UP' Magazine L'innovation pour défi

Bayer-Monsanto

Bayer-Monsanto : le « mariage des affreux ».

Le groupe allemand Bayer n’a, depuis quelques mois, qu’une idée en tête : acheter Monsanto. Après avoir avancé plusieurs offres infructueuses, dont la dernière valorise Monsanto au chiffre astronomique de 64 milliards de dollars, Bayer se résoudrait à lancer une OPA hostile contre le fabricant du Roundup. Questions sur un bras de fer de géants.
 
Le combat auquel se livrent les deux géants de l’agrochimie, l’américain Monsanto et l’allemand Bayer se situe dans un contexte de grandes manœuvres d’un secteur qui concerne l’activité de centaines de millions d’agriculteurs dans le monde. Dans un contexte international hyperconcurrentiel, les six mastodontes du secteur – les américains Monsanto, DuPont et Dow Chemical ; les allemands Bayer et BASF ; le suisse Syngenta – se rapprochent et cherchent à fusionner. Le pire cauchemar des défenseurs de l’environnement.
 
Au cœur de ce champ de bataille, un combat sans merci se livre entre le groupe Bayer, connu pour fabriquer les très décriés pesticides « tueurs d’abeilles » au néonicotinoïdes, d’une part et Monsanto, la firme de Saint Louis dans le Missouri, spécialiste des semences OGM, fabricant de l’herbicide Roundup et bête noire des écologistes. Une bataille à coups de milliards de dollars, Bayer proposant avec une offre à 64 milliards de dollars la plus grosse acquisition jamais réalisée par l’industrie allemande, dépassant le précédent record établi lors du rachat de Chrysler par Daimler pour « seulement » 36 milliards de dollars à la fin des années 90.  

Une histoire qui sent le soufre

L’histoire des deux groupes protagonistes de ce combat de poids lourds sent le soufre.
Monsanto, dont la seule évocation du nom donne de l’urticaire au plus sage des écologistes, a une histoire chargée qui remonte à 1901.  Parmi les faits d’armes controversés de ce géant de l’agrochimie, on note qu’il a « été le fabricant de l’« agent orange », ce défoliant terrifiant largement utilisé pendant la guerre du Viêt-Nam entre 1961 et 1971.  Le produit était répandu sur les cultures lors de raids aériens pour affamer la population ; au passage, le produit contenait de la dioxine, agent contaminant des millions de civils. Selon les estimations d’une étude publiée en 2003 dans la revue Nature, c’est entre 2,1 et 4,8 millions de Vietnamiens qui ont été directement exposés aux herbicides entre 1961 et 1971, auxquels il faut rajouter un nombre inconnu de cambodgiens, de laotiens, de civils et militaires américains, et de leurs divers alliés australiens, canadiens, néo-zélandais, sud-coréens.
 
Malgré ces chiffres éloquents, Monsanto a soutenu pendant des décennies que son agent orange était sans danger. Même discours pour une autre famille de produits de la firme, les PCB  (polychlorobiphényles ou pyralènes) utilisés abondamment dans notamment les transformateurs et dont on admit, seulement en 1979 aux États-Unis et en 1987 en France que ce produit était hautement toxique. Ce composant se retrouve encore aujourd’hui dans notre environnement et des particules subsistent dans nos corps.
 
Autre produit controversé, le Roundup n’en finit pas de faire parler de lui. Ses détracteurs sont déchaînés et organisent marches et actions en justice pour l’interdire. Soupçonné d’être cancérogène, l’ingrédient principal de ce produit, le glyphosate, divise l’Union européenne : elle vient de reporter sa décision sur le renouvellement de l’autorisation de cette substance.

LIRE DANS UP : Bataille des pesticides : coups bas à gogo

Ces pesticides ne sont que l’arbre qui cache la forêt ; en effet, 70 % du chiffre d’affaires de Monsanto ne provient pas des produits chimiques mais de ses semences et de son activité dans la manipulation génétique du vivant. Le seul mot d’OGM suffit pour actionner l’association avec les activités troubles de ce géant qui ambitionne de mettre l’agriculture mondiale sous sa coupe.
 
