UP' Magazine Le magazine de l'innovation et de l'économie créative

Coworking : la nouvelle "Charte du Grand Lyon"

Depuis 2009, la question du travail à distance – télétravail, coworking – et des «tiers lieux», espaces de travail autres que l’entreprise ou le domicile, est étudiée par la mission temps et services innovants de la Direction de la prospective et du dialogue public du Grand Lyon. Une charte de coworking vient d'être signée avec des partenaires actifs régionaux.

La question du travail nomade est au cœur des préoccupations de notre époque. En effet, les questions du travail à distance et d’innovation sont d’importance puisqu’au croisement de diverses politiques publiques et enjeux pour toutes métropoles : les travailleurs nomades sont de plus en plus nombreux, et pourtant souvent très seuls. Des démarches innovantes se mettent en place pour aboutir : 
- à la réduction de la mobilité, source de stress pour les salariés et de nuisances environnementales pour le territoire,
- à une meilleure articulation des temps de vies pour les salariés, et d’accroissement de la qualité de vie, en pointant entre autres sur de nouvelles formes d’organisation du travail à privilégier,
- à l'attractivité diurne des territoires, 
- à la création de valeur économique par le croisement d’idées, de connaissances, d’expertises, (ils sont souvent lieu primordial pour un entrepreneur avant de se lancer) ou par des projets innovants menés en partenariat...en misant sur un modèle collaboratif combinant à la fois l’émergence d’innovation forte et la rapidité d’exécution.

Il suffisait d’une volonté : celle de développer l’entraide entre les travailleurs comme les faire sortir de chez eux, partager leur espace de travail avec d'autres indépendants, construire de nouvelles solidarités professionnelles.

En 2013 l'idée a pris forme avec la mise en place d'un collectif entre le Grand Lyon et La Cordée, Locaux Motiv, l'Atelier des médias et le Comptoir Etic.
Ce travail vient d'aboutir à la signature de la Charte de coworking du Grand Lyon qui marque ainsi une étape importante dans le processus de mise en réseau des espaces de coworking à l'échelle de cette agglomération.

La charte coworking du Grand Lyon

Le coworking peut se définir comme une communauté de personnes et d'organisations qui partagent plus qu'un espace et des outils de travail : des échanges, des liens, des projets, accélérateurs d'innovations. 

Le coworking Grand Lyon a pour mission de rassembler la communauté de toutes celles et ceux qui s'impliquent dans le développement du coworking sur le territoire. Au-delà de leur singularité, ces acteurs citoyens se caractérisent par quatre valeurs communes : la transparence, l'égalité, le partage, la bienveillance. Valeurs qui se déclinent à travers une douzaine d'engagements qui sont les critères des membres participatifs (mutualisation espace de travail, organisation d'ateliers participatifs mensuels, culture de la diversité,...).

Cette démarche est gagnant /gagnant pour les espaces de coworking en premier : en s’organisant en réseau, en se structurant tout en gardant chacun leurs spécificités, en conjuguant complémentarité plutôt que concurrence... et aussi pour le Grand Lyon, en donnant de la lisibilité, de la visibilité, en favorisant les rencontres, sur des critères porteurs des valeurs de liens sociaux et de dynamique économique.

Les enjeux de la ville servicielle

Comme le rappelle Bruno Marzloff (Directeur du Groupe Chronos), la ville de demain sera servicielle. On peut en tout cas affirmer qu’elle n’est pas une perspective lointaine car aujourd’hui, l’économie française est déjà largement organisée autour des activités de service. Cette évolution, amenée à être de plus en plus marquée, touche maintenant la fabrique urbaine. 

D'une manière générale, la société est entrée inexorablement dans un modèle de services. Les services dans l'économie ont supplanté les productions agricoles et industrielles. Les services, ce sont quelques 65% des budgets des ménages, quelques 75% des emplois, quelques 80% du PIB, quelques 85% de la croissance, en France aujourd'hui. Dans ce modèle de service, l'homme et ses "intelligences" prévalent.

Les enjeux autour de la ville servicielle, via de nouveaux services à mettre en place sur le territoire, questionne de nouveaux mode de faire de l'action publique.
Si le modèle de l'infrastructure perdure, on ne voit pas pourquoi la ville échapperait à cette lame de fond. Il faut se mettre en posture de réfléchir à la cité servicielle. Trois raisons au moins militent pour cette rupture de paradigme :

- Les limites atteintes des croissances "physiques" (extensions urbaines, écartèlement croissant domicile-travail, etc.), les limites budgétaires, les crispations environnementales…, encouragent la mutation servicielle et sont autant d'incitations au changement. Les solutions sont ailleurs et en plus du classique aménagement urbain.
- Nous sommes passés d'un paradigme de l'offre à celui de la demande, sans en mesurer les conséquences. Au schéma descendant et univoque – l'administration savait ce qui était bon pour l'usager – s'ajoute une voie montant des usagers eux-mêmes. On leur demande d'être autonome, il faut leur donner les outils d'empowerment (maîtrise par soi-même) qui vont avec.
- La maturité de l'aire numérique urbaine (terminaux, capteurs, réseaux, applications sont en place) et des usages, assure les fondements des services et le cadre du changement. Reste à développer le carburant de ces services, la "donnée"; sans laquelle rien d'important ne peut s'envisager dans les services urbains.

Les mobilités façonnent un "urbanisme intensif"

Le point focal de la réflexion sur les services urbains se trouve dans les mobilités. D'abord, en travaillant les infrastructures dans une dimension servicielle. Ainsi, de la voiture dont on améliore le taux d'occupation avec le covoiturage, le taux d'usage avec l'autopartage ou le taux d'utilisation en articulant la voiture avec les autres modes (l'intermodalité vise à améliorer le parcours dans une construction complexe et rationnalise les usages des divers modes). Le résultat, dans tous les cas, c'est plus ou autant avec moins.

Mais encore, il faut entendre les mobilités au-delà du déplacement et des transports, comme d'autres formes d’accès aux ressources de la ville (travailler au bureau, mais aussi de chez soi, de la gare, du télécentre, du café… Idem pour les sociabilités à distance, les achats et demain pour la vidéo-formation, la télé-santé, etc.). Donc à la mobilité physique s'ajoute une mobilité numérique, aux déplacements s'ajoute le "à distance", et les modes de transports se voient proposer des alternatives et des compléments avec les outils du numériques.

Dès lors, la mobilité actuelle découvre un "urbanisme intensif" pour le meilleur et le pire, avec ses bénéfices, ses dérives et ses excès. Cette mobilité – plus dense, plus active, plus dispersée dans l'espace et le temps – conduit à d'autres rapports à la ville. Elle "fabrique" d'autres attentes à transformer en usages et façonne des passages et des continuités qui s'imposent à la ville.

La préoccupation du citadin va être de trouver la solution la plus pertinente, en fonction de sa situation de mobilité, de l'organisation du quotidien, des opportunités, etc. C'est cela qui se travaille d'ores et déjà avec une multiplicité d'outils logiciels animés par les usagers eux-mêmes (Open Street Map, Walkscore, Foursquare, etc.) qui apparaissent spontanément dans la ville 2.0, comme ils étaient apparus – pour les mêmes raisons, et dans les mêmes conditions – sur le net avec le Web 2.0.

©missionTemps-Grand Lyon - 17 avril 2014

Lire suite de l'analyse de Bruno Marzloff : Mobilités. Dérives et pistes de réponses

Save the date les "Temporelles" ! Les Temporelles sont les journées annuelles du réseau Tempo territorial qui réunit les professionnels des politiques temporelles en France. Les prochaines auront lieu à Guise les
26 et 27 juin prochain sur le thème "Espaces de travail et temporalités"

Recevoir, reconnaître et donner

L’exigence de solidarité, dans toutes nos sociétés, demeure le plus fort de nos besoins, en même temps que l’un des plus difficiles à satisfaire ! Car les formes de solidarité de type compassionnel, à elles seules, ne répondent plus aux besoins de nos contemporains, lesquels sont désireux de se prendre eux-mêmes en charge. Une démarche qui n’invite pas les riches à s’occuper des pauvres, mais les invite, ensemble, à prendre une conscience commune des situations qui les confrontent et des initiatives susceptibles d’y remédier.

Si l’on adopte cette approche, qui fait école dans les milieux associatifs engagés, le modèle idéal de l’individu « solidaire », naguère riche mécène ou dévoué bénévole, tend à devenir celui du citoyen altruiste, pour des initiatives collectives d’utilité sociale voire publique.

Du don reçu au don partagé

Ces expériences comptent parmi les épisodes les plus féconds d’une existence, dès lors qu’elles conduisent les intéressés à transformer le don reçu en don partagé. Comme me l’ont confié les participants à un atelier sur ce thème « le fait de cheminer avec une personne sur la longueur d’onde du don mutuel déclenche un processus d’ouverture où ils se sentent reconnus et reliés par un lien authentique.»
Dans notre vie quotidienne, le flux du donner et du recevoir est propice à développer l’esprit de solidarité chez ceux qui ont été sensibilisés à cette dynamique, si possible dès le jeune âge. Mais pour ceux qui n’ont pu bénéficier d’une telle éducation, cette succession d’événements conserve le caractère d’une avalanche aléatoire d’aubaines et d’obligations, où le lien de solidarité ne trouve que trop difficilement sa place.

La solidarité, un concept en émergence

"Idée, valeur ou principe" ? "La solidarité est en vérité une notion insaisissable. Si les questions qu’elle soulève aujourd’hui étaient lucidement affrontées, la solidarité devrait connaître un meilleur destin que la banalisation consensuelle où elle risque fort de sombrer», estime l’historienne Marie-Claude Blais, en conclusion d’un ouvrage faisant référence (1).
Mon hypothèse est que le fait de savoir reconnaître la valeur des dons désintéressés reçus par nous aux différentes étapes de notre vie peut nous éviter un tel écueil.

Comme l’observe le psychanalyste Jacques Arènes : « dans une culture où les places doivent se gagner, l’identité se conquiert aujourd’hui dans la lutte pour la reconnaissance. Les exigences de reconnaissance sont au coeur du lien social." (2)

Dans le présent contexte, être reconnu, ce n’est pas rechercher la gloire ni donner son nom à une rue, c’est trouver sa place parmi les vivants.
Tandis que reconnaître le mérite d’autrui, c’est rompre l’isolement auquel notre statut d’individu peut nous confiner, pour nous sentir solidaires d’autres destins que le nôtre. Du même mouvement, c’est faire de la place en soi-même pour y accueillir ses semblables , du plus petit au plus grand que soi. 

Comme le souligne le philosophe Paul Ricoeur, qui lui a consacré d’importants travaux, cette dynamique de la reconnaissance joue un rôle essentiel dans l’économie du don car mieux que toute autre, « elle permet de s’arracher à la méconnaissance de soi et au mépris des autres, pour la promesse fragile d’un don qui n’attend pas de retour. »( 3)

Au bonheur du plus que prévu

Enjeu fragile, en effet, que celui de ce parcours qui peut nous réserver des épreuves redoutables. En effet, accepter le don d’autrui ne va pas de soi dans notre culture et ne crée pas nécessairement de lien durable entre ses protagonistes, en raison de l’incertitude où ils sont, a priori, de leur désintéressement respectif.

Plus encore que l’acte de donner gratuitement, l’acte de recevoir est un acte de confiance risqué qui peut effrayer le non initié. Car a priori, rien ne lui indique que tel donateur en puissance n’est pas à la recherche d’obligés, pour des contre dons onéreux. Le vieux proverbe « qui paye est maître » inspire des procès d’intention fréquents mais pas toujours fondés pour justifier le refus d’une aide ou un manque de gratitude. Combien de fois n’entendons-nous pas cette réaction craintive : « j’ai peur de me faire avoir. »

« Quelle tristesse que cette peur, » observe la psychologue F. Navard, « autant de manque de relation, de manques à gagner…n’avons nous pas à apprendre à nous laisser prendre, toucher, surprendre par l’autre ? Savoir se perdre, savoir recevoir. » (correspondance avec l’auteure).

On ne saurait trop y insister : l’élucidation, au cas par cas, de ce doute mortifère est le garant de nos liens de solidarité avec nos bienfaiteurs, comme avec les bénéficiaires de nos propres dons. C’est en ce sens que l’on peut attribuer de la générosité à l’acte de recevoir, où lucidité et gratitude ont vocation à coexister dans l’acte de reconnaissance appelé à les réunir.

Comme s’en réjouit F. Navard, « la confiance, le pari, la foi ouvrent un champ où tout est possible - non pas dans l’ordre du calcul ou du résultat - mais dans la découverte. Etre touché, entraîné, surpris plus que prévu, ça pourrait être ma formule du bonheur le « plus que prévu...»
A un moment où notre société est appelée à s’engager dans des réformes profondes, puisse cet effort contribuer à réduire l’esprit de défiance qui la menace.

Nicole Van der Elst, Journaliste indépendante.
(version refondue et complétée reportage Humanisme et Entreprise)

(Photo illustration ©Musée du quai Branly Paris)

Lire "Léconomie du don et son éthique"/ UP' Magazine

1) Blais MC - La solidarité, histoire d’une idée, Paris, 2007, Gallimard, p. 334.
2) Arènes J  - « L’individu autonome, du bon usage d’un mythe » Etudes, Novembre 2010, p 485-494.
3) Degoy L et Spire A, « Ricoeur en reconnaissance d’humanité » L’Humanité, 24/3/2 004.

Innover socialement pour continuer à exister

Alors que la concurrence internationale s’accroît chaque jour davantage et que les consommateurs se lassent de plus en plus rapidement des produits, la nécessité d’innover pour les entreprises est connue de tous. Cependant cela ne suffit plus ; en effet, d’autres critères émergent et revêtent également une importance particulière pour les consommateurs.

Des entreprises sous surveillance

Sous la pression populaire, des sociétés comme Nike dans les années 1990 ou encore plus récemment H&M au Bangladesh, ont dû adopter de nouvelles normes sociales afin de faire taire les critiques liées au non-respect des droits des travailleurs dans les pays en développement où ils opèrent.

Depuis quelques temps, les consommateurs sont de plus en plus alertés quant à leurs achats (voir le mouvement de la consom’action) et des services leurs sont proposés afin d’identifier si un produit leur convient ou non. Par exemple,  la société mesgouts.fr permet aux consommateurs de s’informer sur les produits qu’ils achètent que cela soit en termes de matières premières utilisées ou de lieu de transformation des produits. De manière plus traditionnelle, des indications concernant la provenance ou le mode de production fleurissent sur les produits.

Ainsi les actions des entreprises sont de plus en plus scrutées par différents observateurs, (association de consommateurs, journalistes, concurrents etc.) et ces dernières ne peuvent donc plus rester impassibles face à cette montée en puissance de la prise de conscience et de pouvoir des consommateurs. Le temps où Milton Friedman déclarait en 1970 que, « la seule responsabilité sociale d’une entreprise est d’augmenter ses profits », est révolu.

La RSE n’est pas une solution efficace

La responsabilité sociale de l’entreprise est aujourd’hui un enjeu majeur dans la plupart des multinationales qui y consacrent une partie de plus en plus importante de leurs ressources. Cependant, selon Michael Porter et Mark Kramer, celle-ci n’a pas su démontrer son efficacité pour lutter contre les problèmes des sociétés actuelles. En effet, ils lui reprochent de ne constituer qu’une solution partielle pour résoudre les maux de la société.

Face à cette incapacité, dans leur article, The link between Competitive Advantage and Corporate Social Responsibility, les deux auteurs proposent un modèle permettant d’allier à la fois performance économique et responsabilité sociétale. Celui-ci est en contradiction avec la responsabilité sociale des entreprises pour au moins deux raisons : elle oppose l’entreprise à la société et elle se veut générique, c’est-à-dire non adaptée aux particularités de chaque firme.

Le concept de Création de Valeur Partagée

Le célèbre professeur de la Harvard Business School, Michael Porter, et le Directeur Général de l’organisation FSG, Mark Kramer, ont tous les deux élaboré le concept de création de valeur partagée. Ce concept introduit une stratégie d’entreprise permettant à la fois de créer de la valeur économique et de la valeur sociétale. En se servant de sa force, c’est-à-dire de son avantage compétitif, la firme peut répondre de manière plus efficace à certains types de problèmes.

Selon les auteurs, la responsabilité sociale des entreprises ne doit pas être pensée comme une contrainte mais plutôt comme une source d’opportunités et de développement. Ils dénoncent l’hypocrisie et l’inefficacité de la démarche de responsabilité sociale des entreprises de la plupart des entreprises qui ne voient celle-ci que comme un outil promotionnel afin d’améliorer leur image de marque.

L’exemple de Nestlé

En 1962, Nestlé a souhaité s’implanter en Inde. La qualité du lait local n’était cependant pas suffisante pour l’élaboration des produits. Le groupe suisse a donc décidé d’aider les fermiers à améliorer leur production, en leur facilitant l’accès à des technologies de réfrigération, de transports du lait, de vétérinaires, ou encore d’ingénieurs agronomes. Ces dispositions ont ainsi permis à Nestlé de disposer d’un lait de bonne qualité et de contrôler ses approvisionnements.

