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livre

Contre la bienveillance

Contre la bienveillance de Yves Michaud, Edition Stock, mars 2016 - 192 Pages
 
Le constat est maintenant partout : la puissance du fondamentalisme religieux, la montée des populismes de droite comme de gauche, le discrédit de la classe politique, le rejet de la construction européenne, rendent caducs les schémas anciens. En particulier l’idée que la démocratie, à force de bienveillance, peut tolérer toutes les différences, toutes les croyances.
Oui ! Il y a des croyances insupportables et intolérables. Non ! Le populisme n’est pas une illusion qui se dissipera d’elle-même avec un peu de pédagogie et de bonne volonté. Non ! La politique internationale n’obéit pas aux chartes du droit international.
Il faut dénoncer la tyrannie des bons sentiments, la politique de l’émotion et de la compassion. Non que la bienveillance soit un sentiment indigne, mais nous devons cesser de croire qu’on peut bâtir sur elle une communauté politique.
 
Ce livre rappelle que l’appartenance à une communauté politique se construit sur le renoncement réfléchi à certaines particularités pour asseoir la souveraineté collective, que les droits ne sont pas des dus mais le corrélat de devoirs assumés, que la Respublica, le bien commun, présupposent ces renoncements qui ne peuvent pas être considérés comme « allant d’eux-mêmes ».
 
«Si nous voulons que le mot citoyen garde le sens qu’il a pris depuis les théories du contrat social, il nous faut en finir avec la bienveillance, la compassion et le moralisme, et revenir aux conditions strictes de l’appartenance à une communauté républicaine, revenir aux conditions strictes du contrat politique. A bien des égards, beaucoup de ce que j’avance dans ce livre redonne vie à des positions trop oubliées de Rousseau – avec juste un peu de modération. »
 
 
Yves Michaud, spécialiste de philosophie politique et d’esthétique, créateur de l’Université de tous les savoirs, a été aussi directeur de l’Ecole nationale des Beaux-Arts de 1989 à 1997.
 

 

démocratie aux champs

La démocratie aux champs

« La démocratie aux champs. Du jardin d’Eden aux jardins partagés, comment l’agriculture cultive les valeurs démocratiques » de Joëlle Zask – Edition La Découverte – Les empêcheurs de tourner en rond, mars 2016
 
On a l'habitude de penser que la démocratie moderne vient des Lumières, de l'usine, du commerce, de la ville. Opposé au citadin et même au citoyen, le paysan serait au mieux primitif et proche de la nature, au pire arriéré et réactionnaire.
À l'opposé de cette vision, ce livre examine ce qui, dans les relations entre les cultivateurs et la terre cultivée, favorise l'essor des valeurs démocratiques et la formation de la citoyenneté. Défile alors sous nos yeux un cortège étonnant d'expériences agricoles, les unes antiques, les autres actuelles ; du jardin d'Éden qu'Adam doit " cultiver " et aussi " garder " à la " petite république " que fut la ferme pour Jefferson ; des chambrées et foyers médiévaux au lopin de terre russe ; du jardin ouvrier au jardin thérapeutique ; des " guérillas vertes " aux jardins partagés australiens.
Cultiver la terre n'est pas un travail comme un autre. Ce n'est pas suer, souffrir ni arracher, arraisonner. C'est dialoguer, être attentif, prendre une initiative et écouter la réponse, anticiper, sachant qu'on ne peut calculer à coup sûr, et aussi participer, apprendre des autres, coopérer, partager. L'agriculture peut donc, sous certaines conditions, représenter une puissance de changement considérable et un véritable espoir pour l'écologie démocratique.
 
Cet essai a pour ambition de montrer que ce qui est progressivement devenu notre idéal de liberté démocratique ne vient en priorité ni de l’usine ni des Lumières, ni du commerce, de la ville ou du cosmopolitisme, mais de la ferme.
 