Le groupe allemand n’a pas une réputation aussi sulfureuse. Il doit son image plutôt positive à ses produits pharmaceutiques au premier rang desquels figure l’aspirine que l’allemand inventa en 1899. Pourtant, Bayer n’est pas une blanche colombe. Le groupe est l’héritier avec l’autre allemand BASF du consortium IG Farben, le fournisseur du Zyclon B, ce gaz facteur de mort des camps nazis. Sur les 46 milliards d’euros de son chiffre d’affaires, 22 % sont produits par les semences et les pesticides. Il est le fabricant des marques Gaucho et Proteus, substances aux néonicotinoïdes dont on connait les effets meurtriers sur les abeilles en particulier et la faune en général.

LIRE DANS UP : Bataille des néonicotinoïdes : les abeilles devront encore attendre

L’agriculture mondiale en ligne de mire

L’enjeu de cette bataille de géants entre Monsanto et Bayer est la mainmise sur le marché de l’agriculture. Selon l’ONG Greenpeace, un mariage entre l’américain et l’allemand ferait naître un numéro un mondial des semences transgéniques et des pesticides, avec respectivement 30 % et 24 % de parts de marché. Une telle domination ne manquerait pas d’entraîner une hausse des prix pour les agriculteurs et par conséquent, pour les consommateurs. Les parlementaires américains qui envisageraient d’opposer un veto à une telle fusion, craignent en effet une augmentation des prix du lait de soja qui est fabriqué à plus de 90 % par des semences transgéniques. Pour les organisations écologistes mondiales, le danger vient de l’inondation du marché européen, jusque-là relativement protégé, par des produits OGM.

LIRE DANS UP : Ces OGM cachés que les industriels veulent nous faire passer en douce…

Plus globalement, c’est un asservissement des agriculteurs aux produits de ces deux géants que l’on craint. La stratégie du rapprochement est à cet égard limpide : proposer une offre complète aux agriculteurs incluant les semences, les engrais, le conseil, les équipements et les « services climatiques ».
En 2013 déjà, la firme de Saint Louis a racheté The Climate Corporation, une startup fondée par des anciens de Google, spécialisée dans l’analyse ultra localisée du risque agricole et la vente de polices d’assurance associées.
 
Guy Kastler de la Confédération paysanne s’inquiète auprès de Libération : « Avec un tel "paquet complet", l’agriculteur sera totalement sous la dépendance d’une seule entreprise. Et ces multinationales, de plus en plus grosses, auront encore plus de poids sur les gouvernements pour faire passer des réglementations qui obligeront les agriculteurs à utiliser leurs produits. Regardez la guerre qu’elles font déjà aux semences paysannes, désormais encore plus menacées d’appropriation par les brevets sur les "new breeding techniques", ces nouveaux OGM que les firmes rêvent de pouvoir vendre sans étiquetage. J’y vois une menace pour l’ensemble des citoyens, car nous risquons de perdre notre souveraineté politique et notre indépendance alimentaire. » Arnaud Apoteker, ancien de Greenpeace et expert en OGM affirme : « Si ces fusions dans l’agrochimie se font, tout le système agricole mondial se trouvera entre les mains de trois conglomérats en mesure d’imposer des politiques agricoles basées sur les semences OGM et leurs pesticides associés ».

Une stratégie périlleuse

Le PDG de Bayer se dit conscient que Monsanto est une entreprise controversée. Il se déclare prêt à rencontrer des ONG pour répondre aux préoccupations concernant la crainte d’une augmentation des prix et une réduction des choix des consommateurs. Il promet aux défenseurs de l’environnement le respect strict des normes éthiques si Bayer parvient à acquérir Monsanto. Ces belles paroles se suffisent pas à calmer les esprits. Le comité de gestion d’un important fonds d’investissement, La Financière Responsable, s’est ainsi séparé des actifs Bayer de son portefeuille au motif d’une « incompréhension stratégique », affirmant dans un communiqué : « La société Monsanto est très controversée dans le domaine de la Responsabilité Sociétale des Entreprises, et fait face à de nombreuses polémiques tant environnementales, comme l’affaire du Roundup, que sociales et sociétales (exemple : le coton transgénique Bt en Inde). La Financière Responsable estime donc qu’il n’est pas acceptable d’avoir une société comme Monsanto dans les portefeuilles de fonds ISR et ne réinvestira pas dans la société Bayer AG tant qu’elle maintiendra cette orientation stratégique. »
 
