UP' Magazine L'innovation pour défi

Revenu de base

Revenu de base: de l'utopie à la réalité ?

La Fondation Jean Jaurès, dans un rapport publié ce dimanche 22 mai, se prononce en faveur d’un revenu universel de base. Le versement d'un revenu universel couvrant les besoins minimaux pour le logement, la santé ou la retraite est-il possible ? Oui, si son montant est "proche du seuil de pauvreté".
 
La mise en œuvre d’un tel revenu entendrait « repenser le système de prestations sociales et pas seulement les réformer ». Récemment réactivée dans le débat public, cette idée ancienne soutient que la société devrait assurer à chacun de ses membres les moyens de vivre dignement, libre à chacun de les compléter par des revenus d’activité.
Ces débats sur le revenu de base interviennent alors que les économies développées connaissent des révolutions technologiques et sociales dont l’incidence demeure difficile à prévoir : avec l’impression 3D, verra-t-on bientôt des usines sans ouvriers ? Combien d’emplois seront détruits demain par l’automatisation ? Comment financer la protection sociale si les nouvelles formes d’activité échappent au modèle traditionnel du salariat ? Enfin, s’il faut apprendre à vivre dans un monde sans croissance, le plein-emploi doit-il rester un objectif de politiques publiques ?
 
Face à ces bouleversements qui se dessinent, il apparaît nécessaire d’ouvrir de nouvelles perspectives pour repenser nos modèles économiques et sociaux issus de l’âge industriel, de répondre aux nouveaux défis de la protection sociale et de proposer aux décideurs publics les instruments adaptés afin d’affronter ce nouveau monde.
C’est le sens de l’initiative du groupe de travail fondé de la Fondation Jean Jaurès sur le revenu de base.

Une réforme qui "constituerait une révolution d'une ampleur similaire à celle de la création de la sécurité sociale en 1946"

Trois hypothèses ont été retenues par les auteurs du rapport : avec des montants d'allocation de 500, 750 et 1.000 euros par mois. Si chaque cas est finançable, "le niveau intermédiaire" de 750 euros, -- avec un montant variable suivant l'âge --, apparaît selon le groupe de travail comme "l'utopie la plus réaliste".
 
Versée à tous les Français jusqu'à 65 ans, l'allocation serait fixée à 225 euros jusqu'à 15 ans, puis 375 euros jusqu'à 18 ans. Elle atteindrait 750 euros entre 18 et 65 ans pour atteindre 1.125 euros après 65 ans, suggère l'étude.
 
Une mesure dont le coût est évalué à 565 milliards d'euros, soit 26% du PIB, et qui "pourrait être financée en réorientant l'ensemble des dépenses actuelles de protection sociale (retraite, assurance-maladie, chômage, allocations familiales), à l'exception de celles consacrées à la prise en charge des affections de longue durée", écrit le groupe de réflexion.
 
A cela s'ajouterait "une hausse de deux points de la TVA, dans une logique consistant à faire peser davantage la protection sociale sur la consommation plutôt que sur le travail", poursuivent les auteurs. Ce niveau d'allocation, "proche du seuil de pauvreté absolue", permettrait "de couvrir les besoins essentiels de chacun en termes de logement, de santé ou de retraite, en limitant les effets désincitatifs sur la recherche d'emploi", estiment-ils.
 
Le versement de tout ou partie de la prestation pourrait être réalisé sous la forme de bons échangeables contre des prestations de services publics dans les secteurs des transports, du logement, de la santé ou encore de la culture, suggèrent-ils. En revanche, un "niveau de 1.000 euros impliquerait des effets désincitatifs puissants sur l'offre de travail et une hausse excessive des prélèvements obligatoires", justifie la Fondation.
 
A l'inverse, le somme de 500 euros, "par-delà son caractère insuffisant pour couvrir les besoins essentiels, générerait des effets anti-redistributifs dégradant le niveau de vie des plus pauvres", estime-t-elle.
 
 
Photo : ©Liu Bolin – Lost in Art
 

 

Avatar

La révolution numérique du cinéma

Contrairement à l’image qu’il donne volontiers de lui-même, le cinéma n’est pas seulement le monde de la création et de l’inspiration, c’est aussi souvent une industrie lourde. Le cinéma a toujours mêlé, dès son origine, dimension artistique et moyens scientifiques et techniques. À l’heure du numérique, cette relation suscite néanmoins des « liaisons dangereuses » avec les producteurs de contenus : autant dans l’étape du tournage, que dans la production et la postproduction.

