UP' Magazine L'innovation pour défi

Les nombreux visages de l’innovation ouverte : 2

Après l’introduction, dans ce second volet de cette série d’articles sur l’innovation ouverte des grands groupes et leurs relations avec les startups, nous allons faire un tour d’horizon de la boite à outils utilisée couramment par les grands groupes.
J’y passe en revue les incubateurs, accélérateurs, les labs à l’étranger, l’accompagnement technologique, les concours de startups et les conférences.

Dans un article suivant, nous terminerons ce parcours de la boite à outils avec le financement, les projets collaboratifs, les proof of concepts, le co-marketing, la vente en marque blanche et les acquisitions. Puis, surtout, avec les éléments de culture d’entreprise du grand groupe qui vont favoriser la mise en place d’une approche efficace d’innovation ouverte.

Incubateurs et accélérateurs

Au vu de la pléthore d’incubateurs et d’accélérateurs en France, l’un des réflexes pavloviens de la grande entreprise est de vouloir le sien, pour avoir “ses” startups chez soi. Cela peut être intéressant pour la startup qui cherche un logement et une infrastructure à bon compte mais elle est normalement attirée par autre chose : l’accompagnement et la perspective d’avoir cette grande entreprise comme première référence client.

Les accélérateurs se différencient des incubateurs en ayant une durée de séjour plus courte (4 à 6 mois en général) et un accompagnement plus intense que dans les incubateurs. Cet accompagnement passe par une équipe de permanents, un entrepreneur en résidence, et l’appel à des compétences externes (entrepreneurs, experts métiers horizontaux ou verticaux, investisseurs). La fin du programme d’accélération passe souvent par des pitches des startups auprès d’investisseurs, parfois même à l’étranger comme Le Camping le pratique depuis quelques années.

Les grandes entreprises ont dans ce domaine des approches très variées :

Microsoft a lancé son accélérateur rue du Sentier il y a deux ans maintenant et y accueille une douzaine de startups renouvelées deux fois par an. Ici, la logique est surtout celle du développement d’un écosystème. L’éditeur cherche à attirer les startups dans le giron de ses plateformes, en premier lieu Azure et Windows Phone. Mais il y a l’embarras du choix des plateformes avec Windows 8/10 et la XBOX. Respectant l’état de l’art, l’accélérateur fait appel à de nombreux entrepreneurs pour accompagner les startups.

Crédit Agricole a créé “Le village”, une pépinière de startups rue la Boétie à Paris. Jusqu’à une centaine de startups se partageront à partir du 15 octobre 2014 les 4600m2 de l’immeuble. Des m2 de grand standing avec salle de conférence, showroom et bureaux de représentation. Le Crédit Agricole affiche des partenaires dans l’opération avec des prestataires de services (Bearing Point, BETC, Niji) et quelques industriels (HP, Microsoft, Philips, NEC, GDF Suez). Les startups accueillies sont dans un tas de domaines différents (économie sociale et solidaire, médias, financement, ecommerce, énergie, santé…). C’est l’auberge espagnole ! Mais l’auberge a du charme et permet des rencontres. L’innovation provient aussi de rencontres fortuites d’acteurs de secteurs complémentaires. On est par contre très loin d’une logique d’écosystème et de plateforme.

Renault a lancé en 2012 une approche différente sous la forme d’un partenariat public-privé avec la Ville de Paris et le Paris Region Lab. Leur incubateur est physiquement situé dans l’incubateur Masséna de la Ville de Paris à Paris dans le 13ième arrondissement. Le financement fourni par le programme PIA (Paris Innovation Amorçage) conjoint avec Bpifrance (lancé du temps d’Oséo). Renault fournit de “l’accompagnement”. C’est léger en apparence. En tout cas, l’industriel se focalise sur ce qu’il sait faire ou doit savoir-faire, pas sur de l’hébergement.

M6, UGC, la Warner et quelques autres entreprises de Neuilly utilisent la formule du Neuilly Nouveaux Medias. Il s’agit d’un incubateur distribué : les startups sélectionnées par NeuillyLab sont hébergées et accompagnées dans la grosse quinzaine d’entreprises de Neuilly qui font partie du programme. C’est de l’incubation sur mesure, au cas par cas. L’aspect communautaire et les rencontres entre startups sont préservés car Neuilly Lab a tout de même des locaux communs pour les accueillir (bureaux de passage, espace de réunions).

Orange et Canal+ développent des formules d’accélération de startups (Orange Fab et CanalStart), mais sans l’hébergement. Cela consiste en l’accompagnement de projets et la mise en relation avec les équipes de l’entreprise pour mener à bien des projets en commun. C’est une logique de sourcing d’innovations plus que d’écosystème.

Certaines contribuent au financement d’accélérateurs comme c’est le cas au Camping à NUMA (Paris), qui a été financé par Google, Orange, La Poste, BNP-Paribas et la SNCF pour ne citer que quelques exemples. Des usual suspects que l’on retrouvera souvent dans la suite de ces pratiques d’innovation ouverte. Google a d’ailleurs installé son propre espace au NUMA qui héberge Le Camping avec un “Android Devices Lab” et un studio vidéo accessible par les startups de NUMA. C’est une approche astucieuse qui permet, avec un investissement moindre, d’être présent là où circulent un grand nombre de startups.