Selon certains experts, le rapprochement entre les deux groupes, s’il se fait, ne sera pas une sinécure. C’est ce que pense Michel Nakhla du Centre de Gestion Scientifique de Mines ParisTech : « Nous sommes ici face à un cas où l’énergie qui sera déployée pour rendre compatibles deux cultures d’entreprises se traduira inévitablement par une érosion commerciale source d’échec d’une majorité des rapprochements. En plus, les autorités de la concurrence américaine et européenne peuvent cependant se réveiller pour empêcher la naissance d’un groupe qui contrôlerait près 37 % du marché mondial de l’agrochimie. Elles peuvent également donner un feu vert conditionné à la cession d’actifs ou à un désinvestissement de certains marchés pour éviter une position dominante. »
Les deux groupes Bayer et Monsanto fusionnés pourraient se voir obligés de céder une partie de leurs actifs. Par exemple, Bayer pourrait craindre une demande de cession de son portefeuille santé. Et ceci malgré les propos rassurants de Werner Baumann, le président de Bayer, qui répète qu’il ne se séparerait pas des activités pharmaceutiques historiques du groupe comme l’aspirine. Dans ce cas, Bayer devra dresser une frontière étanche entre la vente de l’aspirine et la vente des phytosanitaires, une question de confiance pour les consommateurs.
 
 
Image d’en-tête : photo du film Over the Top, le bras de fer, de Menahem Golan (1987) avec Sylvester Stallone 
 
 

 

Robots Chine

Chine : 100 millions d’ouvriers seront remplacés par des robots

Rien ne va plus en Chine. Fabrique du monde, la Chine produit 25 % de tous les objets manufacturés de la planète. Mais, mondialisation oblige, les salaires chinois ont augmenté aussi vite que la croissance de son activité. Si bien que la Chine n’est plus vraiment compétitive. Décidément, l’humain plombe toutes les ambitions des sociétés capitalistes. Qu’à cela ne tienne, remplaçons les humains par des robots ! C’est le plan que vient d’arrêter le gouvernement chinois à horizon 2049. Pas mal pour fêter le centenaire de la révolution chinoise, non ?
 
Le miracle économique de la Chine est directement imputable à son industrie manufacturière. Cent millions de personnes y sont employées (pour comparer, l’industrie manufacturière américaine n’emploie que 12 millions de travailleurs). Cette activité représente 36 % du PIB de la Chine. Ce n’est pas rien.
Au fil des années, les activités manufacturières chinoises ont établi leurs empires dans le delta du fleuve Yangtze, la baie de Bohai à l’extérieur de Pékin, et le Pearl River Delta dans le sud. Des millions de travailleurs migrants peu qualifiés ont trouvé un emploi dans les usines gigantesques, produisant une gamme inimaginable de produits, des chaussettes aux serveurs. La Chine représentait seulement 3 pour cent de la fabrication mondiale en 1990. Aujourd’hui, elle produit près d’un quart des produits manufacturés parmi lesquels on compte 80 pour cent de tous les climatiseurs, 71 pour cent de tous les téléphones mobiles, et 63 pour cent de toutes les chaussures du monde. Pour les consommateurs à travers la planète, ce boom de fabrication a entraîné l’accès à de nombreux produits, notamment high tech, à faible coût, des iPhones abordables aux téléviseurs à écran plat.
 
Ces dernières années, le moteur de fabrication de la Chine a commencé à toussoter et montrer des signes de faiblesses. La cause ? Les salaires, qui sont augmenté à l’allure vertigineuse pour la Chine de 12 % par an en moyenne depuis 2001. L’année dernière, les exportations chinoises ont chuté pour la première fois depuis la crise financière de 2009. A la fin de l’année 2015, l’indice Caixin, un indicateur largement utilisé pour évaluer les performances de l’activité de production, a enregistré un dixième mois consécutif de contraction. Ce ne sont pas de bonnes nouvelles, ni pour la Chine ni pour le reste du monde. En effet, c’est le boom de l’économie chinoise qui alimente l’économie mondiale. Les marchés financiers commencent donc à s’inquiéter sérieusement.
 
