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« Le numérique déroutant » : l’impact du digital sur les PME, question de survie et opportunité sans précédent

Le secteur du numérique et la numérisation de l’économie représentent des opportunités considérables pour les PME et toutes les entreprises françaises. La France a des atouts indéniables, au premier rang desquels la qualité de ses ingénieurs, mais aussi la puissance de ses grandes entreprises et de ses infrastructures de télécoms, ou encore son avance relative dans le secteur de l’advertising technology. Pour autant, le numérique fait aussi la preuve, depuis plusieurs années, de sa capacité à bouleverser totalement un secteur d’activité en « déroutant » sa valeur vers de nouveaux acteurs émergents, principalement les plateformes d’intermédiation. Quelle est la portée de cette menace ? Quels secteurs peut-elle toucher ? Comment y faire face ? Comment en tirer tout le parti possible dans les secteurs favorables pour les entreprises françaises ? C’est l’objet de cette nouvelle étude de Bpifrance Le Lab, menée sous la direction d’Olivier Sichel, président de LeGuide.com
(Illustration ©Getty Images)

Bpifrance Le Lab s’est fixé pour objectifs d’améliorer la connaissance des PME et ETI françaises, et de stimuler la réflexion stratégique des dirigeants, avec pour finalités une plus forte croissance des entreprises et un regain d’investissements pour anticiper la France de demain.

C’est parce qu'il faut changer le regard porté sur l’émergence du numérique dans tous les domaines d’activités et susciter une prise de conscience des dirigeants d’entreprise sur les bouleversements radicaux qu’il implique, que Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance, a confié la réalisation d’une étude à Olivier Sichel, président de LeGuide.com, membre du Comité national d’orientation de Bpifrance, avec le concours d’un comité de pilotage d’experts. Cette étude qui veut « réveiller les filières » (« Wake up call ») donne des clés de compréhension et d’action aux acteurs économiques sur la révolution numérique à l’œuvre dans de nombreux secteurs.

Une question de survie

Si la croissance économique mondiale semble marquer le pas dans les grands pays développés, il existe néanmoins des secteurs dans lesquels elle progresse à deux chiffres depuis déjà plusieurs années :
- Des taux de croissance annuels à 20, 30 voire 50 % sont revendiqués par les services Internet : les réseaux sociaux, les applications mobiles, les marchés du cloud ou encore le e-commerce ;
- Les acteurs de ces services, nés dans les années 1990 ou encore plus récemment dans les années 2000, multiplient leur chiffre d’affaires dans des proportions impressionnantes (entre 2008 et 2013), selon des facteurs de 3, 4, voire jusqu’à 25 pour Facebook, fondé en 2004.

Intégrer et comprendre les enjeux numériques suppose de prendre la pleine mesure de l’innovation disruptive, l’innovation « déroutante » qui est d’abord et avant tout un processus de transformation d’un marché. Dans la recomposition souvent radicale de la chaîne de valeur, le numérique permet à de nouveaux acteurs de capter, littéralement « dérouter », du chiffre d'affaires au sein des chaînes de valeur traditionnelles.

Avec cette étude, Bpifrance Le Lab adopte une approche volontairement décalée pour attirer l’attention sur la révolution numérique en cours, porteuse de changements profonds dans l’ensemble des secteurs de l’économie. La question est simple : dans bien des secteurs, il s’agira de renouveler en profondeur le modèle économique sous peine de disparaître. Ceux qui n’y parviendront pas seront en effet condamnés à une mort lente ou, au minimum, à un déclassement sur la chaîne de valeur. Mais ceux qui y parviendront, au contraire, deviendront les leaders de leur secteur : formidable opportunité dont les entrepreneurs français doivent aussi se saisir !
Les cartes vont être rebattues, au détriment des acteurs traditionnels, souvent des PME, qui ne sont pas suffisamment conscientes des risques à venir et des opportunités sur lesquelles se positionner. Si toutes partageaient jusqu’à maintenant l’idée que leur croissance devait s’appuyer sur le numérique, elles doivent réaliser qu’il s’agit maintenant d’une question de survie, autant que d’une opportunité sans précédent.
Le conflit entre Uber et les taxis n’en est qu’une petite illustration récente. Le modèle de disruption suivi par Uber l’avait déjà été par les plateformes Internet de réservation de voyages, modifiant radicalement les chaînes de valeur du secteur du tourisme.
Ce « numérique déroutant » concernera demain d’autres secteurs…

Le BTP, la plasturgie ou le transport de petits colis… quelques exemples de futurs champs potentiels pour le numérique déroutant

L’étude s’attache ainsi à examiner le BTP, la plasturgie, ou le transport de petits colis, autant de secteurs traditionnels qui pourraient se croire hors champ de ces nouveaux enjeux du numérique.

À l’aune de cette réflexion et de ce choix d’analyse de sa diffusion dans les entreprises, le numérique apparaît en tant que facteur de recomposition totale de la chaîne de valeur, autour d’un même schéma-type quel que soit le secteur.

L’introduction du logiciel dans la chaîne de valeur a un effet à double détente :

• Un nouvel acteur émerge et remédie à des manques diagnostiqués comme l’absence de fluidité, de visibilité dans le secteur. Le tourisme en est un exemple type avec les plateformes de réservation ;
• Dans un second temps, la plateforme capte une part croissante de la valeur au détriment des acteurs historiques du secteur, qui la nourrissent avec ses données ;
• La forme oligopolistique que revêtent ces intermédiaires est de nature à leur donner un pouvoir de marché qui leur permet d’imposer des conditions aux TPE et PME du secteur.

Trois « lignes Maginot » à dépasser

Pour comprendre les bouleversements radicaux amenés par le numérique, trois barrières conceptuelles (de fausses « lignes Maginot ») doivent être dépassées. Elles font croire aux PME concernées que le « numérique ne passera pas » alors qu’elles ne permettent pas réellement de se protéger et interdisent a fortiori d’en devenir les nouveaux champions :

• La proximité physique avec son client ne suffit pas : la qualité de service des Amazon, Price Minister, Ventes Privées et autres Cdiscount (dont quatre opérateurs français, notons-le) ont eu largement raison du libraire « si proche de son client », ou de distributeurs spécialisés en équipement de la maison ou en high-tech ;
• Les réglementations et « barrières à l’entrée » subissent la pression des consommateurs : les plateformes telles qu’Airbnb bénéficient d’une telle popularité qu’il est difficile pour les pouvoirs publics de limiter leur activité ;
• La non-délocalisation est une protection illusoire. L’hôtellerie a par nature une activité non-délocalisable. Elle a pourtant subi une profonde mutation de son modèle économique, avec l’apparition en moins de dix ans de nouveaux opérateurs Internet qui lui « déroutent » de 15 à 30 % de ses ventes en ligne, et qui sont devenus incontournables.

