UP' Magazine L'innovation pour défi

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Robot-Lab, le premier incubateur robotique d'Europe à Paris

Le premier incubateur robotique d’Europe ouvre à Paris dans le premier arrondissement pour centraliser en un lieu unique toute l'énergie pour donner vie et faire grandir les robots et objets connectés de demain

Le Robot-Lab réunit les compétences pour créer un écosystème propre à aider l’émergence de projets sélectionnés. Il propose aux entreprises incubées un soutien matériel, humain, financier et technologique : locaux équipés, accompagnement dans les démarches administratives et financières (aides publiques, levée de fonds..) et aux lancements de produits (communication, fabrication et distribution).  Il a pour objectif d’aider la communauté de makers français à passer du rêve, à la réalisation jusqu’au succès de leur projet. En proposant le meilleur écosystème qui soit, Robot Lab veut faciliter la création d'entreprises et d'emplois tout en valorisant au mieux l’innovation française dans le domaine de la robotique.
Véritable hub pour l’écosystème robotique, il attire aussi entreprises et investisseurs : les entreprises pourront y découvrir les dernières avancées technologiques, et ont la possibilité d’accompagner un projet incubé ou bien d’incuber leur propre projet. Les investisseurs viennent au Robot-Lab découvrir les dernières initiatives et soutenir humainement et financièrement la pépite de leur choix.

Ce premier incubateur robotique et objet connecté s’installe d’abord en plein coeur de Paris dans un environnement favorable à la création, dans les locaux du 10 rue de la Coquillère à Paris 1er. Il s’agrandira ensuite avec une antenne à Lyon et à Toulouse.

Comment fonctionne le Robot-Lab ?

Il s'agit d'une structure composée d’un atelier mécanique, d'une salle événementielle et de bureaux plus traditionnels. Il offre aux projets sélectionnés et incubés des ressources technologiques, un accompagnement dans l’obtention d’aides publiques, un réseau de business angels et de mentors, ainsi qu’un service d’aide à la gestion, à la communication, à la fabrication et la distribution.
Cet écosystème devrait permettre de créer des liens forts entre les startupers, les makers, les entreprises et les investisseurs.  Les créateurs bénéficient de tous ces services en échange d’une partie de leur capital.

Un véritable tremplin pour la robotique française

Lancé en phase test depuis le 1er septembre 2014 à Paris, le Robot Lab soutient déjà quelques startups et a signé des partenariats stratégiques.
Le CRIIF, structure reconnue développant des projets robotiques depuis 1987, s’engage à soutenir techniquement chaque projet incubé.
« Être au cœur des dernieres innovations est un rêve pour notre équipe et nos clients ! » selon Rodolphe Hasselvander, le fondateur, qui a décidé de s’impliquer pleinement dans ce projet en installant physiquement son équipe au sein du Robot-Lab.

RobotShop.com, le premier distributeur mondial de robots, s’associe à cette démarche en devenant le partenaire distributeur du Robot-Lab, permettant ainsi à toutes les startups incubées d’avoir une solution immédiate pour commercialiser leur offre. Mario Tremblay, PDG de RobotShop, témoigne: « Nous nous engageons à mettre en avant et distribuer les offres sélectionnées et arrivées à maturité soutenues par le Robot Lab, nous offrons ainsi un formidable relais de croissance pour ces makers qui auront eu la chance de développer leur projet dans un écosysteme unique ».

Robot Capital, un fond d’investissement privé dédié à la robotique s’engage à soutenir en tant que lead investor les meilleurs projets. De nombreux partenariats avec des fonds, des entrepreneurs, des écoles et des entreprises sont actuellement en cours d’élaboration.

A l’origine de cette initiative, Alexandre Ichaï, un développeur informatique devenu serial entrepreneur puis investisseur, souhaite permettre aux créateurs d'utiliser au maximum ce qui existe pour qu'ils puissent se focaliser sur l’innovation :
"D'un point de vu humain, l'expérience avérée d'entrepreneurs est déterminante dans la réussite d'un projet. D'un point de vu technique, de nombreuses sociétés développent leur technologie en partant de zéro alors que d'autres sociétés non concurrentes l'ont déjà développée ! D'un point de financier, trouver les partenaires stratégiques permet aussi de trouver les fonds. Bref, dans le partage les synergies sont infinies".

www.robot-lab.org

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Grands Prix de l'innovation de la ville de Paris- 13ème édition

Les Grands prix de l'innovation décernés par la mairie de Paris ont été remis ce mardi 2 décembre. 470 start-up franciliennes avaient déposé leur candidature, 40 se sont hissées en finale et, en bout de course, sept ont été primées lors de la 13e édition des Grands Prix de l’innovation (GPI) de Paris à la Cité de la mode et du Design.

Depuis plusieurs années déjà, la ville de Paris s'engage en faveur de l'innovation et se positionne comme leader des villes innovantes à l'échelle mondiale. Entre 2001 et 2014, 100 000 m² d'incubateurs ont été créés, avec un taux de survie de près de 80 % et près de 15 000 emplois à la clé sur le territoire parisien. 