Dans tous les cas de figure, ces accélérateurs et autres incubateurs, comme les autres, se partagent une denrée plutôt rare : les experts et mentors qui sont habitués de l’accompagnement de startups. Certains en ont même fait un métier à temps plein. Ils doivent savoir transférer du savoir faire et du savoir être mais sans pour autant imposer leurs vues. Le meilleur mentorat reste celui qui provient de jeunes entrepreneurs encore en activité et/ou devenus business angels. Les bonnes approches consistent donc à associer un accompagnement issu des cadres du grand groupes et d’intervenants externes. Les premiers permettront aux startups de naviguer dans les arcanes de l’organisation et des contraintes du grand groupe. Les seconds apporteront une aide entrepreneuriale plus adaptée, notamment quand le projet de la startup peut bousculer l’ordre établi, un ordre que les grands groupes cherchent plutôt à préserver.

A la fin des programmes d’accélération voire d’incubation, il est d’usage d’organiser des “démo days”, où les startups accompagnées vont pitcher leurs projets devants l’écosystème et surtout des investisseurs. Inspiré de méthodes américaines popularisés par les TechStars et autres accélérateurs tout comme les événements de type Techcrunch Disrupt ou Demo, ils attirent des habitués parmi ces derniers qui observent l’évolution de projets qu’ils ont parfois déjà détecté en amont. Ces “démo days” sont maintenant assez nombreux et partout en France. Parfois, les organisateurs attirent des VIPs qui leur donnent du prestige. Exemple d’actualité, le cas de Microsoft qui aura à la fois Axelle Lemaire (Secrétaire d’Etat au numérique) et Satya Nadella, le CEO de Microsoft, au démo day du 13 novembre 2014 à Paris. Très bien si cela ne rend pas l’exercice plus intimidant ou trop institutionnel !

L’autre point clé pour les grandes entreprises est “le sourcing”. Où trouver les bons projets ? Comment attirer les startups ? Cela repose à la fois sur du marketing et des opérations terrain qui seront exposées un peu plus loin (concours, conférences). Mais aussi sur un maillage assez étroit du grand groupe avec “l’écosystème” des startups. Le principal point clé est de se mettre en relation avec l’amont, à savoir en priorité les incubateurs de l’enseignement supérieur et les structures de financement d’amorçage. Pour bien faire les choses, il faut y investir non pas seulement des moyens financiers mais aussi du temps et des compétences.

C’est pour cela que je croise souvent des représentants de grands groupes (Bouygues Télécom, Oracle, HP) dans les comités de sélection de Scientipôle Initiative qui octroie des prêts d’honneur aux fondateurs de startups, première étape précédent les financements Bpifrance et l’appel à des business angels. Leurs représentants ne doivent pas donner l’impression qu’ils y vont “à la pêche aux startups” mais aussi apporter de la valeur ajoutée dans les discussions.

Leçon de l’histoire : on peut très bien se passer d’incubateurs et d’accélérateurs issus de grands groupes, il y en a bien assez comme cela dans la nature ! Les startups ont surtout besoin de projets et de clients. Grands groupes, commencez déjà par être de bons clients ! Mais n’appelez pas cela pour autant de l’accélération ! Autre piste à explorer : le sponsoring de fablabs. Cet espace n’est pas encore saturé et de nombreux industriels y auraient leur place !

Labs à l’étranger

C’est une recette de plus en plus courante chez les plus grandes entreprises : se doter d’un ou de plusieurs labs dans les principaux pôles d’innovation à l’étranger. Les opérateurs télécoms ont été avant-gardistes dans le domaine, Orange en tête. Rien qu’à San Francisco, ce dernier dispose d’un lab et d’un accélérateur de startup avec plus de 50 collaborateurs permanents. Ils sont aussi présents en Chine, au Japon, en Corée du Sud et au Royaume Uni. Bouygues Télécom a aussi des représentants aux USA et au Japon, mais moins d’infrastructure sur place. Le modèle le plus “low cost” (même s’il n’aime pas ce qualificatif) est la méthode de Kima Ventures, le fonds d’amorçage de Xavier Niel. Jeremie Berrebi et son équipe fonctionnent surtout via Skype pour rencontrer et qualifier les startups financées.

Dans le registre de l’international, BNP-Paribas se distingue avec L’Atelier, créé en 1978 par l’illustre Jean-Michel Billaut. C’est un observatoire de veille technologique installé à Paris et aussi à San Francisco et à Shanghaï. Un peu comme les Oranges Labs de San Francisco, l’antenne de San Francisco valorise plus les tendances locales que les startups françaises qui cherchent à s’installer aux USA. Ce d’autant plus que, pour ce qui concerne L’Atelier, les clients sont surtout les grandes groupes du CAC40 qui viennent y faire leur veille technologique. L’Atelier de San Francisco, avec les Labs d’Orange, est l’un des endroits où l’on croise régulièrement les français de la Silicon Valley.

Axa a aussi installé, en 2013, un Lab à San Francisco, doté de trois collaborateurs. Sachant qu’à la tête du marketing et de la distribution d’Axa, on trouve Frédéric Tardy, ancien responsable de l’Atelier à San Francisco. De la suite dans les idées !

Ces labs à l’étranger relèvent en fait plus de la veille technologique que de l’innovation ouverte. Le point clé est de sentir un peu en avance de phase les grandes tendances et les signaux faibles. Histoire de permettre à la grande entreprise de s’adapter plus rapidement aux évolutions d’un marché qui se bouleverse régulièrement. Il fut un temps où par exemple les CEO des opérateurs télécoms passaient leur temps au Japon à la période d’or du démarrage du mobile et de l’iMode. Maintenant, c’est la Silicon Valley, la Corée, et la Chine.