Saisissons-nous du « numérique déroutant » : cinq recommandations de Bpifrance

o N° 1 : Informer beaucoup plus largement les entrepreneurs sur les enjeux du numérique. C’est le rôle des fédérations professionnelles et des autres acteurs des filières, des CCI, du Conseil national du Numérique, etc.
o N° 2 : Choisir l’une des deux stratégies possibles (ou les combiner) face à la puissance des acteurs du numérique déjà en place sur certains marchés :
- Susciter et favoriser les réponses collectives aux menaces que représentent aujourd’hui les grandes plateformes numériques d’intermédiation, plateformes d’intermédiation communes portées par une collective notamment ;
- « Disrupter pour ne pas être disrupté », en encourageant la création de nouvelles PME disruptives françaises, à vocation mondiale. Les succès de Blablacar ou, en B2B, de Criteo, ou encore la dynamique de la French Tech, démontrent que cela n’a jamais été aussi faisable en France.
o N° 3 : Encourager la recherche sur les thèmes liés aux PME et à la technologie numérique, notamment en lien avec Bpifrance Le Lab.
o N° 4 : Prendre en compte, au niveau des pouvoirs pu blics et des principaux acteurs, les enjeux majeurs concernant la propriété des données, déjà au cœur des nouveaux modèles économiques. Le développement de l’économie des objets connectés renforce encore cette urgence.
Concrètement, les entreprises doivent être conscientes que leurs données sont une ressource clé dans ce nouvel univers et qu’en conserver la propriété est une priorité stratégique.
o N° 5 : Défendre, lorsque c’est pertinent en termes d’égalité des règles de concurrence ou de protection du consommateur, l’application de notre droit face aux abus caractérisés de certains des nouveaux acteurs du numérique. (Source : Etude Bpifrance Le Lab - 19 Fév 2015)

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Phénoménologie de la dette des Etats

La dette des états a souvent les honneurs de la presse. Ces derniers jours, celle dont il est le plus question est la dette Grecque de l’état, des collectivités et institutions publiques dont le montant, comparé au PIB est largement commenté et les perspectives de remboursement âprement débattues. Surtout du fait que la nouvelle majorité et le nouveau gouvernement, n’ont été élus que pour trouver le moyen de ne pas la rembourser et de permettre à la population d’échapper aux mesures de rigueur imposées par le FMI, l’UEM et la BCE, qui ont pris en charge une partie de cette dette. Ces mesures, si elles ne ruinent peut-­être pas le pays, en ruinent au moins l’essentiel de la population.

Il est maintenant largement reconnu que cet endettement ainsi que la situation qui en résulte, sont largement liés à la crise financière de 2008 et aux phénomènes que je décrivais dans mon ouvrage « Crise financière ou de société ? » (1) paru en 2009 aux Editions Bénévent. Dans mon épilogue, j’indiquais :
« Si notre société était fondée sur les valeurs de liberté, égalité, fraternité et avait pour paramètre la vertu morale, la crise analysée ne serait qu’une crise financière, un épiphénomène social. Si les véritables fondements de la société sont la compétition, la concurrence, la quête du pouvoir, de la domination en imposant la soumission, que le principal paramètre est la monnaie, que les riches, la richesse sont admirables, la pauvreté blâmable, les pauvres et les miséreux méprisables, alors cette crise n’est pas seulement une crise financière, mais une très grave crise de société. »

Six ans plus tard, je ne suis pas tenté de modifier un mot de ce constat. Non pas pour le plaisir de prétendre : je vous l’avais bien dit, ce qui présenterait peu d’intérêt. Mais plutôt pour rappeler que des mesures susceptibles d’apporter des solutions ont été proposées à l’époque, par d’autres et par moi, et que celles qui ont été prises, consistant à éponger les dettes, blanchir les principaux acteurs et jeter un voile pudique sur le rôle de certaines institutions financières, ne pouvaient avoir d’autre effet que de permettre à la crise de franchir une nouvelle étape.

Sans vouloir revenir sur ce que j’ai expliqué dans le livre précité, il m’est nécessaire de rappeler que bien qu’il soit très souvent question des finances des états, aussi bien dans la presse que dans le débat politique public, leur situation réelle est totalement inconnue et ce même des meilleurs spécialistes de la question. Tout simplement parce que les comptes n’existent pas. Qu’ils ne sont jamais dressés, ni arrêtés. Bien sûr, pour le savoir, il faut connaitre la question. Savoir ce que sont un inventaire, un bilan, un compte de résultat, comment on les dresse, à quoi ils servent. Et ceux qui le savent s’abstiennent de le dire. Ceux qui seraient susceptibles de le dire, ne le sachant ou ne le comprenant généralement pas. Et les quelques voix qui le dénoncent sont inaudibles, car elles ne s’inscrivent pas dans le débat passionné, de la politique-­spectacle, orchestré par les politiques et les journalistes, qui gardent le silence sur ces sujets pour préserver leur intérêt et leur pouvoir.

Toute entreprise, individuelle ou société doit, au moins une fois par an, dresser un bilan, qu’elle adresse à l’administration des finances et dépose au greffe du tribunal dont elle dépend, pour le rendre public. Un bilan est un inventaire chiffré des actifs, c’est-­à-­dire de ce que l’on possède, confronté à un inventaire chiffré du passif, ce que l’on doit. La différence étant le résultat, bénéfice ou perte. L’avantage de cette méthode étant de mesurer l’incidence des recettes et des dépenses sur l’évolution de la situation. Ce qui est impossible autrement. Si l’on dépense 100 Millions d’€uros pour obtenir quelque chose qui n’en vaut finalement que 10, on ne le saura simplement pas. Sauf à comprendre le langage administratif et à savoir (et pouvoir lire), de façon exhaustive, au besoin entre les lignes, les rapports annuels de la Cour des Comptes. (Qui accomplit un travail admirable dans des conditions impossibles.) Rien de tout cela n’existe en comptabilité publique où il n’est question que de « budget », prévisions de dépenses, de « correctif budgétaire », augmentation ou modification d’affectation des fonds.