En innovant de cette manière, Nestlé a ainsi développé son accès à de nouveaux marchés tout en comblant les besoins nutritionnels de milliers d’indiens.

Depuis, Nestlé a essayé de promouvoir une approche de développement partagé qui en fait aujourd’hui la multinationale la plus portée sur la création de valeur partagée. Nestlé a de plus nommé un directeur de la création de valeur partagée, et Michael Porter lui-même est membre du comité de pilotage de la création de valeur partagée du groupe agroalimentaire.

Nestlé a depuis 2006 initié des changements dans ses processus opérationnels afin d’intégrer la création de valeur partagée au sein de ses activités. Ainsi dans certains pays où la malnutrition touche un grand nombre de personnes, Nestlé rajoute des additifs nutritionnels comme des oligo-éléments afin d’améliorer les conditions de vie de ces populations et de diminuer leur risque de mortalité.

Un modèle qui s’adapte à chaque entreprise

Julia Schmidt et Uta Renken, deux chercheuses de l’université de Nuremberg, ont proposé « l’arbre de la création de valeur partagée » (voir ci-contre). Cet arbre, qui regroupe l’ensemble des caractéristiques d’une création de valeur partagée, a pour but de placer l’apport théorique de Porter et Kramer dans un contexte appliqué.

Il ressort de leurs travaux que, pour être efficace, la création de valeur partagée doit s’adapter à chaque entreprise. En effet, si l’on se réfère à l’arbre, les racines représentent les valeurs de l’entreprise. De ces racines naissent une productivité donnée, une façon d’innover, ainsi qu’une capacité d’absorption des idées environnantes. Le mix de ces trois facteurs permettant par la suite, de définir l’ensemble des différentes facettes de la création de valeur partagée où l’entreprise possède un avantage compétitif, que ce soit sur les plans sociaux, économiques, et environnementaux.

Quelle stratégie ?

Il existe différentes manières d’implanter une stratégie de création de valeur partagée au sein d’une organisation. Ici sont exposés les modèles de deux multinationales du secteur agroalimentaire : Nestlé et Danone.

Selon Janet Voute, directrice des affaires publiques chez Nestlé, le groupe suisse a intégré « le concept de création de valeur partagée à l’échelle de l’organisation tout entière ». Celle-ci est ainsi présente dans des branches aussi variés que les chocolats, la charcuterie (Herta), ou encore le café (Nespresso). Ces actions s’articulent autour d’améliorations sur la qualité du produit (effets positifs pour le consommateur), de commerce équitable (effets positifs pour le producteur) et environnementaux (effets positifs pour la société).

Danone est aussi une entreprise très engagée dans ces démarches. Depuis 2001, le groupe agroalimentaire a lancé l’initiative Danone Way qui vise à « répondre à l’objectif de gestion des relations et des impacts du groupe envers les parties prenantes de l’entreprise, en amont et en aval en incluant les politiques et les critères de performance environnementale, sociale, de gouvernance, de politique nutrition et santé ».
Cependant l’approche est différente de celle de Nestlé ; en effet, Danone favorise les partenariats avec d’autres entités. La société a ainsi créé un partenariat avec la Grameen Bank fondée par Muhammad Yunus : Grameen Danone. Il ne s’agit en aucun cas de mécénat, la co-entreprise ayant pour objectif d’être profitable afin de réinvestir ses bénéfices pour augmenter la consommation et réduire la malnutrition. Un juste prix est fixé afin d’acheter le lait aux paysans à un prix leur permettant de vivre décemment et de développer leur activité. Dans le même esprit, Danone a noué un partenariat avec les indiens Atikamekw de Manawan au Canada. La co-entreprise de conditionnement de myrtilles a nécessité la construction d’un atelier de transformation financé en partie par Danone.

Une transformation à venir des business models

On peut légitimement se demander si ce concept sera en mesure de bousculer l’organisation des principales multinationales. Une première réponse peut-être apportée grâce à l’un des auteurs de l’article. En effet Michael Porter reste, malgré l’obsolescence de certains de ses modèles, influent auprès des principaux penseurs capitalistes, haut-dirigeants et entrepreneurs mondiaux. A cet effet, il est intéressant de noter que cette évolution des mentalités a déjà touché Carlos Ghosn, qui a déclaré qu’ « aucune grande entreprise ne peut se focaliser exclusivement sur sa performance économique sans se préoccuper de ce qui se passe autour d’elle».

Ce concept apporte des solutions aux nouvelles préoccupations des consommateurs. Si elle se produit, cette mutation entraînera des évolutions aussi bien au niveau des produits que des organisations. La capacité des entreprises à faire évoluer leur modèle d’affaires sera donc primordiale dans cette course à la satisfaction des besoins des consommateurs.

©Thibaut Lottier / MTI Review Janvier 2014
Avec nos remerciements au magazine MTI Review pour cette aimable collaboration

Renouer avec le vivant : le défi de notre mutation en cours ?

La modernité a voulu dompter la nature et a inventé le progrès. Ce dernier nous a apporté le confort et aussi l'exploitation intensive de nos ressources terrestres avec les conséquences de pollution et de modifications climatiques que nous connaissons. Et si le défi du XXIeme siècle consistait à renouer avec le vivant ?

La majorité de l'humanité vit dans les villes

Nous sommes contemporains d'une révolution discrète, passée sous silence, qui a eu un large impact sur nos sociétés modernes et qui pourrait se résumer par le constat suivant. Avant le conflit de 1914-18, nos arrières grands parents, vivaient à 80% en zone rurale pour 20% en zone urbaine. Aujourd’hui, c’est l’inverse.
En Europe, et dans l’essentiel des pays dits « développés », la population vit à 80% en zone urbaine et à 20% en zone rurale, souvent en mode urbain.

Une évolution qui représente un bouleversement radical, dans l’organisation de nos sociétés, mais aussi et surtout, dans notre rapport au monde et à la vie. Matérialisée par la disparition d’une simple lettre, qui nous a fait passer de l’homme EST la nature à l’homme ET la nature ; la relation fragile, de l’homme avec la nature, est rompue. Une rupture qui amène nos sociétés modernes, et les humains qui l’animent, à se développer hors sol, hors du vivant, voir contre lui, capable d’anthropogenèse, c'est-à-dire, en position d’influer sur les conditions et le cadre de sa survie.

Nous vivons au rythme des machines

Une des conséquences est que nous sommes coupés des rythmes de la vie que nous connaissions avec la proximité de la nature. Dans un environnement bétonné, l'asphalte a remplacé la terre pour éviter que nous marchions dans la boue. Et les herbes abondantes, comme au printemps dernier avec les fortes pluies, sont bien vite coupées des bordures des arbres sur les trottoirs. Rien ne doit dépasser.

La ville c'est le monde du "gris" et le rythme des machines : métros, voitures, bus, trams, les écrans, les tablettes, les wifis sont omniprésents. Et nous n'avons pas pris la mesure du fait que nous sommes absorbés par le rythme des bits informatiques. Les accélérations perçues dans notre quotidien et si difficiles à vivre dans les entreprises (entre les réductions constantes de personnel et les machines qui remplacent les êtres humains pour réaliser des gains de productivité et réduire les coûts) sont dues au fait que nous sommes absorbés par la vitesse des bandes passantes. Nous ne prenons pas conscience que nous allons nous aussi vivre sur le tempo de la 4G qui elle, tout comme Matrix l'avait illustré, est composée de "0" et de "1".

Mais, nous ne sommes pas faits de matière numérique. Et comme précisément notre nature organique vit sur d'autres modalités c'est la raison pour laquelle, une bonne partie des départements de R&D rêve d'apporter des compléments à notre nature humaine qui ne peut plus suivre la vitesse digitale.

Le regain d'intérêt pour le vivant

Pourtant, le vivant inspire la technologie. Le "vert" inspire le "gris". Ainsi, le biomimétisme permet-il notamment de développer l'économie circulaire, de contribuer à réduire les consommations d'énergie, d'optimiser les matériaux, de maximiser la conductivité des matériaux, de réduire les pertes d'énergie, d'intégrer la nature dans les villes et bien d'autres choses encore.
La réduction des réserves de matières premières et notamment d'énergies fossiles, nous ont conduits vers les énergies renouvelables et la recherche d'optimisation de l'utilisation de l'énergie. Ce qui a amené les biologistes a mettre en exergue les trésors de durabilité du vivant. La vie a fait la démonstration de sa capacité à survivre et à s'adapter depuis plus de 3,8 milliards d'années sur la terre. Après l'avoir domptée, voici que nous la regardons avec un intérêt renouvelé : elle pourrait nous donner des leçons nous permettant de survivre à nos excès et aux conséquences climatiques dévastatrices pour tous les règnes du vivant.

Comment renouer avec le vivant pour nous autres citadins ?

Comment renouer une alliance avec ce vivant qui nous porte et nous fait vivre ? Comprendre qu'il est notre avenir est une chose, mais comment recréer le lien avec cette essence que nous avons perdue ? Nos sociétés modernes sont démunies et c'est la raison pour laquelle il existe un véritable engouement pour la rencontre avec les peuples racines, ayant l"intuition, parfois exotique, qu'ils détiennent les clés que nous avons perdues avec la civilisation.
En effet, ces sociétés premières, autochtones, n’ont jamais rompu leurs relations d’alliance à la nature, et cette reliance maintenue au fil des millénaires peut aujourd'hui nous aider aussi bien à retrouver un sens à la vie, que de nombreux citadins ont le sentiment d'avoir perdu, qu'en nous indiquant comment composer avec le vivant pour rester pérenne.

C’est dans la nature que les sociétés racines puisent leurs valeurs, leurs principes de fonctionnement et d’organisation. Dans leurs diversités, elles représentent les ultimes contrepoints à nos civilisations modernes. Elles nous offrent la possibilité d’élargir notre regard, pour tenter de distinguer dans l’horizon, d’autres formes de compréhension de la vie et du monde.

« Il y a tant de maisons, de voitures, de routes et de bruits chez vous. Qui peut encore entendre quelque chose ? » Mamu Miguel DINGULA (chamane colombien Kogi).

Rêver d'une éco-modernité

Retrouver les chemins du vivant, puis faire le choix de travailler ensemble, afin de tenter d’explorer de nouvelles voies, c’est avoir l’audace du possible, rêver ensemble à une « éco-modernité » à savoir une modernité qui se laisserait réinvestir par les forces de vie. Comme ces brins d'herbe qui percent le béton le plus dur, c’est (re)trouver une juste place « avec » la vie, et non plus « contre ».

La mutation consisterait alors à recréer une relation, une connexion à soi-même, à l'autre et au vivant pour rechercher des voies de vie dans un contexte tendu de crises en cascade éclairant un paradigme finissant. Se réconcilier avec le vivant c'est retrouver une harmonie qui nous invitera à repenser le projet de notre humanité à la fois urbaine et humaine. C'est ouvrir la porte aux innovations grises ET vertes, technologiques ET organiques. Rappelons-nous la phrase d'Antoine de Saint-Exupéry : "Le futur, tu n'as pas à le prévoir mais à le permettre." Concevons-le avec tous les règnes du vivant !

Christine Marsan et Eric Julien

- Livre "Fabriquer le vivant ?"de Pierre-Henri Gouyon et Miguel Benasayag - Ed. La découverte. 2012. Ce que nous apprennent les sciences de la vie pour penser les défis de notre époque.

 - Livre "De l'engagement dans une époque obscure" de Miguel Benasayag et Angélique Del Rey - Ed. Le passager clandestin - 2011

- Conférences "Les Assises du vivant" - UNESCO, Déc 2013

Emmaüs Connect : Internet pour tous ! Encourager les connexions solidaires

Emmaüs Connect, association qui favorise l’inclusion numérique des personnes en difficulté, annonce le lancement du volet Internet de son programme Connexions Solidaires.

WEB TROTTER : Un accès Internet vraiment pour tous !
A l’heure de la numérisation croissante de notre société, Internet joue un rôle primordial dans le quotidien des populations en grandes difficulté. Il est devenu un outil indispensable du quotidien pour la recherche d’emploi, facilite les démarches administratives et créée du lien social. Il permet d’être joignable ou de s’identifier par email, de faire ses démarches en ligne, de consulter les offres d’emploi et d’y répondre, ou encore d’acheter moins cher sur Internet, et aussi de garder le lien avec sa famille qui est à l’étranger. Or, l’absence de compte bancaire, d’adresse fixe, le manque de compétences numériques ou la précarité financière s’accompagnent trop souvent d’un accès réduit ou inexistant à Internet : 57 % des Français ayant des revenus inférieurs à 900€ par mois ne sont pas équipés d’Internet à domicile et 39 % des bénéficiaires du programme Connexions Solidaires n’ont pas de logement pérenne.
Grâce aux web trotters fournis par l’équipementier Huawei, aux recharges prépayées Internet données par l’opérateur SFR et à l’accompagnement pédagogique mené par les conseillers Connexions Solidaires, les personnes en situation de précarité ou de grande exclusion peuvent aujourd’hui bénéficier d’une solution d’accès à Internet mobile de qualité et à des tarifs solidaires.
Composé d’un boitier de la taille d’un téléphone portable muni d’une carte SIM et de recharges prépayées, le Web Trotter permet une connexion internet à haut débit dans des zones couvertes par le wifi ou la 3G. A cet équipement, Connexions Solidaires propose de manière complémentaire un accompagnement pédagogique afin de développer les usages numériques des bénéficiaires qui, ainsi, pourront profiter pleinement de leur connexion Internet pour rechercher un emploi, un logement ou accéder à des services favorisant leur insertion sociale et professionnelle.
Jean Deydier, Fondateur d’Emmaüs Connect déclare : « Le récent rapport du CNNum(1) « Pour une nouvelle politique d’inclusion numérique», souligne que l’accès aux technologies et à l’Internet est un prérequis devenu aujourd’hui obligatoire mais non suffisant. Nos partenaires SFR et Huawei et nous-¬ mêmes sommes heureux de proposer une solution innovante tant sur le plan technologique que sur celui de l’accompagnement pédagogique pour que le numérique devienne un outil au service de la construction d’une société plus solidaire. »

Avec le soutien de SFR ET HUAWEI.
(1) CNN, Conseil National du Numérique

A propos d’Emmaüs Connect
Créée en 2012, Emmaüs Connect est une association membre du Mouvement Emmaüs, qui a pour mission d’aider les personnes en difficulté à développer leur potentiel numérique pour mieux s’insérer dans notre société connectée.
Parmi les moyens d’actions de l’association, Connexions Solidaires, un programme innovant, conçu en partenariat avec SFR et les acteurs de l’action sociale. Il apporte des solutions à un problème crucial et peu traité : l’accès durable aux télécommunications pour les populations les plus fragiles et le développement des usages pour mieux maîtriser ces outils dans une perspective d’insertion sociale et professionnelle.

CONTACTS :
Stéphanie Lefebvre, Agence Aromates slefebvre[at]aromates.fr / 01 46 99 10 83 Sophie Delile, Emmaüs Connect sdelile[at]emmaus-¬‐connect.org /06 23 32 44 64
www.connexions‐solidaires.fr

Quand les convictions politiques bousculent les postures

UP' a choisi de vous présenter l'interview réalisée par Anne-Sophie Novel. Si tous les hommes politiques acceptaient ainsi de remettre en question leur fonctionnement et l'éthique de leur mission... 

Jean-Paul Delevoye : « Nous avons deux France : celle qui croît à toute vitesse, et celle qui disparaît »

"Parce qu'elle sait que ça va mal", la société adapte ses comportements et s'organise en réseaux. Rares sont les élites qui saisissent ce monde en marche : totalement dépassées par le numérique, "elles ne soupçonnent pas la lame de fond sociétale qui se forme", souligne la journaliste Laure Belot dans cet article.

Comment les aider à comprendre cette nouvelle culture et s'adapter ? Voici quelques éléments de réponse avec Jean-Paul Delevoye, président du Conseil économique, social et environnemental - CESE - et maire de Bapaume, auparavant médiateur de la République, parlementaire et ministre, qui fait partie de ceux qui arrivent à prendre du recul sur les enjeux actuels... au point de bousculer au sein même de son institution.

A suivre vos prises de parole, on vous sent non seulement en phase avec la société actuelle, mais aussi serein avec le monde qui vient. Qu'est-ce qui, dans votre parcours bien rempli, explique cette posture ?

Voilà une question que je ne me suis jamais posé... Mes parents ont divorcé quand j’avais 14-15 ans. Ce fut une première épreuve enrichissante sur la réalité de la vie. De même, mon parcours d'entrepreneur m'a confronté au fait d’avoir des échéances, des cautions, des batailles, etc.

Je ne suis pas diplômé, non plus : j’ai fait une première année de fac mais j’ai été viré pour raisons soixante-huitardes… aussi n'ai-je jamais eu de souci à transférer mes incompétences sur les compétences des autres, et je n’ai pas de souci d’ego. Mais j’ai été, en revanche, élevé par le doute socratique.