100 000 m² supplémentaires de "surfaces innovantes" sont prévus pour les années à venir : espaces de coworking, centres de télétravail, surfaces modulaires adaptées aux stratups, immeubles "pluriels" combinant logements, espaces de travail partagés, hôtels d'entreprises, commerces, ... Des espaces d'un genre nouveau  répartis sur de nouveaux secteurs comme la logistique urbaine, l'économie du sport, le bio-engineering, le tourisme.

Les Grands Prix de l'Innovation ont donc pour vocation de soutenir le développement d'entreprises innovantes franciliennes dans des secteurs en forte croissance et de récompenser celles qui vont, par leur innovation, améliorer la vie de la cité et développer le tissu économique parisien. Non seulement à travers ces Prix, mais avec le soutien financier de partenaires comme la BPI France en créant le Fonds Paris Innovation Amorçage doté de 21 millions d'euros.
Jean-Louis Missika, Adjoint chargé de l'urbanisme, de l'architecture, des projets du Grand Paris, du développement économique et de l'attractivité, déclare l'innovation comme "outil majeur pour construire la ville du futur, pour améliorer le quotidien des citadins, pour réduire l'empreinte écologique de la cité, pour créer de l'emploi. La ville de Paris est fière de porter cet ambitieux programme d'appui à l'innovation en ouvrant de nombreux incubateurs, en favorisant l'innovation ouverte, le financement des startups, l'expérimentation urbaine, et ce depuis plus de 10 ans". Voir interview de JL Missika pour UP'.

Le Palmarès des Grands Prix de l'Innovation

- Vainqueur de la catégorie "Eco-innovations" + mention spéciale "design" : OUREPARER.COM
- Vainqueur de la catégorie "Services aux entreprises" : REDBIRD
- Vainqueur de la catégorie "Technologies numériques" : TRADELAB
- Vainqueur de la catégorie "Contenus numériques" : SPORTEASY
- Vainqueur dans la catégorie "Services aux particuliers" : ORNIKAR
- Vainqueur dans la catégorie "Santé bien-être" : DREEM
- Vainqueur de la mention spéciale "Innovation sociale" : SIMPLON.CO

Présentation des lauréats

OUREPARER.COM
"Arrêtez de jeter vos vieux objets", tel pourrait être le leitmotiv de la start-up Oureparer.com. Ce service en ligne fondé par Clément Follin-Arbelet et François Penin propose à ses utilisateurs de trouver le réparateur le plus proche de chez eux, cela pour n'importe quel type d'objet. La réparation est un énorme enjeu pour notre société d'hyperconsommation actuelle ; un enjeu à la fois pour notre pouvoir d'achat, pour la planète mais aussi pour notre façon de consommer en général. Or aujourd’hui, trouver une solution pour remettre en état ses objets cassés ou tombés en panne reste un vrai défi !
Aujourd'hui en version bêta, Oureparer.com est une plateforme web qui, dès 2015, permettra à chacun de trouver facilement la meilleure solution pour réparer tous ses objets (électroménager, mobilier, téléphone, vélo, informatique,…), près de chez soi. Via un système innovant, l’utilisateur pourra comparer et choisir très simplement le réparateur le plus adapté à son projet, selon de nombreux critères (prix, distance, compétences, etc.).
La nouvelle version du site sera en ligne au premier trimestre 2015 et promet de "redéfinir le paysage de la réparation", d'après ses créateurs.
www.oureparer.com

REDBIRD
Aider les entreprises grâce à des drones, c'est l'activité proposée par cette société. Trois secteurs majeurs sont visés : supervision de réseaux d'infrastructures, monitoring de mines et de grands chantiers et aide à l'agriculture de précision. Redbird récolte des données grâce aux survols de ses drones et fournit des informations d'aide à la décision à ses clients. Créé début 2013, suite à la réglementation de la DGAC autorisant les vols commerciaux de drone civil, Redbird acquiert puis traite les données acquises par drone.
Intégrateur de technologies à destination du monde industriel et agricole, Redbird apporte aux entreprises des solutions globales dans l’optimisation de leurs ressources et l’amélioration de la productivité via l’analyse et le traitement de données.
La rupture initiée par Redbird repose sur le développement de couches algorithmiques propriétaires et industry-specific qui permettent d’adapter le traitement et l’analyse de données aux différents métiers et missions.
www.redbird.fr

TRADELAB
"Rendre la publicité sur Internet plus respectueuse des internautes, en leur adressant un message adapté à leurs profils avec une répétition maîtrisée et offrir aux annonceurs optimisation et transparence de leurs investissements média". En bref, cibler au mieux les audiences, ne pas bombarder les internautes d'une publicité en boucle.
Tradelab est une plateforme technologique couplant achat média programmatique et ciblage d’audience, spécialisée dans les campagnes display, mobile et vidéo en Real Time Bidding ; dont la plateforme de Data Optimisation permet de cibler les bons internautes, au meilleur moment et uniquement sur des emplacements visibles et efficaces.
L'équipe a développé un éventail de technologies lui permettant de réaliser, pour le compte d’annonceurs, des campagnes display, mobile & vidéo performantes, sur des inventaires (sites et espaces publicitaires) qualitatifs et brandsafe.
Situés au cœur de Paris, dans le 8ème arrondissement, ils sont aujourd’hui 45 personnes travaillant au développement de cette Startup créée en 2011. 
www.tradelab.fr

