur performance. L’accès aux datas en temps réel et le développement de logiciels d’analyses de données avancés permettent une meilleure gestion de l’énergie et un meilleur contrôle des paramètres de production. Plus question non plus d’attendre la panne avant d’agir : la maintenance prédictive est désormais une réalité.
 
"Les gains de productivité ne sont pas les seuls avantages générés par ces technologies. Utilisées ensemble, elles permettent de produire des lots de pièces uniques sans surcoût ni délais supplémentaires. Les temps de montée en cadence entre des lots de produits différents peuvent en effet être réduits de 40 à 60 % ! Cela ouvre la voie à une « customisation de masse » inédite, qui permet de vendre des produits adaptés à chacun d'entre nous, au plus près des consommateurs." déclarait Olivier Scalabre aux Echos. La rencontre des nouvelles technologies et du monde industriel ! 
 
 

 

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