A bien réfléchir, me vient aussi à l'esprit l'époque où j'étais pensionnaire au collège de la Providence à Amiens. On ne s'en rend pas compte à cet âge-là, mais la solitude et l'isolement marquent profondément. D'ailleurs, nous profitions de la conférence Saint-Vincent-de-Paul pour sortir du pensionnat et aller boire un chocolat en compagnie de personnes âgées... ou pour aller peindre des logements de femmes dont les maris étaient détenus à la prison d'Amiens. Je me souviens avoir régulièrement vu cinq ou six gamins s'entasser dans une pièce de 20 mètres carrés, j'ai très tôt été interpellé par cette réalité de la vie.

A mon sens l’action ne vaut que par le sens qu’on lui donne, le pouvoir n’a jamais été un objectif, il doit défendre un humanisme, un projet de partage.

C’est d'ailleurs un débat avec mes collaborateurs depuis quinze ou vingt ans : ils me trouvent courageux de dire ce que je pense, mais c’est le contraire qu’il faut condamner. Ma parole n’est pas portée par les calculs, elle est rare mais je n'attends rien si ce n'est de faire bouger les choses.

Est-ce le courage qui manque le plus en politique ?

La soif de pouvoir perturbe les hommes politiques, ils sont plus dans le calcul et dans la gestion de leur carrière que dans la conviction et la croyance dans un projet de société. Il faut donc interroger le sens du pouvoir et retrouver la cause politique qui les amènera à se transcender.

Prenons un exemple : la question qui préoccupe l’Europe est celle du maintien de l'euro, mais cela n'est qu'un moyen. La question est celle du choix de société pour l'Europe et de son rôle dans l'équilibre du monde.

En France, il faut aussi retrouver la lecture politique d'un projet de société, restaurer la politique et le syndicalisme, accepter les bonnes questions pour avoir les bonnes réponses. On est incapable d'ouvrir des débats qui pourtant sont essentiels pour l'avenir de notre société : est-ce l'énergie ou la croissance ? Un travail pour tous ? Une activité pour tous ? Doit-on aller d'une société d’acquisition à une société de partage ?

Je suis convaincu que l'on doit redéfinir le contrat du partage, accepter par exemple que le travail ne peut pas payer santé et retraite, revoir les principes de prise en charge médicale et le principe de la dépense, savoir si la gratuité doit être offerte à tous... Tous ces principes représentent une occasion aujourd’hui de rebâtir un vrai projet politique construit non dans un souci de séduction ou d'impact électoral, mais dans un souci de mobilisation citoyenne.

Et vos collègues politiques, qu'en disent-ils ?

Les politiques sont assez lucides sur la fragilité du système mais sans pour autant changer de cap pour le modifier. Quand on regarde par exemple les échéances européennes, certains reconnaissent que leur préoccupation n'est pas le projet, mais les têtes de gondole, les leaders qui doivent être mis sur les listes pour équilibrer le pouvoir au sein d'un parti ou améliorer l'impact électoral... ici encore l’image l’emporte sur la compétence, c'est assez pathétique. Ce système va imploser ou exploser par les forces citoyennes qui se rebellent de façon assez saine contre un système qui nous met dans le mur.

Regardez l'alternance Sarkozy-Hollande : ce n'est pas Hollande qui a gagné, mais Sarkozy qui a perdu. L'opinion a compris, par cette alternance, que la gauche applique quand elle est dans la majorité ce qu'elle dénonçait quand elle était dans l'opposition. Les gens ont vite la sensation qu'il n’y a pas de convictions, mais que des postures.

Quand la société est déboussolée et que les dirigeants semblent impuissants, les sentiments deviennent des ressentiments. Aujourd'hui, nous sommes dans ce moment où les sentiments d'adhésion au système se transforment en ressentiments contre le système car on a l’impression de ne plus s’en sortir. On exprime donc sa colère avec l'impression que la république, construite au départ pour protéger le faible, laisse la loi du plus fort et du plus violent l’emporter. L’Etat n’est plus capable de corriger les inégalités, avec des produits de la rente qui sont supérieurs aux produits de la production... jusqu'où allons-nous accepter cela ?

Comment voyez-vous l'alternative dans ces conditions ?

Les parcours ne sont plus assumés pour tous, au cœur du déclassement de la classe moyenne, on voit des Virgin disparaître et des Amazon se renforcer, Peugeot fermer et Airbus triompher... on est soumis à des tempêtes économiques incroyables, la hargne est en train de gagner le pays. Cela peut être la source de forces libératrices absolument extraordinaires pour adhérer à une société nouvelle qui émerge avec l'économie numérique.

Le "burn out", le stress individuel et les sentiments d'humiliation sont en train d'évoluer vers une inquiétude collective qui entraîne une perte de confiance dans la capacité de l’économie nouvelle à nous répondre. Entre l'économie ancienne qui disparaît et la nouvelle qui apparaît, la plus-value et l'espérance future ne sont pas plus fortes que la douleur de la disparition de ce qui existe. Nous sommes donc dans une forte période d’instabilité qui va durer cinq à dix ans.

Ce basculement d'un système ancien à un système nouveau est une période compliquée, difficile et dangereuse, mais c'est aussi la plus exaltante, avec des espoirs nouveaux : sur le terrain, je vois plein de jeunes innover, créer, parfois par nécessité, mais ça bouge de partout, il y a une fertilité extraordinaire avec un système qui n'a pas compris que l'avenir sera dans l'innovation et qui se raidit à son encontre, car l'innovation, c’est la contestation de ce qui existe.

Quand on renverse un système (de la royauté, de la république, etc.), on le fait avec une vision alternative, mais là nous ne sommes plus dans ce type de révolte, nous sommes dans une révolte des affamés et des humiliés qui se nourrit de désespérance et veut juste mettre un terme à sa survie du quotidien. On est dans ce moment, qui n'est même pas collectif car nous avons deux France : celle qui croît à toute vitesse, et celle qui disparaît (hôtellerie, restauration, petits commerces...)

Vous avez présidé l’association des maires de France : comment voyez-vous le rôle des municipalités ?

La dimension du problème impose la dimension des réponses. Si on veut une attractivité mondiale, il faut une réponse à l'échelle des continents. Si on veut travailler une attractivité internationale, c’est à l’échelle des métropoles. La puissance dans la réponse dépend du défi que l'on veut relever. Si on veut jouer à l'échelle de la commune, on agit à l'échelle de l'intercommunalité, ce qui pose la question du potentiel des territoires (certains seront sensibles à la qualité environnementale et à la protection de la biodiversité, d'autres joueront sur l'habitat, etc.) avec des conséquences fiscales qui ne sont pas les mêmes. Nous sommes guidés dans nos choix par des préférences fiscales plutôt que politiques.

Nous allons passer d'une société de la performance à une société de l'épanouissement. Les maires qui étaient des faiseurs de rois, puis de construction, doivent devenir des faiseurs d'espérances individuelles pour nourrir les espérances collectives. La vitalité sociale et la solidarité de proximité sont au cœur des phénomènes de stabilisation des sociétés chahutées. Il faut analyser la dépendance des territoires par rapport à des systèmes monoéconomiques – quand on supprime des usines sur un territoire... la condamnation de l'usine condamne le territoire.

Cette société de l'épanouissement, du bonheur de vivre et du partage va renforcer le rôle des maires dans la société : ils n'auront plus un enjeu de pouvoir mais un enjeu relationnel. Les administrations doivent rentrer elles aussi dans cette logique de services et d’usage, là aussi c'est un choc culturel.

La société du partage n’est-elle pas une bulle médiatique, ces pratiques ne sont-elles pas simplement en train de renouveler le système D ?

J'ai les mêmes interrogations. La notion de partage est née par l’impasse de la société d’acquisition. Comme on va entrer dans une croissance faible, on ne pourra plus acquérir comme les générations précédentes. Si on est dans l'impasse de l'acquisition, seules la location et la gestion des usages nous permettront de bien vivre. On est dans une notion de partage de biens collectifs (vélos, voitures, etc.) mis en commun pour les optimiser au maximum.

La dimension morale se pose aussi. Une ami marocain me disait un jour cette phrase terrible : "Au Maroc, on a beaucoup de pauvreté mais pas de misère, en France vous avez beaucoup de pauvreté mais aussi beaucoup de misère." Ce qui est pour certains superficiel est essentiel pour d’autres.

Le troisième enjeu est un enjeu sociologique majeur : le XXIe siècle est le siècle de l’isolement. La vertu la plus rare est celle du temps, du temps que l'on consacre pour soi et de celui que l'on accorde aux autres. Cette notion du partage du temps et du partage avec l’autre est un enjeu qui pose aussi celle du lien, entre individus, car il faut redéfinir la liaison des individus pour faire le collectif.

Aujourd'hui la notion du partage est évidente chez les plus jeunes, les groupes, les bandes, les amis… Estimant que l’avenir sera compliqué, ils survalorisent le moment présent. En 68, on rêvait de liberté pour renverser le système, aujourd'hui on revient à la dimension humaine : on aura moins de fric mais on veut être plus heureux, l'avenir est compliqué mais on veut vivre le temps présent si bien qu'ils développent la richesse des relations humaines basées sur la confiance et le partage. Cela s'observe même au niveau des couples qui se font confiance de manière différente...

Pour ce qui est de la citoyenneté du monde maintenant, c’est le partage de responsabilité. Pour réveiller la citoyenneté, il faut qu'on accepte de dire que nous sommes tous responsables de la planète, etc.

Mais est-ce que le pouvoir citoyen peut tout ? Ne faut-il pas cocréer ?

Les citoyens doivent être des coproducteurs du futur. Mais le pouvoir a peur du pouvoir citoyen. Le pouvoir économique a intégré le pouvoir citoyen sous la pression des consommateurs. D'ailleurs, si on revient un peu sur l'histoire religieuse, c'est l'évolution de l'opinion qui a façonné la croyance religieuse, et non l'inverse. C'est l'opinion qui a fait flancher l'Eglise quant aux thèses de Galilée, qu'elle réfutait. On a surestimé les croyances religieuses, alors que ce sont les opinions qui ont obligé l’Eglise politique a reconnaître que la Terre est ronde.

Le consommateurs ont déjà modifié l’offre des entreprises, et nos institutions vont évoluer sous l'impulsion des attentes citoyennes. Le citoyen va à terme modifier l'offre politique.

Aura-t-on besoin d’un régime présidentiel ? Ou d'un régime parlementaire avec un président qui rassemble ? Avec une capacité de coalition et de partage autour d'un projet collectif qui doit aussi être regardé avec la volonté pour certains de ne pas partager ? Là réside toute la complexité de la métamorphose.

Les partis politiques ont-ils encore de l’importance ? Vous qui venez de quitter l’UMP pour soutenir un candidat PS...

Il n’y aura pas de destruction des partis, mais une recomposition des partis politiques. On a besoin de partis politiques et d'idéologie politique, de croyance collective, car les peuples ont besoin de croire en quelque chose. C’est un enjeu important où les politiques doivent redéfinir les lignes. On souffre d’un excès de politiciens, ils sont à l'image de notre société : c’est tout, tout de suite, avec une jouissance qui l’emporte sur le long terme.

Il faut retrouver le sens de la vision politique et prendre le temps nécessaire de construire des convictions plutôt que de gérer des émotions. Le choc de temporalité est d'ailleurs un choc de pouvoir...

Le développement des territoires se fera autour de projets et d'hommes en mesure de rassembler des philosophies, des cultures et des natures différentes. A titre personnel, j'ai choisi de suivre un homme qui rassemble. Même si je le combats sur le champs des idées, je reste gaulliste et réfléchis en fonction de l’intérêt des habitants.

Que pensez-vous du collectif Roosevelt et du parti Nouvelle Donne ?

Le collectif porté par Larouturou est ancien. Mais c'est un exemple de ce qui va émerger : les listes citoyennes vont se multiplier avec des projets co-élaborés de manière collective, pour que chacun apporte sa contribution, comme le proposent Parlements et Citoyens.

La stabilisation citoyenne fait désormais partie de la décision politique : plus aucune décision politique ne sera imposée sans être appropriée par ceux qui la subissent. Cela implique une temporalité politique nouvelle, avec en premier lieu la pédagogie des enjeux et la compréhension des débats, puis l'acceptation de la contestation et de la remise en cause, les pouvoirs doivent apprendre à obéir aux forces citoyennes associatives, philosophiques, experts... en révisant les équations de la république.

La réaction citoyenne actuelle est saine, elle fait émerger des questions de fond auxquels les politiques n'ont jamais répondu. Les politiques séduisent les électeurs même s'ils perdent les citoyens. On oblige les politiques à accepter un débat qu'ils ont mis un talent fou à refuser... Le collectif Roosevelt pose la question des quatre jours, aucun parti ne s'en est emparé.

Pour finir, trois questions du tac au tac, en lien avec l'actualité [l'entretien a été réalisé au début de décembre 2013]. Si je vous dis "bonnets rouges" et écotaxe, vous me dites...

Explications – Le fait d'avoir imposé l'écotaxe sans expliquer l'importance de la fiscalité environnementale engendre ce genre de crispation de ceux qui payent, il manquait une pédagogie des enjeux.

Si je vous dis prostitution, vous me dites...

Réalité – Est-ce qu’en pénalisant le client je vais supprimer la prostitution ? Non, la vraie question est comment permettre à chacune des femmes de pouvoir rester digne dans l'exercice de sa profession ? En pénalisant le client ? Ne devrait-on pas ouvrir le débat sur la création de maison de prostitution ? C'est la question de la transformation de la loi comme posture morale qui se pose ici comme dans le cas de la dépénalisation de certaines drogues...

Si je vous donne le pouvoir demain, par quoi commencez-vous ?

Par le refuser, le pouvoir se conquiert.

©Anne-Sophie Novel, Blog Même pas mal ! / Le Monde.fr 

Pour être innovants, soyons solidaires !

Il ne se passe pas une journée où l'on apprenne dans notre pays, nos régions - et dans le monde entier - la disparition d'une entreprise, de quelque taille qu'elle soit. Problèmes de gestion interne, de compétitivité mondiale, ... : cocktail explosif où se mélangent tous types de crises humaines, sociales, politiques, économiques. Pourquoi à nos échelons de simples citoyens ne pas collaborer à la reprise ?

Le don peut être un facteur puissant pour aider à relever notre économie. L'exemple du Crowdfunding (financement participatif) est très parlant en matière de don pour les startup. De plus, nouveauté : les internautes pourront désormais prêter directement à des PME dès 2014. En effet, le gouvernement vient de décider de l’allègement des contraintes qui pesaient jusqu’à présent sur les plateformes de financement participatif. Un beau cadeau en cette fin d'année !

Mais le don global qui passe directement de la poche des citoyens à des associations ou fonds de dotation est dans un pur esprit de "contribution" gratuite. Sans retour, sans profit particulier, si ce n'est celui de la générosité. 

Exemple : depuis trois ans, Citoyens solidaires est un fonds de dotation qui accompagne des initiatives pour une économie plus juste et responsable et qui soutient des missions d’intérêt général là où les instances classiques font défaut ou ne suffisent plus.

Donner, c'est innover en participant au dynamisme économique

Grâce aux dons, on peut participer efficacement au développement de l’innovation, de l’emploi et des savoir faire de nos territoires.
Véritable instrument financier, le champ d’action est vaste : associations, micro entreprises, TPE…

Humanité, mobilisation, proximité,financement,développement,emplois, transparence, circuits courts, accompagnement, générosité… autant de mots qui font sens et résonnent chez les fondateurs de Citoyens solidaires :  créé en 2010, ce fonds de dotation accompagne des initiatives pour une économie plus juste et responsable.

Que chacun passe au don !

« La création du Fonds de Dotation Citoyens Solidaires est un nouvel exemple de la fécondité des personnes qui font l’économie sociale et solidaire dans la Région. Son mode de fonctionnement souple et les bénévoles qui l’ont rejoint oeuvrent pour élargir librement le cercle de l’ «ESS», pour permettre à chacun de consacrer un « don » financier à des initiatives locales d’intérêt général.
Il complète ainsi d’autres dispositifs de financement. Il répond autant à un besoin de sens et de proximité exprimé par les « donateurs » qu’aux attentes des porteurs d’actions à financer.
Que chacun qui souhaite contribuer à l’intérêt général de cette manière « passe au don ».
En retour, nous pouvons compter sur un choix pertinent d’actions financées et sur la bonne information que les animateurs du fonds sauront nous apporter.» Loïc Brabant / Co-directeur de l’association « Initiatives Plurielles».