Devant cette situation qui laisse la porte ouverte aux concurrents venus de pays où la main d’œuvre ne sait pas encore exprimer ses revendications salariales et où les coûts sont compressés, comme le Viêt-Nam, la Thaïlande ou l’Indonésie, la Chine doit réagir.
 
Si les humains sont trop chers, remplaçons-les par des machines. Lançons un plan de robotisation massif de l’industrie manufacturière. C’est, en substance ce que se sont dits les hiérarques chinois en rédigeant leur dernier plan quinquennal, publié le 16 mars dernier. Place à l’automatisation ! Tel est le nouveau credo chinois. Des milliards vont être injectés pour massivement moderniser et automatiser les structures de production chinoises. Dans deux ans, les usines chinoises devront commencer à montrer leur nouveau visage et être parmi les plus innovantes du monde, laissant loin derrière les usines les plus sophistiquées d’Allemagne, du Japon ou des États-Unis.
 
L’automatisation n’est pas un domaine que les chinois découvrent. Le pays importe déjà un grand nombre de robots industriels ; dans deux ans, l’empire du milieu détiendra un tiers de tous les robots du monde. Mais le pays est loin derrière ses concurrents dans le ratio robots/travailleurs. En Corée du Sud, par exemple, il y a 478 robots par 10 000 travailleurs ; au Japon, le chiffre est de 315 ; en Allemagne, 292 ; aux États-Unis, il est de 164. En Chine, ce nombre est seulement de 36.
 
Le gouvernement chinois est désireux de changer cela. Non content d’injecter des milliards de yuans pour permettre aux usines de mettre à niveau leurs technologies, leurs machines et robots de pointe, le gouvernement envisage également de créer des dizaines de centres d'innovation à travers le pays pour mettre en valeur les technologies de fabrication de pointe. Certaines autorités régionales en Chine ont déjà commencé à montrer l’exemple. L'an dernier, le gouvernement du Guangdong, une province qui possède de nombreuses grandes unités de production, a promis de dépenser 150 milliards de dollars pour équiper ses usines avec des robots industriels et créer deux nouveaux centres dédiés à l'automatisation avancée.
Le but est de dépasser l'Allemagne, le Japon et les États-Unis en termes de fabrication de produits sophistiqués haut de gamme en 2049, pour le 100e anniversaire de la fondation de la République populaire de Chine. Pour y arriver, le gouvernement a besoin que les fabricants chinois adoptent des robots par millions. Il souhaite également que les entreprises chinoises commencent à produire de plus en plus de ces robots.  L'espoir sous-jacent à cette politique est de créer un cercle vertueux, en aidant à la naissance d'une nouvelle industrie de haute technologie avec des innovations qui pourraient inspirer d'autres secteurs d’activité, et faire ainsi tâche d’encre.
 
Le passage de l'homme aux robots ne peut manquer de bouleverser la société chinoise. Certains travailleurs d'usine déplacés pourraient trouver un emploi dans le secteur des services, mais pas la totalité des 100 millions aujourd'hui employé dans les usines. Il est évident que ce changement soudain vers les robots et l'automatisation provoquera des difficultés économiques et des troubles sociaux.  Face à ces risques sociaux, la réponde officielle est toujours la même : « La technologie robotique est le moyen de sauver la fabrication en Chine ». C’est ce que dit Yasheng Huang, professeur à la Sloan School of Management du MIT tout en reconnaissant que la Chine a aussi une main-d'œuvre énorme. « Qu'est-ce qu’on va faire avec eux ? » Pas de réponse.
 
 
La Chine est-elle capable de ses ambitions en matière de technologie robotique ? Il est vrai que le pays investit des sommes considérables dans des projets de recherche touchant non seulement aux machines automatisées mais toutes les sciences connexes comme l’Intelligence artificielle. Dans les laboratoires de Baidu, le géant de l’internet chinois, des équipes s’activent sur le deep learning et les réseaux de neurones simulés, pour produire les prochaines générations de robots industriels encore plus intelligentes et plus flexibles. Objectif avoué : faire des « usines sombres », des usines où il n’y aurait ni fenêtres, ni lumières, devenues inutiles pour leurs occupants non-humains.
 