SPORTEASY
Une application web et mobile pour faciliter la vie des entraîneurs et des joueurs : structurer la vie d'une équipe et l'animer au quotidien. L'entraîneur peut ainsi partager toutes sortes d'informations avec ses joueurs par notification e-mail ou mobile. Les joueurs pourront quant à eux consulter les infos de leur équipe, connaître les statistiques ou encore discuter entre eux sur un forum de discussion interne.
SportEasy est une application web et mobile destinée à toutes les équipes de sport amateur. Elle regroupe en un seul outil tout ce dont les entraîneurs et joueurs ont besoin pour structurer et animer la vie de leur équipe :
- aux entraîneurs, SportEasy offre un gain de temps considérable : centralisation des informations sur les joueurs, notifications email/mobile aux joueurs en un clic, gestion des disponibilités pour les matchs et entraînements, tactiques et compositions d’équipe, suivi des statistiques individuelles et collectives (les tactiques et statistiques étant adaptées à chaque sport).

- aux joueurs, SportEasy offre une interface commune pour consulter les informations sur leur équipe (horaires et lieux des événements, résultats et statistiques) et partager leurs émotions avant et après les matchs (forums de discussion, photos, vote pour le meilleur joueur du match).
www.sporteasy.net

ORNIKAR
Ils veulent dépoussiérer l'auto-école, mais rencontre pour le moment une forte opposition de leur part ! Benjamin Gaignault et Alexandre Chartier ont fondé Ornikar afin de proposer à ses utilisateurs de trouver un professeur de conduite où qu'il se trouve et à des plages horaires plus larges que celles des auto-écoles traditionnelles. Des cours qui devraient être facturés 34,90 euros de l'heure. De quoi inquiéter les auto-écoles classiques qui n'ont pas hésité à attaquer la startup dès sa création.
Ornikar est en passe de devenir la première auto-école en ligne s'appuyant sur son réseau national d'enseignants diplômés afin de proposer une formation au permis de conduire mobile et à prix réduit.
A l'aide des nouvelles technologies, les élèves pourront géolocaliser les enseignants proches de leur position puis réserver des heures de conduite en quelques clics, avec la possibilité de les recommander s'ils le souhaitent.
Fondée par deux jeunes amis pour qui l'apprentissage de la conduite ne doit pas être un luxe, mais plutôt un instant de partage d'expérience et de sensibilisation à la sécurité routière, Ornikar souhaite apporter une nouvelle approche à une formation vieillissante et plus adaptée à son époque.
En tant qu'examen le plus passé en France, avec une très grande majorité de jeunes (80 % ont entre 18 et 25 ans), il devient prioritaire de rénover cet apprentissage en s'appuyant sur les nouvelles technologies.
www.ornikar.com

DREEM
On connaissait les applications qui analysent le sommeil, voilà désormais le bandeau qui l'améliore. Issu de travaux sur les neurosciences, il effectue des stimulations pendant le sommeil qui l'allongent et améliorent. En résultent une diminution de la sensation de fatigue au réveil, mais aussi l'amélioration de la mémoire et de la concentration. Le bandeau effectue des stimulations pendant le sommeil de l’utilisateur qui allongent et améliorent son sommeil profond.
Le produit actuellement en phase de prototypage, sera accessible au grand public sous la forme d’un bandeau connecté associé à une application smartphone permettant le suivi des stimulations et de l’amélioration des nuits de sommeil.
Dreem souhaite par le développement de ce premier produit, permettre au plus grand nombre d’améliorer sensiblement leur sommeil et ainsi leurs performances cognitives au réveil.
Créé en Juillet 2014, Dreem est lauréat du Concours Mondial d’Innovation, du prix Jean-Louis Gérondeau, et compte actuellement 10 personnes dans l’équipe. Voir article dans UP' de novembre 2014.
www.dreem-devices.com

SIMPLON.CO
Cette entreprise solidaire créée en avril 2013 à Montreuil propose des formations gratuites de six mois dans les métiers du numériques (développeurs d'applications, référent numérique, etc.). Le programme est en priorité ouvert aux demandeurs d'emploi, allocataires du RSA, jeunes des quartiers populaires, mais aussi aux filles souvent mal représentées dans ces filières.
Labellisée par la Mission French Tech et sélectionnée dans le cadre de l’initiative présidentielle “La France S’Engage”, Simplon.co est une entreprise agréée solidaire qui propose des formations présentielles gratuites de 6 mois (développeur d'applications web/mobile, référent numérique, data artisan).
L'initiative Simplon.co a ouvert en janvier 2014 une promotion détachée dans une cité de Villeneuve la Garenne (92) et une filiale à Cluj en Roumanie, en octobre 2014 une école numérique en milieu rural au coeur du parc naturel du Perche et en novembre Archipel : une nouvelle implantation à Paris dans le 8è en partenariat avec Aurore qui y gère un centre d’hébergement d’urgence de familles SDF. D’autres essaimages sont actuellement en cours en France et à l’étranger.
www.simplon.co

Photos : ©Jean-Baptiste Gurliat

bien-être

Deux polytechniciens aident à retrouver le sommeil

Deux étudiants de l’École polytechnique ont imaginé Dreem, un bandeau destiné à améliorer la qualité et la durée du sommeil profond.