Pour reprendre Marcel Mauss : "On voit comment on peut étudier, dans certains cas, le comportement humain total, la vie sociale tout entière ; et on voit aussi comment cette étude concrète peut mener non seulement à une science des mœurs, à une science sociale partielle, mais même à des conclusions de morale, ou plutôt - pour reprendre le vieux mot - de « civilité », de « civisme », comme on dit maintenant. Des études de ce genre permettent en effet d'entrevoir, de mesurer, de balancer les divers mobiles esthétiques, moraux, religieux, économiques, les divers facteurs matériels et démographiques dont l'ensemble fonde la société et constitue la vie en commun, et dont la direction consciente est l'art suprême, la Politique, au sens socratique du mot". "Essai sur le don"(1923-1924)

www.citoyens-solidaires.fr
21 avenue Le Corbusier 59 042 Lille Cedex • Tél. 06 31 36 44 61 • contact[at]citoyenssolidaires.org

Gagner - Solidarités et avantages fiscaux pour les entreprises : les versements effectués au profit de Citoyens Solidaires leur font bénéficier d’une réduction d’impôt sur les sociétés égale à 60 % du montant des versements (pris dans la limite de 0,5 % de leur chiffre d’affaires).

Et les particuliers aussi : leurs contributions leur donnent droit à une déduction de 66 % du montant de l’impôt sur le revenu (dans la limite de 20 % du revenu imposable). Exemple : un don de 120 € n’équivaut qu’à un coût réel de 40 €.

Appel aux dons, cliquez ici 

- Lire Article "L'économie du don et son éthique" de Nicole van der Elst - 2013  

Est-il encore temps de sauver les fonds marins ?

L'info vient de tomber : les députés européens, réunis en session plénière à Strasbourg aujourd'hui, ont répondu non à l'issue d'un vote serré. Les défenseurs des océans espéraient que les élus iraient au-delà du compromis de règlement laborieusement négocié au sein de la commission pêche du Parlement en novembre. Cela a échoué.

La pêche des 54 espèces définies comme profondes par la Commission européenne reste de toute façon soumise à des quotas. Les principaux poissons visés par les flottilles de professionnels dans les eaux de l'Union européenne (lingue bleue, dorade rose notamment) vont continuer à être proposés sur les étals des poissonneries.  Comment vont réagir les consommateurs face à cette décision ? Après tout, c'est à nous de déplacer ce débat dans nos démarches quotidiennes d'achats... Une mutation des comportements à mettre en oeuvre. Certaines grandes enseignes (Lire articles du monde.fr : Casino, Carrefour) ont déjà pris partie en supprimant la vente de certains poissons.

==> Lire article complet du monde.fr/planète

 


Pétition : 24 heures pour sauver les fonds marins

Une nouvelle campagne vient d'être lancée sur le site de Pétitions Citoyennes d'Avaaz : STOP à la destruction industrielle des océans profonds ! De plus, la bande dessinée de Pénélope Bagieu contre la pêche en eaux profondes semble avoir créé la mobilisation de l'opinion. Du coup, la pétition demandant l'interdiction de ce type de pêche connaît un succès fulgurant. 

Les créatures étonnantes qui vivent dans les océans profonds sont systématiquement détruites par d’immenses filets de pêche qui attrapent et rasent tout sur leur passage. Mais le Parlement européen peut voter de façon à protéger l'un des habitats les plus précieux au monde.

Les lobbies de la pêche, notamment français, tentent de saboter le projet d'interdiction des méthodes de pêche les plus destructrices dans l'Atlantique Nord-Est et les députés européens ont besoin de l'appui de l'opinion publique pour leur barrer le passage. Et s'il y avait une union internationale pour assurer que l‘écosystème fragile des profondeurs obtienne l’aide dont il a besoin ? 

À la veille du vote au Parlement européen sur le chalutage en eaux profondes, la bataille fait rage entre les défenseurs de la pêche hauturière et les ONG environnementalistes qui militent depuis des années pour la conservation des océans profonds. Demain, mardi 10 décembre, les députés européens peuvent voter l’interdiction des méthodes de pêche les plus destructrices dans l'Atlantique Nord-Est.

Les océans profonds forment le plus grand habitat de la planète. Ils regorgent de toutes sortes de formes de vie uniques, y compris des éponges anciennes et des coraux multimillénaires. Mais les chalutiers profonds les détruisent en traînant des filets géants et lestés, fixés à des câbles et des panneaux d'acier de plus de deux tonnes chacun. Tout cela pour capturer un petit nombre de poissons à faible valeur commerciale. Cela équivaut à abattre une forêt pour attraper quelques écureuils... 

À partir des années 1990, l’épuisement des stocks halieutiques du plateau continental, conséquence de la surpêche, a poussé les professionnels à aller toujours plus loin, à pêcher toujours plus profond. Avec les conséquences dramatiques que l’on sait : destruction d’écosystèmes fragiles (coraux, éponges géantes, etc.), prélèvements massifs d’espèces éminemment vulnérables car leur croissance est lente et leur taux de fécondité faible, absence de sélectivité des prises, etc. 

Plus de 300 scientifiques se sont unis pour dire STOP à cette destruction aveugle et coûteuse, qui est subventionnée par l'argent des contribuables. Mais les entreprises de pêche ont gagné des appuis politiques pour s'opposer à ces mesures bénéfiques pour tous. Certains députés disent que nous pourrions perdre cette bataille s'ils ne sont pas mandatés publiquement pour s’opposer aux lobbies.

Pouvons-nous leur donner ce dont ils ont besoin avant ce vote historique ? Pouvons-nous nous élever pour assurer la protection de l'un des plus incroyables environnements océaniques du monde ?

Une pétition a été lancée sur le nouveau Site de Pétitions Citoyennes d’Avaaz. 

A propos d'Avaaz.org

Les Pétitions citoyennes d’Avaaz renforcent les moyens de l’action de la société civile à travers des outils online qui aident à construire le monde que nous voulons. Il s’agit d’une nouvelle plateforme web qui donne aux personnes du monde entier le pouvoir de lancer et gagner des campagnes aux niveaux local, national et international.

Le Site de Pétitions citoyennes est mis à disposition de tous par Avaaz, le plus grand mouvement cyberactiviste au monde, qui vise à ce que les politiques portées par les citoyens deviennent une prise de décision. Chaque semaine, des millions de personnes du monde entier agissent avec Avaaz sur des questions urgentes, de la corruption à la pauvreté en passant par les conflits et le changement climatique. www.avaaz.org

Photo ©2002 MBARI

 - Lire Article Que choisir.com 
- Lire Article sur Pénélope Bagieu sur terrafemina.com

Nelson Mandela : ce "Long chemin vers la liberté"

Par où commencer pour rendre hommage à un tel homme ?! Une vie exceptionnelle consacrée à l'affirmation de la dignité de l'homme, à sauver de l'impasse son pays enfermé pendant quarante ans dans l'apartheid,... : un homme devenu un mythe. Un mythe en totale cohérence entre l'homme incarcéré et l'homme engagé redevenu libre. L'incarnation d'une idée : l'égalité se gagne et ne se donne pas. Une "pépite" comme le distingue Nicolas Hulot, parmi ses adorateurs universels.

Etre brève, car des millions d'hommages vont résonner (raisonner ?) à travers le monde entier. Nelson Mandela est né libre ; libre de courir, de  nager, de monter sur le dos des boeufs,... tant qu'il obéissait à son père et respectait les coutumes de sa tribu. Puis ses illusions sombrent en découvrant à Johannesburg, plus tard, qu'il ne pouvait pas choisir les libertés fondamentales et honorables de réaliser ses possibilités, de gagner sa vie, de fonder une famille,"la liberté de ne pas être entravé dans une vie injuste".

Cette liberté réduite ne concernait pas que lui. Alors, il rejoint le Congrès national africain et sa faim de liberté personnelle est devenue faim de liberté pour son peuple. 
Madiba préfère la réconciliation à la vendetta. Il apprend l'histoire des Afrikaners, leur langue, entend leurs revendications. En s'affirmant hostile à "la domination aussi bien blanche que noire" et en décrétant que l'Afrikaner est un Africain au même titre qu'un Noir, il se distingue de l'africanisme, en vogue à l'époque. Ses négociations avec Pieter Botha, considéré comme le fer de lance du régime ségrégationniste, sans le consentement et à l'insu de l'ANC en témoignent. Un humanisme doublé d'un pragmatisme politique auquel le microcosme carcéral l'aura exercé pendant ses 27 ans d'emprisonnement.
Condamné à la perpétuité en 1964, il est libéré par Frederik De Klerk en 1990. Tous deux recevront le prix Nobel de la paix en 1993.

Un géant parmi les Grands Hommes, d'une éternelle lucidité dans ce regard empli d'amour, de détermination calme : une incarnation du meilleur de la politique, dans le sens le plus noble du terme : "Je suis prêt à mourir pour mon peuple". Rappelons qu'à une certaine époque, il était considéré comme terroriste ; aucun Etat ne le recevait...

Ses propres mots : 

"C'est ce désir de liberté pour que mon peuple vive sa vie dans la dignité et la fierté qui a transformé un jeune homme effrayé en quelqu'un d'audacieux, qui a conduit cet avocat respectueux des lois à devenir un criminel, qui a transformé un mari aimant sa famille en errant, qui a obligé un homme amoureux de la vie à vivre en moine. Je n'ai pas plus de vertu ni d'abnégation qu'un autre, mais j'ai découvert que je ne pouvais pas profiter des pauvres libertés limitées qu'on m'autorisait, alors que je savais que mon peuple n'était pas libre. La liberté est indivisible ; les chaînes que portait un de mes compatriotes, tous les portaient, les chaînes que tous portaient, je les portais". (©Long walk to freedom - 1995)

"Aucun de nous, en agissant seul, ne peut atteindre le succès".

 

Le cerveau : prochaine télécommande universelle ?

Je vous suggère vivement la lecture de cet édito de René Trégouet, à travers sa newsletter rtflash.

En tant que prospectiviste, je vous invite de plus en plus à penser intelligence computationnel, cerveau ultra plastique. De comprendre que notre siècle est neuronale, que nous vivons une crise de croissance humaine avec une ré-évolution de l’homme. Nous sommes donc face à un enjeu clé : devenir enfin responsable de l’avenir de l’homme : que voulons-nous, jusqu’où ? etc.

L’article complet ici

Voici la fin de l’article que je retiens.

L’ensemble de ces recherches et de ces avancées scientifiques montre que la « télécommande cérébrale » est à présent devenue un enjeu technologique et industriel majeur et sera sans doute une réalité avant la fin de cette décennie.

Plus largement, les interfaces et systèmes homme-machine directement pilotés par la pensée ont également profité des progrès récents de la neuronique. Il y a deux mois, des chercheurs de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich ont par exemple annoncé qu’ils avaient mis au point une puce informatique capable d’imiter le cerveau humain et de reproduire certaines de ses capacités cognitives.

Cette « puce neuromorphique » a été développée dans le cadre du grand projet européen « Human Brain », qui vise à s’approcher du fonctionnement réel du cerveau humain de manière à franchir une nouvelle étape vers l’intelligence artificielle.

Comme le souligne Giacomo Indiveri, l’un des chercheurs dirigeant ces recherches, « Nous savions déjà comment configurer un système électronique pour le faire réagir en fonction de son environnement, mais nous ne savions pas comment ce même mécanisme fonctionnait dans un cerveau humain ».

Ce nouveau type de composant électronique pourrait donc faire d’une pierre deux coups : d’une part, il devrait permettre de concevoir des androïdes beaucoup plus autonomes et capables de prendre des décisions pertinentes lorsqu’ils doivent faire face à des situations nouvelles.

Mais d’autre part, ces neuropuces devraient également accélérer la mise au point d’interfaces et de commandes cerveau-machine et permettre aux ordinateurs de devenir beaucoup plus intelligents en reproduisant et en utilisant certains processus cognitifs spécifiquement humains (Voir article University of Zurich).

Ces avancées théoriques et technologiques vont évidemment avoir des conséquences considérables sur le plan médical et social en permettant à des centaines de millions de personnes dans le monde, dont l’autonomie a été très altérée par la maladie, l’âge ou un accident, de retrouver un confort et une qualité de vie sinon normaux, du moins bien supérieurs à tout ce qu’on aurait pu imaginer il y a encore quelques années. Cette « autonomie augmentée » passera par de multiples outils et combinaisons technologiques : exosquelettes, neuroprothèses, membres robotisés, pilotage cérébral de robots autonomes…

Mais les conséquences éthiques et philosophiques de ces vertigineuses avancées scientifiques ne seront pas moins importantes. En effet, avec le développement et la généralisation, dans un futur pas si lointain, de ces dispositifs de commande cérébrale et de ces systèmes bioniques et neuroniques, des frontières ontologiques et conceptuelles longtemps considérées comme intangibles vont s’estomper : la séparation entre le naturel et l’artificiel, l’esprit et la matière, l’animé et l’inanimé va devoir être repensée !

Quant à notre intelligence, notre perception du monde et notre capacité d’action sur notre environnement, elles vont profondément se transformer et devenir intrinsèquement collectives, collaboratives et interactives. À côté des individus apparaîtront des milliards d’entités intelligentes et cognitives protéiformes, associant de manière irréversible hommes et machines, pour le meilleur et pour le pire…

Il nous appartiendra, face à cette prodigieuse évolution technologique, de veiller à ce que nous ne perdions pas notre âme, ni notre humanité en entrant dans cette nouvelle ère, porteuse d’immenses promesses mais aussi d’immenses interrogations.

© Senateur René Trégouet

Maryline Passini , Fondatrice et directrice de l'agence Proâme

Le Feuilleton de la mutation / Une néo-RenaiSens - Les similitudes avec notre époque

UP' vous propose chaque semaine de partir à la découverte d'un ouvrage dans la lignée d'UP'Spirit, c'est-à-dire l'optimisme envers et contre tout, et la mise en lumière d'initiatives innovantes et d'entrepreneurs qui osent. Sous forme de feuilleton, nous vous offrons pour inaugurer cet ancrage éditorial les meilleurs extraits d'un des derniers livres de Christine Marsan, "Entrer dans un monde de coopération - Une néo-RenaiSens", en avant-première. 

Peinture de Giuseppe Arcimboldo


 RenaiSens : Les similitudes avec notre époque

"Et si derrière le tohu-bohu général fermentait en réalité une Renaissance mondiale ?" Patrice Van Eersel

Tout comme la majorité du peuple de la Renaissance ne devait guère avec conscience du mouvement fabuleux dans lequel elle était prise, nous postulons qu’aujourd’hui, nous vivons une époque analogue. Les frémissements et les effervescences sont multiples et il nous est difficile d’avoir une vision globale, panoramique, voire prospective de ce que nous expérimentons.
Seuls quelques humanistes, explorateurs et autres philosophes, artistes, inventeurs furent les ardents contributeurs de cette métamorphose, sans pour autant saisir l’ampleur de la mutation à laquelle ils participaient.

Pourtant, la Renaissance, au-delà de son étymologie initiale de rinascita, donna lieu surtout à un « bouleversement général qu’allaient provoquer l’invention de l’imprimerie, la découverte de l’Amérique ou, bientôt, la révolution cosmologique de Copernic [...]Tout cela se produit comme il y a cinq cent ans, dans le fracas et la tourmente d’un accouchement parfois monstrueux. »(1)

Pour Edgar Morin : « Nous participons au plus grand des récits imaginables » et pour Michel Serres : « Nous traversons la plus importante mutation depuis la Préhistoire », nous vivons une véritable métamorphose de notre civilisation comme de notre humanité.

Aujourd’hui, nous avons le recul de l’Histoire et nous pouvons mesurer comment chaque bond en avant de notre conscience a souvent été accompagné d’atroces violences. Chaque siècle s’est avéré plus barbare que le précédent, le XXe siècle ayant démontré le paroxysme de notre intelligence au service de la destruction de l’être humain. Alors tout comme l’esprit de Renaissance, nous sommes invités au doute (2), au questionnement, à la réflexion, afin de tirer les leçons de nos égarements passés et faire en sorte que nous puissions co-construire le monde en gestation avec lucidité, intelligence, éthique, altruisme et humanisme.
« Même très différents d’eux, nous avons en commun avec les gens du XVIe siècle le fait d’entrer à la fois dans une immense incertitude et dans un élan universaliste, gros d’une nouvelle civilisation [...]. Le moteur principal de la Renaissance a été l’inquiétude, notamment devant la découverte que l’humain était un barbare [...](3). Ne sommes-nous pas atteints de la même paradoxale, et espérons-le, fructueuse “fragilité humaniste” ? »(4).

Les parallèles que nous pouvons effectuer

Aux révolutions majeures de la Renaissance, notons aujourd’hui les similitudes contemporaines.

A l’imprimerie, c’est Internet qui apporte sa révolution avec la rapidité de transmission des données, le mode de diffusion universel, un autre rapport à la propriété (gratuité), et le fait que l’humanité entière est connectée créant à la suite de la mondialisation économique, la mondialisation de la connaissance.

A la découverte de l’Amérique et du nouveau monde, nous avons marché sur la Lune et débuté l’exploration de l’univers, du ciel, d’autres planètes et d’autres galaxies, bouleversant nos rapports à la terre et plus fondamentalement élargissant nos représentations sur le réel, ouvrant la voie à la conscience écologique.