Article originellement publié le 16 mai 2016
 
 
 

 

Blockchain

Le blockchain, ingrédient de nouvelles innovations de rupture

Apparu en 2008 et créé par le « toujours » énigmatique Satoshi Nakamoto, le concept de blockchain (BC) a consisté initialement en une combinaison originale de mécanismes de cryptographie et d’architecture peer to peer (P2P), dédiée à la mise en œuvre d’une monnaie virtuelle : le bitcoinLe blockchain est souvent défini comme un mécanisme informatique permettant de transférer et d’enregistrer de manière ultrasécurisée l’ensemble des échanges opérés entre les acteurs d’un même réseau qui ne se connaissent pas et ce, indépendamment de toute autorité centrale. Un concept qui s’apprête à modifier profondément notre écosystème socioéconomique dans son ensemble.

Bitcoin et blockchain

Longtemps les termes de bitcoin et de blockchain ont été synonymes. Ainsi, la BC constitue le grand livre comptable qui enregistre l’ensemble des transactions en bitcoin. Aussi, elle grandit à la fois au rythme des échanges mais aussi à celui de la création de monnaie réalisée grâce aux opérations de création de monnaie (le mining).

On peut donc définir le concept de BC comme un système fiable et résilient permettant d’enregistrer des transactions. La fiabilité est fondée sur la cryptographie, et la résilience, quant à elle, provient de l’architecture P2P. La BC n’est donc pas une solution en elle-même, mais plutôt le sous-jacent de nouvelles solutions.

À partir de 2014, des initiatives ont commencé à germer en étendant le spectre d’emploi du BC à l’ensemble des secteurs nécessitant d’enregistrer des transactions ou des contrats. On parle alors de BC 2.0, voire 3.0.

D’autres chaînes possibles

La première BC concernait donc le Bitcoin, mais depuis, le mécanisme au cœur de la BC a été mis en œuvre dans d’autres chaînes. Ainsi une nouvelle chaîne appelée Ethereum est née. Ethereum constitue un système fondé sur la BC mais ouvert à de nombreuses applications. Par exemple, Slock.it est une startup dont l’idée est d’intégrer le mécanisme de la BC via la chaine Ethereum dans des appareils physiques : un mariage virtuel/réel.

Parmi les idées d’application, il est possible d’envisager une poignée de porte qui, quand elle est tournée, enregistre la transaction via Etherum est permet de créer un smart contract entre le possesseur de l’appartement et celui qui y entre. Bref, il devient imaginable de réaliser un Airbnb encore plus efficient et sûr. C’est un nouveau mode d’organisation liant clients et propriétaires qui émerge. Le terme de DAO (decentralized autonomous organisations) est avancé. La notion même d’organisation comme Henry Mintzberg nous l’a définie prend enfin en compte le monde numérique.

Notons que le 17 juin 2016, une attaque contre la plateforme hébergeant le projet de DAO a été lancée et a permis de voler un tiers des fonds déposés… Cette attaque met en lumière à la fois la faiblesse d’un système naissant, mais aussi l’intérêt qu’il suscite. Toutefois, c’est bien la plateforme qui a été attaquée et non la Blockchain.

Et si l’entreprise se fondait sur la blockchain ?

En poussant plus loin le raisonnement, on peut imaginer que l’entreprise vue sous l’angle « nœud de contrats » soit ainsi fondée sur un mécanisme de BC. La manière avec laquelle sont enregistrées toutes les transactions sur les titres de propriété serait alors totalement renouvelée. Les titres de propriété quant à eux peuvent être représentés par les unités d’une monnaie virtuelle.

En effet, le Bitcoin par exemple est conçu pour qu’il y ait au maximum 21 millions de bitcoins en circulation. On peut alors imaginer la création d’une monnaie avec un certain nombre d’unités et chaque unité représente une part de l’entreprise. Cela constituerait un mécanisme de gestion de la propriété et de valorisation des actifs totalement nouveau. C’est ce que propose une plateforme comme swarm. À nouvelle solution, nouvel acronyme, swarm propose celui de DCO (Decentralized Collaborative Organization).