En principe pour apprécier la situation, la solvabilité d’une personne, on compare son patrimoine et ses dettes, ses revenus et ses dépenses. Pour les états c’est impossible, aucun des chiffres publiés n’est probant. La seule méthode utilisée leur retire toute portée. On ne peut se fier qu’à des « agences de notation », dont de récents scandales ont montré qu’elles savaient sauvegarder les intérêts de leurs clients.

Ceci n’expliquant pas la phénoménologie de la crise et de la dette des états, mais seulement pourquoi il a été impossible, de l’analyser et d’y remédier.

Il doit être clair pour chacun, aussi bien spécialiste des questions financières, que simple citoyen peu au fait de ces phénomènes, que je ne pourrais décrire l’ensemble des actions et opérations, systèmes et mécanismes, qui ont abouti à la crise. Beaucoup me sont inconnus et me seraient-­ils connus, qu’une vie n’y suffirait pas.

Néanmoins, je puis fournir le schéma des principaux mécanismes. Pour les actions et opérations, ils ont été décrits dans la presse financière et dans des livres, notamment sur la crise de 2008. Pour les systèmes, ils sont expliqués dans les traités d’économie et de finance.

Nous allons partir de deux points opposés. D’une part du déficit chronique des budgets des principaux pays « développés » ou « émergeants », à l’exception (temporaire) de la Chine. D’autre part de la masse des capitaux circulants sur les marchés internationaux. Il existe, entre ces deux systèmes, un lien assurant une évolution inverse. Plus les déficits des états se creusent, en milliers de milliards de dollars, plus la masse des capitaux en mouvement augmente avec des ratios multiplicateurs de plus en plus élevés. (cf. « La crise de la finance globalisée », Anton BRENDER et Florence PISANI Editions La Découverte 2009)

Un certain nombre d’autres facteurs sont à prendre en compte :
-­ Les budgets en constante augmentation face à des PIB plutôt en déflation, mais artificiellement gonflés par des manipulations (productions de l’administration, intégration du travail illicite, voire des activités criminelles qui, bien sûr, ne contribuent en rien à la fiscalité et faussent l’appréciation).
-­ Une concentration accrue des pouvoirs de décision politiques, économiques et financiers entre les mains d’un nombre de personnes de plus en plus réduit.
-­ La concentration de la fortune entre un nombre de plus en plus faible, de personnes de plus en plus riches. Selon Oxfam, « la part du patrimoine mondial détenu par les 1 % les plus riches était passée de 44 % en 2009 à 48 % en 2014, et dépasserait les 50 % en 2016 ».
-­ La constitution de « réserves » financières ou monétaires.
-­ La délégation de gestion.

Il apparait clairement en France, aux USA ou au Japon, dans la plupart des pays et actuellement particulièrement en Grèce, que les dirigeants politiques ne savent pas résoudre les problèmes, dont la solution leur est confiée par les citoyens. Que dans les campagnes électorales, ils promettent de résorber le chômage, d’assurer la pérennité des systèmes sociaux… Qu’arrivés au pouvoir aucun résultat n’est obtenu. Que pour s’efforcer d’y parvenir, ils augmentent les budgets et les fiscalités afin de développer leurs projets et de « s’en donner les moyens ».

Que constatant que leur stratégie est vaine, ils jugent leurs agents et administrations inefficaces, multipliant les remontées, de renseignements, de pouvoir, décourageant les agents en leur retirant toute possibilité d’action réelle sur le terrain. Alors que c’est la méthode qui est mauvaise.

Que ce phénomène se retrouve, avec des différences de nuances, dans les grandes entreprises, où les dirigeants soucieux de concentrer le maximum de pouvoir, afin d’éviter le développement de relations personnelles de confiance envers les salariés qui deviendraient importants, mais voulant attacher une clientèle à une marque ou un logo font, comme dans les banques, des systèmes de chaises musicales ou des plans de carrières fondés sur les voyages, développant un « esprit de corps » au détriment de toute relation extérieure.

Ces comportements entraînent la paupérisation des populations. Paupérisation à laquelle les politiques ne sont pas sensibles, surtout en France, où ils vivent largement « aux frais de la princesse », leurs rémunérations ne représentant souvent qu’une partie de leur « argent de poche ».

Pour l’enrichissement, comme pour la concentration du pouvoir et tous les phénomènes sociaux, ils apparaissent, de la façon la plus exacerbée, au sommet de la pyramide. Elle a été étudiée à ce niveau et il serait long, difficile et coûteux, de poursuivre l’étude à d’autres niveaux. Mais en prenant quelques cas que je connais en exemples, il m’apparait, comme il pourrait apparaitre à nombre d’entre vous, que le même phénomène se manifeste à tous les niveaux de la société, qu’il pourrait même expliquer la situation de certains clochards (SDF ?).

L’enrichissement de quelques-­uns et la paupérisation du plus grand nombre résultent en grande partie des déséquilibres budgétaires. Ces déséquilibres sont initiés par les politiques et bénéficient à la finance d’abord au moyen de la constitution de réserves.

Pourquoi mettre en cause la constitution de réserves ? Ne sont-­‐elles pas destinées à « assurer l’avenir » ? Les retraites ? En fait le véritable problème ne résulte pas de la constitution de réserves, mais de l’usage fait des fonds réservés, qui nous amène à la question suivante. Il y a tout de même lieu de relever que la constitution de réserve est, en soi, un facteur de déséquilibre et de déficit. Si, comme on l’entend proclamer en permanence, il faut équilibrer les budgets, il devient nécessaire que les recettes et les dépenses soient égales. Si l’on met une partie des recettes en réserve, il n’y en aura plus assez pour financer des dépenses égales. La seule méthode permettant d’assurer les deux étant d’investir les réserves en dépensant les sommes correspondantes, dans des biens qui contribueront à produire des richesses.