Si la culture de la terre prédispose à la culture de soi et au développement d’habitudes sociales libérales, elle favorise également les pratiques de la citoyenneté […]
En 1943, la philosophe Simone Weil s’était inquiétée du peu de considération dont jouissaient les paysans et avait recommandé de leur donner une « marque publique d’attention » aussi importante que possible, trouvant injuste qu’on ne se souvienne de l’agriculture que quand la nourriture venait à manquer. Le raisonnement qu’elle tenait s’appliquait à eux en tant que classe sociale et profession. Mais il s’applique aussi au métier de paysan, aux relations qu’il entretient avec la terre […]
Dans le métier, la « science » et la « vocation », que Max Weber avait jugé devoir séparer au sujet de l’homme politique sont jointes. La science correspond à la méthode […]. Quant à la « vocation », c’est la conviction, l’éthique dite « professionnelle », la finalité humaine, le respect des conditions du métier, la considération des générations futures.
Ces valeurs forment une nébuleuse à laquelle nous avons donné le nom de « culture démocratique », tout en suggérant que la démocratie politique consiste à en assurer la persistance. Si nous tenons à elles, ce n’est pas en raison de quelques qualités intrinsèques qui seraient les leurs, mais en raison de leur utilité pour rééquilibrer continûment la dimension individuelle de l’existence et sa dimension sociale. Contrairement à l’opinion commune, loin d’avoir adhéré à des valeurs contraires, tantôt réactionnaires et fascistes, tantôt conservatrice, individualistes et égoïstes, les paysans ont été eux aussi les artisans de cette culture.
 
Joëlle Zask enseigne au département de philosophie de l'université Aix-Marseille. Elle vient de publier une Introduction à John Dewey (La Découverte, 2015).
 

 

Miiguel Benasayag

Cerveau augmenté, homme diminué

« Cerveau augmenté, homme diminué » de Miguel Benasayag – Editions La Découverte, mai 2016
 
Le cerveau humain connaît, étudie, explique et comprend, au point qu'il en est arrivé à prendre comme objet d'étude... lui-même. Et les nouvelles connaissances sur le fonctionnement du cerveau ébranlent profondément nombre de croyances au fondement de la culture occidentale. Car les remarquables avancées des neurosciences rendent en effet désormais envisageable pour certains la perspective d'améliorer le cerveau et de supprimer ses faiblesses et ses " défauts " : le rêve d'un cerveau " parfait " semble à portée de la main.
Cette vision conduit à considérer notre cerveau comme un ordinateur qu'il s'agirait d'optimiser en l'améliorant par divers outils pharmacologiques ou informatiques. À partir d'une vulgarisation très pédagogique de recherches récentes souvent très " pointues " en neurosciences, Miguel Benasayag montre ici, de façon fort convaincante, pourquoi ce nouvel idéalisme du " cerveau augmenté " est en réalité une illusion dangereuse : le monde qu'entendent préparer les transhumanistes et certains scientifiques risque fort d'être surtout habité par la folie et la maladie...
Une thèse critique solidement argumentée, qui a commencé à faire son chemin dans le milieu des chercheurs les plus préoccupés par les apories et les failles de ce nouveau mythe du progrès.
 