L’institutionnalisation du blockchain

Certes, certains pourraient penser que cette histoire de BC n’est qu’un feu de paille pour geeks et que ce n’est pas sérieux. Pourtant, le 16 février 2016, le NASQAD a initié un projet visant à enregistrer le vote des actionnaires sur la bourse de Tallin en utilisant le BC. Le 13 avril 2016, le président et directeur des opérations du même Nasdaq indiquait même : « Blockchain technology can lead to quicker, more efficient trade settlements ».

Le 16 mars 2016, la première intervention en plénière de l’Université Numérique du Medef était proposée par l’équipe de Blockchain France. Enfin, le 1er mai 2016, l’État du Delaware a officiellement annoncé que la BC était une technologie qui allait leur permettre de remplacer leurs écritures.

Ainsi, la blockchain n’est plus un signal faible… mais un mouvement potentiellement aussi fort que le Web lui-même ou les médias sociaux.

Quels acteurs et quelles autres avancées ?

Répondons alors à deux questions : quels sont les grands acteurs qui risquent d’être impactés par la BC ? Et quelles autres avancées technologiques peuvent entrer en synergie avec la BC pour contribuer à transformer notre environnement ?

De mon point de vue, trois grands acteurs peuvent être impactés par le BC.

Le premier acteur est constitué par l’ensemble des organismes jouant le rôle de tiers de confiance. En effet, l’aspect confiance peut entièrement reposer sur le mécanisme de BC. Certes ces acteurs pourront continuer à proposer des conseils mais ils entreront alors en concurrence avec l’ensemble des sociétés de conseil existantes.

Le second acteur dont une partie du métier peut être remis en question représente les institutions étatiques. À titre d’exemple, la tenue des registres nationaux (État civil ou Cadastre) peut être gérée à un niveau mondial et totalement décentralisé par une BC dédiée.

Enfin le dernier acteur est constitué par l’ensemble des organisations qui pourront trouver de nouvelles formes de financement et de gouvernance en utilisant ce mécanisme pour gérer leurs parts de capital. Du point de vue des sciences de gestion, les théories du contrôle notamment vont connaître une nouvelle jeunesse.

Pour répondre à la seconde question, j’estime que trois autres grands concepts peuvent entrer en résonnance avec le BC pour déclencher des innovations de rupture d’une intensité de celle de l’avènement d’Internet.

Le premier concept est celui de crowdsourcing. Ce mode d’externalisation permet de faire réaliser une activité à un grand nombre de personnes pour la plupart anonyme. On peut alors voir le crowdsourcing comme un moyen de faire créer de la valeur par la foule et donc de profiter pleinement des potentialités offertes par l’interactivité des applications fondées sur Internet.

Le second concept est celui de l’impression 3D. Le fait de pouvoir démocratiser la fabrication de produits tout en libéralisant le modèle de conception de ce produit est en soi une rupture dans la production et la logistique.

Enfin, le troisième élément est la poursuite de la dissémination des appareils connectés. En quarante ans, nous sommes passés de quelques gros ordinateurs centraux, à un PC chez chacun, puis à un smartphone dans chaque poche et maintenant à des dizaines d’appareils de toute taille dans les foyers et sur nous. Cet Internet of things (IoT) dont certains peuvent être fabriqués localement (Impression 3D) contribue alors à augmenter la capacité à faire émerger de la valeur par la foule que nous sommes (crowdsourcing). Ajoutons à cela les potentialités de la blockchain que nous avons évoquées, et un nouvel univers des possibles s’ouvre à tous : ceux qui sauront en profiter et ceux qui risquent de le subir.

Jean-Fabrice Lebraty, Professeur en Sciences de Gestion. Spécialisé en Systèmes d'Information, Université Jean-Moulin Lyon 3

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

 

The Conversation

 

Amazon Prime Now

Prime Now : Amazon veut livrer leurs courses aux parisiens. La mairie s’inquiète

La ville de Paris s’est inquiétée ce dimanche du nouveau service de livraison express dans la capitale du géant américain de l’Internet Amazon, susceptible selon elle de « déstabiliser gravement les équilibres commerciaux parisiens ». Après les États-Unis, l'Angleterre ou encore l'Italie, Amazon lançait en effet, jeudi dernier, son service de livraison express à domicile en une heure à Paris et dans sa petite couronne, pour tous types de produits y compris l'alimentaire.
 