Ce que ne font pas les mandataires, gestionnaires de fonds, de pensions ou autres, simplement parce que ce n’est pas leur intérêt. Celui-­ci est de faire apparaitre des plus-­values au terme le plus court possible, d’assurer le plus de mouvements, pour percevoir le plus de commissions. Leur intérêt étant parfaitement opposé à ceux de leur mandataires qui eux, auraient avantage à la plus grande sécurité et à la valorisation à long terme, donc au minimum de mouvement. Si la relation entre les deux est directe, il pourra être assuré une surveillance, un contrôle, fait des reproches, retiré le mandat. Comme il y a toujours plusieurs intermédiaires et que les deux bouts de la chaîne ne peuvent pas se connaitre, la contradiction des intérêts est ignorée (masquée volontairement ?). Comme les intermédiaires ne sont pas responsables des dommages qu’ils causent, car ils sont indirects, le système a assuré sa pérennité et son irresponsabilité. Il peut continuer à faire des ravages impunément.

Comment expliquer que la conjonction du jeu de ces mécanismes aboutit à la crise des dettes des états et particulièrement de celui de la Grèce ?

J’ai souvent lu des développements sur « La théorie du complot », il semble même qu’elle serve à recruter et à justifier des actions terroristes djihadistes. Je ne crois sincèrement pas qu’il existe un complot de grande ampleur. Je suis convaincu que l’explication est beaucoup plus simple. Ceux qui causent ces situations ne se concertent pas. Ce n’est pas nécessaire, il leur suffit d’agir dans le sens que leur dicte leur intérêt. Comme cet objectif est de gagner de l’argent à court terme, en manœuvrant le plus vite possible, des masses de capitaux importantes au gré des nouvelles parues dans les medias, c’est ce qu’ils font. Comme cela se passe dans le domaine international, qu’il n’y existe aucune règle, ni aucune autorité pour les faire respecter s’il en existait, ils ne sont soumis à rien d’autre que ce qu’ils considèrent comme leur intérêt. Selon le titre de Joseph E. STIGLITZ, c’est « Le triomphe de la cupidité ».

Comment la combinaison des effets de ces différents mécanismes aboutit-­elle à la situation actuelle ?
L’absence de tenue de compte de situation empêche de connaître l’incidence réelle des dépenses publiques et donc les effets des politiques menées, autres que ceux recherchés qui font l’objet d’un contrôle.

Ceci a deux conséquences principales :
-­ La multiplication des tâches administratives et le développement de sa hiérarchie, pour essayer de pallier les désordres de la société résultant de l’inefficacité des mesures. La croissance exponentielle des renseignements à traiter sans moyen de sélectionner leur pertinence. Les coûts en résultant.
-­ L’abandon au secteur financier et à la « loi du marché », des fonctions d’arbitrage et de régulation de la finance et de l’économie.

L’internationalisation de la finance, de son contrôle et de celui des économies par un petit nombre d’acteurs, qui exploitent la concurrence fiscale entre les états et l’absence de règlementation internationale a abouti, par la conception d’instruments financiers
« sophistiqués », aux effets multiplicateurs pervers, au gonflement des masses financières dont la taille, sans commune mesure avec les économies « réelle », détermine l’insolvabilité des états.

Les mesures susceptibles de résoudre ce problème sont connues. Elles étaient déjà proposées pour résoudre la crise de 2008. Elles supposent la suppression de l’anonymat et l’obligation pour les créanciers de justifier de l’origine et de la régularité de leurs créances. Toutes celles qui, comme en 2008, tendront à y échapper, n’auront d’autre effet que de permettre à la crise de franchir une nouvelle étape. Qui sera vraisemblablement et à assez court terme, la faillite des états. On pourra alors espérer, que la disparition de ses principaux débiteurs, entrainera la destruction du système financier international actuel. L’espérer seulement.

Marc-Albert Chaigneau, Avocat

(1) "De la révolution à l’inversion" propose un nouveau projet de réforme de la société. Un modèle préférable à la révolution en ce qu’il ne nécessite ni violence, ni destruction, mais seulement l’inversion d’un certain nombre de nos comportements. Inverser les comportements, pour cela inverser les raisonnements, les analyses, les rapports personnels et professionnels en se basant sur le principe de subsidiarité (fondé sur la collaboration, l'entraide – un inversement hiérarchique et fonctionnel, comme seul dépassement possible au schéma primaire de la domination - soumission). Avec De la révolution à l’inversion, l’objectif reste celui qui a été exposé dans la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, en y ajoutant ce qui en est la contrepartie logique et nécessaire, les devoirs et les obligations. Car il ne peut exister de droit s’il n’existe pas, en contrepartie, des obligations équivalentes. A travers cet essai, l’auteur propose des réformes du système social, des services publics…et il nous donne les clefs pour la mise en œuvre d’une véritable démocratie : la démocratie directe, dont beaucoup avaient rêvé, mais à laquelle ils avaient renoncé, la croyant impossible à mettre en œuvre. Il nous montre comment elle serait accessible, mais nous prévient qu’elle ne le sera jamais qu’à des citoyens responsables.

Des réformes ambitieuses peuvent créer un sentier de croissance forte et inclusive, selon l'OCDE

C'est en agissant de manière déterminée et systématique pour mettre en œuvre un agenda de réformes de vaste portée dans un large éventail de domaines que les gouvernements ont les meilleures chances de stimuler une demande atone, de renouer avec une croissance économique vigoureuse, de créer des emplois et de garantir que les fruits de ces mesures soient largement partagés dans la société, selon la dernière édition de la publication de l'OCDE Objectif croissance.

Dans ce rapport sont évalués et comparés les progrès accomplis en matière de réformes dans différents pays depuis 2013, et identifiées de nouvelles priorités d'action destinées à relancer la croissance tout en la rendant plus inclusive. L'OCDE montre que le rythme des réformes économiques s'est ralenti dans la plupart des économies avancées, après une accélération sensible au cours de la crise économique mondiale. Dans les économies émergentes, en revanche, on observe une montée en régime des réformes.