Pour répondre à ces contraintes, son modèle économique s’est figé, très tôt, en s’organisant autour de trois pôles qui se distinguent en matière d’investissements et de modèles d’affaires : les structures de production (l’élaboration des films), la distribution (assurant une fonction de pure intermédiation logistique et financière) et les réseaux de salles.

Netflix, service emblématique de vidéo à la demande pour le cinéma et les séries, lancé en France en 2014. Netflix.com

Face à la mondialisation et à l’émergence de nouveaux canaux de diffusion, la cohérence de la filière cinéma a été progressivement battue en brèche. Cette transformation est vue, le plus souvent, au travers du seul filtre de la numérisation et d’Internet. Les revenus et les bases traditionnelles du cinéma seraient menacées par la remise en cause des modes classiques de consommation en salle et par la montée en puissance de nouveaux acteurs issus du monde de l’audiovisuel, des télécommunications et de l’informatique, comme Netflix ou Youtube.

Le cas de la musique atteste que la menace est avérée, mais comme le montre un rapport récent, la technologie et le numérique constituent pour le cinéma un support unique de nouveaux contenus et d'usages, ainsi que des sources d’efficacité et de rentabilité renouvelées.

Numérique et cinéma… des liaisons dangereuses ?

Le cinéma a toujours mêlé, dès son origine, dimension artistique et moyens scientifiques et techniques. À l’heure du numérique, cette relation suscite néanmoins des « liaisons dangereuses » avec les producteurs de contenus : autant dans l’étape du tournage, que dans la production et la postproduction.

Le poids actuel de la fonction technologique dans l’industrie donne en effet une importance particulière aux firmes qui contrôlent les systèmes techniques et les supports de circulation des produits, en étant à même d’y consacrer les investissements nécessaires. Cela explique que dans presque tous les secteurs des industries culturelles, les évolutions marquantes ces dernières années ont été le fait d’une intrusion massive des acteurs porteurs de ces technologies.


Démonstration technique de Weta Digital, partenaire des grands studios d’animation (Massey University, août 2012)
 

L’entreprise néozélandaise Weta Digital fournit un exemple intéressant des dynamiques de développement et d’innovation à l’œuvre dans le secteur. Cette dernière s’est fait connaître en développant des outils innovants de simulation et d’effets visuels pour ce succès mondial que sera Le Seigneur des Anneaux. C’est ce qui lui permettra ensuite de prendre une position centrale dans de nombreuses autres productions comme Les Aventures de Tintin ou Avatar.

La baisse du prix des matériels et des logiciels a stimulé la constitution de nombreuses PME spécialisées dans les effets spéciaux (3D, simulation virtuelle) constituant ce qui est présenté comme l’un des segments les plus dynamiques et disruptifs des industries culturelles.

Ces outils de post-production – la 3D par exemple – ne sont pas seulement utilisés pour enrichir l’expression esthétique et filmique ; ils visent le plus souvent à permettre aux réalisateurs de repenser leurs production en réduisant les coûts de certaines scènes (foule, tournage en extérieur, mouvements d’appareil…). Comme le disait Jeffrey Katzenberg, le président de Dreamworks :

Cette poussée technologique n’est pas seulement utile à la créativité de nos artistes ; elle permet aussi d’écourter la durée de notre cycle de production, tout en réduisant drastiquement les coûts de nos films.

Mais les nouvelles technologies du numérique ne concernent pas que le tournage, elles ont aussi un poids grandissant dans la production au sens strict. Historiquement, les réalisateurs développaient leurs films sur des storyboards, des scripts, bibles, mémos, tableaux et fiches leur permettant de structurer leur vision et organiser l’ensemble des personnages, lieux et séquences.

Aujourd’hui, cette phase s’appuie de plus en plus sur des techniques de prévisualisation. Ces outils sont même utilisés parfois au stade de la recherche de financement !

Être à la pointe de la technologie

La production de films est discontinue, ne se déroule que sur quelques mois et ces conditions mêmes de fabrication interdisent toute économie d’échelle.