Conscients du rôle primordial du sommeil sur notre organisme et sur notre vie quotidienne, Quentin Soulet de Brugière et Hugo Mercier, deux étudiants de l’X en Master Innovation technologique : ingénierie et entrepreneuriat, ont eu l’idée d’inventer un objet connecté sous la forme d’un bandeau qui nous permettrait de dormir plus profondément.

« Sans Polytechnique, on ne l’aurait probablement jamais fait »

En mars 2014, Hugo et Quentin créent leur startup « Dreem » qui est aussi le nom de leur première innovation technologique. Aux côtés de médecins du sommeil de la Pitié Salpêtrière et d’une équipe de chercheurs en neurosciences de l’Institut du Cerveau et de la Moelle épinière (ICM), les deux étudiants ont mis au point un procédé innovateur d’analyse d’électroencéphalogramme (EEG). Ce système permet d’analyser l’activité électrique du cerveau tout en le stimulant à l’aide d’algorithmes et de capteurs électroniques.

Dreem a déjà suscité l’attention du gouvernement français. Quelques mois seulement après sa création, la jeune pousse fait déjà partie des 110 lauréats du concours mondial d’innovation 2030. Le 23 juillet 2014, Hugo et Quentin étaient ainsi conviés à l’Élysée pour recevoir leur prix des mains du Président de la République. « Sans Polytechnique, on ne l’aurait probablement jamais fait », précise Hugo. « C’est dans le cadre de notre master que nous avons pu développer notre projet. La qualité des conférences, l’excellence scientifique, un enseignement presqu’à l’américaine, le réseau des anciens…tout cela nous a permis d’avancer rapidement ». Soutenue par de nombreux experts, l’équipe de Dreem grandit à une vitesse surprenante et compte déjà dix membres.

Optimiser et mieux comprendre le sommeil

Quentin et Hugo sont des traqueurs du sommeil profond, cette phase du sommeil où notre corps et notre cerveau se reposent véritablement. « Notre objectif est d’améliorer la durée et la qualité du sommeil profond pour diminuer la sensation de stress et de fatigue durant la journée, mais aussi pour améliorer nos capacités cognitives.»
Les bienfaits d’un sommeil réparateur sont en effet nombreux : consolidation de notre mémoire, renforcement de nos défenses immunitaires, meilleure résistance au stress, à la fatigue et au diabète, régénération cellulaire plus rapide, augmentation des performances physique et mentale ou encore amélioration de l’humeur.

Si à court terme Dreem s’adresse au grand public, la société espère bien aussi, à long terme, décrypter les liens complexes qui existent entre le sommeil et certaines maladies graves telles que : l’obésité, alzheimer, parkinson ou encore l’hypertension. « Si nous savons qu’il a des répercussions sur notre santé, nous aimerions aussi savoir si agir sur le sommeil peut aider à agir sur la maladie », explique Quentin.

« Entreprendre en France était une évidence »

« Les aides financières pour les jeunes entreprises en France sont nombreuses et plus facilement accessibles qu’auparavant. Entreprendre en France était une évidence, cela n’empêche pas d’avoir une ambition internationale ! », concluent, rêveurs, les fondateurs de Dreem.

Pour plus d’informations : consultez le site de DREEM

(Source : Ecole Polytechnique - Saclay)

Les nombreux visages de l’innovation ouverte : 2

Après l’introduction, dans ce second volet de cette série d’articles sur l’innovation ouverte des grands groupes et leurs relations avec les startups, nous allons faire un tour d’horizon de la boite à outils utilisée couramment par les grands groupes.
J’y passe en revue les incubateurs, accélérateurs, les labs à l’étranger, l’accompagnement technologique, les concours de startups et les conférences.

Dans un article suivant, nous terminerons ce parcours de la boite à outils avec le financement, les projets collaboratifs, les proof of concepts, le co-marketing, la vente en marque blanche et les acquisitions. Puis, surtout, avec les éléments de culture d’entreprise du grand groupe qui vont favoriser la mise en place d’une approche efficace d’innovation ouverte.

Incubateurs et accélérateurs

Au vu de la pléthore d’incubateurs et d’accélérateurs en France, l’un des réflexes pavloviens de la grande entreprise est de vouloir le sien, pour avoir “ses” startups chez soi. Cela peut être intéressant pour la startup qui cherche un logement et une infrastructure à bon compte mais elle est normalement attirée par autre chose : l’accompagnement et la perspective d’avoir cette grande entreprise comme première référence client.

Les accélérateurs se différencient des incubateurs en ayant une durée de séjour plus courte (4 à 6 mois en général) et un accompagnement plus intense que dans les incubateurs. Cet accompagnement passe par une équipe de permanents, un entrepreneur en résidence, et l’appel à des compétences externes (entrepreneurs, experts métiers horizontaux ou verticaux, investisseurs). La fin du programme d’accélération passe souvent par des pitches des startups auprès d’investisseurs, parfois même à l’étranger comme Le Camping le pratique depuis quelques années.