« Un agenda ambitieux de réformes peut contribuer à stimuler la création d'emplois, à renforcer la productivité et à soutenir la demande, ce qui est crucial pour empêcher que s'enclenche un cercle vicieux suivant lequel une demande atone et un accroissement des inégalités sapent la croissance potentielle et la confiance, risquant d'entraîner une stagnation persistante », a déclaré le Secrétaire général de l'OCDE, Angel Gurría, à l'occasion du lancement du rapport à Istanbul.
« Nous comprenons les difficultés auxquelles sont confrontés de nombreux gouvernements pour faire avancer les réformes, dans un contexte de faible demande, de marges de manœuvre budgétaires limitées et de chômage élevé. Néanmoins, nous voyons toujours les réformes structurelles – combinées avec une politique budgétaire et monétaire efficace – comme faisant partie d'une trilogie essentielle pour stimuler la croissance», a-t-il ajouté.

Objectif croissance 2015 offre une évaluation des effets des réformes structurelles propices à la croissance sur les inégalités de revenus. Le rapport souligne que les économies avancées et émergentes sont encouragées à rendre leur croissance plus inclusive, en levant les obstacles à l'augmentation des taux d'emploi et d'activité dans les groupes sous-représentés tels que les femmes, les jeunes, les personnes peu qualifiées et les seniors.   

« L'application de stratégies de réforme globales peut constituer un des remèdes à la montée des inégalités et aux conséquences sociales persistantes de la crise », a déclaré M. Gurría. « La mise en œuvre de réformes qui améliorent les possibilités d'emploi et le potentiel de rémunération des travailleurs peu qualifiés, aident les jeunes à prendre pied sur le marché du travail et améliorent les perspectives d'emploi des femmes permettra de libérer le potentiel de croissance de nos économies, et de faire en sorte que chacun en bénéficie. » 

Le Secrétaire général de l'OCDE a présenté Objectif croissance avec le Vice-Premier Ministre turc Ali Babaçan, avant la réunion des ministres des Finances du Groupe des Vingt (G20) des 9 et 10 février. Il a indiqué que la mise en œuvre des recommandations propices à l'expansion économique formulées dans le rapport concernant la libéralisation des échanges et de l'investissement, l’investissement dans les compétences des individus, ainsi que la stimulation de l'innovation, renforceraient la croissance tout en soutenant la demande dans les pays de l'OCDE comme dans ceux du G20. Dans cette optique, il est essentiel d'améliorer les réglementations des marchés de produits et du travail, tout en réduisant les obstacles aux investissements et aux échanges internationaux.

Les analyses d'Objectif croissance constituent le fondement de la contribution plus vaste de l'OCDE au Cadre du G20 pour une croissance forte, durable et équilibrée et pour ses Stratégies Nationales de Croissance. Les recommandations formulées dans cette publication ont contribué à l'élaboration de ces stratégies nationales de croissance approuvées par les chefs d'État et de gouvernement du G20 au cours du Sommet de Brisbane, en novembre 2014. Ces stratégies visent à accroître le produit intérieur brut (PIB) de l'ensemble des pays concernés de 2 % au cours des cinq années à venir. Elles peuvent également contribuer à fournir des indications plus claires sur l'orientation et la pérennité des décisions prises par les pouvoirs publics, ce qui est important pour renforcer la confiance.

« L'expérience de la Grande Récession illustre l’importance critique des réformes structurelles pour rétablir la croissance, là où les politiques budgétaires et monétaires atteignent leurs limites dans la plupart des pays », a déclaré M. Babaçan. « Nous devons comprendre que les politiques macroéconomiques accommodantes ne peuvent pas uniquement et en permanence préserver la croissance. Par conséquent, accélérer les réformes structurelles doit être notre priorité et, de ce fait, les Stratégies de croissance du G20 sont essentielles pour réaliser nos objectifs. Je suis convaincu que le rapport Objectif croissance 2015 sera utile pour de nombreux pays afin qu’ils établissent un agenda de réformes pour une croissance forte, durable et équilibrée. »

Objectif croissance 2015 met en évidence les grandes tendances observées en matière de réformes, ainsi que les domaines dans lesquels il faut aller plus loin :  

  • L'intensité des réformes est demeurée forte, quoiqu'en recul, en Espagne, en Grèce, en Irlande et au Portugal, tandis qu'elle s'est accrue au Japon. Elle reste faible en revanche, et a même diminué, dans la plupart des pays nordiques et du cœur de la zone euro.   
  • Le rythme des réformes s'est accéléré dans la plupart des grandes économies émergentes, en particulier en Chine et au Mexique, les autorités étant conscientes de l'existence de goulets d'étranglement et d'autres contraintes pesant sur la croissance, ainsi que de la nécessité de réduire leur vulnérabilité face aux fluctuations des prix des produits de base et des mouvements de capitaux.
  • La productivité du travail demeure le principal moteur de la croissance à long terme. Dans la zone OCDE, les pays donnent la priorité à l'enseignement et aux politiques actives du marché du travail (PAMT), compte tenu de l'importance que revêtent en tant que sources de croissance complémentaires le capital intellectuel et la main-d'œuvre qualifiée, et de la persistance préoccupante du chômage.

Dans ce rapport sont également examinées les pressions que la croissance économique fait peser sur l'environnement, ainsi que le rôle des réformes structurelles et des politiques environnementales. Des éléments mettant en évidence l'importance d'une conception adéquate des politiques environnementales, ainsi que leur impact sur les gains de productivité, y sont présentés.

Lire la version intégrale du rapport (en anglais)

Vœux à la French Tech pour 2015 : Transformer l’essai à l’international !

Emmanuel MACRON, ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique, et Axelle LEMAIRE, secrétaire d’Etat au Numérique, ont présenté leur vœux à la French Tech, jeudi 29 janvier 2015. Devant plus de mille personnes représentant l’ensemble des acteurs de la French Tech, ils ont rappelé les réalisations de l’année 2014 et présenté les priorités pour l’année à venir.

« Que de chemin parcouru par la French Tech en un an ! 2015 doit être l’année de l’approfondissement et de l’accélération. Approfondissement de l’écosystème, pour ouvrir la French Tech vers l’extérieur, vers l’international, vers les grandes entreprises. Et accélération des dispositifs de financement, pour ne pas se contenter de faire naître des start-ups mais les accompagner tout au long de leur croissance : parmi elles figurent, j’en suis sûr, les pépites du CAC 40 de demain ! », a déclaré Emmanuel MACRON.