A la révolution copernicienne nous assistons à celle de la physique quantique qui nous invite à l’imprévisible, nous permet d’envisager tous les possibles, de sortir de la pensée binaire et de réaliser la jonction des éléments de la vie, la reliance des savoirs et la transdisciplinarité pour comprendre la complexité. Pour les humanistes de la Renaissance toutes les connaissances sont liées entre elles. « Une bonne formation – et un travail considérable – doivent permettre de les assimiler toutes. » (5). Ils ont une approche encyclopédique qui rejoint la quête transdisciplinaire actuelle visant à relier à nouveau les disciplines entre elles, comme l’a tenté Edgar Morin avec La Méthode, afin d’avoir une vision la plus complète possible de notre humanité. Sans vision globale, aujourd’hui évidemment imparfaite et non exhaustive, nous ne pouvons saisir la complexité du monde et ses enjeux et encore moins avoir une influence significative et juste sur notre humanité. Ce qui nous conduit alors à travailler en équipes pluridisciplinaires afin d’associer connaissances et savoirs pour en faire émerger de nouveaux.

La Renaissance fut une époque de mouvements et de découvertes, développant le nomadisme par les voyages surtout et quelques migrations. Notre époque a trouvé elle aussi de nouvelles formes au nomadisme, d’une part, grâce aux technologies nomades, et également avec les migrations et mobilités massives effets de la mondialisation, aussi bien choisies que subies (6) .
Aux grandes découvertes physiques de la Renaissance, le XXeme siècle a voulu explorer les étoiles et le XXIeme, ramené de force au périmètre de la Terre (7), s’est créé un nouveau continent : Internet, d’ailleurs surnommé le 6eme continent. L’exploration est désormais virtuelle, au travers des réseaux et notamment avec une grande soif de connaissances, de découvrir le monde tel qu’il est aujourd’hui, de comprendre les mutations et de co-construire le monde en devenir. Et d’ailleurs, l’engouement pour les utopies repart de plus belle, nombreux sont ceux qui voient dans les défis actuels à relever l’opportunité de manifester des eutopies (8), des nouveaux mondes alternatifs à rendre opératifs.

« A la Renaissance, La république des Lettres [...] est devenue une réalité qui transcende les frontières des Etats : hommes et textes circulent en son sein au service de la progression des savoirs. Ses membres la perçoivent comme une société idéale, sans cadre juridique, une communauté savante conçue et vécue sur le modèle d’une cité antique, indissociable [...] (9). » Ainsi, elle invente les réseaux qui préfigurent le mode relationnel actuel, largement amplifié par les réseaux sociaux. La Renaissance pensait déjà l’Europe – George Podiébrad (1420-1471), roi de Bohème, fut le premier à rédiger en 1463 un projet d’union européenne – et de gouvernement mondial, résonance avec les préoccupations des prospectivistes et politologues contemporains. Il est « impossible de créer de la connaissance en fonctionnant en pyramide. » (10).

Nous voyons bien comment les savoirs se construisent aujourd’hui sous nos yeux, ils se co-élaborent mondialement et manifestent l’intelligence collective des êtres humains qui sont capables de mutualiser, anonymement, de la connaissance par le crowd sourcing. La révolution de la reliance, du fonctionnement en réseau est en marche, basée sur le partage, la gratuité et le don.

Au schisme religieux fait écho le choc des civilisations et les affrontements entre communautés religieuses, même si les récentes révolutions arabes laissent entrevoir qu’un basculement fondamental s’opère et que la majorité des citoyens préfère la démocratie à l’intégrisme. « Vingt ans plus tôt, ces générations arabes, [...] semblaient n’avoir comme seul exutoire que l’intégrisme islamique. » (11). Et voilà qu’en 2011 : « Tout a déjà été tenté et a échoué, alors quelque chose de fondamentalement nouveau doit être osé. Les réseaux sociaux sont l’instrument majeur de cette mobilisation, mais l’énergie de la contestation est la colère, et la jeunesse en porte la flamme [...]. Le texte (exigences du peuple égyptien) est le fruit d’une rédaction collective, à laquelle ont participé toutes les composantes de la coalition [...] appelant à la poursuite de « cette révolution pacifique » (et démocratique) jusqu’à la victoire. » (12)

Ensuite, l’humanisme se retrouve aujourd’hui dans la construction de soi. A la suite des excès de l’individualisme et du consumérisme, s’est développée une conscience de soi qui entraîne des millions de gens au travers de l’Occident, depuis les Années 1960 pour quelques-uns et de manière bien plus massive depuis les années 1980, à entreprendre un travail personnel, de la thérapie au développement personnel ou spirituel. Nombreux sont les individus en quête d’eux-mêmes, cherchant, comme l’invitait Erasme, à devenir des êtres humains, sortis des conditionnements et des limitations en tout genre. L’individuation théorisée par Jung (13), puis Simondon, est une invitation à l’autonomie et à la liberté.
A l’Homme nouveau, les transhumains et Créatifs Culturels préfigurent une mutation significative de l’être humain qui devra sans doute choisir entre transhumanisme (14) et évolution de l’Homme par ses seules capacités (du type Mindfulness). Nous parlons d’humanité 3.0 sur laquelle nous reviendrons en fin de troisième partie. La science et la spiritualité s’engagent dans un bras de fer sur les moyens pertinents les plus adéquats pour faire effectuer un saut quantique à l’humanité.

Enfin, la Renaissance fut l’émergence du projet radical de la liberté individuelle, poursuivi par les révolutions : indépendance des Etats-Unis et Révolution française, avènement de la démocratie et de la République, déclaration des droits de l’homme et du citoyen.
Aujourd’hui, le défi en Occident est de revivifier notre démocratie en danger tandis que ses principes essaiment dans de nouvelles parties du monde.


(1) Van Eersel P., « Vivons-nous une nouvelle Renaissance ? » Nouvelles Clés, N°71, juin-Juillet 2011.
(2) Patrice Van Eersel nous rappelle que : Contrairement à l’idée que nous nous en faisons généralement, l’esprit de la Renaissance fut imprégné de doute. « Vivons-nous une nouvelle Renaissance ? » Ibid.
(3) Tandis qu’à l’époque nous supposions l’Autre comme étant barbare, car inconnu, depuis la XXe siècle l’évidence apparaît que le barbare c’est nous. Delpech T., L’ensauvagement. Le retour de la barbarie au XXIe siècle, Grasset et Fesquelle, Paris, 2005.
(4) Patrick Boucheron, cité par Patrice Van Eersel, op.cit.
(5) Ibid.
(6) Voir à ce sujet Attali J., L’homme nomade, Fayard, 2003.
(7) nécessité d’allouer les budgets d’Etat à autre chose qu’à la conquête spatiale
(8) Néologisme de l’auteur pour mettre l’accent sur l’acception de l’utopie qui n’est pas “irréaliste et chimérique” mais potentiellement atteignable et souhaitée comme un futur possible. Voir le dévelppement dans L’imaginaire du 11 septembre, op.cit.
(9) Hamon P., op.cit.
(10) Luyckx Ghisi M., op.cit.
(11) Patrice Van Eersel, op.cit.
(12) Filiu J-P., La révolution arabe. Dix leçons sur le soulèvement démocratique, Fayard, 2011.
(13) L'individuation pour Jung est le processus de création et de distinction de l'individu. Dans le contexte de la psychologie analytique il se rapporte à la réalisation du Soi par la prise en compte progressive des éléments contradictoires et conflictuels qui forment la « totalité » psychique, consciente et inconsciente, du sujet. Vers la fin de sa vie, Carl Gustav Jung le définit ainsi : « J'emploie l'expression d'individuation pour désigner le processus par lequel un être devient un individu psychologique, c'est-à-dire une unité autonome et indivisible, une totalité. » Jung, C.G., Ma Vie, Folio, Gallimard, 1991. http://fr.wikipedia.org/wiki/Individuation_(psychologie_analytique), consulté le 17 août 2011.
L’individuation selon Simondon est résumée de la manière suivante par Henri Van Lier : Le devenir n’est plus un accident qui arrive à l’individu, c’est son essence, à savoir l’individuation. Le sens (ce qui fait sens) est ce mouvement et cette tension où rien n’est stable, ni instable, mais métastable, chaque unification transitoire étant grosse de ses potentialités antérieures et de ses potentialités postérieures, entre lesquelles une perception-motricité insiste un instant comme un au-milieu, un entre-deux. http://henrivanlier.com/anthropogenie_locale/ontologie/simondon.pdf
(14) Attention le transhumanisme n’est pas ce dont parle Jacques Attali lorsqu’il évoque les transhumains. « Le transhumanisme est un mouvement culturel et intellectuel international prônant l'usage des sciences et des techniques afin d'améliorer les caractéristiques physiques et mentales des êtres humains. Le transhumanisme considère certains aspects de la condition humaine tels que le handicap, la souffrance, la maladie, le vieillissement ou la mort subie comme inutiles et indésirables. Dans cette optique, les penseurs transhumanistes comptent sur les biotechnologies et sur d'autres techniques émergentes. » Le projet transhumaniste recherche une longévité accrue et l’augmentation sans restriction de nos capacités mentales. Le risque d’eugénisme est ravivé. Pour plus de détails voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Transhumanisme, consulté le 19 août 2011. Voir aussi Humanity + : http://humanityplus.org/ . Ou encore Kurzweil R., Serons-nous imortels? Oméga 3, nanotechnologies, clonage…, Dunod, 2006.

Christine Marsan, Psycho-sociologue - ©"Entrer dans un monde de coopération. Une néo-RenaiSens" - Editions Chronique Sociale, 2013.
Rédactrice Innovations sociales UP' Magazine

Le Forum des artisans du changement

Le Forum des Artisans du Changement est le plus grand rassemblement des personnes qui se posent des questions et des actions pour créer une meilleure société. Du 8 au 10 novembre à Québec.

Renouvelant sa formule à succès pour la troisième année, l’événement se tiendra cette fois-ci dans la ville de Québec. 
Le premier Forum des Artisans du Changement, qui a eu lieu en novembre 2011 à Montréal, a eu un très vaste succès (plus de 200 participants, alors que n'en étaient attendus que 70!) Le besoin social était donc là et il était indispensable de poursuivre sur cette lancée et d’élargir le mouvement. Pour répondre à leur mission, ils ont décidé de commencer à voyager à travers le Québec. C’est pourquoi le second Forum s’est tenu à Val-Morin, en août 2012, et que cette troisième édition se tient à Québec.

Alimentation, économie, éducation, culture, habitation, nature, santé, technologies… Venez vivre des rencontres inoubliables, avec des personnes allumées d’horizons variés. C’est l’occasion de vous outiller pour amplifier votre propre impact. C’est aussi une occasion de partager votre savoir-faire, pour polliniser toute la société.

Qui sont les artisans du changement ?

Les artisans du changement c’est toutes sortes de monde – des femmes, des hommes, des jeunes, des moins jeunes, qui ont simplement décidé un jour de se lever, de se retrousser les manches, pis de dire “je vais faire quelque chose – pour mon quartier, ou ma ville, ou mon milieu de travail, ou ma planète. pour les rendre plus fonctionnels. ou plus propres, ou plus humains, ou plus vivants”. En posant des actions concrètes qui transforment notre façon d’apprendre, de manger, de consommer, de travailler…

On devient artisan du changement parce qu’il va ben falloir que quelqu’un fasse quelque chose, mais on le devient surtout parce qu’à quelque part on en a vraiment envie. Les artisans c’est des gens qui osent, pis qui des fois se font dire “mais tu peux pas faire ça de même!?”, pis qui répondent “check-moi ben”. Parce qu’un nouveau monde ça se construit pas juste sur des vieilles idées. Ça prend de l’imagination, et ça prend des gens qui la mettent en mouvement.

Les artisans du changement c’est une énergie collective, c’est des gens qui prennent les choses en main parce qu’ils savent qu’un avenir, c’est pas quelque chose qu’on subit: c’est quelque chose qu’on crée.

Rejoignez des centaines de participants selon une formule qui met en valeur votre créativité individuelle et notre intelligence collective!
Le principe est simple et collaboratif : chaque participant peut contribuer à la programmation !

L’artisan du changement c’est vous, c’est nous en train de prendre les choses en main, en se rassemblant pour se connecter, s’inspirer et s’activer.

Lieu : L'Espace 400e Bell, à Québec

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Les pèlerins du nouveau monde

Depuis quelques années existe un véritable engouement pour le pèlerinage de Compostelle et plus généralement pour les pèlerinages spirituels. Ceux qui les arpentent partant en quête d’eux-mêmes pour se trouver, retrouver du sens et de relier à nouveau au divin, quel que soit son nom, la religion, la confession. L’essentiel est de se mettre en marche vers soi et se découvrir, ou se redécouvrir et de faire émerger un sens à sa vie.

Depuis une dizaine d’années environ apparaît un nouveau type de marche que l’on pourrait apparenter au pèlerinage, il s’agit de parcourir le monde une partie ou un morceau de la France, de préférence à pied, voire en vélo ou en bateau, dans des conditions assez spartiates afin de défendre une cause sociétale, écologique ou humanitaire. Le mouvement s’est intensifié à la suite de l’ouvrage "80 hommes pour changer le monde"  (1).

A quels besoins cela répond-il ?

A celui de se donner soi-même pour faire émerger du sens, de se mettre à l’épreuve (regain du sacrifice chrétien) pour l’offrir aux autres (caritas), l’envie de cheminer pour retrouver la lenteur, communier avec les rythmes naturels, rencontrer véritablement les personnes, recréer du lien, tisser des communautés de valeurs, expérimenter une sobriété heureuse qui permet de couper de la société de consommation pour faire rupture, sensibiliser les médias pour rendre visibles les causes sur lesquelles se mobiliser.

Plus que jamais les changements sont portés par les citoyens, les stars prennent des cachets trop onéreux pour défendre les causes, les médias les relaient selon leur bon vouloir et si cela permet de réaliser des scoops rentables, et en attendant les problèmes du terrain sont légions. Alors les citoyens remontent leurs manches pour les régler eux-mêmes, l’Etat faisant de moins en moins souvent son office, trop enfermé dans les jeux politiciens et pris par les pressions des lobbies. Ils utilisent les réseaux sociaux aussi bien pour partager les informations, que pour se mobiliser ou se co-financer, le tout, de plus en plus hors des institutions. Traditionnelles.

Une nouvelle exploration du « sens »

Ces marches et périples ravivent aussi la polysémie du mot « sens ».
Il est d’abord question de sensorialité puisque le pèlerin sociétal enfourche le vélo ou enfile des chaussures de marche pour parcourir des dizaines, voire des centaines lorsque ce ne sont pas des milliers de kilomètres, quel que soit le pays et le moyen de locomotion, mettant son corps à rude épreuve. Ce qui est une autre manière se sentir à nouveau vivant, vibrant, en communion avec son corps et la nature environnante ; un moyen de faire à nouveau partie de la nature, après avoir voulu la dompter et de ce fait s’en être coupé quasiment complètement dans les villes.

Après la sensorialité, voire la sensualité et le retour à l’écoute de son corps, c’est de signification dont il s’agit.
Nous venons d’en parler dans le paragraphe précédent, il est question avec ces « tours du monde ou de France » de poser des actions qui font sens pour soi et les autres et d’amener des collectifs à se mobiliser pour des causes sociétales, la société de consommation n’apporte plus pour beaucoup de réponses lorsque l’aspiration de réalisation de soi est trop forte.
L’engagement par l’exemple fait alors recette et crée mobilisations et vocations.

Enfin, réaliser un pèlerinage sociétal conduit à rechercher puis à trouver ce qui est essentiel, ce qui fait sens pour soi. C’est le retour de la dimension spirituelle. La quête de transcendance, ces pèlerins sociétaux accèdent à une dimension qui les dépasse pour offrir le meilleur d’eux-mêmes à autrui, à des causes qui rétablissent des équilibres rompus par notre société libérale dérégulée.

Un nouveau business-modèle à suivre

Ainsi, le business-modèle du pèlerin sociétal est le suivant : recherche de co-financement pour débuter, solidarité sur le chemin, partage des hébergements grâce aux informations sur les réseaux sociaux, mise à l’épreuve, rencontres, réalisation de l’objectif, médiatisation tout au long du chemin et obtention d’une visibilité accrue pur favoriser les financements, un livre et/ou un film pouvant clore le processus pour rendre davantage visible l’engagement.
Le pèlerin sociétal réalise alors un story-telling engagé, militant utilisant sa notoriété (parfois naissante et grandissante par les réseaux sociaux), comme son besoin narcissique de reconnaissance au service d’une cause sociétale.