En étant très proche de ces écosystèmes d’innovation, les grandes entreprises perdent en fait souvent les repères de temps. Elles prennent pour argent comptant la doxa de la Silicon Valley (ou d’ailleurs, selon) : genre, avec l’impression 3D, c’est la fin des usines et des délocalisations, le transhumanisme est pour tout de suite et les robots humanoïdes vont s’occuper des personnes âgées. Toutes choses qui ne sont ni vraies ni fausses mais pour lesquelles il faut apprécier la dimension temps. Tandis que la science-fiction du futur proche fait rêver, ce sont des révolutions bien plus prosaïques qui révolutionnent les économies, comme les réseaux sociaux, les applications mobiles ou l’économie collaborative.

Un autre pays fascine à juste titre les grands groupes, notamment dans les médias et les télécoms : Israël. Nombreux sont les voyages d’études organisés pour y rencontrer universités, incubateurs et startups et capter, comme dans la Silicon Valley, l’esprit d’innovation qui y règne. Le rêve secret ? Transposer cet état d’esprit du “on peut le faire” en France. Il ne s’agit alors plus vraiment de veille technologique mais plutôt d’une veille sociétale et managériale. S’inspirer d’Israël a un prix que l’on n’est pas toujours prêt à payer en France : parler en penser en anglais, avoir les yeux rivés sur les USA (l’Europe arrivant loin derrière), voir très grand tout de suite, être très agressif en affaires. C’est en quelque sorte l’opposition d’une culture bobo franchouillarde et d’une culture entrepreneuriale acquise dans les rangs de Tsahal et d’un service militaire de trois ans.

D’autres pays sont souvent délaissés et pour autant très intéressants dans leur adoption de nouveaux usages. L’Afrique est en point dans le mobile banking, l’Inde dans le crowdfunding, etc.

Leçon de l’histoire : cette fascination pour ces pays innovants a un effet pervers : à force de chercher l’herbe plus verte ailleurs, les grands groupes peuvent négliger les mêmes innovations issues de startups françaises. Avec une boucle infernale : les grands comptes français peuvent être frileux de bosser avec une startup française de peur qu’elle ne se développe pas aussi rapidement que ses concurrents étrangers. En choisissant ces derniers, la grande entreprise réalise alors une prophétie autoréalisatrice ! Elle explique pourquoi il est parfois plus intéressant de s’orienter très rapidement à l’international que de s’évertuer sur l’étroit marché domestique, même si des “wins” locaux sont toujours les bienvenus. Cette remarque étant surtout valable pour les solutions “b-to-b”. Les meilleures pratiques vis à vis des startups ? Quand les grands groupes font profiter les startups françaises pour les aider à s’implanter à l’étranger. Les exemples sont rares, à tel point que je n’en ai pas un seul en tête.

Lire la suite : ©Blog Opinions libres - 5 Novembre 2014

Créative politique ! Un plaidoyer vibrant pour une innovation urgente du politique

Gérard Ayache nous a habitués à porter un regard incisif et décalé sur les mutations de notre époque. Que ce soit dans ses derniers livres (La grande confusion, et Homo sapiens 2.0) ou dans les chroniques Sens-dessus-dessous que nous publions régulièrement dans UP’. Aujourd’hui, avec Créative politique !, il s’attaque à la mutation de ce qui est au coeur de nos sociétés : le politique. Pas la politique et ses niaiseries quotidiennes. Non, le politique, c’est-à-dire l’art de gouverner les hommes. Et il est vrai que le politique est dans tous ses états, que plus personne ne le comprend, qu’on le fuit ou le vitupère, et que d’autres s’en exaspèrent. On annonce sa mort prochaine, son agonie interminable, mais il est toujours là, présent sur toutes les langues et toutes les ondes. Gérard Ayache nous montre que, si le politique nous échappe, s’est parce qu’il est en pleine phase de métamorphose. Une mutation prodigieuse qui se passe sous nos yeux et que nous ne savons pas décrypter, peut-être par lassitude, peut-être par préférence d’une confortable pensée toute faite.

La métamorphose est peu visible car dans l’esprit de la plupart de nos contemporains la politique est définie comme un art : celui qui consiste à gouverner une partie significative de la réalité sociale dans l’océan des relations humaines et des imaginaires. « Gouverner est alors volontiers conçu comme l’exercice consistant à piloter habilement un mobile doté d’une mécanique sophistiquée et rassurante. Le pilote est le leader, le chef, le guide ; c’est lui qui sait la route, la carte des vents et des marées, qui connaît les secrets des portulans. Auréolé de lumière et de pouvoir, le politique est un héros qui montre la voie et trace la route ».
Or pour Gérard Ayache, rien n’est plus faux que cette idée dans le monde dans lequel nous vivons actuellement. Elle produit inévitablement confusion et amertume, car elle repose sur une illusion : celle d’accoler l’idée de gouverner à des processus qui ne se laissent plus gouverner. La naïveté du politique contemporain – ou son cynisme – est de laisser croire que son action peut s’appliquer à une réalité aussi peu gouvernable qu’une société d’hommes disparates et à un monde aussi complexe que celui dans lequel nous évoluons désormais tant bien que mal.

La métamorphose que décrit l’auteur crée une ligne de fracture entre deux pratiques du politique : le politique «héroïque» et le politique «post-héroïque». Le politique héroïque est celui qui éprouve la nécessité d’arborer le statut prééminent voire sacré car hérité en ligne directe du religieux du politique. Il se place comme opérateur d’une unité surplombante et forcée. Le politique post-héroïque, au contraire, réinvestit le politique en garant de l’être-ensemble, en facteur de cohésion grâce auquel la contradiction peut être laissée libre et se manifester. Le politique post-héroïque n’est plus le grand ordonnateur, le pilote suprême ; mais sa fonction n’est pas réduite, bien au contraire.