Après une première année qui a permis la mobilisation au niveau national d’un réseau d’écosystèmes de startups à travers la labellisation de neuf Métropoles French Tech, la French Tech passera à la vitesse supérieure en 2015 pour structurer sa dimension internationale.

« La présence massive des entreprises françaises au dernier Consumer Electronic Show, les levées de fonds internationales de plusieurs de nos champions, le succès des produits et services numériques français sur les marchés du monde ont contribué à remettre la France sur le devant de la scène de l’innovation mondiale. Nous devons maintenant transformer l’essai ! » a déclaré Axelle LEMAIRE.

Stratégie internationale de la French Tech qui s’appuiera sur trois piliers 

- L’émergence de French Tech Hubs au sein de grandes régions internationales d’innovation. Un « French Tech Hub » mobilisera l’écosystème entrepreneurial français au sein de ces régions afin d’accélérer le développement des start-up françaises souhaitant s’y implanter et promouvoir l’attractivité de la France auprès des entrepreneurs et investisseurs locaux. A l’instar de la démarche pour les « Métropoles French Tech », les « French Tech Hubs » seront labellisés par l’Etat sur la base d’un projet répondant à un cahier des charges, disponible à partir du 30 janvier 2015 sur www.lafrenchtech.com

- Le lancement de la Plateforme d’attractivité internationale de la French Tech. Ce programme, doté d’un budget global de 15 millions d’euros, a vocation à soutenir des initiatives, portées en particulier par les acteurs privés, visant à valoriser et donner à voir l’excellence française en matière d’innovation. Ce sera, par exemple en renforçant la présence et la visibilité française lors des grands rendez-vous internationaux, ou en faisant venir en France des investisseurs, des entrepreneurs, des influenceurs internationaux pour leur faire découvrir la richesse et la diversité des écosystèmes français. Les appels à contributions sont ouverts et disponibles à compter du 29 janvier 2015 sur www.lafrenchtech.com

- La mise en œuvre des French Tech Tickets, dispositif annoncé par le Président de la République lors du Conseil supérieur de l’attractivité en octobre 2014. Cet outil vise à attirer en France de jeunes entrepreneurs internationaux en leur fournissant un titre de séjour, une bourse individuelle, un hébergement dans un lieu d’innovation et un accompagnement personnalisé pour leur installation et leur développement. Une première promotion de 130 projets sera accueillie dans le courant de l’année 2015.

« Les startups pensent international dès leur création. Le gouvernement souhaite leur offrir des outils pour répondre à leurs besoins. Non pas pour faire à leur place, mais pour leur permettre de faire mieux, plus simplement, plus vite, plus efficacement » a insisté Axelle LEMAIRE.

Pour Emmanuel MACRON, « l’esprit French Tech est un exemple pour l’ensemble de l’économie : être capable de dépasser les étiquettes, les corporatismes et les habitudes, être capable de travailler ensemble dans un climat d’émulation stimulant, être capable de prendre des risques – voilà ce dont l’ensemble de notre économie a besoin ».

(Source : CP Cabinet Emmanuel Macron - 30 Janvier 2015)

Un nouveau référentiel de l'innovation pour la BPI et la FING

Innovation Nouvelle Génération : Bpifrance, en partenariat avec la FING, présente un nouveau référentiel de l’Innovation pour mieux accompagner les futures pépites françaises et devenir l'outil d'analyse de référence des financeurs de l'innovation dans toutes ses dimensions. Un travail qui met en évidence l'importance de prendre en compte l'innovation sous toutes ses formes, au-delà de la seule innovation technologique. Il était temps...

"Il faut sans cesse s’appuyer sur une avant-garde agissante. Il n’y a jamais de consensus préalable à l’innovation.
Toute innovation transformatrice est d’abord une déviance." Edgar Morin, Sociologue et philosophe français

Pour élargir le champ de l’innovation en France, détecter et accompagner davantage de projets innovants, Bpifrance a élaboré, en collaboration avec la Fondation Internet Nouvelle Génération (FING), un nouveau référentiel de l’Innovation. Réalisé avec la participation de nombreuses entreprises innovantes, ce référentiel, destiné à appréhender l’Innovation sous toutes ses formes, a été dévoilé ce lundi 26 janvier 2015 et sera partagé avec l’ensemble des parties prenantes de l’écosystème entrepreneurial. Par ce nouvel outil, Bpifrance et la FING veulent appeler à un changement de regard sur l’Innovation en décloisonnant les approches et les secteurs, et ainsi prendre en compte « l’innovation nouvelle génération ».

Partant du constat que les critères pour accorder un financement lié à l’Innovation en France étaient trop centrés sur le secteur des nouvelles technologies et ne permettaient pas d’accompagner l’ensemble des projets innovants, Bpifrance s’est associé à la FING pour redéfinir de manière plus large la notion d’innovation et ainsi mieux appréhender l'Innovation sous tous ses formes.

Bpifrance ayant pour mission de faire émerger les champions de demain, la banque publique d’investissement a souhaité élargir les critères d’accès au financement de l’Innovation afin de favoriser le développement de ces entreprises potentiellement futurs leaders mondiaux dans leur domaine. Pour élaborer ce nouveau référentiel de l’Innovation, Bpifrance et la FING ont mobilisé des acteurs du soutien à l’innovation et une douzaine de PME et de start-up, avec pour feuille de route de mieux appréhender les différents types d’innovation et leurs besoins de financement.

Ce référentiel inédit met en exergue six catégories d’innovation :
- l’innovation de produit, de service, d’usage ;
- l’innovation de procédé et d’organisation ;
- l’innovation marketing et commerciale ;
- l’innovation de modèle d'affaires ;
- l’innovation technologique ;
- l’innovation sociale.

Bpifrance intégrera les six catégories d’innovation dans son analyse d’un projet innovant, avec la question : « Qu’est-ce que le projet apporte de neuf et en quoi différencie-t-il l’entreprise de la concurrence ? » La banque publique d’investissement prévoit d’investir huit milliards d'euros d’ici à 2017 dans des sociétés françaises. L’ensemble des délégués Innovation des 42 directions régionales de Bpifrance ont d’ores et déjà été formés à cette nouvelle façon d’appréhender l’innovation.