Quelques exemples

Voici quelques exemples inspirants.
A vingt ans, Amandine Roche est partie sur les traces d’Ella Maillart qui la fascinait. Elle a voulu refaire l’expédition de cette femme suisse au travers de l’Asie Centrale. Elle a parcouru 6000 kilomètres traversant une multitude de pays de la France, en passant par l’Asie centrale, pour finir en Sibérie. Elle voulait apprécier si 70 ans après les choses avaient changé ; elle rencontra des peuples, découvrit la spiritualité et fit éclore qui elle est devenue. Elle rédigea un ouvrage magnifique Nomade sur la voie d’Ella Maillart (Arthaud- Payot) dans lequel elle a relaté son aventure extraordinaire (2) . Depuis, elle a voué sa carrière à l’humanitaire et enchaîne les missions comme observateur pour l’Onu, elle est engagée pour la paix et a créé une fondation pour apprendre la méditation aux Afghans et notamment aux soldats…

Aurélie Derreumaux et Laurent Granier ont entrepris un tour de France en 2011/12 pour réaliser plusieurs objectifs : 6000 kilomètres pour rencontrer les populations frontalières et participer à la découverte du patrimoine naturel de mer et de montagne, et aussi offrir cette marche à Handicap International en vendant chaque kilomètre au profit de l’ONG. Cette marche a aussi été l’occasion de permettre d’autres personnes de les rejoindre et de cheminer à leurs côtés, partageant une multitudes d’expériences, au travers de pas posés en parallèle les uns des autres.

Aurélie et Laurent ont fait un ouvrage et un film de leur aventure humaine, individuelle et de couple mise au service de plusieurs causes sociétales (3). 6000 km à la rencontre des populations frontalières et d'un patrimoine mers et
Frédéric Bosqué, après avoir créé Alternatives humanistes (4) ayant pour objectif de redonner l’autonomie financière aux acteurs économiques locaux, il s’est impliqué dans les monnaies alternatives et a contribué à la mise en circulation du Sol Violette à Toulouse (5). Depuis, il s’est engagé pour le Revenu minimum d’existence. De manière à mobiliser les personnes et les consciences, Frédéric a entrepris un tour de France de 4000 kilomètres sur son vélo électrique dans lequel il s’est mis à l’épreuve, a rencontré des dizaines de personnes qui l’ont hébergé avec lesquelles il a échangé, ce qui lui a permis d’accroitre la visibilité du concept pour faciliter sa mise en œuvre et sa généralisation. Il a permis à ses lecteurs de suivre son cheminement grâce à son journal Face Book (6), des articles de presse et une radio qui racontait presque quotidiennement son périple.
Ces voyageurs courageux, aventuriers de nouveaux mondes, assoiffés de vie, quêteurs de sens et d’horizons dégagés, pionniers d’alternatives ressourçantes ouvrent des territoires inexplorés et nous font rêver. Peut-être vous-ils ont inspiré ?
Alors, à présent, à qui le tour ?

Christine Marsan, Psycho-sociologue - 23 octobre 2013

(1) http://www.amazon.fr/hommes-pour-changer-monde Entreprendre/dp/2709627140
(2) http://www.taklamakan.net http://www.amandineroche.com/exploration.html
(3) http://tourdefranceapied.com
(4)http://www.alternativeshumanistes.info/WD170AWP/WD170Awp.exe/CONNECT/ALTERNATIVESHUMANISTES
(5) http://www.frituremag.info/Actualites/Sol-Violette-redonner-du-pouvoir-a.html
(6) https://www.facebook.com/frederic.bosque?fref=ts

Le Feuilleton de la mutation / Une décade qui a changé le monde

UP' vous propose chaque semaine de partir à la découverte d'un ouvrage dans la lignée d'UP'Spirit , c'est-à-dire l'optimisme envers et contre tout, et la mise en lumière d'initiatives innovantes et d'entrepreneurs qui osent. Sous forme de feuilleton, nous vous offrons pour inaugurer cet ancrage éditorial les meilleurs extraits d'un des derniers livres de Christine Marsan, "Entrer dans un monde de coopération - Une néo-RenaiSens", en avant-première. Premier chapitre.


"L’homme n’est pas devenu humain en rompant avec l’animal, et il accroît considérablement son humanitude en faisant la paix avec lui. L’animal doit d’abord être considéré comme un invité dans la maison de l’homme."  Dominique Lestel

Il y a dix ans , nous avions écrit un ouvrage (1) : L’imaginaire du 11 septembre. Des cendres émerge un nouveau monde. L’objectif était de démontrer que des événements tels que la chute du Mur de Berlin, le 9 novembre 1989, suivi par la chute des Twin Towers, le 11 septembre 2001, sont des moments fondateurs pour comprendre les racines de notre monde en plein bouleversement.

La chute du mur n’a pas fait que réunifier Berlin et l’Allemagne ; elle a aussi marqué la fin du communisme laissant se développer l’idéologie capitaliste. Goulags et aparatchiks ont dévoyé les intentions initiales et l’esprit de communauté n’a pas résisté à l’avidité de quelques-uns. A la suite, cela a laissé un trou béant dans la pensée, dans les aspirations de nombreux citoyens n’ayant plus d’idéal auquel aspirer. Depuis, seul le capitalisme régne en maître qui à son tour s’est dévoyé en libéralisme dérégulé.

Le 11 septembre 2001 a sonné le glas d’un libéralisme débridé. Les symboles de la spéculation ayant été touchés, Ground Zero constituait alors la nouvelle béance annonçant pour quelques années désarroi et crises en chaîne.

"Nous avons même affaire, avec les attentats de New York et du World Trade Center, à l’événement absolu, la « mère » des événements, à l’événement pur qui concentre en lui tous les événements qui n’ont jamais eu lieu."  Jean Baudrillard

Evidemment, entre l’événement lui-même et le délitement du modèle qu’il représente, il faut un certain temps pour comprendre ce qui se passe et identifier des clés de lecture qui soient opératives. Environ une décade pour que les modifications significatives soient visibles et qu’elles puissent être interprétées. La vitalité d’une néo-RenaiSens est donc la suite de l’ouvrage sur L’imaginaire du 11 septembre, il vise à apprécier le chemin parcouru afin d’envisager l’avenir avec une plus grande variété de possibles.

Le choix d’une analyse symbolique

"Cette mise en commun d’une souffrance évoque quelque chose comme la constitution d’une nouvelle communauté des humains dont les liens seraient à la fois biologiques et symboliques."
Jean-Claude Guillebaud

Dans L’imaginaire du 11 septembre, nous avions pris le parti de ne pas nous focaliser sur l’actualité mais de réaliser une réflexion symbolique sur ces événements mettant en lumière les archétypes présents afin de rendre compte en quoi ils venaient revivifier notre imaginaire pour nous permettre de concevoir autre chose : encourager l’émergence d’un monde en gestation. « L’expression symbolique traduit l’effort de l’homme pour déchiffrer et maîtriser un destin qui lui échappe à travers les obscurités qui l’entourent.(2) » Ce choix du symbolique c’était aussi l’occasion de prendre du recul face à l’actualité.

Dans le présent ouvrage nous continuons ce périple utilisant la référence au symbole comme distanciation d’avec l’objet d’étude. Nous retrouvons alors la possibilité d’exercer notre libre-arbitre. Car notre conscience nous permet, soit de décider de rester englués par les vicissitudes de la vie, soit de prendre la distance salutaire engageant réflexion, décision puis action libres.
Enfin s’intéresser au symbolique c’est identifier les racines de notre imaginaire qui façonne notre pensée, nos valeurs, nos représentations et conditionne ensuite nos engagements et nos actions.

Le retour du sacré

Une autre raison nous a conduit à faire l’examen du 11 septembre à l’aune des symboles et des archétypes. Il nous semblait essentiel de rendre visible la matérialisation de la quête de sens, celui-là même qui permet de construire des visions fédératrices. En effet, ce qui caractérise le monde moderne est un désintérêt du sacré. A la suite du “Dieu est mort” nietzschéen, ce fut au tour du sujet d’être crucifié.

Les deux guerres mondiales du XXe siècle, la boucherie des tranchées de la Première et les exterminations délibérées d’une partie de l’humanité durant la Seconde ont remis en cause le statut même d’être conscient de l’Homme. En quoi peut-il encore être sujet après avoir détruit ou laissé exterminer des millions d’êtres humains dans des chambres à gaz, trois génocides ou à la suite de la chute des deux bombes atomiques ?
Depuis, l’Homme erre, perdu, sans repères proprement symboliques. Chacun s’émiettant face à la violence de la réalité brute (3) . Pourtant, l’être humain ne peut se passer de culture et de symboles, à moins de sombrer totalement dans l’animalité. Certes cette dernière est toute proche, toujours au fond de nos déterminismes mais la volonté de développer l’Humanité de l’Homme est plus grande encore. C’est ce qui fait avancer progressivement la conscience de l’être humain au fil des siècles et désormais au fil des décennies.

Evoquer la perte du sacré, c’est également reconnaître sa quête consciente ou non. Quête que l’on retrouve dans le fait d’affubler nombre d’éléments banals du quotidien : un livre, un film, une série télévisée de l’adjectif « culte » … Usage abusif qui fait sens et vient nous dire qu’à défaut d’en suivre un seul, en commun, les cultes de toutes natures fleurissent. Chacun a le sien. Si tout est « culte », peut-être la société crie-t-elle, désespérément, sans être entendue, le besoin d’un « culte » fédérateur, c’est-à-dire retrouver de la transcendance, du culturel, du cultuel et du sacré. En un mot la substance de l’essentiel.
Enfin, la recrudescence de communautés, naissant tous azimuts, se réunissant autour de différentes causes (4) , reflète ce besoin de recréer du lien, de nouvelles normes sociales, des codes, des repères, des identités et des rites. Autant de caractéristiques propres à la constitution du social et du culturel. Une nouvelle forme de religare à prendre en considération.

La puissance des archétypes

Différents indices au sein du corps social confirmaient le retour sur le devant de la scène de l’archétype du diable. Nous avons supposé que sa médiatisation avait sans doute quelque chose à nous faire comprendre qu’il s’agissait de mettre en exergue. En 2001, nous avons pu noter l’emploi de propos moralistes invoquant la lutte du bien contre le mal, ensuite il a été très vite question du diable ; puis des références médiévales mentionnant la « croisade » ou « l’éradication du mal » ; puis, l’utilisation répétée du terme de « retour », que ce soit « retour au Moyen Age », ou « retour au bon vieux temps » ou encore « retour du refoulé » (5) ; et enfin le parallèle entre « fin de l’histoire » et « fin du monde » ravivait en quoi la peur millénariste pouvait jouer un rôle dans ce moment si singulier.
Quels étaient les ingrédients sociaux et symboliques à l’œuvre dans cette répétition historique ? Par ailleurs, au-delà de la fréquence d’utilisation, c’est aussi la rapidité avec laquelle la société s’est emparée de ces termes qui nous ont fait dire qu’ils devaient refléter quelque chose de l’air du temps.

Les enseignements de l’étymologie du diable

Nous proposons une sorte de chronologie dans les noms du diable qui pourrait retracer le périple dans l’imaginaire collectif conscient et inconscient de l’évolution de notre civilisation.

Tout d’abord Satan, l’adversaire contre lequel on se bat, ravive les batailles millénaires, les dualités et les oppositions, les jugements de valeurs et les débats moraux. Puis, vient le diable, séparateur de la symbiose et de la dualité, officiant de la violence, instaurant le chaos, phase d’indifférenciation, brouillonne, grouillante, où tout se mélange, où le dionysiaque et l’orgiaque se repaissent de la confusion et ravive l’Eros sociétal. Ainsi, ce diable de la première heure, « incarné » par toutes ces figures polymorphes, se vautre dans l’humus de nos fantasmes, de nos désirs si longtemps jugulés. Il bouscule violemment l’ordre établi. Il réveille l’énergie de vie primordiale (6) , et dans sa fonction de tiers incite à séparer le bon grain de l’ivraie et prépare le lit de Lucifer (étymologiquement : porteur de lumière).
Sorti des ténèbres, celui-ci nous enjoint explicitement à mobiliser notre conscience, à penser notre humanité, à revisiter les valeurs qui fondent notre société, à prendre de la distance, à la suite du chaos laissé par le diable. Du creux matriciel des possibles, il nous invite à construire un nouveau sens, de nouvelles fondations, il apporte la lumière et fait fonction de guide permettant de conduire l’humanité vers de nouvelles contrées. Et ceci ne pourra se faire sans la contribution du démon (daimon, inspiration créatrice, guide intérieur).

Ce que nous avions observé lors des entretiens menés à la suite des attentats, c’est que la sagesse populaire avait compris qu’il fallait d’abord débuter par un examen de conscience individuel. Réfléchir, prendre le temps de comprendre ces évènements avant de s’engager dans quelque nouvelle action que ce soit. Se sentant impuissants au niveau global, les citoyens se sont repliés sur eux-mêmes et on entrepris localement les actions qu’ils pouvaient mettre en place. Cet appel à l’introspection, puis à la décision d’agir en conscience et finalement de manifester son libre-arbitre reflète bien les influences de Lucifer et du démon (7) .

Ainsi ce qui fut visible et largement médiatisé en 2001 ce fut la facette spectaculaire du diable et de Satan (part d’ombre), pour autant deux autres synonymes de cet archétype, Lucifer et daimon furent bien aussi opérants sinon plus, paradoxalement relégués dans l’ombre, dans l’inconscient et l’invisible, tandis qu’ils sont justement porteurs des lumières du futur. Et une décennie plus tard nous en observons les fruits.

Constante dialectique de l’ombre et de la lumière : occulter une partie de notre réalité comme la portée symbolique des mots ou des évènements laisse préfigurer des “retours du refoulés”, des résurgences de ce qui est tu. Le mineur revient en majeure comme la danse de la vie.

Nous avons continué notre démonstration, cherchant à identifier en quoi ces phénomènes étaient révélateurs d’un changement de paradigme de notre société. 

Différents facteurs étayaient cette affirmation, notamment l’évolution des mythes fondateurs, avec d’un côté la faillite de l’autorité paternelle et la lente décomposition du système pyramidal, patriarcal et hiérarchique de l’autre la résurgence à la fois du féminin et du maternel contemporain des émergences d’organisations matricielles et du fonctionnement en réseau et du retour aux communautés. Un cocktail d’archétypes celui du diable, de la grande Mère, de l’androgyne et des références à des moments de l’Histoire : Moyen Age, XIXe siècle, peuples premiers ont aiguisé notre curiosité et poussé à explorer les liens que ces époques et symboles pouvaient créer comme sens. Nous avons vu les cendres d’un modèle favorisant l’émergence d’un nouveau monde.

A cela, nous observons une montée significative de la violence individuelle et collective dont la virulence et l’intensité laisse supposer que le corps social tente d’exprimer quelque chose qu’il convient de parvenir à décoder. Ceci afin de juguler cette violence dévastatrice et éviter qu’elle ne produise à nouveau une explosion spectaculaire. Un passage par le chaos et les eaux primordiales mythologiques fait advenir le monde d’après. C’est ainsi que nous avions vu dans la violence l’instabilité propre à un changement majeur d’une civilisation et/ou d’une société.

En effet, comment ne pas voir le parallèle avec la théogonie d’Hésiode relatant la mythologie grecque ? Selon Hésiode, au départ existait le dieu Chaos, sans forme, sans fond, une sorte de néant insondable et infini d’où naquit, ex nihilo, Gaïa. C’est alors la Grande Mère, la déesse Terre qui donna vie au monde en créant Ouranos (le dieu ciel). Ceux-ci firent advenir les premiers dieux dans la violence puisque Gaïa se sépara d’Ouranos pour créer le monde, l’espace et le temps grâce au concours de son fils Kronos qui émascula son père. Le monde fut donc créé à partir de la violence primordiale de la castration et de l’inceste (8).

Dans l’imaginaire du 11 septembre nous retrouvons les mêmes séquences, l’apanage du chaos (années 1990, effet des découvertes de la physique quantique entrant dans le monde économique), l’événement du 11 septembre 2001 (violence destructrice, Ground Zero : trouée, béance, creuset) et le retour en force du mythe de la Grande Mère (écologie, environnement, montée des valeurs dites “féminines”), ceci pour faire advenir un nouveau monde que nous qualifions de RenaiSens. Il existe une sorte de prégnance des séquences mythologiques nourrissant l’imaginaire qui libérera ensuite la force nécessaire pour poser de nouvelles actions.

Ce changement fondamental vient questionner la nature même de notre humanité et nous invite à la redéfinir et à identifier ce que nous voulons pour son futur. Et pour cela, il nous faut trouver la vitalité nécessaire à notre RenaiSence, ou bien, sourds et aveugles, nous continuons sur le même mode et nous risquons de disparaître par les excès de folie et d’aveuglement.

"Les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts." Isaac Newton

©Christine Marsan, Psycho-sociologue - "Entrer dans un monde de coopération. Une néo-RenaiSens" - Editions Chronique Sociale, 2013.