L’affirmation arrogante de prétendre avoir le contrôle des choses, qui est celle des politiques de tous les temps, se heurte – et on le voit tous les jours — à deux obstacles liés intimement : la complexité des sociétés et l’incertitude, devenus la limite la plus objective de la toute-puissance de notre modernité. Dans cette réalité, c’est l’espace même du politique qui devient imprécis et confus. Le pouvoir passe d’un extrême à l’autre, d’une raison planificatrice à une stratégie du faire avec. Dans un cas, il tente d’imposer ; dans l’autre, il s’abandonne à la realpolitik et se soumet aux lois des organismes complexes qui régissent, à sa place, la société. Tantôt il épouse le courant ascendant de la puissance et devient l’allié des forces de domination effective du monde, pratiquant, dans une sorte de fuite en avant, un pouvoir qui se veut fort, en développant des thèmes sécuritaires et en alimentant les penchants d’un totalitarisme hypermoderne. Tantôt il se fait modeste et fonctionne dans un bas régime mou, dit de ‘gouvernance’, abandonnant des pans entiers de son pouvoir à la pratique instrumentale des ‘experts’, mieux intégrés que lui dans la logique des systèmes complexes. Happé par la force des regards, égaré dans des espaces complexes, compressé par l’urgence du temps et la perte de la durée, c’est le courage du politique qui s’estompe et disparaît dans la confusion du monde. Chacun reconnaîtra les siens…

Pour Gérard Ayache, retrouver le courage politique c’est faire œuvre créative ; c’est réinventer le sens du mot gouverner et lui donner une autre valeur que celle dont l’illusion héroïque l’a affublé. La politique n’est alors plus une question de modernisation, de réforme, voire même de révolution technologique ou sociale ; la question n’est pas de savoir comment marcher en tête, plus vite. La question se pose plutôt en termes d’actions créatives, capables d’articuler les tensions engendrées par une multitude de mouvements contradictoires. Notre époque n’est plus celle où l’on pouvait simplifier le réel en le forçant dans des concepts d’opposition tels que réformiste/conservateur, ou droite/gauche. Cette belle binarité qui distinguait, pour un temps, le bon cap du mauvais, ne fonctionne plus. Nous sommes embarqués sur une mer grossie de la coexistence de mouvements et de forces qui ne sont pas réductibles à un courant dominant qui indiquerait le sens. Le politique post-héroïque doit avoir le courage de descendre des hauteurs de sa vigie, pour sentir mieux la mer, les frémissements des vagues et les sautes des vents.

« Naviguer ne veut pas dire alors naviguer au hasard, au gré du caprice des éléments, au jour le jour. Cela veut dire, au contraire, gouverner courageusement face au monde, face au réel, l’esprit lucide et les sens en alerte. Cela veut dire agir et faire agir, ici et maintenant, sur le local et l’humain, pour atteindre un résultat global, valable pour la totalité. Cela veut dire écouter mais aussi entendre. Cela veut dire voir mais aussi faire voir. Cela veut dire sentir et comprendre le sens. Cela veut dire co-créer et insuffler une volonté dans tous les corps de la société. Cela veut dire éduquer à la responsabilité citoyenne de chacun, de l’enfant à la firme mondiale. Cela veut dire avoir le courage de changer de route si la vague est trop haute, pour atteindre mieux le futur commun possible. Cela veut dire être confiant dans l’intelligence des hommes avant de prétendre mériter leur confiance. »

Ce livre, court mais dense et percutant, devrait être lu par tous les acteurs politiques mais aussi tous les citoyens car il annonce une révolution profonde dans les concepts et les pratiques auxquels nous sommes tellement habitués. Et il donne des clés sur la plupart des enjeux du politique : comment coordonner les diversités et harmoniser le désordre, comment gérer la multiplicité des sphères fonctionnelles d’une société (politique, économie, écologie, santé, sciences, culture, etc)? Quelle valeur accorder à une représentation de la société qui n’est que le reflet projeté par une sphère parmi d’autres ? Longtemps, la politique, puis l’économie, ont projeté sur la société leur logique prépondérante. Aujourd’hui, ce sont les médias qui se mêlent à cette compétition. Demain la science, la santé, ou la religion, ou l’art, pourront tout aussi bien le faire. Le politique post-héroïque est celui qui saura coordonner et intégrer ces différentes sphères tout en régulant leurs mouvements égoïstes.

Le politique se situe désormais à un autre niveau, celui du contexte social ; il dessine dans la réalité complexe des espaces d’autonomie et des axes de coordination. Il met en œuvre une politique réflexive c’est-à-dire une politique qui permette à chaque système fonctionnel de s’auto-extérioriser, de se situer non pas par rapport à une unité ou à un ordre préétabli, mais par rapport à un contexte mobile et changeant. Dans cette logique créative, le politique métamorphosé prend une modalité singulièrement nouvelle : celle de s’autolimiter, de décentraliser son pouvoir et de se positionner dans une distance qui lui donne la légitimité de réconcilier les divergences et de sauvegarder la cohérence de l’ensemble de la société.
Le politique post-héroïque est ainsi conduit à se mettre dans une position dégagée des contingences habituelles, surchargées et immédiates de sa fonction. Les efforts du politique post-héroïque de faire participer dans une démarche co-créative un nombre toujours plus grand d’acteurs sociaux et d’entités fonctionnelles diverses dénote un passage effectif vers un modèle transversal de politique publique et d’émergence de nouvelles formes de démocratie collaborative et plus seulement participative. Des formes dans lesquelles les notions de confiance, de civilité, de vigilance sont complètement revisitées dans ce livre avec un regard innovant mais porteur d’espérances.