Pour Paul-François Fournier, directeur exécutif en charge de l’innovation à Bpifrance : « À la création de Bpifrance, nous avons constaté notre difficulté à financer certaines entreprises dont la création de valeur n'est pas essentiellement issue de la technologie. Nous avons souhaité mettre en place une nouvelle grille d’analyse afin d’élargir notre appréciation de l’innovation, et de ne pas passer à côté d'entreprises innovantes créatrices de valeur et capables de devenir leaders sur leur marché. Notre objectif est de partager ce nouveau référentiel avec l’ensemble des acteurs de l’innovation ».

En outre, dans le cadre de son plan Nova lancé en mars 2014, et afin d’accompagner au mieux les entrepreneurs ayant besoin de financement, Bpifrance a mené en amont un chantier de simplification, en réduisant en particulier d’un quart ses délais de décision et en formant ses 150 chargés d'affaires Innovation au capital-risque. En 2014, Bpifrance a consacré 1 milliard d’euros au financement de l’Innovation, en augmentation de 40 % par rapport à l’année précédente.

Il était temps... Car face à la mondialisation, placer l’innovation comme axe central de l’action collective entrepreneuriale apparaît comme une évidence pour que la France, qui affronte aujourd’hui des défis majeurs, consolide sa place comme acteur clé de l’économie mondiale.

Bouleverser les ordres établis

"Alors que la France fait aujourd’hui face à des défis majeurs pour consolider sa place comme acteur clé de l’économie mondiale, alors que compétitivité et croissance sont les deux enjeux déterminants pour son développement, alors que ses entreprises font face à une concurrence toujours plus importante, la question de l’innovation est centrale.
Nous avons besoin d’un changement culturel majeur afin que l’innovation puisse prendre une place décisive dans l’économie de notre pays.
Il faut apprendre à oser, à accepter le risque, l’expérimentation, la créativité. Comprendre que l’innovation emprunte souvent des chemins de traverse, qu’elle n’arrive jamais là où on l’attend, qu’il faut multiplier les initiatives. Faire de l’innovation l’affaire de tous, de l’école au doctorat et de l’ouvrier au cadre supérieur, de la fonction publique à l’entreprise privée, est un défi structurant de l’économie française.
Je veux insister sur le rôle central de l’entreprise dans ce changement de paradigme. Comment faire en sorte que l’innovation soit portée par tous les salariés et non pas seulement par la R&D et le service marketing ? Comment mettre en place une organisation susceptible de générer en permanence de nouvelles options stratégiques ?

Dans l’entreprise que je dirige depuis plus de 10 ans, nous avons œuvré pour le déploiement d’une véritable innovation managériale. Nous avons profondément changé notre organisation. Nous essayons de faire en sorte que tous les salariés soient des acteurs de l’innovation. Que l’entreprise soit la plus agile possible. Et qu’ elle s’ insère dans un écosystème avec lequel nous construisons les innovations de demain. Nous avons massivement déhiérarchisé nos relations en interne et donné beaucoup d’autonomie à nos salariés, y compris dans nos usines. Il n’y a plus d’organigramme. L’entreprise est organisée par famille de produits, par communauté d’expertise et par projet.
Les cadres dirigeants ont pour rôle premier de penser la stratégie de l’entreprise à 10 ans, laissant plus d’autonomie aux salariés dans le pilotage opérationnel de l’entreprise. Les salariés participent ainsi activement aux décisions d’investissements, de recrutement, de politique salariale et même aux réflexions stratégiques qui engagent le long terme.
Les résultats de cette innovation managériale sont extrêmement fructueux. Nous avons mieux résisté que nos concurrents aux crises successives. Nous avons obtenu des taux de croissance à 2 chiffres dans un marché mature. Nous avons pris 5 points de parts de marché au cours des 3 dernières années.
Notre conseil est simple : innovez ! Faites de l’innovation le pilier de votre stratégie, au service de la croissance de votre entreprise, de la compétitivité de notre pays." Carlos Verkaeren, Président du groupe Poult.

BPIFrance veut faire changer le regard sur l'innovation

Pour tirer profit de nos atouts et construire le futur, il ne suffit donc plus seulement d’investir ; il est impératif de changer notre approche, de changer notre regard sur l’innovation.

L'innovation : atout pour la France. Face à la mondialisation de l’économie, l’innovation est un des facteurs clé de la compétitivité des entreprises. L’énergie et l’ambition de nos PME, ETI et grands groupes ainsi que le formidable élan pour la création d’entreprises dans notre pays témoignent d’une France volontaire, optimiste et capable de soulever des montagnes !
L’innovation est également une source essentielle pour les emplois de demain, permettant d’exploiter le vivier de talents français à la créativité et aux compétences reconnues hors de nos frontières.
" Les entreprises qui innovent exportent plus que celles qui n’innovent pas. Elles exportent vers plus de pays. Leurs exportations croissent plus rapidement et elles sont moins sensibles à la conjoncture" (Source : L’innovation, un enjeu majeur pour la France, rapport Beylat-Tambourin, (2013)).

L’innovation, une question d’approche avant tout. Dans la course à la compétitivité, la France dispose de nombreux atouts : une population plus jeune et mieux éduquée que la moyenne européenne, une recherche de très haut niveau, des domaines économiques et technologiques au rayonnement planétaire, des infrastructures et des services publics parmi les meilleurs… En outre, des moyens publics considérables sont consacrés à la recherche et l’innovation, notamment dans le cadre du Programme d’investissements d’avenir. De même, la France fait figure de terre d’investissement : elle est devenue aujourd’hui la seconde place européenne dans le domaine du capital-risque derrière le Royaume-Uni et la première place de l’Europe continentale en nombre de deals.
Mais comme le constate le rapport Beylat-Tambourin, si la France est relativement bien positionnée sur ses indicateurs de moyens, les résultats sont encore trop faibles quand il s’agit de comparer les investissements des entreprises en innovation et la valorisation de leurs actifs immatériels.

L'innovation est partout !