« Une chose est de savoir quels neurones s’activent pour penser le chiffre 5, […] C’en est une autre de comprendre un monde et une culture où il devient possible de manipuler et de modifier ces comportements ».
« …dans un monde désenchanté et colonisé par la technologie : le rêve du « cerveau augmenté » : l’étude du cerveau interroge les bases mêmes de ce que l’on considère culturellement le sujet humain. Car si l’amour, la quête de la liberté, nos tropismes et notre mémoire sont des effets plus ou moins illusoire de processus physiologiques cérébraux, c’est l’unité même de l’homme, son « moi », qui semble se disperser, se disloquer dans un mouvement centrifuge. Or, pour nombre de chercheurs en neurosciences, le sentiment même « d’être soi » est une illusion créée par le cerveau pour servir à certaines fins, mais qui n’a pas de réalité en soi : les problèmes que nous croyons « psychologiques » et subjectifs, ou encore moraux et sociaux, doivent être compris comme des imperfections, comme des dérèglements d’un organe, pour sûr complexe, mais dont le fonctionnement s’appuie, disent nos collègues, sur des lois « simples » et physiques.
Cette déconstruction, cette dislocation du sujet dans ses parties et ses fonctions cérébrales ne survient pas à n’importe quel moment de l’histoire de l’humanité. Mais au moment où la croyance en l’avenir, les promesses historicistes et téléologiques d’un monde parfait à venir sont tombées les unes après les autres. C’est dans ce monde du désenchantement que la technologie occupe anthropologiquement une place que nous nous sommes rarement attardés à penser. Loin de toute position de défiance et encore moins de technophobe, il s’agit donc de comprendre comment la technologie a occupé la place laissée vacante par les utopies dévastées.
Le défi de notre époque consiste donc essentiellement à articuler nos fantastiques connaissances et la puissance de la technologie avec la connaissance et le respect des circuits de la vie ».
 
 
Miguel Benasayag, philosophe et psychanalyste, anime le collectif " Malgré tout ". Il est l'auteur de nombreux ouvrages, dont aux Éditions La Découverte, avec Angélique del Rey, professeure de philosophie, Connaître est agir (2006) et Éloge du conflit (2007) ; et avec Pierre-Henri Gouyon, Fabriquer le vivant. Ce que nous apprennent les sciences de la vie sur les défis de notre époque (2012). Dernière parution à La Découverte : Clinique du mal-être. La " psy " face aux nouvelles souffrances psychiques (2015).
 

 

livre Axel Kahn

Etre humain, pleinement

Etre humain, pleinement de Axel Kahn - Edition Stock, mars 2016
 
Dewi et Eka sont de vraies jumelles nées dans la province sud du Kalimantan, à Bornéo. La première est sauvée d’un effroyable incendie dans lequel tout le monde pense qu’a péri Eka. En fait, cette dernière a été récupérée par une femelle orang-outan qui l’élèvera. Dewi, elle, sera l’une des femmes les plus brillantes de sa génération, et recevra le prix Nobel de physiologie et médecine. Eka, quant à elle, bien que recueillie dans une société humaine à dix ans, restera une enfant sauvage souffrant d’un grave retard mental.
Elle mourra misérablement. Les deux sœurs ont pourtant les mêmes gènes. Comment Dewi a-t-elle pu développer les outils d’un brillant épanouissement pleinement humain, quelles en furent les étapes et les conditions ? Pourquoi tout cela n’a-t-il pu s’enclencher chez Eka ?
Axel Kahn utilise la fiction pour introduire la thématique qu’il développe à travers un essai, s’attachant à enrichir, touche après touche, l’observation de  ses héroïnes gémellaires dont l’image et l’exemple traversent l’ouvrage. Il rappelle le rôle de l’altérité de l’un et l’autre, comme deux bûches incandescentes qui s’embrasent l’une l’autre, et nous enjoint : « Osons vouloir, alors nous pourrons, peut-être. »
 
Dewi et Eka sont de vraies jumelles, elles partagent cent pour cent de leurs gènes et sont, de la sorte, l'une et l'autre les deux individus d'un clone unique. Cela signifie que les déterminants biologiques d'origine génétique des deux soeurs sont semblables, qu'elles possèdent au départ les mêmes potentialités. Les propriétés de leurs neurones, leur capacité à former les complexes réseaux synaptiques qui sont le support cellulaire des aptitudes cognitives sont similaires... Alors, de quoi a-t-on besoin, au juste, pour être humain, pleinement ?
 
Axel Kahn est l’auteur d’une vingtaine de livres dont plusieurs ont été des best-sellers, notamment Et l’homme dans tout ça ? (NiL, 2000), Raisonnable et humain (NiL, 2004), L’Homme, ce roseau pensant (NiL, 2007) et Pensées en chemin. Ma France, des Ardennes au Pays Basque (Stock, NiL, 2014).
 