Espoir de voir la république et la démocratie se réinventer dans un mouvement de métamorphose littéralement subversif car tourné vers la réalité du monde et l’intelligence des hommes.

Fabienne Marion, Rédactrice en chef

Créative politique ! Vers une politique post-héroïque Par Gérard Ayache – 140 p. Disponible en format livre ou numérique sur amazon
Up’ Editions 2014

 

 

 

Les nombreux visages de l’innovation ouverte : 1

C’est fou comme les grandes entreprises aiment les startups et l’innovation ! Depuis quelques années sévit une véritable épidémie d’innovation ouverte dans les grandes entreprises françaises. Elles ont toutes été piquées par ce virus.

Le concept d’open innovation date de plus de 10 ans. Il a été vulgarisé par Henry Chesbrough dans son ouvrage fondateur paru en 2003 “Open Innovation”. La mayonnaise a mis du temps à prendre et à traverser l’Atlantique. Les premiers à s’être lancés sont les sociétés de logiciels qui avaient une forte culture de plateforme (Sun, Oracle, Microsoft, Google, Apple, Facebook, mais aussi Intel et IBM). Chez Microsoft où j’ai officié au marketing entre 1990 et 2005, les notions de plateformes et d’écosystème ont toujours été clés dans la stratégie de l’éditeur. Elles expliquent en grande partie les succès de Windows tant côté client que serveur, un succès qui pour eux n’a pas pu être répliqué côté mobile et Internet. C’est en 2001 qu’y ont démarré les premiers programmes startups aux USA, et en 2004 en France.

En France, les premiers à s’être embarqués à fond dans l’open innovation ont été les opérateurs télécoms, chacun à leur manière : Orange, Bouygues Télécom et SFR ont tous les trois une structure d’incubation et un bras de financement d’amorçage. Chez Free, il n’y a rien du tout ! Toute l’action destinée aux startups est gérée directement par la personne physique Xavier Niel avec notamment son fonds d’investissement Kima Ventures et le méga-projet 1000 Startups (Halle Freyssinet), sans compter les actions dans le domaine de l’éducation (EEMI, 42) qui contribuent à enrichir l’écosystème des startups. Et chez Numericable, il n’y a rien du tout… et rien du tout.

Ces dernières années, toutes les industries et les services s’y sont lancés : les industries manufacturières (Valéo, Renault, groupe Seb, ST-Microelectronics, Schneider Electric, Altstom, JC Decaux), les industries de l’énergie (Total, GDF-Suez), la santé (Sanofi), les banques (BNP-Parisbas, Crédit Agricole, Société Générale, etc), les cabinets de conseil et d’audit (EY, Deloitte), les agences de communication (Publicis, Ogilvy, BETC, Wunderman, TBWA, etc), les médias (Canal+, Express-Roularta, M6, TF1, France Télévisions), les cabinets d’avocats, et même les services publics (SNCF, La Poste, RATP). Dur d’y échapper en ce moment !

Les startups croulent maintenant sous les offres de très nombreux grands comptes qui draguent chacun à leur manière les startups. Dans ce concert, je vais essayer de faire le tri des approches et voir comment s’établit l’équilibre win-win (ou pas) entre les startups et les grandes entreprises.

Les principes de l’innovation ouverte

Les grandes entreprises se sont engouffrées dans la mode de l’innovation ouverte, sentant bien qu’elles avaient du mal à suivre le rythme effréné des innovations dans leur secteur, notamment celles qui sont induites par les vagues technologiques issues du numérique. Face à un écosystème de startups en plein développement, dans l’ensemble des pays développés, elles se sentent un peu larguées et souhaitent profiter du dynamisme entrepreneurial ambiant.

Elles sentent aussi, surtout en France, que leurs organisations traditionnelles sont trop lourdes et lentes pour faire éclore les “innovations” tant attendues qui peuvent au choix, développer le chiffre d’affaire, augmenter la part de marché et aussi permettre résister aux coups de boutoir de ruptures de chaines de valeur. Le graal : déclencher des innovations de rupture. Au mieux, éviter que des innovations de rupture les déboulonnent de leur piédestal (il y a du boulot).

Le principe de l’innovation ouverte consiste à connecter les entreprises à leur environnement pour s’approvisionner en idées, inventions, processus, équipes et aussi validations de marché.

L’innovation ouverte recouvre tout un tas de notions : les partenariats avec des laboratoires de recherche, la conception collaborative de produits ou de standards, y compris avec des concurrents, la création de projets open source, le développement d’un écosystème de startups et l’acquisition de startups. Par extension, on peut aussi intégrer dans l’innovation ouverte le simple processus d’écoute de ses clients pour générer de l’innovation incrémentale permanente. En tirant un peu le bouchon, l’écoute des clients via une présence active dans les réseaux sociaux fait aussi partie d’une démarche d’innovation ouverte.

L’innovation est étroitement associée à la notion de risque, d’expérimentation et de disruption. On n’innove que si l’on teste des choses qui ont de fortes chances de ne pas marcher. Et parfois, on réussi. C’est le propre de l’écosystème des startups de mettre naturellement en concurrence des centaines de sociétés dans chaque secteur d’activité. On ne compte pas les réseaux sociaux qui se sont créés avant, pendant et après la création de Facebook ! Les tentatives de déboulonnage des leaders du marché sont incessantes, avec récemment l’exemple de Ello, le réseau social qui prétend ne pas exploiter les données privées des Internautes (tout en restant gratuit, …).