Le cinéma est une industrie de prototype où chaque film est un projet particulier, appelant la coopération de différents contributeurs aux compétences variées. L’activité de producteur revêt ainsi un caractère entrepreneurial affirmé et explique une tendance persistante à s’organiser sur une base très individuelle. En Europe, malgré le nombre significatif de films produits, il n’existe qu’un très faible nombre de structures intégrées à l’image des majors américaines. La profession y est marquée par sa labilité, la faiblesse de sa surface financière et de ses ressources propres.

Les conséquences sont doubles dans un cinéma en forte évolution économique et technologique quand les expertises acquises doivent sans cesse évoluer et être remises en question. Il est difficile de capitaliser les expériences et les ressources d’un projet à l’autre, ce qui limite les capacités d’investissement et de développement de compétences technologiques en propre.


Dans les bureaux du studio d’animation Dreamworks (CNNMoney, mai 2011)
 

Le segment de la production préfère alors externaliser ces compétences sur d’autres intervenants plus à même d’assurer l’innovation technique, le financement, le développement et la mise en œuvre d’outils en constant renouvellement. Mais cette situation se traduit, en termes d’organisation interne de la filière et des tournages, par un poids renouvelé des acteurs et entreprises porteurs des technologies, ainsi que par l’ouverture d’espaces inédits de développement pour de nouveaux entrants.

La singularité et le succès variable de projets de films n’affecte pas que les producteurs. Le cas de Dreamworks montre que même les entreprises techniques les plus renommées du cinéma sont touchées par leur dépendance économique d’un modèle où une large part des revenus ne dépend que d’un petit nombre de projets à succès.

Or les services fournis par Dreamwork requièrent des investissements conséquents et constants dans les technologies les plus récentes (machines, serveurs, logiciels, développeurs), reconfigurés pour chaque film, sans qu’il ne soit possible, sauf à être vite dépassé, de réduire ces coûts dans les périodes de moindre activité. Dreamworks renouvelle ses stations de travail tous les six mois, s’équipe systématiquement à cette occasion des dernières applications mises à jour…

Ce fort taux de renouvellement a des conséquences sur l’organisation de la production car le degré extrêmement sophistiqué des outils utilisés désormais sur un film bouleverse aussi la composition des équipes de tournage. Elles ne sont plus uniquement organisées autour du producteur et du réalisateur, mais elles font de plus en plus appel à un troisième pivot, le superviseur technique.

Loin d’être un simple technicien au service du réalisateur, ce dernier assure l’entière supervision de toutes les dimensions techniques (image, son, postproduction, plan de tournage et organisation du set) et constitue un véritable alter ego au côté du producteur en charge de la partie organisation et finance, et du réalisateur, en charge de la partie créative.

 

Image extraite de Kung Fu Panda 3, une des dernières productions du studio DreamWorks. DreamWorks Animation

Le segment de la distribution affronte, lui aussi, des innovations numériques qui appellent des investissements très importants (équipement de projection 3D, numérisation de la chaîne logistique…). Ces développements ont ouvert des opportunités intéressantes pour les entreprises innovantes du secteur.

Ymagis a saisi cette opportunité pour bâtir une croissance foudroyante dans le champ de la distribution en salles, pourtant donné comme dépassé par la diffusion des vidéos en ligne. Dans le modèle traditionnel du cinéma, les distributeurs assuraient surtout le coût et l’acheminent des copies, la promotion et la gestion des recettes. Ymagis s’est appuyé sur la numérisation de la projection et des salles (équipement de projecteurs numériques, services de financement de ces équipements, catalogue électronique des films) pour étendre son offre en développant les services opérationnels aux salles (gestion de la billetterie, écrans numériques d’information, profilage des spectateurs…).

Un nouvel écosystème

La disruption apportée par le numérique dans le cinéma, ne se réduit ainsi pas à la seule arrivée de Netflix qui fixe l’attention des professionnels et des observateurs comme les phares des voitures ceux des lapins dans la nuit.

Plusieurs autres formes d’innovations techniques doivent être soulignées : des développements spécifiques portés par les industries techniques du cinéma existantes, des applications nouvelles portés par les entreprises du numérique, des technologies incrémentales intégrées par les majors.