Du point de vue des entreprises et de leurs dirigeants, (…) l’innovation est le fruit d’un processus global dans lequel la R&D n’est qu’un ingrédient parmi d’autres, à intégrer dans une démarche organisationnelle complexe. (Source : Pour une nouvelle vision de l’innovation, rapport de Pascal Morand et Delphine Manceau ( 2009 )).

Une bonne partie des innovations qui ont transformé leur marché ces dernières années ne relève pas d’innovation à caractère principalement technologique. Par exemple : les réseaux sociaux en ligne ou les messages Twitter ont inventé de nouvelles formes de communication qui font désormais partie du quotidien de centaines de millions de personnes, sans produire d’innovation technique significative ni, le plus souvent, s’appuyer sur des technologies particulièrement avancées : fin 2013, Twitter ne possédait que… 2 brevets ;

Zara a connu la plus forte croissance mondiale des enseignes de mode en choisissant de renouveler sa gamme chaque mois : ni réapprovisionnement, ni différenciation selon les pays ; le covoiturage est en train de devenir un mode de transport collectif concurrent du train, en se fondant simplement sur des plateformes de mise en relation associées à des systèmes « de confiance » ( évaluation des utilisateurs, gestion des échanges d’argent ) ; le micro-crédit a permis à des millions de personnes dans le monde de développer leur activité en organisant autrement la distribution et le remboursement de crédit.
Aucune de ces innovations ne s’appuie sur la création ou l’amélioration pour créer de la valeur et se différencier de la concurrence.
Par contre, tous ces exemples, et bien d’autres, partagent un point commun : les systèmes nationaux et européens de soutien à l’innovation ne les auraient, jusqu’à présent, pas retenus, du moins pas sur le cœur de leur activité !

Ces formes d’innovations « agiles », « ouvertes », touchant au modèle d’affaires ou à l’organisation de l’entreprise, prennent aujourd’hui une importance croissante, voire dominante dans certains secteurs. C’est le résultat d’au moins 3 transformations récentes :
- la numérisation : toute idée, tout concept prend d’abord une forme numérique, ce qui le rend plus flexible et plus personnalisable, facilite la dématérialisation mais plus encore l’association entre produits et services, et contribue à l’accélération des cycles. Les données deviennent un actif-clé de l’économie ;
- l’interconnexion : les idées circulent plus vite sur tout le globe, ce qui invite à la collaboration comme à la copie. La différence entre professionnels et amateurs s’estompe. Les chaînes de valeur se restructurent en permanence, souvent autour de grandes « plateformes » ;
- l’importance croissante des « externalités » : la montée des enjeux énergétiques et climatiques, la prise de conscience des limites de l’action politique « classique » et l’accent croissant mis sur la « responsabilité sociale et environne- mentale » des entreprises, invitent à prendre en compte les effets des innovations sur l’emploi, le bien-être collectif ou l’environnement, voire à en faire les objets centraux de « l’innovation sociale » 

L'innovation en mouvement

Nos systèmes d’analyse et de soutien de l’innovation ont été construits autour d’une innovation avant tout technologique: jusqu’en 2005, le Manuel d’Oslo de l’OCDE (1) qui constitue la base de la plupart des dispositifs européens de soutien à l’innovation, délimitait son périmètre à « l’innovation technologique de produit et de procédé » qui couvre « les produits et procédés technologiquement nouveaux ainsi que les améliorations technologiques importantes de produits et de procédés qui ont été accomplis. »

Changer de méthodes, c’est aussi innover ! Dans sa dernière édition en date ( 2005 ), le Manuel d’Oslo (OCDE, Manuel d’Oslo : Principes directeurs pour le recueil et l’interprétation des données sur l’innovation, 3e édition ( 2005 )), étend singulièrement sa définition : "une innovation est la mise en œuvre d’un produit ( bien ou service) ou d’un procédé (de production) nouveau ou sensiblement amélioré, d’une nouvelle méthode de commercialisation ou d’une nouvelle méthode organisationnelle dans les pratiques d’une entreprise, l’organisation du lieu de travail ou les relations extérieures".

L’OCDE reconnaît aujourd’hui deux formes majeures d’innovation « non technologique » :
- l’innovation d’organisation, qui « désigne la mise en œuvre d’une nouvelle méthode organisationnelle dans les pratiques, l’organisation du lieu de travail ou les relations extérieures de l’entreprise », concerne l’entreprise elle-même et la manière dont elle conçoit, produit et gère ses produits et services, à la fois en tant qu’organisation et dans ses relations avec ses fournisseurs et partenaires ;
- l’innovation de commercialisation qui « désigne la mise en œuvre d’une nouvelle méthode de commercialisation impliquant des changements significatifs de la conception ou du conditionnement, du placement, de la promotion ou de la tarification d’un produit. »
(1) Source : l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques.

(Source : Livret "Innovation nouvelle génération" ©BPIFrance )

L'avis du secrétariat d’Etat au Numérique 

Axelle LEMAIRE déclare que "l'essor de l'économie numérique a montré, par-delà les ruptures technologiques qu'elle a engendrées, que la valeur ajoutée se situe tout autant dans la conception, la commercialisation ou l'organisation même des entreprises que dans leurs démarches de R&D".

Le travail mené par Bpifrance et la FING souligne la nécessité pour l'ensemble des acteurs du financement de l'innovation (banques, fonds d'investissement, administrations publiques, business angels, etc.) de dépasser les modèles essentiellement tournés sur l'innovation de rupture, la R&D et la brevetabilité de l'invention.

Pour la Secrétaire d’Etat, "cet outil a vocation à être diffusé au plus grand nombre, y compris dans le secteur bancaire. Il vient utilement compléter l'action menée par le gouvernement pour soutenir toutes les formes d'innovations : innovations d'usage, de procédés ou de services avec les Bourses French Tech, innovation sociale avec l'initiative ‘La France s'engage’, ou innovation financière via la réforme du financement participatif. L’innovation comme principe de pensée, d’organisation et d’action : tel est mon impératif".

Les Bourses French Tech visent ainsi à favoriser la prise de risque par la maturation de projets de création d’entreprises innovantes qui proposent de nouvelles formes de consommation ou d’usage, de relation-clients, de réponses aux défis économiques et sociétaux, de services, de produits, d'interfaces, de design, de modèles économiques ou encore de manières de produire ou de coproduire.

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