Les grandes entreprises ont dans ce domaine des approches très variées :

Microsoft a lancé son accélérateur rue du Sentier il y a deux ans maintenant et y accueille une douzaine de startups renouvelées deux fois par an. Ici, la logique est surtout celle du développement d’un écosystème. L’éditeur cherche à attirer les startups dans le giron de ses plateformes, en premier lieu Azure et Windows Phone. Mais il y a l’embarras du choix des plateformes avec Windows 8/10 et la XBOX. Respectant l’état de l’art, l’accélérateur fait appel à de nombreux entrepreneurs pour accompagner les startups.

Crédit Agricole a créé “Le village”, une pépinière de startups rue la Boétie à Paris. Jusqu’à une centaine de startups se partageront à partir du 15 octobre 2014 les 4600m2 de l’immeuble. Des m2 de grand standing avec salle de conférence, showroom et bureaux de représentation. Le Crédit Agricole affiche des partenaires dans l’opération avec des prestataires de services (Bearing Point, BETC, Niji) et quelques industriels (HP, Microsoft, Philips, NEC, GDF Suez). Les startups accueillies sont dans un tas de domaines différents (économie sociale et solidaire, médias, financement, ecommerce, énergie, santé…). C’est l’auberge espagnole ! Mais l’auberge a du charme et permet des rencontres. L’innovation provient aussi de rencontres fortuites d’acteurs de secteurs complémentaires. On est par contre très loin d’une logique d’écosystème et de plateforme.

Renault a lancé en 2012 une approche différente sous la forme d’un partenariat public-privé avec la Ville de Paris et le Paris Region Lab. Leur incubateur est physiquement situé dans l’incubateur Masséna de la Ville de Paris à Paris dans le 13ième arrondissement. Le financement fourni par le programme PIA (Paris Innovation Amorçage) conjoint avec Bpifrance (lancé du temps d’Oséo). Renault fournit de “l’accompagnement”. C’est léger en apparence. En tout cas, l’industriel se focalise sur ce qu’il sait faire ou doit savoir-faire, pas sur de l’hébergement.

M6, UGC, la Warner et quelques autres entreprises de Neuilly utilisent la formule du Neuilly Nouveaux Medias. Il s’agit d’un incubateur distribué : les startups sélectionnées par NeuillyLab sont hébergées et accompagnées dans la grosse quinzaine d’entreprises de Neuilly qui font partie du programme. C’est de l’incubation sur mesure, au cas par cas. L’aspect communautaire et les rencontres entre startups sont préservés car Neuilly Lab a tout de même des locaux communs pour les accueillir (bureaux de passage, espace de réunions).

Orange et Canal+ développent des formules d’accélération de startups (Orange Fab et CanalStart), mais sans l’hébergement. Cela consiste en l’accompagnement de projets et la mise en relation avec les équipes de l’entreprise pour mener à bien des projets en commun. C’est une logique de sourcing d’innovations plus que d’écosystème.

Certaines contribuent au financement d’accélérateurs comme c’est le cas au Camping à NUMA (Paris), qui a été financé par Google, Orange, La Poste, BNP-Paribas et la SNCF pour ne citer que quelques exemples. Des usual suspects que l’on retrouvera souvent dans la suite de ces pratiques d’innovation ouverte. Google a d’ailleurs installé son propre espace au NUMA qui héberge Le Camping avec un “Android Devices Lab” et un studio vidéo accessible par les startups de NUMA. C’est une approche astucieuse qui permet, avec un investissement moindre, d’être présent là où circulent un grand nombre de startups.

Dans tous les cas de figure, ces accélérateurs et autres incubateurs, comme les autres, se partagent une denrée plutôt rare : les experts et mentors qui sont habitués de l’accompagnement de startups. Certains en ont même fait un métier à temps plein. Ils doivent savoir transférer du savoir faire et du savoir être mais sans pour autant imposer leurs vues. Le meilleur mentorat reste celui qui provient de jeunes entrepreneurs encore en activité et/ou devenus business angels. Les bonnes approches consistent donc à associer un accompagnement issu des cadres du grand groupes et d’intervenants externes. Les premiers permettront aux startups de naviguer dans les arcanes de l’organisation et des contraintes du grand groupe. Les seconds apporteront une aide entrepreneuriale plus adaptée, notamment quand le projet de la startup peut bousculer l’ordre établi, un ordre que les grands groupes cherchent plutôt à préserver.

A la fin des programmes d’accélération voire d’incubation, il est d’usage d’organiser des “démo days”, où les startups accompagnées vont pitcher leurs projets devants l’écosystème et surtout des investisseurs. Inspiré de méthodes américaines popularisés par les TechStars et autres accélérateurs tout comme les événements de type Techcrunch Disrupt ou Demo, ils attirent des habitués parmi ces derniers qui observent l’évolution de projets qu’ils ont parfois déjà détecté en amont. Ces “démo days” sont maintenant assez nombreux et partout en France. Parfois, les organisateurs attirent des VIPs qui leur donnent du prestige. Exemple d’actualité, le cas de Microsoft qui aura à la fois Axelle Lemaire (Secrétaire d’Etat au numérique) et Satya Nadella, le CEO de Microsoft, au démo day du 13 novembre 2014 à Paris. Très bien si cela ne rend pas l’exercice plus intimidant ou trop institutionnel !