Ces évolutions donnent un rôle grandissant et tout particulier à de nouvelles formes d’intermédiation portées, dans la filière comme sur les tournages eux-mêmes, par les entreprises spécialisées dans la technologie.

Les nombreuses firmes high-tech qui ont émergé et qui se déploient aujourd’hui dans le cinéma lui dessinent un nouveau visage tout comme elles façonnent les enjeux inédits que le secteur doit désormais affronter : financement d’investissements techniques à fort taux de renouvellement, poids des brevets et de la protection industrielle, possibilité des retombées industrielles sur d’autres secteurs des techniques d’imagerie et de simulation.

Pierre-Jean Benghozi, Professeur économie-gestion , École Polytechnique – Université Paris Saclay

Elisa Salvador, Chercheuse associée Ecole polytechnique, Centre de Recherche en Gestion, École Polytechnique – Université Paris Saclay

Jean-Paul Simon, fondateur et directeur de JPS Public Policy Consulting

La version originale de cet article a été publiée sur notre partenaire The Conversation.

 

The Conversation

 

Robots Chine

Chine : 100 millions d’ouvriers seront remplacés par des robots

Rien ne va plus en Chine. Fabrique du monde, la Chine produit 25 % de tous les objets manufacturés de la planète. Mais, mondialisation oblige, les salaires chinois ont augmenté aussi vite que la croissance de son activité. Si bien que la Chine n’est plus vraiment compétitive. Décidément, l’humain plombe toutes les ambitions des sociétés capitalistes. Qu’à cela ne tienne, remplaçons les humains par des robots ! C’est le plan que vient d’arrêter le gouvernement chinois à horizon 2049. Pas mal pour fêter le centenaire de la révolution chinoise, non ?
 
Le miracle économique de la Chine est directement imputable à son industrie manufacturière. Cent millions de personnes y sont employées (pour comparer, l’industrie manufacturière américaine n’emploie que 12 millions de travailleurs). Cette activité représente 36 % du PIB de la Chine. Ce n’est pas rien.
Au fil des années, les activités manufacturières chinoises ont établi leurs empires dans le delta du fleuve Yangtze, la baie de Bohai à l’extérieur de Pékin, et le Pearl River Delta dans le sud. Des millions de travailleurs migrants peu qualifiés ont trouvé un emploi dans les usines gigantesques, produisant une gamme inimaginable de produits, des chaussettes aux serveurs. La Chine représentait seulement 3 pour cent de la fabrication mondiale en 1990. Aujourd’hui, elle produit près d’un quart des produits manufacturés parmi lesquels on compte 80 pour cent de tous les climatiseurs, 71 pour cent de tous les téléphones mobiles, et 63 pour cent de toutes les chaussures du monde. Pour les consommateurs à travers la planète, ce boom de fabrication a entraîné l’accès à de nombreux produits, notamment high tech, à faible coût, des iPhones abordables aux téléviseurs à écran plat.
 
Ces dernières années, le moteur de fabrication de la Chine a commencé à toussoter et montrer des signes de faiblesses. La cause ? Les salaires, qui sont augmenté à l’allure vertigineuse pour la Chine de 12 % par an en moyenne depuis 2001. L’année dernière, les exportations chinoises ont chuté pour la première fois depuis la crise financière de 2009. A la fin de l’année 2015, l’indice Caixin, un indicateur largement utilisé pour évaluer les performances de l’activité de production, a enregistré un dixième mois consécutif de contraction. Ce ne sont pas de bonnes nouvelles, ni pour la Chine ni pour le reste du monde. En effet, c’est le boom de l’économie chinoise qui alimente l’économie mondiale. Les marchés financiers commencent donc à s’inquiéter sérieusement.
 
Devant cette situation qui laisse la porte ouverte aux concurrents venus de pays où la main d’œuvre ne sait pas encore exprimer ses revendications salariales et où les coûts sont compressés, comme le Viêt-Nam, la Thaïlande ou l’Indonésie, la Chine doit réagir.
 