 

 

vivre avec les robots

Vivre avec les robots - Essai sur l'empathie artificielle

Vivre avec les robots - Essai sur l'empathie artificielle de Luisa Damiano et Paul Dumouchel - Editions du Seuil - Février 2016
 
Un robot social est un robot autonome capable de changer lui-même sa programmation par apprentissage et conçu pour fonctionner au sein d'environnements socialisés, c'est-à-dire des milieux façonnés, contrôlés et occupés par des êtres humains. Leur apparence physique n'est pas faite pour tromper : ils restent aux yeux de tous des robots qui ne "singent" pas l'homme.
Il est pourtant possible de leur conférer individualité et intentionnalité. Les recherches les plus avancées visent à les rendre capables de simuler des émotions et à les doter d'empathie. La robotique sociale tend à créer des substituts, des robots susceptibles de nous remplacer dans certaines tâches, mais sans pour autant qu'ils ne prennent notre place.
Ces robots sont en conséquence des objets techniques d'un type très particulier. Les robots sociaux, contrairement à la plupart des objets techniques modernes, sont faits pour être présents plutôt que pour disparaître ou s'absenter dans la performance de la fonction qui les définit. La majorité des objets techniques omniprésents dans notre vie demeurent invisibles tant qu'ils fonctionnent correctement. La présence active, qui est la condition essentielle de leur rôle de substitut, est au contraire la caractéristique centrale des robots sociaux. Cela est particulièrement manifeste dans des domaines que le livre explore en profondeur : les services en général, les soins de santé en particulier, et le militaire.
 
Ce livre dessine les traits d'une transformation technique, sociale et culturelle déjà en cours de réalisation, une relation de coévolution qui n'a jamais eu de précédent dans l'histoire de l'humanité. Cette relation avec des créatures artificielles dotées de compétences sociales et capables de remplir des rôles sociaux va conduire l'humanité à une bifurcation où des formes neuves de socialité seront susceptibles de surgir.
 
"Qu'est-ce qu'un robot ? Pourquoi des robots ? Quels robots ? Vivre avec les robots prend comme point de départ qu'il est plusieurs façons de vivre avec les robots, car il existe des robots et des agents artificiels de types différents qui représentent, illustrent et mettent en oeuvre des manières différentes de vivre ensemble. Il existe parmi les agents artificiels des différences d'un autre ordre, qui diffèrent les uns des autres comme un compagnon ou un ami est différent d'une calculatrice de poche ou d'un Smartphone. La robotique sociale propose de créer des objets techniques d'un type particulier, des agents sociaux artificiels destinés à s'intégrer dans le tissu de nos relations.
En fait, Vivre avec les robots constitue aussi une enquête sur la nature et l'esprit humain et de la sociabilité. Cela peut sembler paradoxal, mais un court moment de réflexion devrait suffire pour vous convaincre qu'il ne pourrait en être autrement. Construire des compagnons artificiels, ce n'est pas seulement une aventure technologique ; cela exige aussi de se connaître soi-même et les autres, de comprendre ce qu'est une relation sociale et de saisir comment fonctionne l'esprit humain en tant qu'il est tourné vers nos interactions réciproques, plutôt que la connaissance d'un environnement que nous affronterions de manière solitaire. Cette enquête sur la nature de la sociabilité et de l'esprit, c'est la robotique sociale elle-même qui la conduit de façon plus ou moins consciente et explicite, mais inévitablement".
 
Paul Dumouchel est professeur de philosophie à l'Université Ritsumeikan de Kyoto. Spécialiste de Hobbes et de la philosophie et de l'anthropologie des émotions, il a écrit Le Sacrifice inutile. Essai sur la violence politique (Flammarion, 2011).
Luisa Damiano est chercheuse en philosophie des sciences de l'artificiel et professeur de logique auprès de l'Université de Bergame (Italie). Elle a travaillé en Angleterre dans un laboratoire de robotique sociale et mené au Japon une enquête de terrain sur l'empathie artificielle.
 

 

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