L’innovation ouverte des grandes entreprises est donc aussi un moyen d’externaliser les risques inhérents à l’innovation. Il vaut mieux aider des laboratoires ou des startups indépendants là où le risque est élevé, pour en tirer les fruits lorsque cela fonctionne et ensuite industrialiser le résultat. Tout est cependant question de timing, car le grand groupe doit arriver à temps au risque de se faire déborder par des disrupteurs plus rapides que lui. On se rend compte d’ailleurs que même lorsque c’est sa force théorique, le grand groupe se heurte aussi à de nombreuses difficultés dans l’industrialisation de ses innovations.

Innovation ouverte et plateforme

Les entreprises qui ont des plateformes ouvertes sont par natures enclines à faire de l’innovation ouverte. Une plateforme ouverte est un produit ou un service qui est extensible par les autres. Dans l’univers du logiciel, cela passe par des API (interfaces de programmation) accessibles d’une manière ou d’une autre selon la technologie et par la fourniture de “SDK” (software development kit) pour documenter l’exploitation de ces APIs. Cette notion d’API est très extensive et se retrouve dans la notion “d’open data” qui concerne aussi bien la puissance publique (cf ETALAB en France) que le secteur privé.

Le principe même d’une plateforme repose sur le postulat que l’entreprise qui l’a créée ne peut pas imaginer et développer l’intégralité des solutions pour ses clients et que des tiers vont y contribuer. Même des entreprises très verticalisées comme Apple ont une logique de plateforme. Avec MacOS et iOS, tout est fait pour encourager les développeurs de tout poil à créer des solutions logicielles (connectées) utilisant ces deux plateformes, et surtout la seconde. La valeur de l’iPhone et de l’iPad serait quasiment nulle sans la richesse de centaines de milliers d’applications qui l’accompagnent.

Les plateformes donnent lieu à une guerre incessante pour gagner la faveur des développeurs. Il faut les convaincre aussi bien des beautés techniques des plateformes que des bénéfices économiques de leur support. C’est surtout lié à leur volume de diffusion et à leur part de marché. Une plateforme mobile qui ne s’appelle par Android ou iOS a ainsi bien du mal à séduire les développeurs qui doivent gérer leurs priorités.

Depuis de nombreuses années, la moindre startup de l’Internet et du logiciel publie maintenant ses APIs. Elles ont presque toutes un site dédié aux développeurs. Toutes veulent gagner une part de leur temps. Parfois, ces acteurs deviennent concurrents de leur écosystème : Oracle concurrence les éditeurs de logiciels d’application qui utilisent ses bases de données, Microsoft fait de même avec Dynamics qui concurrence les éditeurs d’ERP pour PME, Twitter a quasiment fermé le robinet des éditeurs de “clients Twitter” en restreignant l’usage de ses APIs ou en achetant les principaux acteurs de ce marché comme Tweetdeck. C’est un équilibre délicat et un jeu de pouvoir instable.

Ces entreprises de plateformes sont souvent internationales. Elles investissent en général beaucoup en R&D et leur modèle économique comprend des coûts variables plutôt faibles. Leur profitabilité augmente avec le volume d’affaires. Ce sont des rouleaux compresseurs difficiles à concurrencer. Même un acteur vieillissant tel que Microsoft bénéficie de l’inertie apportée par le poids de leur écosystème. Celui-ci ne comprend d’ailleurs pas que des produits mais aussi des compétences, notamment dans les sociétés de services ou les organismes de formation.

Lire la suite : ©Blog Opinions libres / 3 Novembre 2014

Le "107" devient gratuit sur le web

À l’occasion de la Journée Nationale Des Jeunes, de la Semaine Ecole Entreprise et de la Semaine Mondiale de l’Entrepreneuriat, diffusion gratuite du “107” du 17 au 24 Novembre 2014 sur le web.

C’est dans le cadre d’un partenariat avec la JNDJ (la Journée Nationale Des Jeunes) et la Semaine Ecole Entreprise, et la Semaine Mondiale de l’Entrepreneuriat que le BILA BILA a mis en place l’Opération « A la découverte du 107 » du 17 au 24 Novembre 2014. Pendant cette période, le téléchargement du « 107 », d’une valeur de 14,99€ sera entièrement gratuit.

Comment faire pour profiter de cette opération ?

RDV sur l’Apple store et Google Play (A partir du 17/11/2014) :
1° - Sélectionnez et installez l’Appli du BILA BILA ;
2° - Choisissez le «107», le prix habituel de 14,99€ devient Gratuit
3° - Téléchargez le «107», laissez-vous gagner par sa lecture positive...

L’opération est réalisée à l’occasion de la Sortie nationale - le 16 Novembre 2014 - de la nouvelle version numérique du « 107 ». Exclusivement via l’APPLI du Bila Bila. La version numérique devient le « 107 » (au lieu de « Destination 107 »). En dehors de cette opération, le « 107 » sera téléchargeable au prix de 14,99€ sur l’Apple Store et sur Google Play.
BONUS : Début 2015, les personnes ayant téléchargé le 107, recevront un supplément gratuit, à savoir une BD : « BILA BILA 1.Le mode d’emploi », de + 60 pages

Un livre référence

Vous avez connu le "Laurence Pernoud", le livre incontournable pendant des années pour tout savoir sur la grossesse et les premiers jours de Bébé. Il a été le cadeau attendu pour beaucoup de future maman dès les premiers jours de leur grossesse : le gage voire le secret, d’une grossesse réussie !….Le « 107 » est dans la même lignée, sauf que le sujet c’est l’entrepreneuriat !
Et oui, c’est carrément angoissant d’être patron pour la première fois, on peut avoir besoin d’être rassuré, encouragé ! Un livre à offrir ou à s’offrir lorsque l’on se cherche un avenir professionnel ou que l’on débute la gestation d’une création d’entreprise !