Si les humains sont trop chers, remplaçons-les par des machines. Lançons un plan de robotisation massif de l’industrie manufacturière. C’est, en substance ce que se sont dits les hiérarques chinois en rédigeant leur dernier plan quinquennal, publié le 16 mars dernier. Place à l’automatisation ! Tel est le nouveau credo chinois. Des milliards vont être injectés pour massivement moderniser et automatiser les structures de production chinoises. Dans deux ans, les usines chinoises devront commencer à montrer leur nouveau visage et être parmi les plus innovantes du monde, laissant loin derrière les usines les plus sophistiquées d’Allemagne, du Japon ou des États-Unis.
 
L’automatisation n’est pas un domaine que les chinois découvrent. Le pays importe déjà un grand nombre de robots industriels ; dans deux ans, l’empire du milieu détiendra un tiers de tous les robots du monde. Mais le pays est loin derrière ses concurrents dans le ratio robots/travailleurs. En Corée du Sud, par exemple, il y a 478 robots par 10 000 travailleurs ; au Japon, le chiffre est de 315 ; en Allemagne, 292 ; aux États-Unis, il est de 164. En Chine, ce nombre est seulement de 36.
 
Le gouvernement chinois est désireux de changer cela. Non content d’injecter des milliards de yuans pour permettre aux usines de mettre à niveau leurs technologies, leurs machines et robots de pointe, le gouvernement envisage également de créer des dizaines de centres d'innovation à travers le pays pour mettre en valeur les technologies de fabrication de pointe. Certaines autorités régionales en Chine ont déjà commencé à montrer l’exemple. L'an dernier, le gouvernement du Guangdong, une province qui possède de nombreuses grandes unités de production, a promis de dépenser 150 milliards de dollars pour équiper ses usines avec des robots industriels et créer deux nouveaux centres dédiés à l'automatisation avancée.
Le but est de dépasser l'Allemagne, le Japon et les États-Unis en termes de fabrication de produits sophistiqués haut de gamme en 2049, pour le 100e anniversaire de la fondation de la République populaire de Chine. Pour y arriver, le gouvernement a besoin que les fabricants chinois adoptent des robots par millions. Il souhaite également que les entreprises chinoises commencent à produire de plus en plus de ces robots.  L'espoir sous-jacent à cette politique est de créer un cercle vertueux, en aidant à la naissance d'une nouvelle industrie de haute technologie avec des innovations qui pourraient inspirer d'autres secteurs d’activité, et faire ainsi tâche d’encre.
 
Le passage de l'homme aux robots ne peut manquer de bouleverser la société chinoise. Certains travailleurs d'usine déplacés pourraient trouver un emploi dans le secteur des services, mais pas la totalité des 100 millions aujourd'hui employé dans les usines. Il est évident que ce changement soudain vers les robots et l'automatisation provoquera des difficultés économiques et des troubles sociaux.  Face à ces risques sociaux, la réponde officielle est toujours la même : « La technologie robotique est le moyen de sauver la fabrication en Chine ». C’est ce que dit Yasheng Huang, professeur à la Sloan School of Management du MIT tout en reconnaissant que la Chine a aussi une main-d'œuvre énorme. « Qu'est-ce qu’on va faire avec eux ? » Pas de réponse.
 
 
La Chine est-elle capable de ses ambitions en matière de technologie robotique ? Il est vrai que le pays investit des sommes considérables dans des projets de recherche touchant non seulement aux machines automatisées mais toutes les sciences connexes comme l’Intelligence artificielle. Dans les laboratoires de Baidu, le géant de l’internet chinois, des équipes s’activent sur le deep learning et les réseaux de neurones simulés, pour produire les prochaines générations de robots industriels encore plus intelligentes et plus flexibles. Objectif avoué : faire des « usines sombres », des usines où il n’y aurait ni fenêtres, ni lumières, devenues inutiles pour leurs occupants non-humains.
 
 
 

 

Terres agricoles

À la conquête des terres agricoles, devenues valeurs hautement spéculatives

On connait depuis quelques années déjà la propension d’investisseurs à se ruer sur les terres agricoles disponibles en Afrique ou en Asie. Mais ces investissements ont généré beaucoup de déception du fait de l’instabilité des régions concernées. Les investisseurs ciblent donc désormais des horizons moins risqués, de l'Australie à la Californie en passant par la France. L'annonce récente de contrats d'ampleur a surpris les opinions publiques mais aussi les politiques, sommés de réagir, et le plus souvent pris de court face à des accords signés à leur insu.
 