 

 

 

 

 

 

 

 

(1) La vitalité d’une néo-renaiSens a été rédigé en 2011 et actualisé en 2012 à l’occasion de la parution début 2013.
(2) Chevalier J., Gheerbrant A., Dictionnaire des symboles, Robert Laffont/Jupiter, 1982.
(3) Distanciation que l’on pourrait retrouver au travers du virtuel. Les médias (Internet, Smartphone, jeu vidéo, réseaux sociaux) seraitent peut-être les nouvelles distanciations d’aujourd’hui, des “médias” qui pourraient révéler des nouvelles propriétés symboliques? Aplatissement de la réalité 2D ou au contraire distanciation 3D? Le débat reste ouvert et nous serons attentifs aux résultats des recherches pour prendre position.
(4) Des communautés se constituent aussi bien autour des loisirs que d’actions humanistes ou caritatives, voire même sportives. C’est leur multiplication qui laisse supposer que le besoin de se réunir redevient puissant et nécessaire
(5) Voir Vocabulaire de la psychanalyse, Laplanche et Pontalis, Quadrige, Puf, 1967. Et aussi Le dictionnaire de la psychanalyse, Elisabeth Roudinesco et Michel Plon, Fayard, 1997. Le retour du refoulé est le retour hors de l'inconscient des contenus psychiques refoulés car inavouables ou inconciliables. Ils peuvent prendre la forme de symptômes psycho-pathologiques, rêves, actes manqués, lapsus, etc. (« Le Refoulement », in Métapsychologie, 1915). http://www.universalis.fr/encyclopedie/retour-du-refoule/

(6) Voyons ces jours-ci le buzz autour de Harlem Shake : danse syncopée mêlant ludique, rythme sacadé et simulations sexuelles rappelant le désir pulsionnel de la vie à se manifester. Cette manifestation “primale”, voire “bestiale” pour certains représente à nouveau l’archétype du diable : choquant, perturbateur et qui vient toujours provoquer l’ordre moral, bourgeois ou religieux. Rappelons que Harlem Shake vient confronter, par la danse et le ludique, une crise politique en Tunisie ou islmamisme et appétit démocratique s’opposent comme deux visions dichotomisées de la réalité. http://next.liberation.fr/musique/2013/02/18/le-harlem-shake-a-deja-fait-plus-de-44-millions-de-victimes_882612 ; http://www.liberation.fr/monde/2013/02/27/le-ton-monte-autour-du-harlem-shake-a-tunis_885080?xtor=EPR-450206
(7) Extrait remanié de L’imaginaire du 11 septembre, op.cit.
(8) Nous voyons l’impact de la mythologie grecque sur la psychanalyse de Freud.

L’âge de la conscience : changer les médias pour changer le monde

L’âge de la conscience : changer les médias pour changer le monde (film de B Bain) – Comment habiter le monde poétiquement (première philosophie de l’économie ?) …

« Le monde doit être romantisé. Romantiser, ce n’est pas autre chose qu’élever à une puissance qualitative supérieure ».
Novalis, un des pères du Romantisme !

“Over the years, no matter where I went, I’d always hear the same question: “Why aren’t there more movies for people like us, people who are interested in mindfulness, healing, green issues, and personal development? We like entertainment, too.”
Barnett Bain, producteur du projet de film Le secret de Milton, lancement crowfunding 24 septembre 2013.

Résumé / conviction 

Pour répondre à l’invitation de Novalis nous pouvons proclamer que nous devons « habiter le monde en poète » selon la formule du poète Hölderlin et « élever les choses à une qualité supérieure »

Ce sont à mon sens les bases de construction pour une vraie Philosophie de l’économie. Il ne s’agit pas de tout changer mais de réajuster l’économie vers plus de qualité et de réinjecter du sens dans toutes ses actions et productions. L’enseignement fructueux de toutes les initiatives citées est simple. Intellect et sensible ne s’opposent pas et sont indissociables. Nous faisons Un avec la nature, le cosmos. Les richesses et les sagesses ne sont pas incompatibles. Les biens matériels ne sont pas nos seules richesses et ne contiennent pas tout le patrimoine de l’Humanité.

Plutôt que d’opposer la culture, l’intelligence et la spiritualité d’un côté, l’économie et la technique de l’autre, peut-être devrions-nous prendre conscience que les dimensions matérielles et spirituelles sont très intimement liées, tellement liées qu’il n’existe probablement qu’une seule réalité interdépendante que nos découpages conceptuels divisent artificiellement. Dès lors, il apparaît plus fructueux en économie d’essayer de réunir les bonnes composantes de la morale, de la religion, du libéralisme et de tous les éléments positifs à venir au lieu de s’engager sur une voie unique non transformable. Et surtout ne pas reproduire les erreurs d’hier (abus, excès, dogmatisme, myopie de l’avenir) et de fuir toutes les formes d’intégrisme : intégrisme écologique, intégrisme technophobe, pro décroissance et déjà sectarisme du capitalisme vertueux !

Et si on changeait les médias pour transformer l’économie et la société ?

Barnet Bain, auteur, expert en créativité et producteur de films dont Au delà de nos rêves (Oscars des effets spéciaux notamment en 1999) est un agitateur – médiateur des consciences qui souhaite transformer les médias pour que les médias puissent transformer le monde. Comment ? En lançant avec Eckhart Tolle le financement sur les réseaux sociaux d’un film d’un nouveau genre : “Le secret de Milton”.

Voici le film qui raconte toute l’histoire :

Le secret de Milton est un film éducateur et élévateur de conscience qui marque que notre époque (celle du Ré-évolution humaine) a besoin de Sens, de nouveaux sacrés (spiritualité laîque) d’un avenir porteur et positif. Une idée osée et courageuse: transformer Hollywood, une industrie qui produit des icônes et fabriquent des émotions, en une industrie qui produit des images, véritables “immaculées conceptions” réveillant les consciences et élevant les sentiments humains !

Une idée médiatique percutante car l’éthique passe de plus en plus par l’esthétique (nous sommes la première génération visuelle, l’intelligence et émotionnelle, etc). L’agir beau va de pair avec l’agir bien et l’agir juste.

Une idée qui vous fera toucher du regard une autre économie : vers une économie plus vertueuse ?

Oui, depuis quelques temps, le monde, la société et l’économie s’agitent et se découvriraient même une conscience ! Un courant (âge de la conscience) que j’ai identifié depuis 15 ans mais à l’époque certains se disaient - elle fume la moquette la petite ! … Le temps passe : les consciences se réveillent– pas d’autres issues !

Vous avez dû entendre parler de John Mackey, fondateur de Whole Foods Market (8,7 milliards d’euros de CA ..) qui est aussi le coauteur du best-seller Conscious Capitalism, paru début 2013 aux Etats-Unis. Son association, Conscious Capitalism prône un « capitalisme vertueux et évangélise déjà de nombreuses localités aux Etats-Unis mais aussi le Brésil, l’Australie, le Royaume-Uni et l’Afrique du Sud.

Par ailleurs, le fondateur de Virgin, Richard Branson, associé à Jochen Zeitz, ancien PDG de Puma, parlent quant à eux de « Plan B » pour le capitalisme mondial. En juin, ils ont annoncé la création d’une organisation à but non lucratif, baptisée The B Team.

Sur la même ligne en France dans son rapport sur l’économie positive du 21 septembre 2013 Jacques Attali parle de « capitalisme patient ».
Voir sur ce sujet, l’article du Monde Magazine du 28 septembre "Le capitalisme s’achète une conscience”

Mathieu Ricard parle quant à lui d’économie plus altruiste et soutient l’idée de Bonheur national brut ; un indicateur qui existe déjà au Japon ou encore au Costa Rica.

Et si nous allions enfin habiter le monde poétiquement ? Et si se dessinait enfin la première philosophie de l’économie ?

Pour répondre à l’invitation de Novalis, nous pouvons proclamer que nous devons « habiter le monde en poète » selon la formule du poète Hölderlin et « élever les choses à une qualité supérieure ».

Ce sont à mon sens les bases de construction pour une vraie Philosophie de l’économie. Il ne s’agit pas de tout changer mais de réajuster l’économie vers plus de qualité et de réinjecter du sens dans toutes ses actions et productions. L’enseignement fructueux de toutes les initiatives citées est simple. Intellect et sensible ne s’opposent pas et sont indissociables. Nous faisons Un avec la nature, le cosmos. Les richesses et les sagesses ne sont pas incompatibles. Les biens matériels ne sont pas nos seules richesses et ne contiennent pas tout le patrimoine de l’Humanité.

Plutôt que d’opposer la culture, l’intelligence et la spiritualité d’un côté, l’économie et la technique de l’autre, peut-être devrions-nous prendre conscience que les dimensions matérielles et spirituelles sont très intimement liées tellement liées qu’il n’existe probablement qu’une seule réalité interdépendante que nos découpages conceptuels divisent artificiellement.

Comme l’avait très bien compris Julien Green : “le plus grand pêché du monde est le refus de l’invisible”.

Il faut passer d’une pensée qui sépare et qui réduit à une pensée qui distingue et relie. L’important est de conjuguer plusieurs formes d’intelligence et de connaissance – qu’elle soit scientifique, religieuse, philosophique, artistique, entrepreneuriale ou autre. Tout cela participe de l’humanité.

Ainsi il apparaît plus fructueux en économie d’essayer de réunir les bonnes composantes de la morale, de la religion, du libéralisme et de tous les éléments positifs à venir, au lieu de s’engager sur une voie unique non transformable. Car l’important est de toujours pouvoir agir et transformer l’économie en fonction des aléas et enjeux de notre temps. L’important est de ne pas tomber dans de nouveaux excès ou formes d’intégrisme qui déjà pointent leur nez chez certains défenseurs du capitalisme vertueux !

C’est pour cela que je parie sur la poésie comme nouvel argument économique !

Car comme l’a bien explicité Hans Magnus Enzensberger « Il n’existe pas de marché pour la poésie. Le poème est le seul produit de l’activité spirituelle humaine immunisée contre tout essai de mise à profit ».

C’est d’ailleurs ce message que contient en filigrane le film de Barnet Bain qui, en transformant les médias en méga poème visuelle enthousiasmant, les rapproche ainsi d’ une forme d’auto-compréhension et d’auto-thérapie …

"Quand la poésie nous parle de l’incommensurable beauté de la nature ou du mystère toujours renouvelé des choses les plus simples et les plus quotidiennes…c’est pour nous indiquer que si nous nous fermons à ce que sont et ce que nous disent ces signes, cette beauté des choses, c’est en un certain sens à nos propres possibilités d’être, de vivre et de devenir que nous nous fermerons" Jean-Claude Renard.

Habiter le monde poétiquement est sans doute la voie à suivre pour nous, pour l’économie pour la société. La voie “altruiste, ouverte, positive” qui nous immunisera contre tout excès, tout dogmatisme. La voie qui nous fera grandir – Tout comme – L’homme n’est pas encore (Père Pierre Teilhard de Chardin). La voie sans orgueils qui réunira toutes les cultures. La voie porteuse d’espoir, d’avenir positif qui passe pour moi par une symbiose du vivant et du technologique ! Oui, surtout n’associez pas l’idée d’une économie vertueuse à de la décroissance, à de la techno phobie !

- Le lien pour soutenir le projet sur les réseaux sociaux : 3060716669-gview_local_gview_base_mod__fret
- Le lien pour participer à son financement via la plateforme de crowfunding : http://www.indiegogo.com/projects/milton-s-secret-the-movie-from-the-book-by-eckhart-tolle

Image illustration ©Xiao Fan Ru, artiste Chinois

Maryline Passini, Fondatrice et directrice générale de l'agence opérationnelle de prospective et innovation positive PROAME  

Le Feuilleton de la mutation / Introduction

UP' vous propose chaque semaine de partir à la découverte d'un ouvrage dans la lignée d'UP'Spirit , c'est-à-dire l'optimisme envers et contre tout, et la mise en lumière d'initiatives innovantes et d'entrepreneurs qui osent. Sous forme de feuilleton, nous vous offrons pour inaugurer cet ancrage éditorial les meilleurs extraits d'un des derniers livres de Christine Marsan, "Entrer dans un monde de coopération - Une néo-RenaiSens", en avant-première. Introduction.

"Nous postulons que nous détenons le ressort pour nous transformer et ceci sans que cela passe par le moteur de la peur ou des catastrophes. Cependant, pour y parvenir, cela nécessite d’effectuer des métamorphoses d’envergure aussi bien individuelles que collectives, de nos représentations de la réalité, de nos schémas de pensées, de nos croyances et comportements quotidiens.
Quelques catastrophes annoncées démontreront crûment aux plus sceptiques que notre mode de vie actuel ne peut plus perdurer : le bouleversement du climat, l’écart croissant entre les plus riches et les plus pauvres, l’augmentation de l’obésité et de l’usage des drogues, l’emprise de la violence dans la vie quotidienne, les actes terroristes de plus en plus terrifiants, l’impossible bunkérisation des riches, la médiocrité du spectacle, la dictature des assurances, l’envahissement du temps par les marchandises, le manque d’eau et de pétrole, la montée de la délinquance urbaine, les crises financières de plus en plus rapprochées, les vagues d’immigration échouant sur nos plages, d’abord main tendue puis poing levé, les technologies de plus en plus meurtrières et sélectives, les guerres de plus en plus folles, la misère morale des plus riches, le vertige de l’autosurveillance et du clonage, viendront un jour réveiller les dormeurs les plus profondément assoupis. Les désastres seront une fois de plus, les meilleurs avocats du changement.
L’Histoire ne bifurque que quand des êtres aventureux, soucieux de la sauvegarde de leur liberté et de la défense de leurs valeurs, font – en général pour leur plus grand malheur – avancer la cause des hommes."

Jacques Attali

Le bilan est sévère, et il nous semble important de ne pas nous laisser englués par les catastrophismes et les effets paralysants et culpabilisants que de telles énumérations suggèrent. Les crises successives, de toute nature, font vaciller le système dans lequel nous vivons et nous invitent à le repenser au plus tôt si nous voulons éviter de disparaître avec lui.

Le propos de cet ouvrage est de faire prendre conscience que nous vivons aujourd’hui un changement de paradigme majeur de notre civilisation, voire de l’humanité. Nous sommes contemporains et co-créateurs de cette évolution fondamentale, c’est la raison pour laquelle il nous est encore difficile d’avoir le recul nécessaire pour saisir en quoi cette dernière consiste. Cet essai a pour ambition de rendre cette mutation plus compréhensible ; un certain nombre de phénomènes, mis bout à bout, conduisent à une autre lecture de notre quotidien. Un nouveau sens apparaît, qui met en exergue notre monde en profonde transformation. Ainsi, au lieu d’entretenir la morosité et le pessimisme, nous démontrons de nos formidables forces de résilience et encourageons chacun à mobiliser ses ressources pour les mettre au service de cette métamorphose d’importance.

La mondialisation économique et technologique a placé l’être humain dans le champ du complexe et du systémique. Par conséquent, la multiplicité des crises que nous traversons peut se comprendre comme la manifestation d’une crise elle aussi systémique impliquant tous les domaines du vivant : écologique climatique, économique, social, sociétal, politique, technologique, démographique, anthropologique...
La révolution de la physique quantique explique particulièrement bien ce changement de paradigme. Elle a des effets sur nos représentations et la manière dont nous appréhendons le quotidien. Nous sommes remis en cause dans les fondements de notre humanité et cela a de nombreuses conséquences. D’un côté, la place de l’homme est devenue insignifiante face à l’étendue de l’univers ; aussi observe-t-on une montée du narcissisme, dans une tentative de compensation, d’un autre, les violences sociales qui surgissent dans différents domaines rendent compte du profond malaise des citoyens. Elles manifestent la réalité de cette transformation de la société, chaos caractéristique des périodes intermédiaires. Violences qui expriment la panique face à la remise en question des référentiels : ceux du paradigme moderne largement ébranlés, et ceux du paradigme émergent, encore en construction. Dans l’intervalle, les peurs et les angoisses refont surface et avec elles l’imaginaire de l’Apocalypse, comme seule réponse à la « crise ». Face au chaos, se sentant craintifs et démunis, nombreux sont ceux qui attendent un sauveur providentiel faisant la part belle au modèle archaïque du chef de meute, en un mot au modèle hiérarchique pyramidal.
Pour certains pris par les peurs, c’est l’inertie qui domine, tout est ralenti, les idées ne parviennent pas à se transformer en actions et pour d’autres, l’impuissance et la frustration se traduisent en violences.

La question est de savoir si nous basculerons dans l’acception commune de l’Apocalypse associée aux catastrophes, guerres et révolutions ou si nous choisirons le sens de la Révélation et réveillerons nos richesses, notre force de vie pour aborder ce nouveau temps de l’histoire de l’humanité.