L’autre point clé pour les grandes entreprises est “le sourcing”. Où trouver les bons projets ? Comment attirer les startups ? Cela repose à la fois sur du marketing et des opérations terrain qui seront exposées un peu plus loin (concours, conférences). Mais aussi sur un maillage assez étroit du grand groupe avec “l’écosystème” des startups. Le principal point clé est de se mettre en relation avec l’amont, à savoir en priorité les incubateurs de l’enseignement supérieur et les structures de financement d’amorçage. Pour bien faire les choses, il faut y investir non pas seulement des moyens financiers mais aussi du temps et des compétences.

C’est pour cela que je croise souvent des représentants de grands groupes (Bouygues Télécom, Oracle, HP) dans les comités de sélection de Scientipôle Initiative qui octroie des prêts d’honneur aux fondateurs de startups, première étape précédent les financements Bpifrance et l’appel à des business angels. Leurs représentants ne doivent pas donner l’impression qu’ils y vont “à la pêche aux startups” mais aussi apporter de la valeur ajoutée dans les discussions.

Leçon de l’histoire : on peut très bien se passer d’incubateurs et d’accélérateurs issus de grands groupes, il y en a bien assez comme cela dans la nature ! Les startups ont surtout besoin de projets et de clients. Grands groupes, commencez déjà par être de bons clients ! Mais n’appelez pas cela pour autant de l’accélération ! Autre piste à explorer : le sponsoring de fablabs. Cet espace n’est pas encore saturé et de nombreux industriels y auraient leur place !

Labs à l’étranger

C’est une recette de plus en plus courante chez les plus grandes entreprises : se doter d’un ou de plusieurs labs dans les principaux pôles d’innovation à l’étranger. Les opérateurs télécoms ont été avant-gardistes dans le domaine, Orange en tête. Rien qu’à San Francisco, ce dernier dispose d’un lab et d’un accélérateur de startup avec plus de 50 collaborateurs permanents. Ils sont aussi présents en Chine, au Japon, en Corée du Sud et au Royaume Uni. Bouygues Télécom a aussi des représentants aux USA et au Japon, mais moins d’infrastructure sur place. Le modèle le plus “low cost” (même s’il n’aime pas ce qualificatif) est la méthode de Kima Ventures, le fonds d’amorçage de Xavier Niel. Jeremie Berrebi et son équipe fonctionnent surtout via Skype pour rencontrer et qualifier les startups financées.

Dans le registre de l’international, BNP-Paribas se distingue avec L’Atelier, créé en 1978 par l’illustre Jean-Michel Billaut. C’est un observatoire de veille technologique installé à Paris et aussi à San Francisco et à Shanghaï. Un peu comme les Oranges Labs de San Francisco, l’antenne de San Francisco valorise plus les tendances locales que les startups françaises qui cherchent à s’installer aux USA. Ce d’autant plus que, pour ce qui concerne L’Atelier, les clients sont surtout les grandes groupes du CAC40 qui viennent y faire leur veille technologique. L’Atelier de San Francisco, avec les Labs d’Orange, est l’un des endroits où l’on croise régulièrement les français de la Silicon Valley.

Axa a aussi installé, en 2013, un Lab à San Francisco, doté de trois collaborateurs. Sachant qu’à la tête du marketing et de la distribution d’Axa, on trouve Frédéric Tardy, ancien responsable de l’Atelier à San Francisco. De la suite dans les idées !

Ces labs à l’étranger relèvent en fait plus de la veille technologique que de l’innovation ouverte. Le point clé est de sentir un peu en avance de phase les grandes tendances et les signaux faibles. Histoire de permettre à la grande entreprise de s’adapter plus rapidement aux évolutions d’un marché qui se bouleverse régulièrement. Il fut un temps où par exemple les CEO des opérateurs télécoms passaient leur temps au Japon à la période d’or du démarrage du mobile et de l’iMode. Maintenant, c’est la Silicon Valley, la Corée, et la Chine.

En étant très proche de ces écosystèmes d’innovation, les grandes entreprises perdent en fait souvent les repères de temps. Elles prennent pour argent comptant la doxa de la Silicon Valley (ou d’ailleurs, selon) : genre, avec l’impression 3D, c’est la fin des usines et des délocalisations, le transhumanisme est pour tout de suite et les robots humanoïdes vont s’occuper des personnes âgées. Toutes choses qui ne sont ni vraies ni fausses mais pour lesquelles il faut apprécier la dimension temps. Tandis que la science-fiction du futur proche fait rêver, ce sont des révolutions bien plus prosaïques qui révolutionnent les économies, comme les réseaux sociaux, les applications mobiles ou l’économie collaborative.

Un autre pays fascine à juste titre les grands groupes, notamment dans les médias et les télécoms : Israël. Nombreux sont les voyages d’études organisés pour y rencontrer universités, incubateurs et startups et capter, comme dans la Silicon Valley, l’esprit d’innovation qui y règne. Le rêve secret ? Transposer cet état d’esprit du “on peut le faire” en France. Il ne s’agit alors plus vraiment de veille technologique mais plutôt d’une veille sociétale et managériale. S’inspirer d’Israël a un prix que l’on n’est pas toujours prêt à payer en France : parler en penser en anglais, avoir les yeux rivés sur les USA (l’Europe arrivant loin derrière), voir très grand tout de suite, être très agressif en affaires. C’est en quelque sorte l’opposition d’une culture bobo franchouillarde et d’une culture entrepreneuriale acquise dans les rangs de Tsahal et d’un service militaire de trois ans.