Les autorités françaises n'ont ainsi appris qu'avec retard l'acquisition de 1 700 ha par un fonds d'investissement chinois au cœur du Berry pour y cultiver du blé.
 

LIRE DANS UP : Financiarisation de l’agriculture : un fonds chinois achète des terres agricoles en France

En Australie, le plus grand ranch du monde (plus de 100 000 ha, 2,5% des terres agricoles nationales) est passé le mois dernier sous pavillon chinois avec ses 185 000 têtes de bétail. L'Amérique du nord est également visée, avec des investissements saoudiens en Californie et en Arizona, où la compagnie laitière El-Marai veut produire de la luzerne pour ses 170 000 vaches : malgré un prix relativement élevé, les parcelles concernées bénéficient de législations qui ménagent l'accès à l'eau pour les usages agricoles, indique l'organisme France Export Céréales dans sa "Note du Proche et du Moyen-Orient".
 
C'est la crise des prix agricoles et la fermeture de certains marchés d'export qui avait donné le signal du "rush" sur les terres en 2008 : pour sécuriser les approvisionnements alimentaires du Golfe ou de la Chine, ou à visée spéculative alors que les cours s'enflammaient, rappelle Fred Pearce, auteur d'un ouvrage de référence sur le sujet, "The Land Grabbers".
Selon le Land Matrix, initiative indépendante d'une coalition de chercheurs pour observer les achats de terres, plus de 42,4 millions d'ha sont sous contrats passés avec des investisseurs étrangers à travers le monde, "dont la moitié en Afrique" (22,9 millions), souligne Ward Anseeuw.
 
Depuis plus de dix ans, ce chercheur du Cirad basé à Pretoria étudie ces investissements. "Sur l'ensemble, 6% des terres concernées sont réellement mises en valeur et seulement 4% en Afrique", assure-t-il à l'AFP. "Une grande majorité ont fait faillite et les investisseurs ont perdu énormément d'argent, alors que les productions n'ont jamais vraiment démarré", poursuit-il en relevant un "énorme gaspillage de capitaux".

Mission diplomatique

La première raison, constate-t-il du Mozambique au Congo, c'est la difficulté à mettre en œuvre des grandes productions : "Le plus souvent, les terres fraîchement déforestées ne sont pas adaptées à l'agriculture intensive pour produire des céréales comme en Europe ou aux États-Unis".
"Après trois ou cinq ans sans issue, il devient plus rentable d'acheter des terres en Europe ou aux États-Unis, plus chères mais avec des infrastructures et un accès à l'eau garanti".
 
Pour Ward Anseeuw, "la ruée sur les terres s'est significativement atténuée ces dernières années et ces faillites y sont pour beaucoup". L'effondrement des cours des produits agricoles et des biocarburants aussi. Du coup, on assiste aujourd'hui à une deuxième vague, plus spéculative.
 
"Après 2008, des pays comme le Qatar ou la Corée dépêchaient carrément des missions diplomatiques au Laos ou à Madagascar pour négocier de vastes parcelles, mais ça n'existe plus guère", confirme depuis Montréal Devlin Kuyek de l'ONG Grain, spécialiste des accaparements de terres. "En revanche, les financiers sont toujours là, avec les grands groupes d'agrobusiness".
"Ils ciblent des endroits moins risqués, où les droits de propriété sont établis", reprend-il. De nombreux incidents, parfois violents, sont survenus sur des terres attribuées en Afrique et en Asie du sud-est aux dépens des communautés locales, chassées du jour au lendemain.
 
Aussi préfèrent-ils désormais se tourner vers l'Australie, l'Amérique ou l'Europe. "Mais là aussi la question devient sensible" relève M. Kuyek : au Canada, "la province du Saskatchewan a dû organiser une consultation et modifier sa législation suite à la pression populaire et interdire aux fonds de pension d'acquérir des fermes".
 
Les investisseurs cherchent toujours des endroits où les terres sont sous-évaluées en espérant qu'un jour la situation se stabilisera. C'est avant tout un placement, estime-t-il, citant les fonds de pension chinois. "Avant, ils auraient acheté des châteaux en France, maintenant ce sont des terres agricoles".
 
 
Source : AFP

 

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