L’idée est de raconter au travers de 107 double-pages colorées et truffées d’anecdotes, comment 107 patrons d’entreprises françaises se sont lancés et ainsi donner l’envie d’avoir envie aux lecteurs… pour ne plus attendre 107 ans pour réaliser leurs rêves !

Rêvez, osez, réalisez…

Que l'on soit lycéen devant son choix d'orientation étudiant en supérieur à l'aube d'un premier job ou déjà dans le monde du travail, en pleine réflexion de changement de cap, Le 107 est une source d'inspiration qui ne se prend pas la tête.

L’idée première du livre est de donner l’envie d’avoir envie et de faire la preuve par 107 que tout reste possible en France ! Le deuxième objectif du 107 est de permettre de faire découvrir l’entreprise aux plus jeunes et de remettre les pendules à l’heure sur les patrons… qui sont quand même des créateurs d’emplois, des bosseurs invétérés et des gens passionnés par leur « bébé » !

Clémentine Joléo a l’ambition de contribuer à faire bouger les choses positivement. Comment ? En valorisant la passion des uns et des autres et amener le lecteur à conclure que l’on peut vrai- ment l’exploiter dans sa vie professionnelle. Bonne nouvelle : Le 107 propose de continuer de façon autonome l’enquête sur les + de 3 000 000 d’entreprises françaises et pour se faire, met à la disposition de tous un outil ludo-pédagogique pour faire découvrir l’entreprise et l’entrepreneuriat aux plus jeunes…

Le Bila Bila vous offre carrément sa maquette et vous explique comment réaliser votre propre double-page… que vous soyez dircom d’une PME, patron d’une start-up ou tout simplement prof d’éco dans un collège ou un lycée, vous pourrez facilement réaliser votre enquête sur l’entreprise de votre choix… ou laissez vos étudiants vous étonner en sélectionnant les boites qui les font rêver ou tout simplement celles qui sont dans leur quotidien !

L’Atelier du Bila Bila nouvelle version sera opérationnelle d’ici peu grâce à notre partenariat avec Madmagz.com, THE site consacré à la création éditoriale, sur l’adresse dédiée :
www.madmagz.com/fr/bilabila

En plus, l’Atelier du Bila Bila fera partie intégrante des OFFRES EDUCATION spécialement prévues pour les profs et les scolaires… à découvrir sur madmagz.com

L’Atelier permet de faire découvrir aux jeunes :
• l’entreprise,
• l’entrepreneuriat,
• le journalisme, le travail d’investigations,
• le secrétariat de rédaction (la mise en page, le wording, le choix des titres, faire rentrer du texte dans un outil avec une contrainte de longueur),
• le stylisme,
• la photo,
• la création artistique autour d’un travail rédactionnel…

Bref, un vrai jeu de piste pour dénicher les bonnes infos sur l’entreprise de son choix, pour tenter ensuite de les mettre en forme à la façon du Bila Bila.

Le but ? Découvrir un travail SCHOOL MADE, une déclinaison du « 107 » réalisée par une seule classe ou toutes les 3èmes ou 2ndes d’un collège ou d’un lycée !… une nouvelle sorte de Year Book à la française !
D’une année sur l’autre l’établissement scolaire pourra ainsi conserver les ouvrages réalisés en 2014, 2015, 2016…. Présentant ainsi un nombre croissant d’histoires entrepreneuriales d’une année sur l’autre… ou un ouvrage consignant tous les stages réalisés en entreprise par les élèves chaque année.
Les Rapports de Stages des 3èmes et des autres lycéens (en section Pro par exemple) pour- raient devenir l’occasion de réaliser un nouveau genre de livre, de ceux qui se lisent avec plaisir et qui se gardent d’une année sur l’autre…

Le Bila Bila a atteint ses objectifs sur My Major Company : ce sont pas moins de 20 130 € qui ont été récolté durant la période de collecte sur le site de financement participatif. AXA Mécénat a même intégré le projet du Bila Bila dans sa sélection des projets solidaires du mois de MAI. Ils ont remporté la deuxième place de ce concours réalisé par AXA et empoché la somme de 8 000€ !

Et vous, que déciderez-vous ?

LISTE DES 107 ENTREPRISES QUI SE SONT MOBILISE POUR LE PROJET :