D’autres pays sont souvent délaissés et pour autant très intéressants dans leur adoption de nouveaux usages. L’Afrique est en point dans le mobile banking, l’Inde dans le crowdfunding, etc.

Leçon de l’histoire : cette fascination pour ces pays innovants a un effet pervers : à force de chercher l’herbe plus verte ailleurs, les grands groupes peuvent négliger les mêmes innovations issues de startups françaises. Avec une boucle infernale : les grands comptes français peuvent être frileux de bosser avec une startup française de peur qu’elle ne se développe pas aussi rapidement que ses concurrents étrangers. En choisissant ces derniers, la grande entreprise réalise alors une prophétie autoréalisatrice ! Elle explique pourquoi il est parfois plus intéressant de s’orienter très rapidement à l’international que de s’évertuer sur l’étroit marché domestique, même si des “wins” locaux sont toujours les bienvenus. Cette remarque étant surtout valable pour les solutions “b-to-b”. Les meilleures pratiques vis à vis des startups ? Quand les grands groupes font profiter les startups françaises pour les aider à s’implanter à l’étranger. Les exemples sont rares, à tel point que je n’en ai pas un seul en tête.

Lire la suite : ©Blog Opinions libres - 5 Novembre 2014

Créative politique ! Un plaidoyer vibrant pour une innovation urgente du politique

Gérard Ayache nous a habitués à porter un regard incisif et décalé sur les mutations de notre époque. Que ce soit dans ses derniers livres (La grande confusion, et Homo sapiens 2.0) ou dans les chroniques Sens-dessus-dessous que nous publions régulièrement dans UP’. Aujourd’hui, avec Créative politique !, il s’attaque à la mutation de ce qui est au coeur de nos sociétés : le politique. Pas la politique et ses niaiseries quotidiennes. Non, le politique, c’est-à-dire l’art de gouverner les hommes. Et il est vrai que le politique est dans tous ses états, que plus personne ne le comprend, qu’on le fuit ou le vitupère, et que d’autres s’en exaspèrent. On annonce sa mort prochaine, son agonie interminable, mais il est toujours là, présent sur toutes les langues et toutes les ondes. Gérard Ayache nous montre que, si le politique nous échappe, s’est parce qu’il est en pleine phase de métamorphose. Une mutation prodigieuse qui se passe sous nos yeux et que nous ne savons pas décrypter, peut-être par lassitude, peut-être par préférence d’une confortable pensée toute faite.

La métamorphose est peu visible car dans l’esprit de la plupart de nos contemporains la politique est définie comme un art : celui qui consiste à gouverner une partie significative de la réalité sociale dans l’océan des relations humaines et des imaginaires. « Gouverner est alors volontiers conçu comme l’exercice consistant à piloter habilement un mobile doté d’une mécanique sophistiquée et rassurante. Le pilote est le leader, le chef, le guide ; c’est lui qui sait la route, la carte des vents et des marées, qui connaît les secrets des portulans. Auréolé de lumière et de pouvoir, le politique est un héros qui montre la voie et trace la route ».
Or pour Gérard Ayache, rien n’est plus faux que cette idée dans le monde dans lequel nous vivons actuellement. Elle produit inévitablement confusion et amertume, car elle repose sur une illusion : celle d’accoler l’idée de gouverner à des processus qui ne se laissent plus gouverner. La naïveté du politique contemporain – ou son cynisme – est de laisser croire que son action peut s’appliquer à une réalité aussi peu gouvernable qu’une société d’hommes disparates et à un monde aussi complexe que celui dans lequel nous évoluons désormais tant bien que mal.

La métamorphose que décrit l’auteur crée une ligne de fracture entre deux pratiques du politique : le politique «héroïque» et le politique «post-héroïque». Le politique héroïque est celui qui éprouve la nécessité d’arborer le statut prééminent voire sacré car hérité en ligne directe du religieux du politique. Il se place comme opérateur d’une unité surplombante et forcée. Le politique post-héroïque, au contraire, réinvestit le politique en garant de l’être-ensemble, en facteur de cohésion grâce auquel la contradiction peut être laissée libre et se manifester. Le politique post-héroïque n’est plus le grand ordonnateur, le pilote suprême ; mais sa fonction n’est pas réduite, bien au contraire.

L’affirmation arrogante de prétendre avoir le contrôle des choses, qui est celle des politiques de tous les temps, se heurte – et on le voit tous les jours — à deux obstacles liés intimement : la complexité des sociétés et l’incertitude, devenus la limite la plus objective de la toute-puissance de notre modernité. Dans cette réalité, c’est l’espace même du politique qui devient imprécis et confus. Le pouvoir passe d’un extrême à l’autre, d’une raison planificatrice à une stratégie du faire avec. Dans un cas, il tente d’imposer ; dans l’autre, il s’abandonne à la realpolitik et se soumet aux lois des organismes complexes qui régissent, à sa place, la société. Tantôt il épouse le courant ascendant de la puissance et devient l’allié des forces de domination effective du monde, pratiquant, dans une sorte de fuite en avant, un pouvoir qui se veut fort, en développant des thèmes sécuritaires et en alimentant les penchants d’un totalitarisme hypermoderne. Tantôt il se fait modeste et fonctionne dans un bas régime mou, dit de ‘gouvernance’, abandonnant des pans entiers de son pouvoir à la pratique instrumentale des ‘experts’, mieux intégrés que lui dans la logique des systèmes complexes. Happé par la force des regards, égaré dans des espaces complexes, compressé par l’urgence du temps et la perte de la durée, c’est le courage du politique qui s’estompe et disparaît dans la confusion du monde. Chacun reconnaîtra les siens…