Baptisé «Prime Now», ce service, réservé aux clients prioritaires du groupe ayant souscrit un abonnement «Premium», avait été inauguré à New York fin 2014. Il est aujourd'hui disponible dans 44 villes dans le monde. En France, il concernera 18.000 références, allant de la culture aux jouets en passant par l’électronique (à l'exception du gros électroménager), incluant également 4.000 produits alimentaires, de l'épicerie au frais (notamment 85 sortes de fruits et légumes en provenance de Rungis) mais aussi les surgelés.
Les livraisons Prime Now, réservées aux Parisiens et à plusieurs villes de la petite couronne, seront effectuées, via des vans, des scooters ou même à pied, à partir d'un nouvel entrepôt de 4.000 mètres carrés, situé dans le XVIIIe arrondissement de Paris, une première implantation dans la capitale pour le géant américain.
 

La mairie de Paris très remontée contre Amazon

 
Déplorant dans un communiqué n’avoir été informée de ce lancement « que quelques jours avant », la mairie de Paris a promis d’être « intransigeante » avec Amazon sur plusieurs points : « la préservation du commerce de proximité ; la qualité de vie des riverains au regard de la logistique du centre et du trafic des véhicules de livraison ; le degré de pollution généré par les véhicules et l’activité du lieu ; la politique de ressources humaines menée par Amazon ».
 
« La Ville de Paris portera aussi auprès du législateur la nécessité de définir, par la loi, des garde-fous en mesure d’éviter que de tels services ne viennent à constituer une concurrence déloyale à l’égard des commerçants et des artisans », menace-t-elle encore dans un communiqué.
La maire de Paris, Anne Hidalgo,  réclame notamment que les procédures d’autorisation des maires sur l’installation de surfaces commerciales et de supermarchés puissent s’appliquer à des centres comme celui d’Amazon dans le XVIIIe arrondissement.
 
La mairie de Paris est très remontée contre ce nouveau service. Olivia Polski, l’adjointe à la ville de Paris chargée du commerce, de l’artisanat, des professions libérales et indépendantes, « De prime abord ça peut être une très bonne nouvelle de dire qu’il peut y avoir un nouveau service commercial, sauf que c’est un lieu de vente dématérialisé, qui n’a pas du tout les mêmes contraintes que tous les autres commerces aujourd’hui », déplore-t-elle sur France Info. Elle rappelle que les commerçants implantés dans les centres ville doivent payer des taxes particulières, et sont aussi soumis à des règles de concurrence qui évitent les concentrations dans un même lieu, ce qu’un service de livraison pour toute la capitale permet d’éviter largement.
 

Obstacles, obstacles et encore obstacles

 
Amazon se heurte quasi systématiquement aux obstacles que dressent devant ses projets les autorités françaises. Le libraire en ligne a été à de maintes reprises critiquée pour son impact sur les entreprises françaises. Déjà en 2013, la ministre de la culture de l’époque, Aurélie Filipetti décrivait Amazon comme « destructeur des librairies ». Une loi entrée en vigueur en 2014 interdisait à Amazon notamment d’offrir des services de livraison gratuit sur les livres. En réponse, Amazon a inventé la livraison à 0.01 € !
Plus tôt cette année, il a été rapporté qu’Amazon cherchait à acquérir la société Colis Privé dans laquelle elle détient déjà 25 % du capital. Cette négociation menaçait directement La Poste dans sa position de « livreur du dernier kilomètre ». Le journal Les Échos révèlait que cette acquisition avait été empêchée par l’Autorité de la concurrence.
 
Les réactions à Prime Now s’inscrivent dans cette guerre de tranchée que livre la France pour protéger ses secteurs économiques traditionnels des coups de boutoir de l’ubérisation comme des nouveaux services. Un combat d’arrière-garde ou une vraie bataille pour l’avenir ?
 
 
Source : AFP, The Verge
 

 

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