L’observation du social nous conduit à constater un engouement pour diverses tendances : un retour vers le Moyen Age dans lequel nous puisons des sources d’œuvres romanesques (magie, chevaliers de la Table Ronde, Templiers…) qui ravivent les valeurs de courage, d’exemplarité, d’héroïsme dont nous avons peut-être besoin pour passer le cap de ce changement décisif de civilisation. A l’occasion du 11 septembre 2001 (1), nous avons mentionné le “retour du refoulé” venant remettre sur le devant de la scène les parts d’ombre et d”irrésolus de l’Histoire humaine et aussi notre appétit à rechercher dans le patrimoine de l’humanité les ressources pour nous repenser. Ainsi, nous pouvons voir les emprunts au XIXeme siècle, par exemple, mêlant industrialisation naissante, ferveur républicaine, enthousiasme politique, romantisme, symbolisme, curiosité pour le spiritisme et naissance de la psychanalyse. Des films comme Harry Potter ou Hugo Cabret ont d’ailleurs choisi le cadre historique du XIXeme siècle pour raconter des histoires à réenchanter le monde. Nous observons également notre vif intérêt pour les peuples premiers, témoins vivants des premiers moments de notre humanité et source d’inspiration pour la vie communautaire et les modes de gouvernance. Et encore, plus récemment, la mention régulière du néolithique. Nous serions, selon Michel Serres, contemporains d’une évolution de notre humanité aussi importante que celle qui la fit passer du paléolithique au néolithique. Nous n’en finissons pas de rechercher dans le fil del’Histoire humaine les traces et indices permettant de comprendre cette époque chahutée dans laquelle nous nous débattons pour la majorité et trouvons pour quelques-uns les signes du monde qui advient.

Le défi de ce nouveau paradigme est de co-construire, c’est-à-dire tous ensemble, à partir de la vitalité et de l’innovation des citoyens, le monde en devenir. Ce qui implique des comportements d’entraide et de solidarité qui ne sont possibles que si nous agissons à partir de valeurs de paix.

La physique quantique nous fait sortir de facto du monde duel et binaire dont nous sommes coutumiers. Grâce à elle, nous entrons dans les différentes dimensions (micro et macro) de l’univers où plusieurs réalités peuvent coexister. C’est alors qu’apparaît le ET (lien, reliance, réconciliation), signifiant que plusieurs choses sont possibles en même temps (onde et particule). La manière dont la physique quantique observe le monde rencontre alors celle dont les artisans de paix conçoivent la relation à l’autre pour sortir de la dichotomie et de la guerre. La physique concilie l’espace et le temps, la paix réconcilie les opposants et la complexité tisse les liens entre les disciplines qui éclairent notre avenir. Ainsi chaque composante de notre quotidien nous pousse à concevoir le ET, le lien entre les choses, l’interdépendance des acteurs et de leur environnement.

Ce changement de pensée radical consistant à passer des valeurs de guerre à celles de paix ne s’est pas opéré en un jour. Nous avons voulu restituer ce lent cheminement qu’il a fallu à notre conscience pour évoluer et passer d’une logique de guerre aux effets dévastateurs, que ce soit pour les êtres humains ou pour la nature, à celle de paix qui sous-tend les attitudes de coopération et de solidarité nécessaires pour gérer la complexité de notre monde globalisé. Après avoir passé des siècles à nous détacher des déterminismes de la nature et parvenir fièrement à la contrôler, voilà que nous avons pris conscience des errances dans lesquelles nous ont conduit cette arrogante séparation des lois de la nature. Aujourd’hui, la crise systémique et les effets environnementaux de nos excès (pollution, gaspillage des ressources naturelles) nous font prendre conscience de notre inscription incontounable dans le règne du vivant. C’est alors la montée de l’écologie : mode de pensée et surtout actions multiples pour modifier notre environnement et nos habitudes.

C’est en identifiant les valeurs qui nourrissent les civilisations que nous pouvons comprendre les racines des métamorphoses et les changements de paradigme.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si nous sommes aujourd’hui fascinés par les peuples premiers que nous considérons enfin avec intérêt. Nous cherchons chez eux une nouvelle forme de sagesse, ce qui explique notre attrait pour le chamanisme ou l’animisme. Nous regardons aussi leur mode de fonctionnement quotidien, pacifique (pour certains) et respectueux de la nature, détaché de la notion de propriété. Peut-être ont-ils trouvé les clés de la vie tandis que nous nous débattons dans les miasmes d’une société moribonde ? Enfin, c’est surtout en Orient que nous puisons les réponses à nos besoins de transcendance et de sagesse. Le bouddhisme et le taoïsme semblent détenir des clés pour dépasser nos souffrances, ce que la psychanalyse n’est pas totalement parvenue à réaliser.

Parallèlement, le niveau de conscience a considérablement évolué en Occident, en particulier à la suite des génocides et barbaries perpétrées au XXe siècle. La paix s’est alors imposée comme une nécessité vitale pour le monde de demain. Elle apparaît consubstantielle de l’expansion économique. Les signes de cette évolution se retrouvent dans les pratiques quotidiennes telles que la communication non violente, la négociation gagnant-gagnant, le management éthique, le développement durable, la responsabilité sociale d’entreprise. Nombreux sont les éléments qui participent à une autre conscience.
C’est par le dialogue, seul terrain de la rencontre où les différences se transforment en convergences et où le monde du OU cède la place à celui du ET que les accords, les traités de paix, les résolutions de conflits sont possibles.

Depuis les événements du 11 septembre, avec le recul d’une décade, nous pouvons rendre compte des signes et des faits concrets qui attestent de ces mouvements en marche. « Les processus de décomposition au sein de notre civilisation ne permettent pas de percevoir les éventuels processus de recomposition (2). » Nous avons rédigé cet ouvrage afin de mettre en lumière les processus latents qui ne sont pas toujours visibles pour démontrer de la vitalité de notre civilisation qui détient en son sein le potentiel de résilience pour renaître de ses cendres. Comme le rappelle Edgar Morin face à l’accélération de processus technologiques, il y a retard de la conscience sur l’expérience. « Comme le disait Ortega Y Glasser : Nous ne savons pas ce qui se passe et c’est justement ce qui se passe. » Et Hegel : « L’oiseau de Minerve prend toujours son envol au crépuscule. Le retard s’accentue dans un temps accéléré. » Et c’est précisément pour compenser ce retard de la pensée et de la conscience sur les faits qu’en ayant une lecture rétrospective, nous pouvons avoir une vision prospective et nous préparer à l’improbable avec des ressources renouvelées.
« Un système qui n’a pas en lui les moyens de traiter ses problèmes est condamné soit à la régression, voire à la mort, soit, en se dépassant lui-même, à la métamorphose (3). »

Il nous faut sortir du cadre des schémas du passé, des lourdeurs des establishments et des conditionnements nocifs pour nous réinventer. Et ce sera possible pour autant que nous aurons une vision claire des éléments qui nous ont fait évoluer au niveau où nous en sommes. Ceci afin d’envisager ce dont nous avons besoin pour sortir des systèmes économiques et politiques anachroniques, comme des systèmes de pensée et des schémas obsolètes, et parvenir à des horizons régénérés.

Nous concluons sur le fait que l’urgence écologique, devenue une priorité planétaire, implique des solidarités et des fraternités mondiales. Inspirées de l’observation de la nature, les recherches sur le biomimétisme tendent à accorder la créativité de la nature avec les applications au monde industriel (aérodynamisme, thermodynamisme….) et plus largement social (urbanisme, mode de coopération, rapport à la résilience). Elles démontrent que la vie détient les clés de la coopération et les moyens de rebondir à la suite de dévastations des écosystèmes. Sachons en tirer enseignements.

Les pouvoirs centralisés ont démontré soit leurs faiblesses, soit leurs errances, voire les dangers qu’ils représentent pour notre écologie éthique. Pourtant, nombre de citoyens éprouvent le besoin d’exprimer directement par la variété incroyable de leurs initiatives leur engagement et leur motivation, prenant à bras le corps la responsabilité du changement majeur de notre humanité. Encore faut-il le voir, en rendre compte, le reconnaître et écouter les modifications substantielles que cela entraîne sur notre humanité et notre quotidien. Nous identifions les composantes de cette nouvelle humanité et des modalités de l’engagement existentiel et humaniste, voire politique, en proposant de concilier éthique et démocratie.

Enfin, les actions pour juguler les dérapages de la pollution et l’épuisement des ressources énergétiques ne peuvent advenir que sur la base de valeurs de paix manifestées au jour le jour. Celles-ci s’apprennent et reposent sur une évolution généralisée des consciences. La paix commence déjà au cœur de soi. Elle agit ensuite dans le collectif et dessine d’autres manières d’être et de vivre ensemble.
Ce qui ne pourra avoir lieu que si nous parvenons à dépasser les tensions et à concilier les acquis et réalisations positifs d’aujourd’hui avec les exigences du monde à venir. Nous nous orientons vers un renouveau de notre démocratie, régime politique restituant la souveraineté aux citoyens qui sont désormais clairement les instruments du changement du monde. Des quatre coins de la planète émergent des initiatives qui prouvent la vitalité des peuples et leur résolution à prendre à bras le corps les problèmes gigantesques causés par le libéralisme dérégulé, la croissance sans limite et la mondialisation. Nombreux sont ceux qui agissent « localement » pour répondre aux carences d’une pensée globale qui doit être revivifiée afin d’assumer les problèmes globaux de la planète, des espèces vivantes et des êtres humains.

(1) Voir C. Marsan, L’imaginaire du 11 septembre. Des cendres émerge un nouveau monde, Editions Camion Noir, 2012. L’ouvrage a été rédigé sur la base d’interviews menées immédiatement à la suite des attentats du 11 septembre 2001.
(2) E. Morin, Pour une politique de civilisation, Aréla, 2008.
(3) E. Morin, op.cit.

©Christine Marsan, Psycho-sociologue - "Entrer dans un monde de coopération. Une néo-RenaiSens" - Editions Chronique Sociale, 2013.

Photo illustration : ©Jerry Uelsmann : Symbolic Mutation 1961

Contre le pillage de notre patrimoine immatériel, changeons nos habitudes.

A qui appartient une Société aujourd’hui ?
Nos habitudes, en matière de propriété, sont bousculées par la complexité des processus de création d’entreprise. Elles doivent donc évoluer. Les patrons n’en ressentent pas directement le besoin, mais les conditions à remplir pour devenir une terre attractive et lutter contre le pillage de notre patrimoine immatériel démontrent que nous allons devoir changer nos habitudes. Voici pourquoi et comment.

Petite parabole :
Par le passé, j’ai acheté un champ. J’ai demandé à des ouvriers agricoles de le cultiver. En contrepartie, je leur ai concédé une partie de la récolte.
Par la suite, j’ai créé une usine. J’y ai transféré mes ouvriers et je leur ai appris à faire marcher les machines que j’ai achetées. En vendant leur production, je leur versais un salaire et je remboursais l’emprunt qui a permis d’acheter les machines. Je n’avais pas de problème pour vendre car cela se passait avant la mondialisation et donc nous avions le contact direct avec nos clients. Ils nous faisaient faire des progrès et nos relations régulières nous permettaient de prévoir notre propre avenir.
Tant dans mes activités agricoles qu’industrielles, l’Etat a ponctionné une partie de mes bénéfices pour assurer son propre fonctionnement et apporter une protection sociale à mes ouvriers.
A présent, je me suis lancée dans la création d’une startup pour exploiter une idée intéressante. J’ai déposé des brevets sur des procédés mis au point avec mon équipe, composée de jeunes, sortis des meilleures universités de la région. Il a été difficile de se faire connaître, mais peu à peu, les clients se sont mis à apprécier nos innovations. Nous avons beaucoup travaillé. Heureusement, nous avons bénéficié d’aides publiques sous différentes formes.
Notre entreprise va bien, tellement bien qu’elle intéresse des investisseurs qui m’en proposent un bon prix. Je ne sais pas ce qui les intéresse le plus. Sans doute les brevets, les savoirs faire et les beaux cerveaux universitaires qui nous sont restés fidèles et éventuellement nos clients.
Au mieux, ils vont délocaliser l’entreprise ; au pire, ils vont la tuer car notre offre fait concurrence à un géant du secteur qui peine à se moderniser, mais qui dispose de grands moyens pour pérenniser sa survie sur le marché.
Si j’accepte leur offre, je vais pouvoir me lancer dans des projets plus personnels. En revanche, mes collaborateurs, à qui je dois une part importante de cette fortune, ne toucheront rien (ou si peu).
Les instances publiques qui m’ont aidée ne toucheront rien non plus. Bien au contraire, non seulement elles vont devoir prendre à leur charge les chômeurs qui vont immanquablement apparaître, mais elles ont être spoliées du patrimoine de savoir que nous avions développé.
Tant mieux pour moi, mais est-ce bon pour la communauté ? Existe-t-il une solution plus équitable ?

Lorsque j’avais accaparé un champ en en devenant propriétaire, je n’avais pas pris de risque car je savais, en gros, quel allait être le rendement agricole et donc financier.
Lorsque j’ai créé mon usine, j’ai pris davantage de risques car je ne savais pas si les ouvriers allaient être capables de faire marcher correctement les machines.
Lorsque j’ai créé ma startup, j’ai pris bien plus de risques car je n’étais pas certain que nous parviendrions à déposer notre brevet et je n’avais aucune garantie quant à l’accueil qui serait fait sur le marché de mon produit.
Pour me donner bonne conscience, je me dis que le gros chèque que je vais empocher récompense ma prise de risques et les efforts que j’ai consentis ; mais honnêtement, ces jeunes qui m’ont suivi ont eux aussi pris des risques car une startup qui échoue marque négativement le CV de ceux qui s’y sont investis.

Mon équipe est hostile à la vente de l’entreprise, elle ne sait pas comment s’y opposer. La loi ne protège pas ces salariés repreneurs et nos instances publiques ne se protègent pas non plus contre ces formes de pillages devenus de plus en plus fréquents au fur-et-à-mesure que nous entrons dans l’économie de l’immatériel, dans l’ère post-mondialisation et dans les guerres des talents.

L’AP2E travaille sur un projet de loi qui vise à favoriser la reprise des entreprises par leurs salariés, lorsque le contexte s’y prête. Le gouvernement actuel y travaille également (promesses du candidat Hollande). Hélas, le projet de loi, en passant de main en main, perd jour après jours de sa pertinence.
Parmi les obstacles, il y a la vision juridique de la propriété. Elle est traitée comme du temps où j’avais un champ (au 18ème siècle). Elle a été revue avec les nuances induites par l’industrialisation. Il faut à présent la revoir à la lumière des enjeux de la mondialisation et de la guerre des talents.

Notre vision juridique semble désormais incohérente face au contexte actuel ou une entreprise repose de plus sur de la richesse immatérielle (des savoirs faire, des réseaux) qui devient de plus en plus le fruit d’une œuvre collective.
La richesse immatérielle est facile à piller. Pour la conserver, il faut créer de l’attractivité. Cette attractivité est créée par l’environnement (collectivité locale et nationale). L’environnement doit pouvoir s’impliquer de bout en bout dans le renouveau de son tissu entrepreneurial. Il doit s’en donner les moyens. Il ne doit pas seulement régler les notes de la maternité, la crèche, l’hospice et verser des subsides aux orphelins parce qu’au-delà d’une entreprise qui ferme ou qui quitte le territoire, il y a une perte de talents, de savoir et de dynamique socio-économique qui va être très difficile à reconstruire.

Par ailleurs, la propriété apparaît comme la contrepartie de la prise de risques de l’entrepreneur. Or, sauf exception, celui-ci ne peut plus prendre de risques tout seul. Ainsi, notre vision de l’entreprise et de la notion de propriété, ainsi que le droit qui en découle, s’écarte de la réalité et devient trop inadapté. Légiférer, en espérant s’adapter, semble dérisoire. De fait, les lois se multiplient et ne font qu’alourdir la vie de ceux qui veulent entreprendre.

Il existe pourtant une solution et ceux qui commencent à la mettre en œuvre s’en félicitent : tout individu (physique, moral ou institutionnel) qui contribue à l’enrichissement de l’entreprise par son travail, par la mise à disposition de moyens et par ses prises de risques doit posséder une part de l’entreprise en contrepartie, lorsque ses apports ne sont pas récompensés au juste prix.
Ce qui devient nouveau dans cette nouvelle approche économique, c’est que même la collectivité qui a accordé des aides (de toutes natures) va commencer à posséder une part des sociétés qu'elle accompagne et le nombre de citoyens impliqués "affectivement" dans le capital des entreprises va également croître, amplifiant ainsi le processus amorcé par le crowdfunding.
C’est comme ça dans le monde collaboratif dans lequel nous entrons inexorablement.
Autrefois nous disions « toute peine mérite un salaire ». À présent nous allons ajouter « toute prise de risque mérite une part de capital ».

Ceux qui s’opposent à cette nouvelle approche ne pourront pas survivre car la complexité est devenue trop prégnante dans nos processus de création de richesses. En partageant les prises de risque, nous élevons les espérances de succès, parce que, c’est bien connu, « l’union fait la force ».

Cette nouvelle approche économique s’adresse à des citoyens plus matures, désireux de s’impliquer dans la vie sociale et économique. Ce sont donc des citoyens qui aspirent à une forme renouvelée de la démocratie, rendue possible par l’élévation du niveau de vie, les moyens modernes de communication et une prise de conscience du « moi » dans le « nous ». Un tel projet de société est porté que par ces citoyens engagés, qui façonnent jour après jour un consensus nouveau dans notre vision collective.

Sans attendre l’aboutissement de ce travail de fond, pour le sujet précis de la reprise d’entreprise par les salariés, vous pouvez signer la pétition de l’AP2E.

Geneviève Bouché, Docteur en prospective

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