Pour Gérard Ayache, retrouver le courage politique c’est faire œuvre créative ; c’est réinventer le sens du mot gouverner et lui donner une autre valeur que celle dont l’illusion héroïque l’a affublé. La politique n’est alors plus une question de modernisation, de réforme, voire même de révolution technologique ou sociale ; la question n’est pas de savoir comment marcher en tête, plus vite. La question se pose plutôt en termes d’actions créatives, capables d’articuler les tensions engendrées par une multitude de mouvements contradictoires. Notre époque n’est plus celle où l’on pouvait simplifier le réel en le forçant dans des concepts d’opposition tels que réformiste/conservateur, ou droite/gauche. Cette belle binarité qui distinguait, pour un temps, le bon cap du mauvais, ne fonctionne plus. Nous sommes embarqués sur une mer grossie de la coexistence de mouvements et de forces qui ne sont pas réductibles à un courant dominant qui indiquerait le sens. Le politique post-héroïque doit avoir le courage de descendre des hauteurs de sa vigie, pour sentir mieux la mer, les frémissements des vagues et les sautes des vents.

« Naviguer ne veut pas dire alors naviguer au hasard, au gré du caprice des éléments, au jour le jour. Cela veut dire, au contraire, gouverner courageusement face au monde, face au réel, l’esprit lucide et les sens en alerte. Cela veut dire agir et faire agir, ici et maintenant, sur le local et l’humain, pour atteindre un résultat global, valable pour la totalité. Cela veut dire écouter mais aussi entendre. Cela veut dire voir mais aussi faire voir. Cela veut dire sentir et comprendre le sens. Cela veut dire co-créer et insuffler une volonté dans tous les corps de la société. Cela veut dire éduquer à la responsabilité citoyenne de chacun, de l’enfant à la firme mondiale. Cela veut dire avoir le courage de changer de route si la vague est trop haute, pour atteindre mieux le futur commun possible. Cela veut dire être confiant dans l’intelligence des hommes avant de prétendre mériter leur confiance. »

Ce livre, court mais dense et percutant, devrait être lu par tous les acteurs politiques mais aussi tous les citoyens car il annonce une révolution profonde dans les concepts et les pratiques auxquels nous sommes tellement habitués. Et il donne des clés sur la plupart des enjeux du politique : comment coordonner les diversités et harmoniser le désordre, comment gérer la multiplicité des sphères fonctionnelles d’une société (politique, économie, écologie, santé, sciences, culture, etc)? Quelle valeur accorder à une représentation de la société qui n’est que le reflet projeté par une sphère parmi d’autres ? Longtemps, la politique, puis l’économie, ont projeté sur la société leur logique prépondérante. Aujourd’hui, ce sont les médias qui se mêlent à cette compétition. Demain la science, la santé, ou la religion, ou l’art, pourront tout aussi bien le faire. Le politique post-héroïque est celui qui saura coordonner et intégrer ces différentes sphères tout en régulant leurs mouvements égoïstes.

Le politique se situe désormais à un autre niveau, celui du contexte social ; il dessine dans la réalité complexe des espaces d’autonomie et des axes de coordination. Il met en œuvre une politique réflexive c’est-à-dire une politique qui permette à chaque système fonctionnel de s’auto-extérioriser, de se situer non pas par rapport à une unité ou à un ordre préétabli, mais par rapport à un contexte mobile et changeant. Dans cette logique créative, le politique métamorphosé prend une modalité singulièrement nouvelle : celle de s’autolimiter, de décentraliser son pouvoir et de se positionner dans une distance qui lui donne la légitimité de réconcilier les divergences et de sauvegarder la cohérence de l’ensemble de la société.
Le politique post-héroïque est ainsi conduit à se mettre dans une position dégagée des contingences habituelles, surchargées et immédiates de sa fonction. Les efforts du politique post-héroïque de faire participer dans une démarche co-créative un nombre toujours plus grand d’acteurs sociaux et d’entités fonctionnelles diverses dénote un passage effectif vers un modèle transversal de politique publique et d’émergence de nouvelles formes de démocratie collaborative et plus seulement participative. Des formes dans lesquelles les notions de confiance, de civilité, de vigilance sont complètement revisitées dans ce livre avec un regard innovant mais porteur d’espérances.

Espoir de voir la république et la démocratie se réinventer dans un mouvement de métamorphose littéralement subversif car tourné vers la réalité du monde et l’intelligence des hommes.

Fabienne Marion, Rédactrice en chef

Créative politique ! Vers une politique post-héroïque Par Gérard Ayache – 140 p. Disponible en format livre ou numérique sur amazon
Up’ Editions 2014

 

 

 

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