4 roues sous 1 parapluie , Aigle Azur, Airship, Albert Cohen et Dove Attia, Aldebaran Robotics, Armor-Lux, l’Astrance, Atelier Ébéniste 75, l’Atelier du sourcil, Bensimon, Bistrot Clovis, BlaBlaCar, BonChic BonChien, Borderline, BRM, Ca- pital Koala, Catherine Feff, Cémoi, Charal, Charles et Alice, Chloé.S, Chocolapps, Club de l'étoile, Colis du boucher, Colombus Consulting, Conserverie la belle-iloise, Cordon Bleu, Cuisse de grenouille, DCW, le Diable au corps, Didaxis, Dromadaire, Djeco, Ebulobo, Faguo, Ferret Dream Compagny, Filapi, Fragonard, France Cartes, Franck Provost, Fu- turoscope, Garancia, GAS Bijoux, Gear Network, Glaces Ruiz, Good Goût, Gregory Cuilleron- Épicerie et compagnie, le Grenier à pain, Groupe Henner, Guy Degrenne, Guy Hoquet l’Immobilier, Hapsatou Sy, Hippopotamus, Jardiland, Jardin d'Ulysse, JCDecaux, Kalidéa, La Marque rose, Lafuma, Lazareth, Leblon-Delienne, Leetchi.com, Groupe Lucien Barrière, Mademoiselle P, Max Chaoul, MaxiCours, Michel et Augustin, MoovJee, Musée en Herbe, My Little Day, Malle W Trousseau, Nature & Découvertes, Oliviers & Co, Opinel, Parc Animalier de Pradinas, Parc Astérix, Petit Bateau, les Petits Chanteurs à la croix de bois, Pierre Corthay, Play Bac, Psychologies Magazine, Puy du Fou, Qooq, Repetto, Res- tos du cœur, Rhum Raisin, Rossignol, Sabaton, See Concept, Sentosphère, Séquoïa Pressing, SixSoeurs, Sodexo, So- nalto, Studio Harcourt, Tanya Heath, Téo Jasmin, Tour Eiffel, Ubisoft, Ucar, Unconventional, Ville d'Issy-les-Moulineaux, Vilac, Vulli, Yves Rocher, Zoo parc de Beauval, Zoo de la Palmyre…

- Interview de Clémentine Joléo par UP' Magazine 2013

Sciences en marche : le soulèvement des chercheurs

A l’occasion de la Fête de la science 2014, chercheurs, personnels techniques et étudiants issus des universités ou des instituts de recherche tirent la sonnette d’alarme. Depuis l’été, s’est mise en place une incroyable mobilisation baptisée la Science en marche.
Des groupes se sont mis en route (à pied ou à vélo) depuis Marseille, Toulouse, Nantes ou Strasbourg… afin de faire connaître le désarroi qui taraudent les métiers de la recherche comme de l’enseignement supérieur.

Ce 17 octobre, les convois vont converger sur la Capitale. Ils souhaitent ainsi communiquer avec le grand public sur l’importance de la recherche et dénoncer le manque d’investissement dans le secteur. Alors que la recherche ouvre des voies pour l’avenir, le budget français qui lui est alloué diminue d’année en année. Il devient difficile pour les chercheurs de trouver des financements pour effectuer leurs recherches. Les postes statutaires se font rares, laissant des jeunes diplômés dans des situations précaires.

Face à un manque criant de moyens et une gestion à court terme, les personnels de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche ont décidé de manifester leurs inquiétudes pour l’avenir de la recherche en France. Commençant de part et d’autres de la France, ils convergent vers Paris pour finir devant l’Assemblée Nationale le 17 octobre prochain.
Leurs revendications ? Penser l’enseignement supérieur et la recherche sur du plus long terme, pour permettre plus d’emplois, de financements et une meilleure reconnaissance des docteurs. En effet, il est très difficile pour un docteur d’obtenir un poste fixe et la reconnaissance du doctorat dans le privé est encore insuffisante. Une véritable perte quand nous pensons à l’investissement que l’Etat a fait dans leur formation universitaire.

Payés pour chercher des fonds

Et le paradoxe ne s’arrête pas là. A l’heure actuelle, un chercheur ne peut pas compter sur les dotations de base du laboratoire pour effectuer sa recherche. Pour des financements supplémentaires, il faut élaborer d’importants dossiers et candidater à des offres de financements auprès de divers organismes. Or ces dossiers deviennent de plus en plus difficiles à construire et le taux de réussite avoisine les 20% seulement. Le temps investi dans la recherche de financement s’accroit, laissant de moins en moins de place à la recherche scientifique. Finalement, le manque de financement dans le monde de la recherche a créé ce paradoxe invraisemblable : les chercheurs sont payés à chercher de l’argent. Nous sommes ici bien loin de l’idée que nous pouvons nous faire du chercheur qui élabore des théories et invente des expériences inouies. Et l’enseignement, il n’est pas épargné non plus.

Une grande partie des chercheurs a aussi une charge d’enseignement. Alors qu’il est déjà difficile d’effectuer la recherche, les conditions d’enseignement se dégradent aussi. Les universités ont les yeux rivés sur leur budget. Il arrive parfois que le chauffage des bâtiments soit remis en cause pour faire des économies. Bien sûr, les restrictions budgétaires n’affectent pas que le confort des étudiants, mais bel et bien leur formation. Les logiciels et le matériel informatique sont obsolètes, tout comme le matériel de travaux pratiques. Comment former des étudiants aux dernières techniques dans ces conditions ? Faute de personnels suffisants, les enseignants accumulent les heures supplémentaires et les responsabilités administratives.
Ce ras-le-bol a été notamment exprimé par Vincent Goulet, docteur en sociologie qui a démissionné de l’Université de Lorraine. Dans sa lettre ouverte à Geneviève Fioraso, il exprime la situation dramatique dans les laboratoires et les universités.

Et le constat ne se limite pas à l’Hexagone. Un groupe de scientifiques européens dont Alain Trautman (du mouvement Sauvons la recherche) confirme la dégradation des conditions de la recherche dans l’ensemble du continent. Il a signé une lettre ouverte dénonçant la perte de sens des réalités des dirigeants. Par cette initiative, ces chercheurs veulent contrer la destruction devenue systématique des infrastructures nationales de recherche dans les pays européens.

Larissa Caudwell, Journaliste

Illustration photo "La Science en marche en dépit de l'Ignorance" de Victor Peter (1851-1911) / Palais de la Découverte Paris

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